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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Les dynamiques de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 8
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Quand je restais là, à ne rien faire, il finissait toujours par arriver un moment où je n’en pouvais plus. Je quittai discrètement l’appartement et pris l’ascenseur jusqu’au rez-de-chaussée. Il était déjà tard, alors je n’allai pas bien loin. Je m’assis simplement sur un banc au hasard et contemplai les fenêtres éclairées de la résidence.
Alors que je m’apitoyais lamentablement sur mon sort, mon téléphone vibra brièvement. Je fus déçue de voir que le message venait de Han Jio, et non de Kang Uihyeon. Il m’avait envoyé un bon pour une application de livraison, en me disant que je pourrais l’utiliser si j’avais faim en étudiant tard le soir.
Han Jio n’arrêtait pas de vouloir m’offrir des choses. Il semblait croire que c’était le seul moyen de faire bonne impression auprès d’une femme. Je tapai « Merci », puis effaçai le message. Le curseur clignotait, comme pour m’encourager à continuer.
Ce dont j’avais désespérément besoin, là, c’était de Kang Uihyeon, mais l’accusation de Yu Dogyeom m’était restée en travers de la poitrine. Que j’utilisais ma mère morte pour attirer la sympathie. J’avais reconnu cette vérité en moi-même depuis trois ans, mais je ne m’étais jamais habituée à l’entendre sortir de la bouche de quelqu’un d’autre.
Alors, au lieu d’appeler Kang Uihyeon pour me plaindre, j’envoyai un message à Han Jio.
[Ça te dirait qu’on mange ensemble ?]
Sans attendre sa réponse, je lui envoyai l’adresse de mon immeuble. C’était la première fois que je voyais Han Jio aussi loin du campus. J’avais rompu la promesse que je m’étais faite de ne le contacter qu’en semaine, quand j’étais à l’université. Je glissai dans ma poche le doigt qui voulait appuyer sur le contact de Kang Uihyeon.
Je donnai rendez-vous à Han Jio au pavillon devant le bâtiment 201. Nous habitions dans le bâtiment 207, j’y avais donc réfléchi. Aussi seule que je me sente, je n’étais pas assez stupide pour inviter chez moi un homme que je connaissais depuis peu.
Tout en me répétant cela, je repensai à toutes ces histoires dans les journaux d’hommes devenus des harceleurs après avoir rompu avec leur petite amie. Kang Uihyeon risquait de me passer un savon s’il l’apprenait. Enfin, ça ne me ferait pas de mal qu’il me prête un peu attention, d’une manière ou d’une autre.
Han Jio arriva avec une pizza. Même si je l’avais appelé à l’improviste à onze heures du soir, il rayonnait sans laisser paraître la moindre contrariété. Cela dit, si Kang Uihyeon m’appelait, je bondirais hors du lit même en dormant. C’était peut-être pour ça qu’à chaque fois que je regardais Han Jio, j’avais l’impression de voir mon propre visage quand je regardais Kang Uihyeon.
« Tu n’as pas froid ? »
« Ça va. »
Malgré tout, Han Jio posa une couverture sur mes genoux. Il devait prendre ce rendez-vous improvisé pour un pique-nique nocturne. J’étais contente d’avoir une excuse pour ne pas rentrer, et Han Jio était content de manger une pizza avec moi : je n’avais donc aucune raison de culpabiliser.
« Tes examens se terminent quand ? »
« J’en ai toute la semaine. Jusqu’à vendredi prochain, dans l’après-midi. »
« Tu finis tard… »
Han Jio marmonna d’un ton las en versant du cola dans un gobelet en papier.
« Tu fais quoi après tes examens ? »
Ses intentions étaient évidentes. Il allait sûrement me proposer de sortir quelque part le week-end. Pendant ce court instant, la question qui m’avait taraudée n’était pas de savoir si j’avais envie de sortir avec Han Jio, mais si Kang Uihyeon irait à un rendez-vous avec Jeong Sujin.
… Bien sûr que oui. D’ici là, ils auraient peut-être cessé de flirter pour commencer à sortir ensemble. En m’imaginant traîner sans but dans le café près de chez moi, je laissai retomber les épaules. Je me sentais encore plus impuissante parce que je ne pouvais rien faire pour la relation entre Kang Uihyeon et Jeong Sujin.
« Je n’ai rien de prévu. »
« Alors, ça te dirait d’aller voir une exposition avec moi ? C’est au Musée d’art de Ttukseom, et ça a l’air sympa. »
Han Jio n’avait pas encore touché à la pizza. Avec indulgence, je hochai la tête devant son air nerveux. Quand il comprit que j’avais accepté, le coin de ses lèvres se releva lentement.
À cet instant, le téléphone posé à côté de moi vibra. Dès que le nom « Uihyeon oppa♥ » apparut à l’écran, j’appuyai sur le bouton pour couper la sonnerie et retournai mon téléphone. Han Jio eut l’air perplexe, mais je fis comme si je n’avais rien remarqué et mangeai ma pizza.
Je ne voulais pas être assez cruelle pour répondre à l’appel de l’homme que j’avais aimé sans retour toute ma vie devant quelqu’un qui faisait tant d’efforts pour me plaire. Après tout, Han Jio avait acheté une pizza et était venu me voir parce que je me sentais seule. Je devais au moins faire preuve d’un peu de décence envers lui.
« Un des profs de mon département pose exactement les mêmes questions tous les ans. Mais l’an dernier, il a soudainement tout changé. Apparemment, les étudiants des années supérieures se sont tous plantés à l’examen et ça a fait un sacré scandale. »
Tout en écoutant Han Jio, je laissai errer mon regard sur l’étang. Ce n’était qu’une coïncidence. Des pas pressés résonnèrent dans la résidence silencieuse et, naturellement, je regardai dans leur direction.
Mais j’avais une sorte d’instinct qui me disait à qui appartenaient ces pas. Mes nerfs, aiguisés depuis si longtemps pour une seule personne, réagirent de nouveau et me soufflèrent qu’ils étaient peut-être liés à l’appel que je venais de recevoir.
Un homme apparut sous le lampadaire après avoir traversé l’ombre des arbres. Il s’arrêta quand nos regards se croisèrent. Il me contempla d’un air soulagé, tout en reprenant son souffle, puis remarqua Han Jio qui mangeait une pizza à côté de moi. Sa poitrine, qui se soulevait et s’abaissait rapidement, s’immobilisa.
En retrouvant Kang Uihyeon, qui m’avait cherchée, je ressentis une joie secrète. Il avait parcouru la résidence parce que je n’avais pas répondu à son appel et qu’il ignorait où j’étais. Il avait sûrement déjà passé la porte de chez nous, et peut-être aussi vérifié le café où j’allais souvent.
« Cette personne… »
Han Jio avait lui aussi repéré Kang Uihyeon.
« Tu le connais. »
Il l’affirma tout en gardant les yeux fixés sur l’homme qui s’approchait de nous.
« C’est celui qui étudiait à côté de toi quand je t’ai donné mes notes à la bibliothèque. »
Pas la peine de donner des points en plus à Han Jio pour sa mémoire. Kang Uihyeon était le genre de personne dont on se souvenait après l’avoir vu une seule fois. Même sur le forum anonyme de notre université, tout le monde savait immédiatement de qui il s’agissait quand quelqu’un disait : « Le gars du bâtiment des sciences de gestion. »
Kang Uihyeon entra dans l’ombre du pavillon. Son regard, assez intense pour me transpercer le visage, se posa sur ma joue. Après avoir évalué si j’étais assez près pour qu’il m’entende clairement, je répondis à Han Jio.
« C’est un ami proche de mon frère. »
L’ami de mon frère. Rien ne pouvait mieux définir la relation entre Kang Uihyeon et moi. Sans Yu Dogyeom, nous ne nous serions peut-être même jamais rencontrés. Que Kang Uihyeon soit l’ami de mon frère était ma plus grande chance, mais pour Kang Uihyeon… ça avait dû être une rencontre pénible, qui l’avait encombré d’un fardeau agaçant.
« Qu’est-ce que tu fais là ? »
demanda Kang Uihyeon en arrivant au pavillon. Le fait qu’il ne salue même pas Han Jio était loin de sa manière habituelle de faire preuve de courtoisie envers tout le monde.
« Je mange une pizza avec oppa Jio. »
Je lui expliquai la situation telle qu’elle était. Le regard de Kang Uihyeon se tourna à contrecœur vers Han Jio. Les deux hommes s’inclinèrent pour se saluer, sans que l’un ou l’autre ait l’air ravi.
« J’ai parlé à Dogyeom. »
Kang Uihyeon m’expliqua pourquoi il était venu ici à une heure pareille.
« Mais quand je suis passé chez toi, il n’y avait personne. »
Comme Han Jio écoutait, Kang Uihyeon n’expliqua les choses que par fragments. Malgré tout, il était impossible de ne pas comprendre ce qu’il ne disait pas.
Yu Dogyeom devait être furieux et n’avait pas caché qu’il s’était disputé avec sa petite sœur. Kang Uihyeon connaissait bien les chamailleries habituelles des frères et sœurs Yu ; il avait donc dû comprendre tout de suite ce qui s’était passé. C’était pour ça qu’il avait couru partout dans la résidence à ma recherche, inquiet de me savoir seule.
Mais qu’est-ce que Kang Uihyeon ressentait maintenant que la fille qui l’avait tant inquiété mangeait paisiblement une pizza avec un type ? Était-il en colère ? Déçu ? Ou soulagé de pouvoir me refiler à quelqu’un d’autre ?
« Prends de la pizza. »
Han Jio lui en proposa volontiers. Il l’avait sans doute invité parce qu’il pensait naturellement que Kang Uihyeon refuserait. Personne n’aurait envie de s’incruster à l’improviste entre un homme et une femme et de se mettre de la graisse sur les doigts.
« Avec plaisir. »
Mais Kang Uihyeon s’assit à côté de moi. Il eut même le culot de prendre une part de pizza, comme s’il avait fait partie du groupe depuis le début. Han Jio parut décontenancé.
« Tu voulais de la pizza ? »
me demanda Kang Uihyeon. J’étais ravie qu’il soit venu me chercher, mais je commençais à me sentir gênée vis-à-vis de Han Jio.
« Pas vraiment. J’avais juste envie de grignoter. »
« Tu aurais dû me le dire. Je t’en aurais acheté. Tu es restée ici tout ce temps ? Tu n’es allée nulle part ailleurs ? »
Han Jio se retrouvait encore et encore exclu des questions de Kang Uihyeon. Je ne pouvais plus m’empêcher de me sentir obligée de faire avancer la conversation entre nous trois.
« Oui, j’ai juste fait un tour dans le coin. Oppa, Jio oppa va aussi à notre université. Il est au département de mathématiques. »
Kang Uihyeon connaissait le visage de Han Jio et avait ses coordonnées depuis longtemps, mais il fit exprès de se présenter. C’était une manière de leur demander sans le dire de se saluer comme s’ils se rencontraient pour la première fois.
« Bonjour. Je m’appelle Kang Uihyeon, du département de sciences de gestion. »
« Je m’appelle Han Jio, du département de mathématiques. »
Assise entre les deux hommes, je trouvais gênant de regarder ouvertement l’un plutôt que l’autre. Je mâchai et avalai ma pizza en ne regardant que l’étang en face de nous.
« Tu as quel âge ? »
« Vingt-cinq ans. »
« Alors, on a le même âge. »
Je me souvins soudain que Kang Uihyeon avait un jour jugé Han Jio trop vieux. Je me demandai si ce critère s’appliquait aussi à lui-même. Peut-être qu’il voulait simplement jouer au grand frère avec moi. Si j’avais eu vingt-quatre ans comme Jeong Sujin, m’aurait-il vue comme une femme ?
« On pourrait se tutoyer, alors ? »
demanda Han Jio en saupoudrant du parmesan sur ma pizza.
« Mer… »
« Non. »
Avant même que je puisse finir de le remercier, une réponse sèche fusa à côté de moi. Elle était si tranchante qu’elle mit tout le monde mal à l’aise. Han Jio se figea, son mouchoir contre la bouche, puis regarda l’homme assis à côté de moi.
« De toute façon, on ne se reverra pas après aujourd’hui. »
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