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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Les dynamiques de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 5
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* * *
Le gukbap fumant devant nous, Jeong Sujin perdit tout sourire. Elle goûta le bouillon, puis y ajouta l’assaisonnement, sans parvenir à dissimuler sa grimace.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Je ne fus pas la seule à remarquer les réticences de Jeong Sujin. Vif d’esprit, Kang Uihyeon demanda à la femme assise à côté de lui ce qui n’allait pas. Jeong Sujin hésita, puis jeta un coup d’œil dans ma direction.
« L’odeur… »
Je fis la sourde oreille à sa voix à peine audible et mélangeai le riz dans mon bol en terre cuite. Mon odorat n’était pas assez fin pour déceler une odeur suspecte ; une fois de plus, comme au café, je sortis donc de l’attention de Kang Uihyeon. Sans même se soucier de savoir si je mangeais, il étudia attentivement le menu.
« Monsieur, une escalope de porc pour enfant, s’il vous plaît. »
« Le gukbap me va très bien… »
Jeong Sujin repoussa maladroitement son bol. Peut-être gênée de passer pour une difficile, elle promena ses grands yeux autour d’elle. Son regard se posait souvent sur moi, celle qui avait choisi le plat problématique.
Une escalope de porc de la taille d’un poing arriva peu après. Comme si c’était tout naturel, Kang Uihyeon prit couteau et fourchette et la découpa en petits morceaux. Cette attention que je croyais réservée à moi, Jeong Sujin la recevait désormais tout naturellement.
Sans remarquer à quel point la soupe était chaude ni à quel point mon estomac était barbouillé, je continuai à garder le nez dans mon bol.
« Ça va, l’escalope ? »
« Oui, elle est bonne. Désolée de t’avoir donné du mal, oppa. »
« Ce n’est rien. L’essentiel, c’est que tu aies trouvé quelque chose que tu puisses manger. »
Cette conversation banale, de l’autre côté de la table, me donnait l’impression d’être attaquée. C’était moi qui avais choisi le menu et proposé d’aller au restaurant le plus proche. On aurait dit qu’ils me reprochaient indirectement de leur avoir causé des ennuis.
Je le savais. C’était mon complexe d’infériorité, né d’une jalousie mesquine. Kang Uihyeon ne m’avait pas accordé la moindre attention, et Jeong Sujin était en réalité gênée en voyant ma réaction. Malgré tout, mes sentiments tordus concluaient qu’ils me rendaient subtilement responsable. Alors je m’isolai, me persuadant que je pouvais me taire et simplement manger.
En vérité, j’avais peur que Kang Uihyeon m’ignore si je me mêlais imprudemment à leur conversation. Peur de découvrir qu’il ne se souciait que de Jeong Sujin.
Je gardai obstinément les lèvres closes jusqu’à ce que j’aie fini de manger et que Kang Uihyeon ait payé. L’homme se tourna vers moi, ses clés de voiture à la main. Il n’avait eu d’yeux que pour Jeong Sujin ; il ne m’accorda un regard qu’au moment de nous séparer.
« Tu retournes au café ? »
« Je rentre chez moi, tout simplement. »
Rester enfermée dans la même pièce que ma mère morte ou continuer à accompagner l’homme que j’aimais dans son rendez-vous galant. La première option était tellement préférable qu’il était impossible de les comparer. Ma mère se contentait de partager avec moi l’air froid, tandis que Kang Uihyeon me poussait dans la boue.
« À la prochaine, unnie. »
« D’accord, Chaewon. Ne travaille pas trop. »
J’adressai un petit sourire à Jeong Sujin. Je ne voulais pas me montrer pitoyable devant une femme dont le seul tort était d’être allée à un rendez-vous arrangé avec Kang Uihyeon ; je fis donc de mon mieux pour maîtriser mon expression. En même temps, je devais me rappeler sans cesse que si je n’avais jamais figuré sur la liste des candidates au titre de petite amie de Kang Uihyeon, c’était entièrement ma faute.
« Appelle-moi s’il se passe quoi que ce soit. Tu le sais, hein ? »
Le doux rappel de Kang Uihyeon me retint un instant.
« Je vais essayer de recontacter Dogyeom. »
Une pointe d’agacement me traversa contre cet homme qui avait passé toute la journée avec la femme de son rendez-vous arrangé, mais s’obstinait à s’inquiéter de me savoir seule. S’il était si inquiet, il n’avait qu’à rester avec moi. De toute façon, il ne franchirait même pas le seuil de ma maison ; son insistance à me dire de l’appeler ne faisait que m’irriter.
« Je me débrouillerai toute seule. »
J’abandonnai le rôle que j’avais joué devant Jeong Sujin et tournai les talons. J’aperçus son air stupéfait, mais m’éloignai rapidement du restaurant avant de perdre complètement mon sang-froid. Ma fierté se ratatina misérablement à l’idée que je ressemblais à une gamine qui jetait son jouet dans un accès de rage.
Dès que je rentrai, je fonçai dans la salle de bains. Le bouillon gras que j’avais avalé me retournait violemment l’estomac. J’étais trop occupée à vomir au plus vite pour me soucier de savoir où se trouvait ma mère.
Penchée au-dessus des toilettes, j’enfonçai deux doigts dans ma bouche. Le bout de mes doigts titilla sans hésiter ma luette. La nourriture que je venais d’avaler jaillit de ma gorge grande ouverte comme l’eau d’une fontaine.
Seul le bruit de mes haut-le-cœur résonnait dans la maison silencieuse. La salive me coulait des commissures des lèvres et des larmes incontrôlables roulaient sur mes joues. Mon estomac se contracta et me força à rejeter encore plus de nourriture. Je fermai les yeux, incapable de regarder ce vomi répugnant.
Après avoir tiré la chasse, je parvins à peine à m’appuyer contre le lavabo. Dans le miroir, mon visage congestionné se reflétait. Il était rouge vif, comme s’il allait éclater d’un instant à l’autre. Mon souffle rauque s’échappait de mes lèvres humides. C’était un spectacle affreux que je ne voulais jamais laisser voir à qui que ce soit.
Ma mère était accroupie dans un coin de la salle de bains et regardait sa fille se brosser les dents.
Je regagnai ma chambre et verrouillai la porte. Ce n’était pas comme si cela pouvait empêcher ma mère d’entrer, mais je tenais à marquer le coup. Je voulais être seule, maintenant. Je n’étais pas certaine que ma mère morte le comprendrait.
Allongée sur mon lit, j’écoutai distraitement la trotteuse de l’horloge, puis pris mon téléphone. Que faisait Kang Uihyeon ? Regardait-il un film avec Jeong Sujin ? C’était la période des examens, alors peut-être étudiaient-ils encore ensemble. Et où habitait Jeong Sujin ? Elle ne vivait sûrement pas seule… ?
Mes délires, alourdis par cet amour à sens unique, prirent rapidement un tour salace. Après avoir tant vomi, l’anxiété envahit mon corps épuisé. J’imaginai un minuscule studio, un lit trop étroit pour deux personnes et leurs corps s’enlaçant à la hâte. N’en pouvant plus, je bougeai les doigts.
[Oppa]
L’accusé de lecture apparut aussitôt après ce simple appel.
[J’ai vomi.]
Je n’eus même pas le temps d’attendre que le nom de Kang Uihyeon s’affiche au milieu de mon écran. Je détendis ma gorge et répondis. Ma voix, faussement faible et sans la moindre honte, retentit.
« Allô… »
« Tu es chez toi ? »
« Oui… »
« J’arrive bientôt. »
L’appel prit fin en moins de dix secondes. Je bondis du lit et courus à ma coiffeuse. J’appliquai un baume teinté et attachai soigneusement mes cheveux. Puis mon visage eut l’air trop en forme ; je me frottai donc les lèvres avec un mouchoir, desserrai mon élastique et ébouriffai les cheveux derrière ma tête. Ce n’est qu’alors que j’eus l’air un peu malade.
Je laissai la porte verrouillée de ma chambre entrouverte et me recouchai. Pour finir, j’activai l’appareil photo de mon téléphone afin de vérifier que mon visage n’avait pas l’air trop bouffi en position allongée.
Kang Uihyeon tint exactement parole. Quand il disait qu’il arrivait bientôt, il accourait à une vitesse que tout le monde aurait jugée rapide.
Et comme prévu, un peu plus de cinq minutes plus tard, la sonnette retentit. Je ne me levai pas pour l’accueillir et restai au lit. Même s’il connaissait le code, Kang Uihyeon sonnait toujours avant d’entrer.
Comme personne ne répondait à l’intérieur, je l’entendis appuyer sur les touches de la serrure. Comme pour s’assurer que je l’entendais, il composa lentement le code à six chiffres, un par un.
Kang Uihyeon allait et venait chez moi depuis l’école primaire, mais, ces derniers temps, il était devenu étrangement protocolaire. Cela avait commencé vers la fin de l’année précédente. J’ignorais toujours pourquoi il mettait une telle distance entre nous.
« Chaewon. »
Kang Uihyeon finit par entrer et m’appela en se dirigeant vers ma chambre. Ce n’est qu’alors que je me rappelai que ma mère se trouvait quelque part dans la maison. J’étais la seule à pouvoir la voir, mais Kang Uihyeon le savait aussi, et je craignais que cela lui donne des frissons.
Une fille qui vivait avec sa mère morte.
Pour attirer son attention, j’avais même révélé ce fait honteux : je voyais le fantôme de ma mère. Mais parfois, je me demandais si cette stratégie ne servait à rien. Depuis que j’étais adulte, Kang Uihyeon ne semblait plus particulièrement me plaindre d’être seule. Quand il venait chez moi, au lieu de s’inquiéter pour moi, il essayait de balayer le problème en me conseillant de dormir avec un masque sur les yeux.
Même le fantôme de ma mère ne pouvait donc plus susciter sa compassion ? Fallait-il que je vomisse tous les jours ?
« Yu Chaewon. »
Les pas de Kang Uihyeon traversèrent le salon et s’arrêtèrent devant ma chambre. Au lieu de l’accueillir comme d’habitude, je restai allongée, les muscles détendus, à cligner lentement des yeux. Je m’imaginai dans la peau du personnage principal de La Dernière Feuille.
Kang Uihyeon franchit le seuil. Au même instant, sa pomme d’Adam remua, sans que je sache pourquoi. Peut-être était-il tendu à l’idée que ma mère se trouve dans la pièce.
« Comment tu te sens, maintenant ? »
Kang Uihyeon posa un sac de pharmacie près de mon lit. Il avait probablement acheté plusieurs sortes de médicaments contre l’indigestion. C’était ainsi que Kang Uihyeon s’inquiétait pour moi.
Je me contentai de secouer la tête sans un mot. L’homme, qui avait observé mon teint à quelques pas de là, finit par s’asseoir prudemment sur le lit. Puis il posa sa grande main sur mon front.
Comme si je n’attendais que ça, je frottai mon visage contre la paume de Kang Uihyeon. Ses doigts tressaillirent.
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