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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Les dynamiques de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 4
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Quelques heures avant le cortège funèbre, une fois que les visiteurs eurent cessé d’affluer à l’aube, Kang Uihyeon m’emmena sur un banc derrière le funérarium. Il me tendit un lait chocolaté avec une paille. Comme je me contentais de le regarder sans le prendre, il sortit plutôt un macaron de sa poche.
Je ne pus m’empêcher de remarquer son intention, à force de le voir m’offrir des friandises assez sucrées pour me faire mal aux dents. Je glissai la paille entre mes lèvres et bus le lait chocolaté. Sa douceur fraîche me coula dans la gorge.
Kang Uihyeon effleura le côté de ma tête. Sa grande main, qui avait soigneusement ajusté la barrette blanche en coton, vint bientôt se poser sur mon crâne. Sa chaleur suffisait à chasser le froid de l’aube.
« Tu peux pleurer, maintenant. »
C’était sûrement pour ça que Kang Uihyeon m’avait éloignée de Yu Dogyeom et m’avait donné des sucreries. Pour me laisser le temps de faire mon deuil, alors que je choisissais de piquer de courtes siestes plutôt que de pleurer mes parents dès que j’avais un moment pour souffler.
Je détachai mes lèvres du lait chocolaté à moitié fini et regardai Kang Uihyeon. Un léger sourire se dessina sur mes lèvres. Si je m’étais regardée dans un miroir à cet instant, j’aurais été stupéfaite de découvrir que je pouvais prendre une expression pareille.
« Je n’arrive pas à pleurer. »
À cet instant, je me trouvai très adulte. J’avais organisé les funérailles de mes parents à la place de mon frère, qui avait cinq ans de plus que moi. J’avais fait face avec calme aux personnes qui essayaient de me réconforter de différentes façons et j’avais hoché la tête à leurs paroles. Au lieu de me plaindre et de pleurer, j’avais gentiment décliné la gentillesse de Kang Uihyeon.
J’avais l’impression d’avoir grandi d’un coup au cours des derniers jours.
« Je crois que je n’ai pas encore réalisé. Ne t’inquiète pas pour moi non plus. Va… »
Mais avant même que j’aie pu finir ma phrase, les larmes débordèrent de mes cils. Surprise, je clignai rapidement des yeux, mais plus je le faisais, plus les larmes coulaient à flots sur mes joues.
Kang Uihyeon, qui m’observait en silence, se tourna vers moi. Il retira la main qui couvrait ma tête et m’attira contre lui par l’épaule. Mon visage s’enfouit dans sa poitrine.
Sa chemise était profondément froissée à force d’avoir veillé toute la nuit, et elle portait une odeur. L’odeur de quelqu’un qui avait côtoyé la mort. La preuve qu’il avait passé trois jours et trois nuits auprès de Yu Dogyeom et de moi.
Des sanglots étouffés m’échappèrent entre les lèvres serrées. Même si le chagrin me remontait la gorge en la griffant, j’inspirai profondément et respirai le parfum de Kang Uihyeon. J’aimais savoir qu’il était à mes côtés, même quand j’avais été précipitée en enfer.
Après le départ de Yu Dogyeom pour ses études aux États-Unis, je n’avais plus eu de raison de voir Kang Uihyeon seule. Mais une pensée me traversa soudain l’esprit. Peut-être que j’aurais désormais plus d’occasions de le voir. J’avais bien assez de prétextes pour éveiller sa compassion.
Quand le soleil se lèverait, les corps de mes parents seraient brûlés dans des flammes à plusieurs centaines de degrés. Alors que le moment de dire adieu à maman et papa approchait, je pensais à m’accrocher à Kang Uihyeon.
C’était éhonté et cruel, un comportement indigne qui faisait de moi une fille horrible. Si Kang Uihyeon découvrait les pensées sombres qui m’habitaient, il ne me serrerait plus jamais dans ses bras.
Avec le recul, je crois que je comprenais vaguement pourquoi ma mère défunte n’avait pas quitté la maison. C’était probablement à cause de sa fille égoïste, assez égoïste pour la faire frémir. Sa fille se disputait l’attention d’un homme qui lui plaisait alors que ses parents venaient de mourir. Peut-être me trouvait-elle répugnante et restait-elle auprès de moi pour me punir.
Quand je revins à la maison après avoir déposé les cendres de mes parents au columbarium, je trouvai maman au milieu du salon et tout mon corps se figea.
Au même moment, je compris que j’avais une raison d’appeler Kang Uihyeon, à qui je venais tout juste de dire au revoir, et un frisson me parcourut l’échine.
Toutes les pensées qui me traversaient l’esprit finissaient toujours par revenir à Kang Uihyeon. Je me sentis horrible à cet instant, mais au bout du compte, j’étais la seule à pouvoir comprendre quelqu’un comme moi.
J’appuyai sur le contact de Kang Uihyeon et gagnai une nouvelle occasion d’enfouir mon visage contre sa poitrine.
* * *
La situation était étrange.
J’étais assise en face de Kang Uihyeon, tandis que Jeong Sujin était à côté de lui. Nous autres femmes ne cessions de nous jeter des coups d’œil, alors que Kang Uihyeon, lui, étudiait tranquillement pour ses examens. Je me sentais comme une concubine complotant contre une autre pour séduire un roi.
Mon regard errant croisa celui de Jeong Sujin. Je baissai aussitôt la tête et fis semblant de regarder ma tablette. Les examens n’étaient plus qu’à quelques jours, et à ce rythme, j’allais entrer dans l’amphithéâtre la tête vide. J’avais travaillé si dur pour entrer dans cette université parce que je voulais fréquenter le même établissement que Kang Uihyeon ; si j’obtenais un D à mon premier examen, je n’aurais plus qu’à me cacher.
Si nous trois, qui n’aurions pas pu être plus mal assortis, nous retrouvions à étudier ensemble, c’était entièrement la faute de Kang Uihyeon.
Han Jio m’avait contactée pendant le week-end pour me proposer qu’on se voie un peu, mais je l’avais sèchement envoyé balader et j’étais allée au café près de chez moi. J’allais de toute façon traîner dehors, mais je ne l’avais pas rencontré parce que je ne voulais pas jouer la comédie le week-end, quand Kang Uihyeon n’était pas là pour me voir. Inutile de m’appliquer à sourire gentiment à Han Jio les jours où je n’allais pas à la fac.
Je m’étais donc installée seule dans le café qui me servait de refuge depuis trois ans quand je reçus un message de Kang Uihyeon.
[Tu es où ?]
Je le lus et répondis en moins d’une seconde.
[Au café]
Ces quelques mots lui suffisaient. Il savait exactement où me trouver et ce que je faisais quand je ne voulais pas rester à la maison. Il ne m’envoya rien d’autre, mais je savais qu’il ne tarderait pas à apparaître dans ce café.
En revanche, je ne m’attendais pas à voir la femme assise à côté de lui.
Jeong Sujin se leva discrètement, peut-être pour aller aux toilettes. Dès qu’elle disparut de mon champ de vision, j’écrasai fermement le pied de Kang Uihyeon avec la semelle de ma basket. Ce n’est qu’alors qu’il leva les yeux.
« Pourquoi ? »
« Tu t’amuses bien ? »
Je serrai les dents et lançai un regard noir à Kang Uihyeon.
« Ça t’amuse, d’avoir une femme de chaque côté ? »
Kang Uihyeon eut un rire incrédule et se remit à prendre des notes. Même si j’étais en colère, je m’en voulais de remarquer ses ongles impeccables et son écriture soignée.
« On fait qu’étudier. Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ? »
La voix grave de Kang Uihyeon était douce, mais ses paroles témoignaient d’une indifférence totale.
« Je ne t’ai pas traînée à un rendez-vous, que je sache. »
Kang Uihyeon savait depuis que j’étais petite qui me plaisait. Une fois Jeong Sujin entrée dans sa vie, il avait dû deviner sans peine que je me mordais les lèvres et retenais mes larmes tous les jours.
Et pourtant, il me laissait le voir assis en face de moi avec la femme qu’il fréquentait, en train d’étudier ensemble. Il me faisait assister de mes propres yeux à chaque petite chose : tirer une chaise à Jeong Sujin, regarder leurs tablettes côte à côte, rire et chuchoter à voix basse.
Je n’avais jamais vraiment avoué mes sentiments à Kang Uihyeon, mais c’était tout comme si je m’étais fait rejeter.
« Chaewon, goûte un peu. »
Jeong Sujin regagna sa place et me tendit une assiette de cheesecake. On aurait dit qu’elle n’était pas allée aux toilettes, mais acheter un dessert. Je la remerciai dans un murmure et pris ma fourchette. Je n’avais pas envie de manger tranquillement un gâteau devant eux, mais je connaissais les bonnes manières.
« On va dîner après. Est-ce qu’il y a quelque chose que vous aimeriez manger ? »
Jeong Sujin me regarda, plutôt que Kang Uihyeon, en posant sa question. Elle avait dû prévoir de dîner avec l’homme assis à côté d’elle, et pourtant, je trouvai étrange qu’elle me laisse choisir aussi naturellement.
« Je vais étudier ici jusqu’à tard, alors ça ira. »
Comme l’avait dit Kang Uihyeon, étudier dans un café n’était pas un rendez-vous, mais leur dîner serait clairement un moment rien qu’à eux deux. Je ne voulais absolument pas m’imposer. Je n’étais pas idiote à ce point.
« Quand même, tu devrais manger avant d’étudier. Oppa a dit qu’il nous offrirait quelque chose de bon aujourd’hui. »
Le coude de Jeong Sujin effleura celui de Kang Uihyeon, puis s’éloigna. Je ne voulais pas prêter attention à leur proximité, alors je me contentai de rassembler à la fourchette les miettes de mon cheesecake.
« Chaewon travaille vraiment dur. Quand j’étais en première année, je ne faisais que m’amuser. »
Je ne savais pas comment Kang Uihyeon m’avait présentée à elle, mais Jeong Sujin semblait vouloir se rapprocher de moi. Comme une camarade de classe le premier jour d’école, qui vous offre des bonbons et complimente votre jolie barrette pour vous amadouer.
Mais je ne voulais pas connaître Jeong Sujin. Rien que d’imaginer échanger nos coordonnées et devenir assez proches pour bavarder de Kang Uihyeon comme d’un sujet commun me retournait l’estomac.
C’était la seule façon pour moi d’éviter de détester Jeong Sujin. Je devais garder mes distances comme ça, pour que mes flèches mal dirigées ne l’atteignent pas. Je n’avais aucune intention de jouer les petites méchantes jalouses.
Je ne pouvais rien faire contre mon amour à sens unique pour Kang Uihyeon, mais je voulais préserver ma fierté jusqu’au bout.
« Alors, prenons une soupe au boudin. »
Je choisis le menu du dîner à contrecœur. Quelque chose qui serait servi rapidement, qu’on mangerait vite avant de se séparer, et qui ne demanderait pas de discuter pendant le repas.
« Tu aimes la soupe au boudin, Chaewon ? Tu as une bouille de bébé, mais des goûts d’adulte. Tu es trop mignonne. »
Jeong Sujin sourit avec éclat, sans la moindre arrière-pensée. Je l’imitai et relevai les commissures de mes lèvres, mais mon sourire devait laisser paraître les traces acérées de mes propres sombres intentions.
Kang Uihyeon, qui était resté en retrait de la conversation, tendit sa fourchette vers ma part de cheesecake. Il en enfourna un gros morceau. Cet homme qui faisait semblant de n’avoir rien à voir avec tout ça m’agaçait tellement que j’écrasai tout le gâteau restant avec ma fourchette.
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