Chapitre 28
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Traducteur/Éditeur : Malfoid
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◈ Les ressorts de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 28
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« Pourquoi ? »
Kang Uihyeon insista, comme s’il ne comprenait pas. C’était logique. J’avais toujours été celle qui voulait qu’il reste chez moi. Après m’être accrochée à sa gentillesse pendant trois ans, même moi, je n’aurais pas cru quelqu’un qui se serait soudain mis à dire qu’il était encombrant.
« Mère n’est pas là en ce moment, si ? »
Il l’affirma comme s’il connaissait déjà la vérité. Le masque impassible que je portais depuis son arrivée se fendit enfin. Je laissai paraître ma confusion.
« Comment tu sais ça ? »
« Ça se lit sur ton visage. »
La grande main de Kang Uihyeon se posa sur ma tête.
« Ton anxiété saute aux yeux. »
Par habitude, je baissai le regard sous la chaleur de sa main, puis je secouai brusquement la tête et me dégageai. Je me rappelai cette même main enlacée autour de Jeong Sujin. Je venais tout juste de prendre ma décision, après avoir ignoré des dizaines de ses messages, et pourtant je me laissais déjà de nouveau aller sous sa main.
« Oui, Mère n’est pas là. Alors pars. Je crois qu’elle se cache tout le temps à cause de toi. »
« Tu veux être avec Mère ? »
« Oui. »
« Ne mens pas. »
Je lançai à Kang Uihyeon un regard noir, les yeux écarquillés, mais il n’était pas du genre à se laisser impressionner par ça.
« Tu veux juste être avec quelqu’un. Mère n’est qu’un pis-aller. »
Un pis-aller. Si les mots avaient une température, celui-là aurait eu la froideur du corps de Mère. Kang Uihyeon m’attaquait avec des paroles cruelles, cherchant à me mettre à nu.
Il n’avait pas tort. Ce dont j’avais vraiment besoin, c’était d’une famille avec qui vivre dans cette immense maison, pas de l’image persistante de ma mère morte. Je m’étais simplement servie de la présence de Mère, que j’étais la seule à voir, pour me leurrer.
« Et alors, si c’est un pis-aller ? J’ai fait du mal à quelqu’un ? Pourquoi ça te regarde, si je veux vivre seule en m’accrochant à ma mère morte ? »
Que Mère casse une tasse ou renverse une casserole de ramyeon, il me suffisait de gérer la situation. Je ne m’accrochais plus à Kang Uihyeon en geignant, alors il n’avait aucune raison de m’accuser comme ça.
« Ne te sers pas de moi comme d’un pis-aller non plus, oppa. »
« … Quoi ? »
Une fissure apparut sur le visage d’ordinaire calme de Kang Uihyeon. Au bout du compte, mes paroles ne blesseraient que moi, mais cette petite réaction m’apporta tout de même une vague satisfaction.
« Tu veux encore que je t’aime, oppa. »
Alors qu’il avait déjà atteint sa destination : Jeong Sujin. Même après m’avoir obligée à les regarder s’enlacer, il voulait encore que je l’accueille à bras ouverts.
« Tu m’as repoussée sans jamais être clair parce que tu savais exactement ce que je ressentais. Tu aimais que je m’accroche à toi, alors tu m’as laissée faire. Tu comptais me garder sous le coude jusqu’à ce que tu aies une vraie copine. »
Le regard pesant de Kang Uihyeon se planta dans le mien. Ses yeux étaient si immobiles qu’on aurait dit qu’ils allaient exploser d’un instant à l’autre.
« Ça t’amusait de venir chez moi alors que tu fréquentais Jeong Sujin ? Ça t’amusait de me voir toute nerveuse parce que je t’aimais tellement ? »
Le tremblement au bout de ma voix se propagea dans tout mon corps. Je frissonnais comme si j’avais de la fièvre et lui agrippai l’avant-bras.
« Pars. Je t’en prie, pars. C’est déjà assez dur comme ça, n’en rajoute pas. Je ne t’aimerai plus, alors ne joue pas avec mes sentiments. Sors, je t’en prie. »
« C’est vrai ? »
Kang Uihyeon ne bougea pas, malgré tous mes efforts pour le tirer.
« Tu ne vas vraiment plus m’aimer ? »
C’était tout ce qu’il trouvait à demander, planté là sans bouger. C’était donc ça, voir rouge ? Pendant un instant, j’eus envie de l’étrangler. Des frissons me remontèrent le bras qui lui agrippait l’avant-bras.
« Oui, je ne t’aimerai plus ! C’est répugnant et ça m’énerve, je n’en peux plus ! Je te déteste, putain ! J’ai dit que je te détestais ! »
Je traînai Kang Uihyeon dehors. Il aurait pu se dégager quand il le voulait, mais il fit un pas à contrecœur. Dans un soupir, il enfila ses chaussures et baissa les yeux vers moi, comme s’il voulait dire quelque chose, mais je ne pouvais pas lui accorder une seconde de plus.
« Ne reviens jamais. »
J’ouvris moi-même la porte d’entrée et poussai froidement Kang Uihyeon dans le dos. Une fois forcé à franchir le seuil, il se retourna vers moi. Les lumières du couloir s’allumèrent automatiquement et creusèrent des ombres profondes sur son visage.
Je ne supportai pas de regarder ce visage plus longtemps. Je claquai la porte et m’éloignai à toute vitesse de l’entrée. Je ne supportais ni le bruit de Kang Uihyeon qui s’en allait ni le moindre signe qu’il traînait encore dans les parages.
Enfin, j’étais seule. Seule dans une maison où même ma mère morte avait disparu.
Au lieu d’aller dans ma chambre, je me recroquevillai sur le canapé. De là, je saurais tout de suite quand Mère reviendrait. Je fermai les yeux, attendant le retour de ma seule colocataire.
Mère avait-elle entendu Kang Uihyeon affirmer qu’elle n’était qu’un pis-aller ? J’aurais préféré qu’elle soit partie quelque temps plutôt que de se cacher là où je ne pouvais pas la voir. J’aurais voulu qu’elle n’entende rien de tout ça.
La maison était silencieuse comme une tombe, si bien que les bruits les plus faibles du couloir me parvenaient. Quand j’entendis l’ascenseur arriver, je me couvris vite les oreilles des deux mains. Je plongeai le visage entre l’accoudoir et les coussins du canapé pour essayer de bloquer tout ce qui venait de l’extérieur.
Renoncer à un amour à sens unique demandait des efforts acharnés.
* * *
L’été avait beau avoir commencé, dormir dans le salon sans couverture avait dû être trop difficile. Je me réveillai dans le froid de l’aube. Comme il me semblait encore plus intense, Mère devait être revenue.
« Où est-ce que tu étais encore passée… ? »
À peine réveillée, je marmonnai en me redressant. Quand je fis descendre mes jambes du canapé, j’eus l’impression que quelque chose m’agrippait la nuque et me tirait. Mais j’étais trop dans le brouillard pour comprendre l’avertissement de mon instinct, et mes pieds touchèrent le sol avant que j’aie le temps de réfléchir.
« Ah ! »
Je tombai par terre en criant. Une douleur brûlante me déchira la plante du pied. Quelque chose de poisseux y coulait.
J’ouvris grand les yeux. Je me figeai devant l’objet à quelques centimètres de mon visage. Même si on m’avait versé de l’eau glacée sur la tête, je n’aurais pas été plus choquée. Mon cœur, soudain recouvert de givre, craqua.
Un couteau de cuisine brillait dans l’air bleuâtre de l’aube. Il se tenait debout, le dos vers le bas et la lame pointée vers le haut.
Je fixai le couteau, oubliant même la douleur à mon pied. Cela faisait des mois que je ne l’avais pas sorti de sous l’évier. Sa lame recourbée, dirigée avec précision vers la plante de mon pied, dégageait un froid bleuté.
Une peur bien différente de celle que j’avais ressentie en tombant sur des éclats de verre ou quand la casserole de ramyeon s’était renversée me serra la nuque. Incapable de bouger le moindre doigt, je ne fis que déplacer les yeux. Je cherchai Mère, tout en espérant ne pas la voir. Je ne voulais pas croire qu’elle avait encore essayé de me faire du mal.
Mère était derrière moi. Même si je ne pouvais ni la voir ni l’entendre, je le savais. Nous avions vécu ensemble pendant trois ans.
Mais je ne parvenais pas à me retourner. Je ne pouvais même pas envisager de la confronter. De peur que la prochaine fois, le couteau ne me transperce la poitrine au lieu du pied, je n’arrivais pas à émettre un son. Ma bouche se remplit de salive sèche que je ne pouvais pas avaler.
J’entendis alors quelqu’un entrer le code sur le clavier de la serrure, à l’extérieur. Je l’avais changé quelques heures plus tôt : un bip d’alerte retentit quand le code fut refusé. Il retentit à nouveau, puis une troisième fois, déchirant le silence de l’aube.
À la quatrième tentative, la porte d’entrée s’ouvrit.
Kang Uihyeon se précipita à l’intérieur. Son regard passa de moi, étalée par terre, à mon pied en sang, puis au couteau dressé dans une position anormale.
Kang Uihyeon ne resta stupéfait qu’un instant. Il courut dans la salle de bains, revint avec une serviette et l’enroula fermement autour de mon pied gauche. La pression de la serviette me fit plus mal que la coupure de la lame.
« Viens. »
Kang Uihyeon glissa les bras sous mon dos et mes genoux, puis me souleva. Son visage était devenu aussi pâle que s’il avait été poignardé lui-même. Sa mâchoire, toute proche de mon regard, était crispée.
Tandis que Kang Uihyeon me portait vers l’entrée, j’entendis le couteau, qui tenait debout, basculer sur le côté avec un bruit sourd. Mère avait encore disparu, comme toujours.
À l’aube, les urgences étaient bondées et une patiente qui s’était coupé la plante du pied avec un couteau n’était pas prioritaire. Je dus attendre mon tour sur un lit, le pied posé sur un coussin.
« Le mot de passe… »
Kang Uihyeon, debout à côté du lit, visiblement inquiet, remarqua ma voix faible et se pencha vers moi.
« Comment tu l’as deviné ? »
J’avais tant de questions en tête que je posai d’abord la plus urgente.
« Je t’ai entendue le changer pour un code à huit chiffres pendant que je faisais la vaisselle tout à l’heure. »
Kang Uihyeon répondit en balayant du regard le personnel médical qui s’affairait autour de nous.
« Alors, ça devait être la date d’anniversaire ou le numéro de téléphone de quelqu’un. Ce n’était pas celui de Dogyeom, et si ça avait eu un rapport avec tes parents, je les connais tous. »
J’avais choisi le numéro de téléphone que mon père utilisait de son vivant, mais Kang Uihyeon l’avait deviné et était entré dans la maison en seulement quatre essais. Pas étonnant qu’il m’ait laissée le mettre à la porte. J’étais la seule à m’être encore ridiculisée, à faire toute une scène pour rien.
« Comment tu es arrivé ici ? »
Je voulais ensuite savoir comment il avait pu arriver juste au bon moment.
« Tu étais dehors tout ce temps ? »
« Oui. »
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