Chapitre 27
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Les dynamiques de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 27
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5. Une responsabilité temporaire
Dix-huit appels manqués, trente-cinq messages encore marqués d’un 1, quatorze textos non lus et sept messages privés qui s’étaient accumulés ensuite.
À peine rentrée des cours, je pris un médicament puissant contre le rhume alors que je n’étais pas malade, éteignis mon téléphone et allai me coucher. Quand j’ouvris enfin les yeux, près de minuit, mon téléphone débordait de messages d’une seule personne.
Ils venaient tous de Kang Uihyeon.
Je mourais d’envie de savoir ce qu’ils disaient, mais je ne les lus pas. J’éteignis de nouveau mon téléphone. Si son nom s’affichait à l’écran alors que je le tenais entre les mains, je n’étais pas sûre d’avoir la force de rejeter son appel.
Bien sûr, j’avais la tête embrumée après avoir pris des médicaments alors que j’étais en parfaite santé. Je traînai mon corps épuisé hors de ma chambre et fouillai dans le réfrigérateur. J’avais l’intention de manger quelque chose, de me ressaisir et d’étudier. M’écrouler après m’être fait briser le cœur et abandonner tout ce que j’avais à faire, ce n’était pas mon genre.
Je posai une casserole d’eau sur le feu pour faire cuire des ramyeon et jetai un coup d’œil au salon. Au moins, Mère était assise à sa place habituelle. J’avais eu peur de ma mère morte, et voilà que sa présence me réconfortait. Quelle façon égoïste et insouciante de voir les choses.
« Mère, maintenant, je sais faire de bons ramyeon, tu sais. »
Je bavardai tout en versant le sachet d’assaisonnement dans l’eau.
« Avant, je mettais toujours trop d’eau. Maintenant, j’arrive à doser à vue d’œil. »
Quand j’étais la petite dernière, sans souci, Mère me préparait parfois des ramyeon et me grondait parce que je mangeais quelque chose d’aussi mauvais pour la santé. À présent, personne n’était là pour me faire la moindre remarque, même si je ne mangeais que des ramyeon.
Les autres auraient peut-être cru que j’étais folle à m’entendre parler toute seule, mais j’avais besoin de quelqu’un avec qui raconter des bêtises. Sinon, j’allais peut-être creuser un trou, y construire une maison et y vivre pour toujours. Il fallait que je noie l’image de Kang Uihyeon serrant Jeong Sujin contre lui dans le bouillon de mes ramyeon et que je la disperse au milieu de mes marmonnements.
« Ça va être bon, hein ? Délicieux. »
J’ajoutai même des œufs achetés un mois plus tôt et que je n’avais toujours pas terminés, puis les battis énergiquement avec mes baguettes. Chaque fois que le ressentiment montait en moi, ma gorge me brûlait tandis que je le ravalais de force. Il fallait que je l’étouffe dans un bouillon épicé.
Mais je ne pus pas manger les ramyeon comme prévu.
Au moment où je tendis la main vers le placard pour prendre une petite assiette, la casserole qui bouillonnait sur la cuisinière bascula à plat sur le sol dans un boum, se retrouvant parfaitement à l’envers et répandant son bouillon brûlant partout. Le repas que j’allais enfin manger pour la première fois en douze heures venait de disparaître.
En fixant d’un air absent le bouillon qui s’étalait sur le parquet, je me dis que j’avais dû renverser la casserole par accident. J’avais dû être distraite et la faire tomber comme une idiote. Peut-être que mon coude avait heurté la poignée.
Mais, comme lorsqu’elle m’avait fait tomber sur la tasse brisée, Mère se tenait près de la scène du crime. Même si le bouillon rouge recouvrait le sol autour de ses pieds, ses chaussons n’étaient pas tachés.
« … L’anniversaire de ta mort est déjà passé. »
Je coupai d’abord calmement le feu.
« Alors pourquoi tu fais ça ? »
Après l’anniversaire de sa mort, Mère redevenait silencieuse comme une souris. Elle ne faisait pas tomber d’objets et ne me regardait pas dormir. Elle se contentait de rester assise sur le canapé du salon, immobile comme dans un tableau, pendant toute une année. Puis, à l’approche du mois de juin, elle se levait.
Mais c’était la première fois qu’elle provoquait quelque chose de ce genre après le trois juin. Bien sûr, la dernière fois où elle m’avait poussée et blessée, c’était aussi une première.
« Qu’est-ce que tu veux ? Je t’ai dit de me parler. Je t’ai dit de ne pas casser de tasses, alors tu as choisi quelque chose qui ne se casserait pas ? »
J’essayai de garder un ton raisonnable, mais je ne pus empêcher ma voix de trembler légèrement à la fin.
« C’était mon premier repas depuis douze heures. Tu ne seras satisfaite que si tu empêches même ta fille de manger ? »
La tristesse me griffa la gorge. Toutes les difficultés s’abattirent sur moi d’un seul coup, comme si elles voulaient me chasser de ce monde.
« Je ne me suis pas fâchée contre toi, ces derniers temps. Je ne t’ai pas demandé de partir. J’essaie de vivre en bonne intelligence avec toi, alors pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu continues à me rendre la vie difficile ? Pourquoi toi aussi, Mère ? »
Ce n’était qu’une portion de ramyeon, mais elle semblait avoir recouvert tout le sol. Je n’arrivais même pas à me résoudre à nettoyer. Toute ma force m’abandonna et je m’effondrai par terre. J’étais si épuisée que mon esprit s’obscurcit complètement.
J’entendis alors du mouvement derrière la porte d’entrée. Quelqu’un posa la main sur la serrure et tapa rapidement le code. Je croyais savoir de qui il s’agissait, mais j’aurais préféré que ce soit Yu Dogyeom. J’aurais mieux aimé me disputer avec mon frère, lui crier dessus pour lui demander pourquoi la maison était dans un tel état.
L’ombre de Kang Uihyeon entra dans la cuisine. Tout ce qu’il vit, ce fut la casserole de ramyeon renversée et moi, assise là, impuissante, les bras ballants. Mère, cette petite peste, s’était déjà réfugiée sur le canapé du salon.
Kang Uihyeon ne dit rien. Il sortit des essuie-tout, des lingettes et des chiffons, puis se mit à nettoyer les ramyeon renversés. À côté de lui, qui nettoyait en silence, je ramenai mes jambes contre moi et enfouis le visage entre mes genoux pour éviter son regard.
J’aurais dû crier sur cet homme qui s’affairait chez moi, lui demander ce qu’il fichait et lui ordonner de sortir. Mais tandis que j’écoutais les bruits d’une personne vivante, qui n’était ni Mère ni moi, je sentis enfin la tension dans ma nuque se relâcher.
Une fois la cuisine remise en ordre, Kang Uihyeon refit des ramyeon. J’étais toujours assise par terre et ne levais les yeux que pour le regarder à la dérobée. À travers les chaises de la salle à manger, je jetai un coup d’œil au salon, mais le canapé était vide. Mère s’était encore cachée quelque part.
« Viens manger. »
Ce furent les premiers mots que Kang Uihyeon prononça depuis son arrivée chez moi. Je ne fis pas ma tête de mule et pris simplement mes baguettes comme il me l’avait demandé. Je me promis de manger vite, de le mettre dehors et de changer le code de la porte.
« C’était ta mère ? »
Je fus surprise que Kang Uihyeon ait deviné aussitôt, mais je me contentai de hocher la tête sans rien laisser paraître. Il connaissait bien l’état de ma maison. Ce genre de chose ne le surprenait pas.
« Tu n’as rien mangé depuis le déjeuner ? C’est ton dîner ? »
Comprenant sans doute que je ne répondrais pas à voix haute, Kang Uihyeon poursuivit tout seul son jeu des vingt questions. Je n’avais qu’à hocher ou secouer la tête.
« Qu’est-ce que tu as fait jusqu’à maintenant ? Tu as étudié ? »
Je secouai la tête.
« Tu t’es juste reposée, hein ? Tu es restée chez toi, tu n’es pas sortie ? »
Je hochai la tête.
« Pourquoi tu es partie comme ça, tout à l’heure, sur le parking ? »
Mais je ne pouvais pas répondre à cette question par oui ou par non. Je choisis de me taire et continuai à manger mes ramyeon.
À la fête d’anniversaire de Jeong Sujin, Kang Uihyeon avait dit que j’étais jeune, puis Yu Dogyeom avait mis le doigt sur le vrai problème. Sur le chemin du retour, seule, je décidai que cette fois, je m’attacherais vraiment à Han Jio. J’allais sérieusement suivre le conseil que j’avais toujours ignoré : « Tu devrais sortir avec quelqu’un qui t’aime aussi. »
Alors, aujourd’hui, j’avais déjeuné avec Han Jio et étudié avec lui. J’avais complètement ignoré Kang Uihyeon. Et, sans même savoir ce qui n’allait pas, Kang Uihyeon avait lui-même sorti une remarque exaspérante, ce qui n’avait fait que renforcer ma résolution.
Mais ma tendance à me mettre en position de faiblesse dès qu’il s’agissait de Kang Uihyeon eut vite fait d’ébranler de nouveau ma résolution, et j’allai le chercher après la fin de son cours. Je n’avais rien d’important à lui dire. Je voulais seulement bavarder de choses et d’autres, comme si rien ne s’était passé, et retrouver notre relation d’avant.
Comme j’avais oublié ma promesse et m’apprêtais à refaire l’idiote, je surpris Kang Uihyeon et Jeong Sujin serrés l’un contre l’autre. Cette scène posa solidement les fondations de ma résolution : renoncer à lui pour de bon.
Alors, à partir de maintenant, je devais garder la tête froide.
« J’ai fini. Va-t’en. »
Je me levai avec la casserole, où il ne restait que du bouillon. J’allais la laver tout de suite quand Kang Uihyeon m’attrapa par le poignet.
« Oppa devrait rester dormir ici ? »
« Occupe-toi de tes affaires. »
« Et si tu te blesses encore comme la dernière fois ? »
« Lâche-moi. Je suis fatiguée. »
Je dégageai mon poignet de sa prise. Kang Uihyeon m’agaçait vraiment. C’était la première fois que je ressentais ça. J’avais beau lui dire de me laisser tranquille, je n’avais jamais réellement voulu qu’il cesse de se soucier de moi. Mais cette fois, mon attitude n’avait rien d’une comédie.
« Je vais le faire. »
Kang Uihyeon me prit l’éponge des mains. Je laissai derrière moi cet homme qui s’était proposé de faire la vaisselle et me dirigeai vers l’entrée pour changer le code. Cette fois, je n’en parlerais pas non plus à Yu Dogyeom. Il ne venait que quelques fois par an, de toute façon.
Kang Uihyeon eut vite fait de laver la vaisselle. Même s’il m’entendit changer le code de la porte, il ne dit rien. Comme s’il comptait vraiment passer la nuit ici, il entra dans la chambre de Yu Dogyeom et choisit à sa guise des vêtements pour se changer. J’avais l’intention de l’ignorer quoi qu’il fasse, mais je ne pouvais pas laisser passer ça.
« S’il te plaît, va-t’en. »
Debout sur le seuil, je suppliai Kang Uihyeon.
« Je suis vraiment épuisée, aujourd’hui. Je n’ai pas l’énergie de m’occuper de toi, alors va-t’en. »
« Ça te dérange que je sois dans cette maison ? »
« Oui. »
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