Chapitre 26
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ La dynamique de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 26
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Les lèvres de Chaewon s’étirèrent en un sourire narquois qui n’avait pas sa place là. Après une dernière remarque sarcastique, elle lui tourna le dos. Elle avait expédié leur conversation à la va-vite, mais se dirigeait docilement vers Han Jio.
En la regardant s’éloigner, il sentit des étincelles crépiter au fond de son ventre. Sa gorge le brûlait et le piquait. Il n’arrivait même pas à avaler, mais quelque chose remontait de ses entrailles, comme un reflux gastrique.
Uihyeon suivit Chaewon. Son esprit était encore bloqué devant le bâtiment de la Faculté des sciences naturelles ; seul son corps avançait. Il fit le vide en lui, délibérément, pour ne pas s’attarder sur cette facette de Chaewon qu’il venait de découvrir. S’il continuait à repasser la scène dans sa tête, il avait l’impression que tout son sang allait quitter son corps.
Des étudiants étaient dispersés dans la salle de cours 108 de la Faculté des sciences naturelles. Chaewon était assise au tout premier rang, à côté de Han Jio. Sous le regard surpris de ce dernier, Uihyeon traversa la salle et posa son sac juste derrière la chaise de Chaewon.
Han Jio jeta un coup d’œil à Uihyeon, puis sembla comprendre que ce n’était pas le moment de le saluer. Il se redressa sans rien dire. Chaewon gardait les yeux rivés sur son manuel de spécialité, sans lever une seule fois la tête, et Uihyeon ne regarda pas non plus vers l’avant.
Tout faisait du bruit en lui. Des sentiments de toutes sortes s’agitaient au fond de sa poitrine, au point qu’il lui était difficile de garder un visage impassible. D’abord, il y avait cette incompréhension persistante : pourquoi Chaewon était-elle en colère ? Ensuite, l’envie de la saisir par la nuque pour l’obliger à le regarder droit dans les yeux. Puis, celle de hurler quelque part. Enfin, celle d’éloigner Han Jio de Chaewon, sur-le-champ. Entremêlés comme des serpents en train de s’accoupler, ces sentiments lui serraient la gorge.
Son regard se posa sur les mots écrits dans le livre.
« Résolvez le problème. »
Des problèmes, encore des problèmes. Ces derniers temps, il en trouvait partout où il allait. Il avait mal à la tête.
Yu Chaewon n’avait jamais été un problème difficile à résoudre. À vrai dire, elle n’était qu’un exercice avec la réponse juste à côté. Chaewon était si transparente qu’il la voyait à travers ; inutile de se creuser la tête à son sujet. Un peu d’attention et de gentillesse, voilà tout ce qu’il lui fallait pour être heureuse, comme si elle avait tout ce qu’elle désirait.
Il lui arrivait de se sentir bizarre quand il regardait Chaewon, mais ce n’était pas un problème qu’il fallait résoudre dans l’urgence. Chaewon resterait toujours à la même place, et ses sentiments garderaient toujours la même intensité. Il lui suffisait de prendre des filles comme Jeong Sujin pour modèles, de pianoter sur sa calculatrice et de trouver tranquillement la réponse.
Mais Chaewon essayait de briser leur formule d’échange. Elle lui disait de ne plus prendre soin d’elle, de ne plus faire attention à elle, et rejetait ses gestes comme si elle en avait assez de tout.
Si elle avait eu quelques années de moins, il aurait pu mettre ça sur le compte de l’adolescence, sans se poser de questions. Mais la fille qui avait été gentille avec lui même pendant cette période venait soudain de lui crier de la laisser tranquille. C’était surprenant, déconcertant, et son esprit s’était retrouvé vide.
Oui. Il devait appeler ce sentiment de la perplexité. Son cœur était sens dessus dessous parce qu’il vivait ça pour la première fois, et le choc était d’autant plus grand qu’elle n’avait toujours été douce qu’avec lui.
La veille, c’était l’anniversaire de la mort des parents de Chaewon. Montrer à une jeune fille déjà à bout qu’il fêtait l’anniversaire d’une autre femme revenait à la provoquer. Il devait donc comprendre qu’elle soit en colère. Elle avait dû être malheureuse depuis la veille ; il devait généreusement accepter qu’elle ne soit pas elle-même.
Une fois qu’il eut vu les choses ainsi, le tumulte qui l’agitait s’apaisa peu à peu. Il reprit son souffle, prit du recul et examina la situation avec attention : tous les problèmes devinrent simples. Inutile de se torturer l’esprit. Yu Chaewon resterait Yu Chaewon, et les années qu’ils avaient partagées depuis l’enfance continueraient de s’accumuler, solidement, sans risque de s’effondrer.
Il n’y avait donc aucune raison de s’inquiéter. Tout ce qui concernait Yu Chaewon était parfaitement à sa place.
* * *
Uihyeon avait étudié à peine trente minutes dans la salle de cours d’un autre département. Il avait perdu un temps précieux à se rendre jusqu’à la Faculté des sciences naturelles alors qu’il avait encore des cours. Tout ça pour regarder Yu Chaewon et Han Jio étudier ensemble.
Est-ce que j’aimais que les choses soient efficaces ? Uihyeon laissa échapper un léger soupir. S’il n’avait vraiment recherché que l’efficacité, il n’aurait jamais envisagé une démarche aussi stupide.
En sortant de son dernier cours, il trouva un message de Sujin. Elle lui disait qu’elle était venue sur le campus ; il lui demanda donc de le rejoindre dans le parking sous le bâtiment de commerce. Il voulait éviter le désastre d’une rencontre devant les salles de cours bondées, où Chaewon aurait pu les voir. Après la façon si sèche dont elle s’était comportée aujourd’hui, il ne voulait pas lui donner une nouvelle raison de s’éloigner.
« Qu’est-ce qui t’amène jusqu’ici ? »
En s’approchant de Sujin, qui l’attendait, Uihyeon afficha son sourire habituel. Si Chaewon le voyait comme ça, elle grincerait sans doute encore des dents.
« Je suis venue ici avec mes amies aujourd’hui, et j’ai pensé à toi, oppa. Merci aussi d’avoir fêté mon anniversaire hier. »
Sujin tenait un sac en papier sur lequel était imprimé le nom d’une boulangerie. C’était celle, réputée pour son pain au sel, qui se trouvait devant l’Université de Sangheon.
« Tu n’avais pas besoin de m’acheter ça. C’est moi qui aurais dû t’offrir quelque chose. »
« Tu as aussi tes examens en ce moment, oppa. Je l’ai acheté pour que tu puisses en manger et travailler dur. »
Sujin lui tendit le sac en papier avec un sourire timide.
« … Et puisque j’étais dans le coin, je voulais aussi te voir. »
Uihyeon leva les yeux du sac. Peut-être à cause de la chaleur du soleil de fin d’après-midi, le visage de la jeune femme rougit facilement. Ses cils qui battaient à toute allure et ses lèvres tremblantes révélaient sans détour les sentiments qu’elle n’avait pas réussi à dissimuler.
Un homme ordinaire n’aurait-il pas pensé que c’était le moment de l’embrasser ? Mais Uihyeon pensa à une autre femme. Yu Chaewon, qui levait les bras avec timidité, mais tout naturellement, pour lui demander de la porter. Il l’imagina relever la tête, poser le menton contre sa poitrine et lui offrir son sourire idiot.
Il devait se reprendre. C’était le moment de se rappeler pourquoi il avait accepté des rendez-vous arrangés. N’avait-il pas décidé de rencontrer d’autres femmes pour découvrir d’où venaient ces désirs étranges ?
Uihyeon posa le dos de sa main sur le front de Sujin. La chaleur de son corps l’atteignit. Il sentit même les épaules de Sujin se raidir.
« Tu as le visage rouge. »
Uihyeon prononça ces mots tout exprès. Comme si elle lui répondait, le visage de Sujin devint encore plus rouge. Cela faisait deux mois qu’ils flirtaient sans même s’être tenu la main une seule fois ; ce contact devait donc avoir beaucoup d’importance pour elle.
Il sentait son cœur battre à toute vitesse à travers la chaleur de son corps, mais cela ne provoqua rien en lui. Ce n’était ni fascinant ni satisfaisant, et son ventre ne se nouait pas.
Après avoir examiné ses sentiments de près, Uihyeon retira sa main. Il s’apprêtait à conclure qu’il ne pouvait rien déduire de tout ça quand Sujin posa doucement le front contre sa poitrine.
« C’est parce que tu me regardes comme ça que je rougis, oppa. »
La réponse de Sujin ne retint pas l’attention d’Uihyeon. Il remarqua plutôt sa nuque sous ses cheveux attachés en queue-de-cheval, où quelques mèches s’étaient échappées. Il se demanda si cela lui ferait le même effet.
Uihyeon leva de nouveau la main et entoura doucement la nuque de Sujin. À cette posture qui semblait l’attirer dans ses bras, Sujin se raidit de la tête au dos. Même sans la voir, il devinait que ses yeux s’étaient écarquillés.
Le front et la nuque de Sujin avaient une température semblable. La sensation des mèches qui l’effleuraient doucement et le tour de cou si fin qu’il aurait semblé tenir dans une seule main lui rappelaient Chaewon. C’étaient toutes les deux des nuques humaines. Rien d’extraordinaire.
Pourtant, il ne ressentait pas cette chaleur qui aurait dû lui serrer la gorge. Malgré le léger parfum de shampoing qui émanait des cheveux sous son menton, aucun remous ne s’élevait dans sa poitrine. L’idée perverse de lui mettre un collier autour du cou ne convenait pas du tout à Sujin, si sage et bien mise ; elle ne pouvait même pas commencer à germer.
Qu’est-ce qui était différent ? Pourquoi n’arrivait-il pas à cesser de penser à Yu Chaewon ? Quelques instants plus tôt, il avait cru que le problème était simple ; à présent, la réponse s’était de nouveau perdue dans un labyrinthe.
Avait-il eu tort de se précipiter pour découvrir la nature de ces sentiments étranges ? Aurait-il dû les enfouir en faisant semblant de n’en rien savoir ? S’il n’avait pas rencontré Sujin et s’était contenté d’accepter l’affection indéfectible de Chaewon, leur relation aurait gardé son équilibre. N’était-ce pas lui, et non Chaewon, qui avait rompu cet équilibre ?
Perdu dans ses pensées, il resta longtemps collé à Sujin. Uihyeon ôta sa main de sa nuque et leva les yeux. Il sentit que quelqu’un les observait de loin.
Une silhouette familière, semblable à une poupée, se tenait à l’entrée du parking. Elle était trop loin pour qu’il distingue son expression. Il ne pouvait que deviner qu’elle les regardait droit dans les yeux et que la surprise l’avait arrêtée en pleine marche.
Après les avoir observés en silence, Yu Chaewon leur tourna le dos. Elle ne marchait ni vite ni lentement. Elle s’éloigna simplement sans hésiter, comme si elle n’avait rien vu.
« Oppa… ? »
Même si Sujin l’appelait à côté de lui, déconcertée, Uihyeon continua de suivre du regard Chaewon, déjà disparue.
Il pouvait imaginer le visage de Chaewon à cet instant. Ses yeux baignés de larmes, ses lèvres qu’elle mordillait encore et encore, ses épaules tremblantes et sa taille raide tandis qu’elle s’efforçait de continuer à marcher droit malgré tout.
Cette image était-elle une déduction raisonnable, fruit de toutes ces années à connaître Chaewon, ou bien l’arrogance de quelqu’un qui s’était nourri à sens unique de son dévouement inébranlable ?
Tout cela n’était que suppositions, mais une chose était sûre : l’angoisse qui lui desséchait la bouche.
Ce jour-là, Chaewon ne lui répondit pas du tout.
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