Chapitre 22
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Les dynamiques de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 22
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Quand une tragédie effroyable frappa le foyer des Dogyeom, Chaewon s’accrocha désespérément à Kang Uihyeon. Son frère aîné, sur qui elle aurait dû pouvoir compter, semblait avoir perdu toute réaction, comme s’il avait renoncé à tout. À sa manière, elle avait trouvé l’endroit le plus sûr où se réfugier.
Uihyeon devint son refuge. Il n’avait pas eu à faire grand-chose. Nourrir Chaewon, qui avait perdu les parents qu’elle aimait et s’accrochait à lui comme s’il était son univers, ou lui offrir son épaule, ce n’était pas bien difficile. Tout le monde avait un peu de compassion facile en soi. Il croyait simplement se montrer généreux envers une fille à plaindre. N’importe qui aurait fait pareil.
Tout changea après le retour de Chaewon chez elle, au sortir des funérailles.
Dogyeom fumait tandis qu’il discutait avec Uihyeon de ce que son ami comptait faire de ses études, quand Chaewon appela. Pas son frère de sang, mais lui, l’ami de son frère.
« Oppa, Maman est à la maison. »
Cette phrase absolument impossible lui vida l’esprit. Il resta là, les lèvres remuant sans qu’il sache comment réagir, jusqu’à ce que les pleurs de Chaewon le tirent de sa stupeur. C’étaient les sanglots de chagrin qu’elle avait enfin laissés éclater quelques heures plus tôt, juste avant le cortège funèbre, après les avoir retenus tout ce temps.
Uihyeon arracha précipitamment la cigarette des mains de Dogyeom. Quand son ami lui demanda ce qui se passait, il ne cessa de répéter qu’il devait monter vérifier. Alors qu’ils entraient ensemble dans l’ascenseur, une angoisse étrange, inconnue, s’empara de lui.
Chaewon tremblait dans le couloir. Incapable d’entrer ou de s’enfuir, elle était accroupie contre la porte d’entrée. En entendant leurs pas précipités, elle leva les yeux. Son visage était déjà trempé de larmes.
« Ah, putain. Qu’est-ce qui se passe ? »
Dogyeom posa la question, mais Chaewon ne répondit pas. Elle regarda seulement Uihyeon. À l’instant où leurs regards obstinés se croisèrent, il sut qu’elle ne mentait pas. Pourtant, elle avait à peine dormi depuis trois jours. Elle pouvait très bien avoir des hallucinations.
« Entrons ensemble. »
Uihyeon prit Chaewon par le coude et l’aida à se relever. Il sentit les tremblements de sa main agrippée à sa manche. Alors, il lui serra la main à son tour. Sinon, il avait l’impression que la pauvre allait vaciller et s’effondrer.
La maison était silencieuse. Chaewon avait peut-être essayé de l’aérer en rentrant plus tôt, car la fenêtre du salon n’était qu’à moitié ouverte. La maison baignait dans le soleil, mais il y faisait si chaud que l’air en devenait étouffant.
Et Chaewon fixait le milieu du canapé. Uihyeon ne voyait qu’un canapé vide, mais elle devait y voir sa mère morte.
« Elle est là ? »
Uihyeon choisit ses mots avec précaution. Chaewon hocha lentement la tête.
« Quoi ? De quoi vous parlez ? »
Dogyeom s’emporta, impatient. Son ami et sa sœur avaient une conversation sérieuse en fixant le vide. Une peur instinctive semblait s’être emparée de lui.
« Elle dit que ta mère est là-bas. »
Uihyeon désigna le milieu du canapé.
« Toi aussi, tu la vois ? »
« …Quoi ? »
Dogyeom pâlit sur-le-champ. Son regard passa du canapé à sa sœur. Sa lèvre supérieure trembla, puis se calma, tandis que sa poitrine se soulevait et s’abaissait violemment sous sa chemise froissée.
« Mais qu’est-ce que tu racontes, putain ? »
Uihyeon vit alors passer dans les yeux de Chaewon une lueur de déception et de désespoir. Sa mère morte lui était apparue, et le seul membre de sa famille qui lui restait refusait de la croire.
« Ne te fous pas de moi, Yu Chaewon. Tu crois que je ne sais pas que tu fais ça pour attirer l’attention ? T’es au lycée, merde ! Ça t’amuse d’utiliser nos parents comme ça ? C’est impardonnable ! »
Dogyeom s’emporta comme s’il avait été insulté. Il ne semblait pas remarquer que sa sœur tremblait de tout son corps ; il tirait sur sa cravate en respirant bruyamment.
« Pourquoi Maman serait ici ? Tu crois que t’es la seule à souffrir ? Moi aussi, je souffre ! Je suis bouleversé, je suis triste, et j’ai un putain de mal de crâne ! On est déjà assez dans la merde comme ça, pas besoin que tu viennes foutre le bordel en plus ! Qu’est-ce que tu cherches encore à nous mettre sur le dos ? »
Uihyeon pouvait comprendre la réaction de Dogyeom. Leurs parents étaient morts en allant le chercher. Il devait devenir fou de ne pas pouvoir se pardonner d’être encore en vie et indemne. Il devait vouloir se détourner de tout et fuir. Il n’arrivait même pas à accepter la réalité. Comment aurait-il pu avoir l’esprit assez libre pour s’occuper de sa petite sœur ? Voilà pourquoi Uihyeon avait pris les choses en main et s’occupait de Chaewon.
Dogyeom frissonna et sortit en courant. Uihyeon ne suivit pas son ami. Il resta plutôt auprès de Chaewon. Il la serra contre lui tandis que les larmes roulaient en silence sur son visage et lui tapota l’épaule. Ses sanglots étouffés lui réchauffèrent la poitrine.
… Il y avait un fantôme, là-bas.
Uihyeon contempla le canapé que Chaewon avait désigné et se demanda quoi faire. Il demanderait à ses parents de lui trouver un chaman réputé. S’ils apaisaient l’esprit de sa mère et l’aidaient à rejoindre l’au-delà comme il se devait, tout irait bien. Chaewon se sentirait mieux, elle aussi. Ce serait bien de lui procurer quelques talismans. Peut-être que des haricots rouges ou de l’ail feraient l’affaire.
À l’époque, il crut qu’il ne s’agissait que d’un incident passager. Si Chaewon mangeait bien et se reposait, elle irait mieux. Si un rite chamanique lui apportait du réconfort et que le temps faisait son œuvre, les relations entre le frère et la sœur finiraient aussi par s’arranger.
Mais Chaewon ne faisait que se renfermer davantage. La fille qui souriait si facilement autrefois devint aussi rêche que du papier de verre et cessa de passer du temps avec ses amis. Après les cours et l’académie, elle passait ses journées assise dans le café devant chez elle, jusque tard dans la nuit.
Il aurait été préférable que Dogyeom soit au moins quelqu’un sur qui elle puisse compter, mais l’ami d’Uihyeon avait même abandonné ses études et errait d’un studio exigu à l’autre, chez de jeunes femmes. Il ne vérifiait jamais si sa sœur mangeait convenablement.
Quand une jeune fille n’avait personne pour veiller sur elle, ça se voyait. Les employés et les clients du café avaient peut-être remarqué la fragilité de Chaewon, car de plus en plus d’entre eux lui demandaient son numéro. Sans se soucier de son uniforme scolaire, ils essayaient de se glisser dans les failles laissées par son malheur.
« Tu veux déménager ? »
Uihyeon posa la question en forçant Chaewon à manger les accompagnements qu’il avait apportés de chez lui. Rien ne s’arrangeait de soi-même. Les choses avaient bien plus tendance à tourner au désastre qu’à s’améliorer.
« Si je déménage… »
Chaewon jeta un regard vers le salon.
« Et si quelqu’un d’autre emménageait, mais que Maman continuait à s’asseoir là ? »
Son poignet si fin semblait peiner à tenir même des baguettes.
« Je ne veux pas m’enfuir en laissant Maman derrière moi. Je veux juste qu’elle disparaisse d’elle-même, sans rester attachée à quoi que ce soit. »
Il avait cru qu’elle restait dehors parce qu’elle avait peur, mais Chaewon était déjà parvenue à sa propre conclusion. Elle porterait seule le fardeau de sa mère. Il ne savait pas si c’était admirable ou imprudent.
Vivre avec sa mère morte. Il l’avait vue traverser tout ça depuis le début, juste à côté d’elle, mais Uihyeon avait encore du mal à imaginer à quel point cela devait être terrifiant et épuisant. Ce qui le préoccupait le plus, c’était que cette hallucination poussait Chaewon à rentrer tard tous les jours, à errer sans but et à attirer l’attention des hommes.
Et si un salaud sans scrupules l’embobinait et lui gâchait le reste de sa vie ?
À cette pensée, Uihyeon serra lentement le poing sous la table. Une rage noire comme la nuit lui traversa brièvement l’esprit, telle une nuée de poussière jaune, puis retomba.
« Tu veux que je reste avec toi ? »
En prononçant ces mots, Uihyeon se rendit compte qu’il ne pouvait plus considérer Chaewon comme un simple chiot adorable chez son ami. La caresser parce qu’elle était mignonne et lui donner quelques friandises ne suffisait pas. Une vie dont il fallait prendre soin, qu’il fallait laver, habiller, promener et protéger, venait soudain de tomber entre ses mains.
Un lourd sentiment de responsabilité s’installa en lui. C’était présomptueux de la part de quelqu’un qui n’était même pas son vrai grand frère, pourtant ce poids sur ses épaules lui parut étrangement bienvenu. Il n’avait aucun titre officiel et personne ne reconnaîtrait ce rôle, mais l’idée de prendre soin d’elle de ses propres mains satisfaisait quelque chose en lui. Comme s’il avait attendu depuis longtemps qu’on lui confie ce poids.
« Je viendrai ici après les cours. On étudiera ensemble et, quand tu t’endormiras, je rentrerai chez moi. »
Une faible lueur éclaira peu à peu le visage sombre de Chaewon.
« Alors, quand tu auras fini l’académie, ne va pas au café. Rentre directement. Compris ? »
Il n’avait même pas fini de parler que Chaewon hochait déjà vivement la tête.
« Oui, je t’écouterai, oppa. Je travaillerai bien et je rentrerai directement. Je n’irai nulle part ailleurs. »
La réponse docile de Chaewon fit gonfler quelque chose dans la poitrine d’Uihyeon. Il avait souvent trouvé mignonne la façon dont elle le suivait partout, mais c’était la première fois qu’il sentait quelque chose au fond de lui s’apaiser.
« Oppa, alors tu viendras tous les jours à partir de demain ? »
« Oui. »
« D’accord. Je rangerai et je t’attendrai. Je n’irai plus au café. »
Il y avait une certaine satisfaction à entendre quelqu’un dire qu’il ne l’écouterait que lui et ferait ce qu’il voulait. Uihyeon savait qu’il devait cacher ce sentiment aux autres. Heureusement, il savait faire la différence entre ce qui était normal et ce qui ne l’était pas.
Et Chaewon écouta vraiment Uihyeon.
Elle se mit à prendre tous ses repas au lieu de les sauter à sa guise, et elle se réveilla moins souvent en pleurant. Son ressentiment envers Dogyeom grandissait de jour en jour, mais elle disait tout franchement à Uihyeon, qui n’avait pas une goutte de sang en commun avec elle. Elle ne lui cachait ni le code de son téléphone ni le journal où elle écrivait des malédictions. Au dîner, elle lui parlait librement d’un garçon de la même académie qui n’arrêtait pas de lui envoyer des messages.
« Tu veux que je lui parle ? »
« Ouais, vas-y. Il me tape sur les nerfs. »
À première vue, Uihyeon semblait généreusement lui consacrer son temps. Mais en réalité, Chaewon se pliait entièrement à ses exigences. Elle ne faisait pas ce qu’il lui interdisait et faisait ce qu’il lui demandait, même quand elle devait se forcer. Ce qu’elle mangeait, l’académie qu’elle fréquentait, sa façon d’étudier et même l’heure à laquelle elle se couchait : tout dépendait de l’accord d’Uihyeon.
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