Chapitre 21
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ La dynamique de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 21
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4. Formule d’échange
« … tu vois ? C’est ça qui était si drôle. »
Les lampadaires blancs projetaient de longues ombres sous les arbres qui bordaient la route. Des gens en vêtements légers et des voitures filaient dans la nuit. Uihyeon les contemplait d’un air absent.
« Alors j’ai dit à Gayoung de ne pas le faire. Mais tu sais ce qu’elle m’a répondu ? »
Le paysage défilait derrière la vitre sans qu’Uihyeon y prête attention, et le bavardage de Sujin, assise à côté de lui, lui passait par-dessus la tête. Ce n’était pas seulement parce qu’il avait bu après une longue abstinence qu’il n’arrivait pas à se concentrer.
« Oppa. Oppa ? »
Sujin finit par remarquer qu’il y avait quelque chose qui clochait. La femme qui lui saisit l’avant-bras comme pour le ramener à elle affichait une déception manifeste.
« Oui, je t’écoute. Qu’est-ce qu’elle a dit, Gayoung ? »
« Tu es fatigué ? »
Il ne l’était pas. Mais, dans cette situation, prétendre qu’il l’était la blesserait moins.
« Oui, un peu. »
« Tu es allé au columbarium aujourd’hui, c’est normal que tu sois fatigué. Chaewon avait l’air épuisée, elle aussi. On aurait peut-être dû lui proposer de venir dans cette voiture avec nous. »
Heureusement, Sujin le comprit vite. C’était pour cela qu’il était facile de fréquenter les gens gentils et simples : ils prenaient les paroles au pied de la lettre.
« Chaewon s’entend bien avec oppa Dogyeom ? Ils avaient l’air distants, aujourd’hui. »
« Ils sont comme tous les frères et sœurs. »
« Je vois. Mes amies qui ont des sœurs sont très proches, mais les frères et sœurs de sexes différents ont tendance à s’éloigner en grandissant. J’espère qu’oppa Dogyeom prend bien soin d’elle. »
Ils parlaient de Chaewon depuis trop longtemps. Uihyeon consulta le GPS devant lui pour voir combien de minutes il leur restait avant d’arriver.
« En les voyant aujourd’hui, j’ai trouvé que Chaewon et oppa Dogyeom se ressemblaient beaucoup. C’est évident, puisqu’ils sont frère et sœur ? Ils ont tous les deux des yeux de chat. »
« Chaewon ressemble plutôt à un chiot. »
« Hein ? »
Sujin pencha la tête, perplexe. Mais Uihyeon campa sur ses positions.
« Elle se comporte comme un chiot. »
Yu Chaewon revenait souvent dans leurs conversations. Il l’avait présentée à Sujin comme une amie d’enfance, presque une petite sœur, et lui avait dit un jour qu’il veillait davantage sur elle à cause de sa situation familiale particulière. Maintenant que Sujin savait que c’était le jour anniversaire de la mort des parents de Chaewon, il était naturel qu’elle éprouve de la compassion et s’inquiète pour elle.
Mais il n’avait pas envie de parler de Chaewon, là, tout de suite. Indépendamment du fait que cette journée avait été difficile pour elle, chaque fois qu’il entendait son nom, il avait la bouche sèche et rêche. Comme s’il venait de croquer dans un kaki âpre.
« Alors, tu avances dans tes révisions pour les examens ? »
Uihyeon changea donc de sujet. Il fixa Sujin et s’efforça de retenir ses pensées qui ne cessaient de s’égarer. Il leur restait environ huit minutes avant d’arriver chez elle. S’il tenait jusque-là, il pourrait enfin être seul et garder le silence.
* * *
Une fois rentré et douché, Uihyeon consulta d’abord son téléphone. Aucun message de Chaewon. Il lui avait dit de le contacter s’il lui arrivait quelque chose, mais rien ne s’était donc passé depuis tout ce temps ? Ou bien n’avait-elle pas envie de lui parler ?
La deuxième option était sans doute la plus probable. Il l’avait emmenée dîner avec Sujin tout en sachant exactement à quel point elle en serait contrariée, et Dogyeom l’avait aussi mise à bout sans relâche. La fierté de Chaewon avait dû en prendre un sacré coup.
Uihyeon consulta ensuite les réseaux sociaux de Chaewon. La dernière publication de son compte, qu’elle délaissait, était toujours une photo du bouquet qu’il lui avait offert pour son diplôme de fin de lycée. Il savait que Chaewon ne se servait des réseaux sociaux que pour chercher des informations ou contacter des gens, mais il avait pris l’habitude de vérifier régulièrement son compte.
Uihyeon ouvrit la liste des abonnements de Chaewon. Sur le compte de Han Jio, une photo de son bureau avait été publiée une heure plus tôt : des livres et une tablette y étaient éparpillés. Il était évident qu’il l’avait prise pour attirer l’attention de Chaewon. Il croyait vraiment pouvoir la séduire avec une photo aussi ennuyeuse ? Uihyeon devait-il le trouver naïf ?
[Aimé par chaeone_u et d’autres personnes.]
Pourtant, Chaewon avait délibérément appuyé sur le cœur. Elle ne lui avait pas envoyé un seul message, mais elle avait pris le temps de regarder la photo publiée par un autre homme.
Uihyeon inspira profondément, puis expira. En songeant à tout ce qu’un simple cœur de Chaewon, posé sans réfléchir, pouvait représenter pour Han Jio, il sentit la colère lui monter à la tête. Chaewon ne faisait que jouer avec Han Jio pour attirer son attention, alors pourquoi s’était-elle donné la peine d’aimer une photo pareille ? Il n’y comprenait rien.
Uihyeon déplaça ensuite son pouce jusqu’au contact de son meilleur ami. À peine eut-il appuyé sur le bouton d’appel que la voix de Dogyeom retentit.
« Ouais. Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Tu es passé à la maison ? »
« Non. »
La réponse désinvolte de Dogyeom réveilla l’irritation qui sommeillait en Uihyeon. Il aurait tout de même pu remplir son devoir de frère, un jour pareil. De toute façon, c’était le chauffeur de taxi qui conduisait. Était-ce si difficile de l’accompagner ?
« Tu as laissé Chaewon rentrer seule ? »
« Elle a dit qu’elle voulait rentrer de son côté. Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? »
Uihyeon ferma lentement les yeux. Une voix de femme s’éleva au bout du fil. C’était probablement la petite amie que Dogyeom fréquentait depuis deux ou trois mois.
« Elle t’a contacté, pas vrai ? Quoi, elle est vexée d’avoir dû rentrer seule ? Hé, tu la connais. Son truc, c’est de faire pitié. »
Comme Dogyeom le supposait, Chaewon aurait dû l’appeler depuis longtemps pour se plaindre. Pourtant, le téléphone d’Uihyeon restait muet. Il y avait sûrement plusieurs explications. Une journée pareille avait pu l’épuiser. Elle voulait peut-être éviter de déranger Sujin, qui était avec lui. Ou alors elle n’avait plus la force de prétendre que tout allait bien, la fierté en miettes.
Aucune de ces raisons ne correspondait à Yu Chaewon, si obstinée et aveugle.
« Tu n’as pas entendu ce qu’elle a dit aujourd’hui ? Elle a dit qu’elle était grande. C’est une adulte, alors laisse-la tranquille. »
« D’accord. Salut. »
Après avoir raccroché avec Dogyeom, Uihyeon tendit aussitôt le doigt vers le numéro de Chaewon, puis s’arrêta. Si elle voulait lui parler, elle le ferait d’abord. Son rôle se limitait à veiller sur Chaewon à la place de Dogyeom, pas à démêler toutes les émotions qu’elle n’arrivait pas à gérer. Cela devait rester entièrement son problème.
Assis au bord de son lit, Uihyeon passa son téléphone du mode vibreur au mode sonnerie. Il régla le volume au maximum, pour que le bruit le tire de son sommeil à tout moment, même avec la tête lourde de vin.
La dernière chose qu’il consulta fut sa galerie de photos. Sans même avoir besoin de trier, il retrouva aussitôt cette photo. Les dos d’un homme et d’une femme devant un tableau rose. Une fille aux cheveux noirs qui lui descendaient jusqu’à la taille, à côté d’un homme aux épaules larges. Une photo de Chaewon et Han Jio, côte à côte, lors de leur rendez-vous, incapables de dissimuler leur gêne. C’était lui qui l’avait prise.
Il se surprenait à regarder cette photo de temps en temps. Il ne savait pas pourquoi, mais c’était comme s’il ne cessait de toucher une petite peau arrachée. Il ne pouvait s’empêcher d’y penser quand il la laissait tranquille, mais il savait qu’en l’arrachant d’un coup, elle s’infecterait. Alors, il ne faisait rien.
Ces derniers temps, il la regardait plus souvent. Il fallait qu’il fasse quelque chose, qu’il la coupe avec un coupe-ongles ou autrement. Uihyeon appuya sur la corbeille en bas de l’écran pour supprimer la photo. Mais lorsqu’un autre message lui demanda s’il voulait vraiment l’effacer, il ne parvint pas à confirmer et quitta la galerie.
Il posa son téléphone à côté de son oreiller et s’allongea sur le dos. Une sensation d’oppression se répandit lentement au creux de son plexus solaire. Chaque fois qu’il pensait à Yu Chaewon, sa poitrine se ratatinait comme du papier froissé et il étouffait. Cela faisait déjà presque un an qu’il avait commencé à ressentir ça.
Uihyeon se tourna sur le côté, face à son téléphone. Il respirait un peu mieux ainsi. Dans la pénombre, l’écran restait noir et endormi.
* * *
Yu Chaewon ressemblait à un chiot. Pas par son apparence, mais par son comportement.
La petite sœur d’un ami était comme ces bichons maltais ou ces caniches qu’on voyait quand on rendait visite à cet ami. Comme un animal de compagnie qu’il suffisait de couvrir d’affection et de gâter, sans avoir la moindre responsabilité. Il n’y avait qu’à se réjouir qu’il vous adore, qu’il devienne capricieux ou non.
Si Uihyeon avait pris soin de la petite sœur de son ami, ce n’était pas parce qu’il était particulièrement gentil ou généreux. C’était juste qu’il la trouvait mignonne. Elle l’écoutait mieux que son propre frère et rayonnait dès qu’elle le voyait, alors il n’avait aucune raison de la repousser. Parfois, il faisait exprès de ne pas la remarquer, parce qu’il la trouvait adorable quand elle le suivait partout.
Même quand Chaewon entra dans l’adolescence et se contenta de le saluer timidement avant de filer dans sa chambre, il ne prit pas ses sentiments au sérieux. Les gens de son âge étaient souvent timides. Même lorsqu’elle lui tendait avec hésitation des friandises joliment emballées pour la Saint-Valentin ou le Pepero Day, il se contentait d’en rire. C’était comme si une queue invisible tournoyait derrière elle.
Quand Dogyeom partit étudier aux États-Unis et qu’Uihyeon s’engagea dans l’armée, il commença à se poser des questions en recevant sans faute les lettres de Chaewon à la base. Elle n’envoyait même pas un seul message à son propre frère, alors l’aimait-elle vraiment à ce point ? On disait qu’un animal qu’on avait élevé nous témoignait une affection pure et inconditionnelle. Était-ce quelque chose de ce genre ?
Ça ne le dérangeait pas, même s’il n’avait pas l’intention de lui rendre ses sentiments. Chaewon l’aimait depuis si longtemps que cela lui paraissait naturel. Il la choyait, et elle le suivait. Plus elle lui obéissait, plus il la félicitait et la chérissait. Leur relation reposait sur cette formule d’échange.
Il ne comprenait pas pourquoi Dogyeom était parfois gêné par sa sœur. Qui, au juste, se sentirait sous pression parce que le chien d’un ami se comportait adorablement devant lui ? Il suffisait de le caresser pour le féliciter.
Bien sûr, il ne l’avait jamais dit à voix haute. Uihyeon savait lui-même qu’il pensait un peu différemment des autres. Ce n’était pas assez grave pour nécessiter une visite à l’hôpital, mais il avait conscience qu’il y avait un léger défaut dans ses calculs mentaux lorsqu’il s’agissait des gens.
Notes de bas de page :
Le Pepero Day est une fête coréenne célébrée le 11 novembre, lors de laquelle on s’offre généralement des bâtonnets de biscuits enrobés, appelés Pepero.
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