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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Les dynamiques de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 2
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Je gardai une contenance plutôt calme jusqu’à la maison. Je ne pensai pas trop à Kang Uihyeon, ne jetai pas sans cesse des coups d’œil à mon téléphone et ne me mordillai pas nerveusement les lèvres. Pour quelqu’un qui s’inquiétait au moindre de ses gestes, je faisais de vrais efforts pour me montrer forte.
Je passai devant ma mère, assise bien droite sur le canapé du salon, en faisant semblant de ne pas la voir. Elle fixait simplement la télévision éteinte et ne m’adressa pas la parole non plus. Le silence qui emplissait la maison durait depuis trois ans ; rien d’étonnant, donc. À vrai dire, le moindre bruit suffisait à me raidir l’échine.
Même pendant que je me lavais et enfilais mon pyjama, maman resta là, immobile comme une nature morte, sans émettre le moindre son. Sa silhouette était floue, comme esquissée d’un trait léger. On aurait dit qu’elle disparaîtrait si je fermais les yeux très fort avant de les rouvrir. Pourtant, maman n’avait jamais quitté cette maison depuis ce jour, trois ans plus tôt.
Cette personne était ma mère, mais en même temps, elle ne l’était pas.
C’était un fantôme que je voyais depuis trois ans. Une image rémanente de maman, que j’avais aperçue pour la première fois en rentrant chez moi après les funérailles de mes parents, par une journée où le soleil brillait de mille feux.
Ma mère morte était restée dans la maison, comme lorsqu’elle était en vie. Elle passait le temps dans son propre monde, comme si elle n’avait pas conscience de la présence de sa fille ; parfois, elle faisait tomber des objets dans la cuisine, l’un après l’autre, comme pour me faire sentir qu’elle était là. Il lui arrivait aussi souvent de me regarder dormir, comme si elle avait quelque chose à me dire.
Chaque fois que je me réveillais en sursaut et croisais le regard du fantôme qui avait le visage de ma mère, je fondais en larmes, hystérique. Quand mon esprit à bout de forces atteignait ses limites, il m’arrivait même de tomber à genoux devant elle et de la supplier de quitter cette maison.
Mais maman veillait sur la maison comme une statue de pierre. Ni les rites chamaniques ni les talismans n’avaient fonctionné. Même après avoir accepté les offrandes commémoratives préparées avec soin, ma mère morte n’avait pas eu l’intention de faire le moindre pas.
Et trois ans avaient suffi pour que je m’habitue à cette cohabitation glaçante.
Je laissai maman dans le salon et m’allongeai sur mon lit. Le téléphone près de mon oreiller vibra brièvement, mais je tirai la couverture par-dessus ma tête et n’y prêtai pas attention. Je ne voulais pas que l’expéditeur soit Kang Uihyeon, et je le voulais encore moins si ce n’était pas lui.
Cette fois, pourtant, mon téléphone se mit à sonner avec tant d’insistance et si longtemps que je ne pouvais plus l’ignorer. Je sortis juste les yeux de sous la couverture : l’écran brillait dans le noir. Le nom « Oppa Uihyeon♥ » y flottait.
J’ouvris grand les yeux et foudroyai du regard le téléphone qui vibrait. Voyons qui craquera le premier. Ce n’est que maintenant que je retrouvai la fierté que je jetais toujours aux oubliettes dès que je me trouvais devant Kang Uihyeon.
Enfin, le téléphone cessa de vibrer. Le nom de Kang Uihyeon resta affiché avec la mention « appel manqué ». Je n’eus même pas le temps de regretter de ne pas avoir répondu que le téléphone vibra de nouveau. Cette fois, je décrochai tout de suite au lieu de jouer à qui tiendrait le plus longtemps. Avec Kang Uihyeon, je me portais toujours volontaire pour perdre.
« Tu es rentrée ? »
La voix calme de Kang Uihyeon me parvint par le haut-parleur. Les yeux me piquèrent, puis ma vision se brouilla de larmes. Je hochai la tête avant de me rappeler qu’il s’agissait d’un appel vocal, puis je me forçai à parler.
« … Oui. »
« Tu as encore mal au ventre ? »
Je lui avais pourtant clairement dit d’arrêter de se soucier de moi et de me laisser tranquille. En plus, il allait bientôt avoir une petite amie. Qu’étais-je censée faire de mes sentiments quand il continuait à prendre soin de moi avec autant de constance, même après m’avoir entendue lui adresser des paroles aussi dures ?
« Oui. Ça va. »
« Et ton masque de nuit ? »
Kang Uihyeon était le seul étranger à connaître le secret de cette maison. C’était le seul visiteur qui pouvait accourir ici quand je l’appelais au milieu de la nuit, en pleurs, comme si j’étais prise de convulsions. C’était aussi lui qui m’avait offert un masque de nuit en me disant de le porter pour dormir, afin que je n’ouvre pas les yeux et ne découvre pas maman en train de me regarder.
« Je ne l’ai pas encore mis. »
« Mets-le et va dormir. »
C’était toute la tendresse dont il était capable.
« Merci pour le cadeau et la lettre. »
L’appel se termina sur ces mots. Malgré tout, je me roulai sur le côté et gardai le téléphone contre mon oreille. Je serrai contre moi ce téléphone qui ne faisait rien d’autre que m’irradier, et me complus dans mon malheur.
Pauvre Yu Chaewon. Idiote de Yu Chaewon. Yu Chaewon, qui ne savait pas rester à sa place.
Après m’être accablée, je mis mon masque de nuit et me réfugiai sous la couverture. Même avec le tissu noir sur les yeux, l’image de Kang Uihyeon et Jeong Sujin assis côte à côte s’imprima derrière mes paupières.
Même si maman ne venait pas dans ma chambre cette nuit-là, un horrible cauchemar ne manquerait pas de me tourmenter. Je me réveillerais à bout de souffle, mais je n’appellerais toujours pas Kang Uihyeon. Je tâtonnai de la main et éteignis complètement mon téléphone.
* * *
Des pétales roses tombés des cerisiers roulaient en désordre le long de la route. La fin de leur floraison annonçait l’approche des examens de mi-semestre. Cela signifiait aussi que, que mon amour à sens unique de dix-sept ans risque ou non de prendre fin de force, il fallait d’abord que je m’installe à un bureau pour étudier.
Je m’étais forcée à aller à la bibliothèque centrale de l’université quand une légère odeur boisée me parvint. J’avais tellement senti ce parfum en choisissant le cadeau que j’en avais eu la nausée ; impossible, donc, de ne pas savoir à qui il appartenait.
Bientôt, un sac lourd fut posé près de mon bureau. Malgré cette présence familière, je ne levai pas les yeux. Je fixai ma tablette avec acharnement pour ne pas commettre l’erreur de regarder à côté de moi.
Kang Uihyeon ne me manifesta pas davantage sa présence. Il portait le parfum que je lui avais offert, mais faisait comme si j’étais une étrangère qui n’avait rien à voir avec lui. Mon humeur, déjà morose, s’assombrit encore.
J’aimais qu’il s’assoie à côté de moi, mais je détestais ça aussi. Pourtant, s’il avait choisi une autre place, je l’aurais détesté encore davantage. Depuis longtemps, j’étais habituée aux montagnes russes de mes émotions dès qu’il s’agissait de Kang Uihyeon.
Je me dis soudain que c’était une chance que Jeong Sujin ne fréquente pas cette université. Au moins, je n’aurais pas à les voir se coller l’un à l’autre et flirter devant moi. Dans l’enceinte de l’établissement, je pourrais sans doute passer du temps avec Kang Uihyeon comme avant, à condition de cacher soigneusement le sentiment d’échec que j’éprouvais en présence de Jeong Sujin.
Je traçais consciencieusement des lignes sans intérêt sous mon manuel quand un café en canette et du chocolat apparurent soudain dans mon champ de vision. J’espérai que Kang Uihyeon me les avait offerts, mais quand je levai les yeux, un homme que je ne connaissais pas me regardait.
Nos regards se croisèrent et il m’adressa un sourire gêné. Ses paupières légèrement plissées se courbaient autour de ses yeux, lui donnant un air enjoué et innocent. En revanche, son cou épais et son torse large lui conféraient une carrure plutôt robuste.
L’homme posa un papier plié en carré et s’en alla. Quand je dépliai le mot, j’y découvris un message cliché, écrit d’une écriture brouillonne.
[Bonjour :)
Je m’appelle Han Jio, je suis au département de mathématiques.
Accepte ces petits cadeaux et bon courage pour tes révisions ! Tu vas y arriver, héhé.
010-XXXX-XXXX]
Depuis mon enfance, mes critères étaient entièrement dictés par Kang Uihyeon, ce qui m’avait placée la barre beaucoup trop haut. Malgré tout, je trouvai Han Jio plutôt pas mal. Peut-être parce que j’étais devenue anxieuse depuis que Kang Uihyeon fréquentait quelqu’un. La pression de devoir vite me reprendre en main avait peut-être fait grimper Han Jio de plusieurs crans dans mon estime.
J’imaginais déjà me présenter devant Kang Uihyeon en tenant la main d’un autre homme quand une main se tendit à côté de moi et m’arracha le mot d’un geste vif. Sans un mot, Kang Uihyeon en parcourut le contenu. Puis il se mit à recopier le nom et le numéro de téléphone de l’homme dans son propre carnet.
Je regardai Kang Uihyeon faire. C’était notre procédure tacite. Chaque fois qu’un homme s’intéressait à moi, Kang Uihyeon commençait par se renseigner sur lui. Parfois, il interrogeait des connaissances communes sur sa réputation, parcourait ses réseaux sociaux ou allait même le rencontrer en personne pour lui parler.
Mais aucun homme n’avait jamais passé l’examen de Kang Uihyeon. Et je n’avais jamais rencontré quelqu’un que j’aie eu suffisamment envie de fréquenter pour lui désobéir. Kang Uihyeon était le seul homme dont j’étais éprise ; l’intérêt de quelqu’un d’autre ne m’avait donc jamais fait battre le cœur.
Je pourrais peut-être sortir avec Kang Uihyeon quand j’aurais vingt ans. C’était ma seule préoccupation. Kang Uihyeon n’avait jamais fréquenté personne non plus ; j’espérais donc de toutes mes forces que nous pourrions être le premier amour l’un de l’autre.
Mais Kang Uihyeon s’était montré sans la moindre gêne à une fête d’anniversaire avec une autre femme. Il avait cruellement piétiné mon unique souhait, et pourtant il portait le parfum que je lui avais offert tout en continuant à se méfier de l’homme qui m’avait donné son numéro. Il devait bien savoir à quel point c’était injuste.
Je repris le mot. Puis, juste devant Kang Uihyeon, j’enregistrai le numéro de Han Jio. J’avais suivi la procédure ; à présent, il était temps que je fasse ce que je voulais.
Un regard perçant me transperça depuis le siège voisin. Je souris innocemment en articulant : « Pourquoi ? »
Kang Uihyeon ne répondit pas. Il se contenta de me regarder en silence.
Que Han Jio réussisse ou non l’examen de Kang Uihyeon, je décidai de nouer une relation quelconque avec lui. Comme Kang Uihyeon et Jeong Sujin.
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