Chapitre 18
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ La dynamique de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 18
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Kang Uihyeon avait dû se laisser convaincre, car il s’assit sur le bord du lit, à côté de moi. Sa main, qu’il avait posée sur le matelas pour prendre appui, se trouvait assez près pour que je puisse la saisir à tout moment. Comment rester immobile alors qu’une tentation pareille se trouvait juste devant moi ? Je lui chatouillai légèrement les ongles lisses, et le dos de sa main tressaillit. Pourtant, il ne la retira pas.
« Qu’est-ce que tu m’offriras pour mon anniversaire ? »
Je lançai le premier sujet qui me passa par la tête pour retenir Kang Uihyeon. Il restait encore deux saisons entières avant mon anniversaire.
« Je te préparerai une soupe aux algues. Et on soufflera les bougies du gâteau ce soir-là. Tu veux un cadeau en particulier ? »
« Achète-moi des fleurs. Un énorme bouquet. »
« Quoi d’autre ? »
« Euh… un manteau. »
« C’est tout ? »
« Une écharpe aussi. »
« D’accord. Autre chose ? »
« C’est quand, l’anniversaire de Jeong Sujin ? »
Tout en posant la question, je recouvris de ma paume le dos de la main de Kang Uihyeon. Je la retenais pour l’empêcher de bouger. Même si cette conversation le mettait mal à l’aise, je ne voulais pas qu’il s’en aille.
« Le trois juin. »
Par coïncidence, c’était aussi la date anniversaire de la mort de mes parents. Quelqu’un naissait le jour où quelqu’un d’autre mourait. C’était tout à fait naturel, mais je ne pouvais m’empêcher d’avoir le cœur serré. Kang Uihyeon irait évidemment voir Jeong Sujin ce jour-là, non ?
En regardant la main de Kang Uihyeon, toujours docilement posée dans la mienne, je me demandai quel cadeau d’anniversaire Jeong Sujin voudrait recevoir. Voudrait-elle manger la soupe aux algues qu’il lui aurait préparée lui-même et recevoir un bouquet de fleurs, comme il l’avait toujours fait pour moi ? D’ici là, Kang Uihyeon serait-il officiellement son petit ami ? Mon premier amour toucherait-il enfin à sa fin ?
« Pourquoi tu es allé à ce rendez-vous arrangé avec Jeong Sujin ? »
« Seongmin m’a supplié d’y aller une fois, juste pour voir. »
« On te le demandait tout le temps. Pourtant, tu n’y étais jamais allé. »
« Cette fois, je me suis dit que je devrais y aller. »
« Pourquoi ? »
Pour la première fois, les doigts de Kang Uihyeon bougèrent. J’appuyai sur le dos de sa main pour l’empêcher de se dégager. Bien sûr, un homme aussi grand que lui aurait pu me repousser sans effort, mais il resta immobile.
« Peut-être que j’avais envie de profiter du printemps. »
Sa réponse était désinvolte et évasive. Lui parler m’avait permis de mettre de côté le trouble causé par la disparition soudaine de maman, mais voilà qu’autre chose bouillonnait en moi.
« J’avais juste envie de sortir avec quelqu’un. Toi aussi, tu m’as dit que tu en avais envie. »
« Mais ce n’était pas forcément Jeong Sujin. »
Je repliai la main que j’avais étalée sur la sienne et lui saisis fermement le pouce. Si j’avais pu faire comme bon me semblait, je le lui aurais tordu pour lui arracher la vérité.
« Si ça avait été quelqu’un d’autre que Jeong Sujin, tu aurais pu sortir avec cette personne après ce rendez-vous arrangé. Pas vrai ? »
Tout comme j’avais décidé de tenter ma chance avec Han Jio, qui m’avait tendu un mot au moment idéal, pour Kang Uihyeon, tout n’avait été qu’une question de circonstances.
Kang Uihyeon ne confirma ni ne nia. Il me tendit simplement la main et soutint calmement mon regard hostile.
Jeong Sujin avait beaucoup de chance. Ce n’était pas son air innocent ni sa gentillesse qui avaient particulièrement conquis Kang Uihyeon. Elle était simplement devenue son premier choix parce qu’elle avait accepté ce rendez-vous arrangé avec lui ce jour-là.
Mais cette conclusion ne me fit pas me sentir mieux pour autant. Si Kang Uihyeon voulait vraiment sortir avec quelqu’un et qu’il avait accepté un rendez-vous arrangé pour se rapprocher d’une femme qui lui plaisait suffisamment, alors je n’avais même pas atteint le seuil du « suffisamment ». Ça voulait dire qu’il ne m’avait même jamais envisagée, alors que je m’accrochais à lui depuis plus de dix ans.
En bref, j’avais été hors course dès le départ. Hors course. Je n’avais même pas été quelqu’un qui méritait qu’on y réfléchisse.
« Dors. Appelle-moi tout de suite s’il se passe quelque chose. »
Kang Uihyeon tourna le poignet et se dégagea facilement. Je le suivis du regard sans adoucir mon expression.
« Arrête de jouer les oppa. J’en ai plus qu’assez. »
Des mots que je ne pensais pas sortirent sous la forme d’une plainte acerbe. Kang Uihyeon esquissa un sourire en allumant la petite lampe à côté de mon lit. Un simple regard de sa part suffisait à me blesser, pourtant, j’avais beau lui parler durement, rien ne l’atteignait jamais. C’était normal. Dès le début, nous n’avions pas éprouvé les mêmes sentiments l’un pour l’autre.
« Si je ne me comportais même plus comme ton oppa, c’est toi qui le regretterais. »
Kang Uihyeon me porta un coup en plein ventre avec cette remarque acerbe, puis éteignit le plafonnier. Son dos, tandis qu’il sortait et refermait la porte, ne trahissait pas le moindre regret. Le regret était un mot qui ne me convenait qu’à moi.
Je fixai les ombres que la lumière jaune projetait dans la pièce. Pour la première fois, je souhaitai que maman se cache quelque part dans le coin. J’avais peur qu’une fois Kang Uihyeon parti, le lendemain matin, je me retrouve complètement seule.
Le lendemain, maman réapparut. Plus précisément, elle revint juste après que Kang Uihyeon fut rentré chez lui. Quand je me retrouvai complètement seule dans cette maison.
Je m’approchai de maman, qui avait repris sa place habituelle sur le canapé du salon. Je me plantai dans son champ de vision, mais au lieu de me regarder, elle fixait un point au-delà de moi.
« Tu as peur d’Uihyeon oppa ? »
Je lui énumérai les raisons auxquelles j’avais pensé la veille.
« Ou tu n’aimes pas me voir avec Uihyeon oppa ? Tu as peur qu’on fasse des choses bizarres ? Ou alors, c’est juste une coïncidence ? »
Je m’assis par terre. Les orteils flous de maman étaient si près qu’ils semblaient pouvoir me toucher.
« Tu vas continuer à te cacher chaque fois qu’Uihyeon oppa vient ? »
Le regard de maman se posa sur moi. Ses pupilles sans foyer me donnèrent la chair de poule. Elle me regardait, mais en même temps, elle ne voyait rien.
« Si Uihyeon oppa vivait ici, tu disparaîtrais pour toujours ? »
Bien que ce fût moi qui avais posé la question, mon humeur s’assombrit. Peut-être que je n’avais pas seulement eu peur de maman. Le fait de ne pas être seule dans cette immense maison devait compter plus pour moi que je ne le pensais. Même si elle m’avait poussée assez fort pour me faire saigner, je ne voulais pas qu’elle parte sans un mot.
« Où est-ce que tu vas quand Uihyeon oppa vient ? Tu as un endroit où aller ? »
C’était ridicule de poser ce genre de question à un fantôme. J’avais mis des talismans sur la porte d’entrée et organisé des rites chamaniques pour chasser ma mère morte, et voilà que je m’inquiétais de savoir où elle disparaissait.
Pour vérifier ma théorie, je devrais bientôt inviter à nouveau Kang Uihyeon. Mais une partie de moi n’était pas si pressée de la vérifier. Ce n’était pas comme si Kang Uihyeon allait rester tous les jours à la maison. Qu’est-ce que ça pouvait faire si maman disparaissait un moment, en attendant ?
« Regarde ça. C’est à cause de toi, maman. »
Je pris délibérément une voix plaintive en lui montrant ma paume et mon genou blessés.
« Ne recommence jamais. Parle-moi, tout simplement. Quelle mère fait du mal à sa fille ? »
Je me demandai ce que je fabriquais à m’accrocher ainsi à une morte, mais je disais tout ce qui me passait par la tête parce que je voulais échapper à la peur que même l’image persistante de maman finisse par me quitter. Combien de fois lui avais-je demandé de s’en aller ? Pourtant, à mesure qu’elle disparaissait de plus en plus souvent, je luttais pour ne pas me retrouver seule.
« Je pars à l’école. Ne casse plus rien. »
Je préparai mon sac et me levai. En ouvrant la porte d’entrée, je jetai un dernier regard vers le salon. Maman baissait tranquillement les yeux vers l’endroit, près de mes pieds, où je m’étais assise.
* * *
[Je vais au columbarium à quatre heures.]
Pour la première fois depuis deux mois, j’envoyai un message à Yu Dogyeom de ma propre initiative. Il n’était de ma famille que de nom, mais ce n’était pas le genre d’enfant indigne qui oublierait la date anniversaire de la mort de nos parents. Je le savais, mais je le contactai quand même. Je devais faire de mon mieux si je voulais rendre visite à papa et maman la conscience tranquille.
Quand mon téléphone vibra, je crus que Yu Dogyeom m’avait enfin répondu, mais le message venait de Han Jio. Il me demandait si je voulais aller voir un film, à condition que je ne sois pas occupée.
[C’est la date anniversaire de la mort de mes parents aujourd’hui, alors je vais au columbarium.]
Je ne cachais pas que je n’avais plus de parents. Non pas que j’aie eu une grande conviction à ce sujet, simplement, je n’en voyais pas l’intérêt. Inventer une mère qui n’existait pas et mentir à son propos aurait été plus fatigant.
Si quelqu’un me prenait pour une proie facile parce que j’étais toute seule et tentait de profiter de moi, je lui enfoncerais mon poing dans le plexus, les jointures en avant. Je n’étais pas assez stupide pour ouvrir mon cœur au premier venu sous prétexte que je me sentais seule.
Le chiffre 1 à côté de mon message disparut aussitôt, mais aucune réponse ne suivit. Han Jio devait avoir les doigts au-dessus de son clavier, en ce moment même. Qu’est-ce que je répondrais à sa place ? Moi non plus, je ne le savais pas.
[C’est loin d’ici ? Tu veux que je t’accompagne ?]
Sa réponse, arrivée après un délai, était clairement prudente. Et pourtant, il n’avait même pas de voiture. Un léger sourire se dessina sur mes lèvres. Kang Uihyeon avait dit qu’il n’y avait rien à lui reprocher, et Han Jio était vraiment gentil. Si je sortais avec un homme comme lui, j’aurais probablement moins de chagrin.
[C’est bon haha. J’y vais avec ma famille.]
Je refusai son offre et ouvris une application de réseau social. Je fouillai dans la liste des abonnements de Lee Seongmin, qui m’avait arrangé ce rendez-vous pénible, et trouvai le compte de Jeong Sujin. Puis, dès que j’en avais l’occasion, je vérifiai nerveusement si elle avait publié quelque chose. Kang Uihyeon n’allait pas laisser passer cette journée sans rien faire, alors il y aurait sûrement une photo prouvant leur relation. Je me tiendrais alors la poitrine endolorie et enfouirais le visage dans mon oreiller.
Mais je n’eus pas besoin d’espionner les réseaux sociaux de Jeong Sujin. En sortant de la salle de cours après mon dernier cours, je tombai nez à nez avec Kang Uihyeon. Apprendre qu’il m’avait attendue ici, alors qu’il aurait dû être occupé à fêter l’anniversaire de sa petite amie potentielle, fit rebondir mon humeur morose.
« Tu pars, pas vrai ? Monte dans ma voiture. »
Kang Uihyeon savait déjà où j’allais et prit les devants comme si c’était tout naturel. Incapable de cacher le sourire qui s’étalait sur mon visage, je le rattrapai.
« Tu as cours, oppa. »
« Ce n’est pas grave si je le rate une fois. »
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