Chapitre 17
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ La dynamique de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 17
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Tout le monde aurait compris le sens de cette requête. Elle cachait une demande éhontée : qu’il reste chez moi jusqu’à ce que nous accomplissions le rite commémoratif familial et que maman se calme.
Kang Uihyeon se contenta de déposer un morceau d’omelette roulée dans mon assiette, sans répondre. Pourtant, à sa façon de manger en silence, je devinai aisément qu’il y réfléchissait. Quand quelque chose lui était impossible, il était du genre à refuser catégoriquement d’emblée.
Le téléphone posé sur la table vibra brièvement. Il envoya rapidement une réponse, puis se remit à manger. Je pensai tout naturellement à quelqu’un.
« Tu ne sors toujours pas avec Mlle Jeong ?
Les baguettes de Kang Uihyeon s’immobilisèrent. Je savais que j’avais choisi un sujet qui nous mettait tous les deux mal à l’aise, mais je ne reculai pas. Près de deux mois s’étaient écoulés depuis leur rendez-vous arrangé : il était temps qu’ils passent à l’étape suivante. Certaines personnes se mettaient en couple le jour même de leur rencontre, alors Kang Uihyeon et Mlle Jeong avançaient à pas de tortue.
— Pourquoi tu l’appelles Mlle Jeong ?
Au lieu de répondre, Kang Uihyeon me posa une question inutile. Je mâchai mon omelette en fronçant les sourcils.
« C’est une marque de respect. »
C’était aussi ma façon désespérée d’essayer de ne pas détester Jeong Sujin, qui n’avait rien fait de mal. S’il y avait un coupable, c’était Kang Uihyeon : il connaissait les moindres recoins de mes sentiments et ne m’avait pourtant jamais clairement repoussée. Mlle Jeong n’était qu’une tierce personne dans cette histoire. Je n’avais que vingt ans, mais je n’avais aucune envie de me retrouver mêlée à une sordide rivalité amoureuse, comme un personnage secondaire maléfique dans un drama.
— L’appeler unni, c’est aussi une marque de respect.
« Ça fait trop proche. »
Je respectais Mlle Jeong en tant que personne, mais je ne voulais pas me rapprocher d’elle. Rien ne me répugnait plus que cette hypocrisie.
« Il suffit que je l’appelle unni en face. Qu’est-ce que ça peut te faire, la façon dont je l’appelle quand elle n’est pas là ? Ce n’est pas comme si je lui parlais familièrement. »
Je ne pris pas la peine de préciser qu’à chaque fois que je disais unni, j’avais l’impression de me mordre la langue.
— Tu n’as aucun problème à appeler Han Jio oppa.
Cette fois, ce furent mes baguettes qui s’arrêtèrent. Kang Uihyeon continua tranquillement à manger, comme s’il n’avait pas du tout réfléchi à l’effet de ses paroles. Son visage impassible ne laissait rien deviner de la raison pour laquelle il venait de parler de Han Jio.
Était-il jaloux ? Ou bien était-il simplement contrarié de me voir si distante avec Mlle Jeong ? Cette deuxième hypothèse était sans doute la plus probable. Mais j’excellais dans l’art d’interpréter les choses comme ça m’arrangeait. Alors, cette fois encore, je décidai de croire que Kang Uihyeon était profondément dérangé par Han Jio à cause de moi.
« Tu n’as pas fait une enquête sur Jio oppa ?
Alors qu’il venait de me faire remarquer la façon dont j’appelais Han Jio, je dis exprès « Jio oppa ». Kang Uihyeon plissa un œil. Il avait compris que je le provoquais délibérément.
— Il avait l’air bien.
« Jio oppa ?
— Oui. Il travaille plutôt bien, n’a pas eu beaucoup d’histoires sentimentales et est assez bien vu par ses camarades. Rien à lui reprocher.
Kang Uihyeon énuméra les qualités de Han Jio les unes après les autres. Pourtant, son visage était totalement dépourvu de chaleur ; on aurait difficilement pu croire qu’il faisait l’éloge de quelqu’un.
— Alors, je n’ai aucune excuse pour t’empêcher de le voir.
C’est bien le problème, ajouta Kang Uihyeon à voix basse. Ses derniers mots avaient une pointe d’amertume.
« Alors, tu ne peux rien dire si je sors avec Jio oppa, pas vrai ? Je serais avec un homme qui n’a pas le moindre défaut. »
J’aurais dû me contenter de cette réponse et m’arrêter là, mais je continuai à pousser Kang Uihyeon dans ses retranchements pour savoir ce qu’il pensait vraiment. J’avais décidément le don d’épuiser les gens.
Il posa sa cuillère. D’une certaine façon, on aurait dit que ses larges épaules s’étaient affaissées, au point que la chaise de salle à manger semblait trop petite pour lui.
— Est-ce que tu aimes vraiment Han Jio, ou est-ce que tu veux juste sortir avec quelqu’un ?
Kang Uihyeon était allé droit au cœur du problème que je m’évertuais à éluder. C’était bien tenté, mais ce n’était pas la bonne question. Il aurait dû me demander si j’aimais vraiment Han Jio ou si je me servais de lui comme d’un remplaçant, parce que je voulais sortir avec Kang Uihyeon sans le pouvoir.
Je dévisageai Kang Uihyeon un instant. Ça m’agaçait énormément qu’il traite mes sentiments comme ceux d’une enfant immature, alors qu’il ne pouvait pas ignorer la vérité. Mon humeur était grave, morose et lourde, mais comme j’aimais ouvertement Kang Uihyeon depuis si longtemps, les gens avaient tendance à prendre mon amour à la légère. Même celui qui en était l’objet n’y échappait pas.
« Je veux sortir avec quelqu’un. »
Je mentis. Je laissai de côté les mots « avec Kang Uihyeon » qui auraient dû venir au début de ma phrase. Chaque fois que je m’approchais d’une déclaration, il me répondait par un silence étouffant. Nous étions censés passer la nuit ensemble, alors je ne pouvais pas laisser la situation devenir gênante une fois de plus. Je devais prendre sur moi.
— Si c’est tout, patiente encore un peu. Je te trouverai quelqu’un de mieux que Han Jio. Pour l’instant, concentre-toi sur tes études.
« Je n’en ai pas envie. »
À ma réponse insolente, Kang Uihyeon laissa échapper un bref souffle, comme s’il n’en croyait pas ses oreilles.
« Tu crois encore que je prépare le concours d’entrée à l’université ? Occupe-toi de ta vie amoureuse. Arrête de faire souffrir toutes ces femmes. »
S’il se mettait simplement avec moi, beaucoup de gens pourraient souffler. Mais il s’obstinait à choisir le chemin le plus compliqué. Sa volonté de s’infliger tout ce tracas ressemblait à une déclaration : jamais il ne s’engagerait avec moi de cette façon. Et mon cœur en était réduit en miettes. Kang Uihyeon savait à quel point j’avais mal, et pourtant il me laissait là, ce qui me faisait souffrir encore davantage. La douleur d’une coupure au verre brisé n’était rien à côté.
Je détestais le mot « apitoiement » parce qu’il sonnait pitoyable, mais c’était le seul qui pouvait décrire ce que je ressentais à cet instant. Je me dégoûtais.
* * *
Après le dîner, pendant que Kang Uihyeon prenait sa douche, je déambulai dans la maison. Maman restait introuvable. Quand je l’avais suppliée de partir, elle n’avait pas bougé, mais voilà près de trois heures qu’elle avait disparu.
Avait-elle vraiment disparu ? Sans rien dire…
Je m’arrêtai là en comprenant que j’étais déçue. La présence de ma mère morte me faisait peur et m’épuisait, mais, au cours des trois dernières années, j’avais dû m’habituer inconsciemment à la considérer comme ma colocataire. C’était la seule famille qui m’attendait dans une maison sans papa ni mon frère.
Pour la première fois, je m’assis à la place où maman s’installait toujours. Il me fallut beaucoup de courage.
Le canapé n’était ni froid ni sinistre comme je l’avais imaginé. Il était juste tiède, comme n’importe quel objet inanimé. Le cuir était lisse, sans la moindre trace d’usure. Le canapé n’était toujours qu’un canapé, et l’invitée indésirable qui l’avait occupé avait disparu sans laisser de trace.
Clic. La porte de la salle de bains s’ouvrit. Un nuage de vapeur chaude s’en échappa. La même odeur de shampoing que celui que j’avais utilisé un peu plus tôt la suivit.
Kang Uihyeon sortit vêtu des vêtements de son ami, puis s’immobilisa en me voyant assise sur le canapé. Son regard fouilla l’espace vide autour de moi. On aurait dit qu’il cherchait quelque chose qu’il ne pouvait pas voir.
« Oppa. »
Je frottai ma paume contre le cuir du canapé en parlant. Je m’étais demandé comment lui annoncer la nouvelle pendant qu’il se douchait, mais les mots me vinrent facilement en le voyant.
« Maman a disparu. »
— …Ta mère ?
Il répondit avec un léger retard, sans doute parce que même pour Kang Uihyeon, la nouvelle était surprenante.
« J’ai cherché partout, mais elle est introuvable. »
J’avais même regardé dans le garde-manger et la buanderie. Par précaution, j’avais aussi ouvert la porte d’entrée pour jeter un œil dans le couloir.
« Elle était là quand je suis rentrée, mais je ne l’ai pas revue depuis que je suis sortie de la douche. »
Kang Uihyeon balaya les alentours du regard, l’air embarrassé. La plupart de mes problèmes venaient du fait de vivre avec ma mère morte, alors sa disparition définitive aurait dû être une bonne chose. Pourtant, je n’en étais pas du tout heureuse. Mes doigts s’engourdirent, et un sentiment proche de la solitude m’envahit.
— Attendons de voir cette nuit.
Au moins, Kang Uihyeon ne fêta pas la nouvelle sans tact en disant que c’était une bonne chose. J’ajoutai une raison de plus à la liste de celles qui m’empêchaient de ne pas l’aimer.
— N’y pense plus pour ce soir. Couche-toi tôt.
Kang Uihyeon me prit doucement par le coude et m’aida à me relever. Je m’attardai près du canapé d’où maman avait disparu, incapable de m’en détacher, puis traînai les pieds jusqu’à ma chambre. Il m’aida même à m’allonger sur le lit. Je n’avais éraflé ma peau qu’en quelques endroits, mais j’acceptai sans honte qu’il prenne soin de moi.
« Je n’ai pas encore sommeil. »
Il n’était même pas huit heures du soir. À cette heure-là, même un bébé qui tétait aurait été bien éveillé. Les yeux levés vers Kang Uihyeon, je tapotai le lit.
« Assieds-toi là. Parle-moi. »
Kang Uihyeon se contenta de regarder l’endroit que je lui indiquais sans s’approcher. Il faisait semblant de ne pas voir à quel point je l’aimais, mais dans ces moments-là, il se hérissait comme un hérisson sur ses gardes et me repoussait.
« Tu as dit que tu passerais la nuit parce que tu t’inquiétais pour moi. Alors, tu devrais vérifier régulièrement que je vais bien. »
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