Chapitre 16
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Les dynamiques de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 16
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* * *
J’arrivai en retard à l’université. Même si j’avais pris la peine de me laver les cheveux ce matin-là, je suivis le reste de mes cours avec un chapeau sur la tête. Je me contentai littéralement d’écouter. Je ne voulais pas regarder partout dans la salle sans raison et laisser quelqu’un remarquer que j’avais les yeux gonflés.
« Hé, Uihyeon. Tu t’entraînes toujours pour la présentation de tout à l’heure ? »
Je sortais les livres de mon prochain cours de mon casier, dans le couloir, quand j’entendis un nom familier. Enfin, pas vraiment le bienvenu pour le moment. Une moitié de moi voulait l’éviter, tandis que l’autre voulait lui montrer où j’avais mal et pleurer.
Alors, au lieu de regarder Kang Uihyeon et de le saluer, je fixai l’intérieur de mon casier en attendant qu’il s’approche.
« Qu’est-ce qui est arrivé à ta main ? »
Le regard perçant de Kang Uihyeon repéra le large pansement sur ma paume. Mon short ample me couvrait la moitié des genoux, alors il n’avait pas encore remarqué ces blessures-là.
« Je suis tombée. »
Kang Uihyeon prit aussitôt le livre que je tenais. Puis, comme s’il procédait à une inspection sanitaire, il me fit tendre les deux mains. On distinguait vaguement du sang à travers le pansement.
« Comment tu as fait pour tomber et te blesser autant à la main ? »
« Il y a eu de la casse à la maison et je suis tombée dessus. »
J’avais omis le mot « maman », mais Kang Uihyeon avait sûrement deviné tout de suite le sujet caché. Il savait que maman commençait à me tourmenter dès que l’été s’installait. Ça arrivait chaque année, alors ce n’était pas nouveau, mais c’était la première fois qu’elle me faisait mal.
Kang Uihyeon se pencha. Il remarqua les mêmes pansements sur mes deux genoux. Quand il se redressa, son visage s’était fermé.
« Tu les as bien soignés ? »
« Oui. J’ai aussi mis de la pommade. »
« On va à l’hôpital. »
Honnêtement, ce n’était pas assez grave pour nécessiter une visite à l’hôpital. Je n’avais pas de morceau de verre planté dans le corps, après tout. Je regardai les amis qui attendaient derrière Kang Uihyeon.
« Tu as dit que tu t’entraînais pour la présentation. Moi aussi, j’ai cours. J’irai à l’hôpital après. »
Quand je lui tendis la main avec cette excuse, Kang Uihyeon me rendit mon livre à contrecœur. Je tournai les talons sans m’attarder davantage. Je sentais son regard dans mon dos, mais il ne me rendait pas fière. Et je n’étais pas non plus secrètement ravie d’avoir attiré son attention.
Il y eut beaucoup de premières fois aujourd’hui. Maman avait porté la main sur moi. Pour la première fois, j’avais repoussé Kang Uihyeon alors qu’il voulait prendre soin de moi. Et voir son visage ne m’avait pas réconfortée.
Je fis exprès de garder l’esprit vide pour ne penser à rien. J’aurais voulu que le temps passe d’un coup et que les blessures de mes mains et de mes genoux guérissent instantanément.
Après mon cours d’une heure, Kang Uihyeon m’attendait dans le couloir. Je ne savais pas s’il s’était entraîné avec ses amis ou s’il avait attendu ici tout ce temps. J’espérais que ce fût la deuxième option. Même quand sa présence n’était pas la bienvenue, j’aimais toujours être sa priorité.
« Tu n’as plus cours, pas vrai ? On va à l’hôpital. »
Kang Uihyeon ne faisait pas confiance aux pansements que j’avais mis moi-même. On aurait dit qu’il ne serait satisfait qu’après qu’un professionnel de santé ait examiné ces blessures sans gravité. Je le suivis sans protester. La journée m’avait déjà épuisée depuis le matin, et je n’avais pas l’énergie de me disputer avec qui que ce soit.
Après avoir fait désinfecter mes plaies à l’hôpital et posé de nouveaux pansements, nous prîmes la direction de chez moi. Les mots « Je ne veux pas rentrer » me montèrent à la gorge, et je faillis lui demander si je pouvais dormir chez oppa. Je voulais aussi qu’il m’emmène chez ses parents. Si j’avais eu ne serait-ce qu’un peu d’énergie pour le convaincre, je l’aurais fait.
Comme d’habitude, Kang Uihyeon me raccompagna en voiture, mais il ne repartit pas tout de suite. Je ne lui dis même pas, par politesse, qu’il n’était pas obligé d’entrer avec moi. Inutile de faire semblant d’être gentille devant un homme qui connaissait mon caractère par cœur.
La maison était silencieuse. Maman occupait toujours la même place que d’habitude. Un ressentiment incontrôlable monta en moi et je dus détourner rapidement le regard. Je n’arrivais pas à croire que la paix que nous avions préservée en faisant semblant de nous indifférer l’une l’autre avait volé en éclats si facilement, ce matin-là.
Au lieu d’entrer dans ma chambre, Kang Uihyeon ouvrit celle de Yu Dogyeom. Il posa son sac par terre et fouilla dans le placard sans demander la permission à son propriétaire. Bientôt, il en sortit un T-shirt léger à manches courtes et un short.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Je reste ici cette nuit. »
Kang Uihyeon expliqua cela calmement en posant les vêtements qu’il allait mettre sur le lit de son ami.
« Tu veux manger quoi ce soir ? Oppa va te préparer à manger. »
Il allait dormir ici ? Et en plus, il allait cuisiner ?
J’avais passé toute la journée dans un état proche de celui d’un cadavre, mais une annonce unilatérale de Kang Uihyeon me fit ouvrir de grands yeux. Je retins mon souffle, incapable de le croire, et me contentai de le regarder. Mon cœur me faisait mal tant j’étais fébrile.
Comme je restais là, hébétée, Kang Uihyeon me dépassa et entra dans la cuisine. Il trouva facilement un chiffon et essuya le sol. Je l’avais déjà nettoyé le matin, mais il n’avait manifestement pas confiance et devait vérifier de ses propres mains.
Après s’être assuré qu’il ne restait aucun morceau de verre par terre, il ouvrit le réfrigérateur aussi librement qu’il avait fouillé le placard de Yu Dogyeom. Comme je vivais pratiquement seule, il n’y avait pas grand-chose qu’on puisse vraiment appeler des ingrédients.
« Tu veux prendre une douche d’abord ? »
Kang Uihyeon me posa la question en sortant de la mozzarella qui approchait de sa date de péremption. Je venais de rentrer, il était presque l’heure du dîner et je devais me changer : c’était une question tout à fait banale. Pourtant, le bord de mes oreilles se réchauffa.
« Oui. »
« Viens ici. »
Kang Uihyeon remplaça lui-même mes pansements par des pansements imperméables. Mes coupures n’étaient même pas assez profondes pour que l’eau pose problème, mais il me traitait comme une patiente en phase critique. Ça ne me déplaisait pas, alors je restai parfaitement immobile et le laissai s’occuper de moi.
Quand j’étais tombée sur Kang Uihyeon à l’université un peu plus tôt, j’avais cru que je voulais simplement être seule. C’était complètement faux. Plus que n’importe qui d’autre, c’était Kang Uihyeon dont j’avais besoin en ce moment.
J’entrai dans la salle de bains avec hésitation. Quand j’étais seule, je me promenais en peignoir, mais cette fois, je pris soigneusement un pyjama et des sous-vêtements. Je connaissais cette salle de bains par cœur, au point de pouvoir m’y déplacer les yeux fermés, et pourtant, aujourd’hui, elle m’était étrangère. Je me sentais nerveuse, comme si j’étais chez quelqu’un d’autre. Je ne cessais de tendre l’oreille pour percevoir les bruits de l’autre côté de la porte.
Je pris un peu trop de temps sous la douche. C’était entièrement parce que j’avais conscience de la présence de cet homme dans la maison. Je fis durer autant que possible, de peur de devoir traîner maladroitement dans la cuisine si je sortais trop vite.
Je connaissais Kang Uihyeon depuis plus de dix ans et pourtant, je me demandais comment j’allais faire pour me retrouver seule avec lui, gênée comme une idiote. Quel luxe absurde. J’avais même déjà pris ma mère morte comme prétexte pour passer un peu plus de temps avec lui, et voilà que je jouais soudain les timides.
Quand j’ouvris la porte de la salle de bains aussi silencieusement que possible, une délicieuse odeur de cuisine m’accueillit. Kang Uihyeon avait retroussé ses manches et s’affairait. Cela faisait longtemps que les trois flammes bleues de la cuisinière n’avaient pas été allumées en même temps.
« Waouh, ça a l’air bon. »
J’oubliai de me sécher les cheveux et regardai Kang Uihyeon cuisiner. Un riz sauté au kimchi généreusement garni de fromage, une soupe épicée au doenjang et des rouleaux d’omelette au thon bien dorés n’attendaient plus que de remplir mon estomac.
« Sèche-toi les cheveux d’abord. Tu vas attraper froid. »
Kang Uihyeon s’inquiéta et passa la main sur mes cheveux trempés. Il était probablement le seul à me réprimander parce que j’avais les cheveux mouillés par un temps aussi chaud.
« Enlève les pansements imperméables et mets-en des propres, d’accord ? Si tu n’y arrives pas, viens voir oppa. »
D’autres remontrances me suivirent tandis que je portais mon linge jusqu’au panier. Kang Uihyeon avait décidément toujours tendance à me voir comme un bébé en couche.
Je pivotai pour regagner ma chambre, puis m’arrêtai en voyant la maison, qui avait complètement changé d’aspect. Maman, qui aurait dû être assise sur le canapé, avait disparu. Celle qui gardait le salon comme une statue de pierre s’était volatilisée sans laisser de trace.
Je me précipitai dans ma chambre, mais maman n’y était pas non plus. Je tendis l’oreille par-dessus le bruit de la soupe qui bouillonnait. Mais je ne parvins pas à retrouver la présence glaciale qui émanait habituellement de maman.
… Elle avait déjà disparu un moment, la fois précédente.
Le jour où j’avais vomi après avoir mangé du sundae-gukbap, Kang Uihyeon était venu chez nous avec des médicaments pour la digestion. Maman avait disparu quelque temps, puis était réapparue dès que notre invité était parti. S’était-elle cachée de nouveau cette fois-ci ? Se cachait-elle pour ne pas effrayer Kang Uihyeon ?
Je ne comprenais pas si une morte pouvait faire ce genre de calcul avant d’agir. Si maman avait pris cette décision de son propre chef, c’était drôle à sa manière. Elle avait déjà fait mal à sa fille le matin même, et pourtant, elle s’était effacée pour l’ami de son fils.
Je me séchai soigneusement les cheveux et changeai mes pansements comme Kang Uihyeon me l’avait dit. Puis, je fis discrètement le tour de la maison, vérifiant partout, de la chambre de Yu Dogyeom à la chambre parentale, vide depuis trois ans.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Kang Uihyeon remarqua que quelque chose clochait tandis qu’il disposait les cuillères sur la table. Je secouai rapidement la tête et lui dis que ce n’était rien. Il venait s’occuper de moi même en sachant qu’un fantôme vivait dans cette maison, et je ne voulais pas le mettre encore plus mal à l’aise. Je pourrais lui en parler quand j’en serais plus sûre.
« Mâche bien. Ne fais pas encore une indigestion. »
Kang Uihyeon rapprocha les plats d’accompagnement de moi. Je pris une grosse cuillerée de riz sauté au kimchi, qui avait l’air délicieux, et lui jetai un coup d’œil. Il avait l’air aussi à l’aise que s’il était chez lui. Il ne semblait pas particulièrement se soucier des vivants ou des morts qui habitaient cette maison.
« Pourquoi tu restes ici ce soir ? »
« Parce que je m’inquiète pour toi. »
Contrairement à ma question hésitante, Kang Uihyeon répondit sans la moindre hésitation.
« De toute façon, Dogyeom ne rentrera pas. Et je ne peux pas te laisser ici toute seule. »
Il se sacrifiait donc. Kang Uihyeon était le seul à souffrir d’être pris entre deux frères et sœurs malheureux qui ne s’entendaient pas. Mais, sans la moindre honte, je voulais encore attiser sa compassion.
« Une nuit ne changera rien. »
Prends-moi en pitié. Trouve-moi pathétique. J’ai l’air seule, non ?
« Maman continuera sûrement comme ça jusqu’à la date anniversaire de sa mort. »
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