Chapitre 15
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Les dynamiques de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 15
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« Alors, tu viendras à quelle heure demain ? »
— Je pense qu’on partira d’ici avant le déjeuner.
— D’accord. Bon… à lundi.
— D’accord.
Nous passâmes dix bonnes minutes au téléphone pour ne rien nous dire d’important. Ce ne fut qu’après avoir raccroché que je me rendis compte que Kang Uihyeon et moi étions les seuls encore dans la cour. Le joyeux brouhaha qui s’échappait de la pension flottait autour de nous.
La main de Kang Uihyeon s’ouvrit en grand. Cette fois, toute une poignée de mes cheveux se retrouva prisonnière de ses doigts. Contrairement à tout à l’heure, pendant que j’étais au téléphone, je sentais parfaitement sa prise.
« Vous êtes devenus proches, dis donc. »
Était-ce seulement mon imagination qui donnait à sa voix grave un ton aussi aigre ?
— Tu as l’air à l’aise au téléphone, toi aussi.
Contrairement à son ton moqueur, les lèvres de Kang Uihyeon s’incurvèrent en un sourire paisible. J’eus envie de décortiquer chacun de ses mots.
« On s’était déjà parlé au téléphone, parfois. »
— Non, je parle de ta façon de lui parler.
Kang Uihyeon m’expliqua cela en serrant puis en desserrant sa main dans mes cheveux.
« Tu ne faisais pas semblant d’être gentille avec Han Jio. »
Tu étais aussi sèche avec lui qu’avec moi.
Avec cette remarque, je compris exactement ce qu’il voulait dire. Pendant tout l’appel, je n’avais regardé que Kang Uihyeon, si bien que j’avais oublié d’être aimable avec Han Jio. Sans m’en rendre compte, j’avais laissé voir le côté grincheux que je m’étais appliquée à lui cacher.
« Eh bien, peut-être que je me suis habituée à lui, comme tu dis, oppa. »
Je dissimulai mon embarras et mentis. Je ne m’étais jamais complètement détendue avec Han Jio, qui s’adaptait toujours à moi. Mon esprit était constamment occupé à faire des calculs. À vrai dire, je me sentais en sécurité sous l’emprise de Kang Uihyeon, qui me tenait la tête et l’inclinait vers le bas.
Ah… Kang Uihyeon poussa un soupir sonore. Son impatience et son irritation se lisaient dans le léger pli entre ses sourcils. Je m’inquiétai à l’idée qu’il lâche mes cheveux et rentre comme ça.
« Pourquoi tu soupiras ? »
— Parce que tu es trop populaire.
Cette fois, je laissai échapper un souffle sans conviction. Rien que les gens dont je me souvenais et qui lui tournaient autour auraient rempli trois camions.
« C’est à moi que tu devrais dire ça ? »
— C’est pour ça que je voulais que tu ailles à l’Université féminine de Baegyeong.
Kang Uihyeon enroula une mèche autour de ses doigts.
« Tu as bien fait tes années de collège et de lycée dans des établissements réservés aux filles. Pourquoi as-tu tant insisté pour ne pas aller dans une université féminine ? »
Je n’avais pas le cœur à m’émouvoir de ses jeux distraits avec mes cheveux. Il avait remis sur le tapis le sujet de notre dispute récente.
— Mais maintenant que j’y pense, ce n’est pas plus mal que tu fréquentes la même université que moi.
Il n’y avait pas la moindre trace de sourire sur son visage.
« Comme ça, je pourrai savoir exactement quelles bêtises tu fabriques. »
Je levai un regard hébété vers cet homme qui venait de faire une plaisanterie pas drôle du tout. Mon cuir chevelu se glaça pour une autre raison que tout à l’heure. Premièrement, la plaisanterie de Kang Uihyeon n’en était peut-être pas une. Deuxièmement, il avait les yeux sur tout ce que je faisais. Troisièmement, je venais de comprendre que son ingérence ne me dérangeait pas du tout.
« Ça te dérange ? »
Je posai la question à Kang Uihyeon, certaine qu’il répondrait oui.
— Bien sûr. Tu fais entrer des hommes chez toi sans la moindre prudence.
Comme je m’y attendais, Kang Uihyeon l’avoua sans hésiter.
« Puisque Dogyeom ne se comporte pas comme un grand frère, il faut bien que quelqu’un le fasse, non ? »
Je me rappelai soudain Baek Jungyeong qui avait marmonné que j’étais bizarre. Même lui, qui ne voyait pas grand-chose, pouvait parfois faire preuve de perspicacité. Pour un observateur extérieur, un homme qui se réjouissait d’aller dans la même université afin de surveiller les relations de la petite sœur de son ami, et une femme qui se demandait avec délice si cette surveillance était de la jalousie plutôt que de s’en sentir effrayée, formaient un duo complètement cinglé.
Dans cette logique, je n’avais aucune raison d’en vouloir à Kang Uihyeon d’être venu au musée d’art avec Jeong Sujin. Observer la façon dont Han Jio et moi nous comportions l’un avec l’autre avait dû compter davantage pour lui que de passer un agréable moment en tête à tête avec Jeong Sujin. S’il ne s’était pas intéressé à mon rendez-vous, rien ne l’aurait poussé à venir là-bas.
À cette idée, le ressentiment que j’avais accumulé toute la semaine fondit comme neige au soleil. Et je résolus de faire encore plus de bêtises. J’allais troubler l’esprit de Kang Uihyeon plus que jamais, pour qu’il n’ait pas le temps de se concentrer uniquement sur Jeong Sujin.
« Rentre maintenant. »
Kang Uihyeon lâcha mes cheveux, qu’il avait enroulés et déroulés sans arrêt. En le voyant sortir son téléphone pour me faire rentrer, je compris qu’il allait appeler Jeong Sujin. Je saisis vivement la main qui tenait son téléphone et attirai son regard vers moi.
« Ne l’appelle pas ? »
Je n’avais encore rien dit que Kang Uihyeon avait déjà deviné exactement ce que je pensais. Quand j’acquiesçai en silence, il rangea son téléphone dans sa poche. Puis il me tapota légèrement la joue du dos de la main.
— D’accord. Rentrons.
Kang Uihyeon prit la tête. Je calai aussitôt mon pas sur le sien. Le gravier crissait doucement sous nos baskets. J’aurais voulu que ce chemin se prolonge autant que possible, mais cela ne me dérangeait pas qu’il se termine bientôt et que nous devions regagner la pension bruyante. J’avais l’intention de rester près de Kang Uihyeon toute la nuit.
En entrant dans le vestibule chaotique, encombré des chaussures de tout le monde, je sentis les coins de ma bouche se relever tout seuls. Je serais sans doute de bonne humeur pendant un moment. Si Jeong Sujin venait encore un jour me démolir, je me rappellerais ce que Kang Uihyeon avait dit.
Qu’il aimait fréquenter la même université que moi.
3. Avoir l’avantage dans la relation
Les vieux travers de maman avaient refait surface.
En entendant le bruit du verre qui se brisait, je me rendis dans la cuisine et trouvai par terre la tasse que j’avais laissée près de l’évier le matin même. Elle ne s’était pas envolée toute seule pour tomber au sol ; maman était donc forcément responsable. Après m’avoir donné du travail en plus, elle s’assit sur le canapé du salon comme si cela ne la concernait pas.
« Qu’est-ce qui ne va pas, cette fois ? »
Je marmonnai en entrant dans la cuisine. Je pris d’abord les plus gros morceaux, en faisant attention à ne pas marcher sur le verre brisé.
En vivant trois ans avec ma mère morte, j’avais appris une chose : plus le mois de juin approchait, plus son comportement devenait extrême. D’ordinaire, elle se contentait de rester assise à me regarder, mais elle faisait tomber ou cassait des objets pour attirer mon attention. Comme si elle voulait que je la regarde.
« Tu n’as pas besoin de faire ça. Je sais que tu es là. »
En allant chercher le balai et la pelle, je jetai un coup d’œil vers le canapé. Si les fantômes avaient eux aussi des émotions, il n’était pas impossible de comprendre pourquoi elle devenait irritable et agitée à cette période de l’année. Mais remettre à plus tard mon départ pour l’université afin de ramasser derrière maman m’agaçait au plus haut point.
« Ah ! »
Je perdis soudain l’équilibre et tombai lourdement en avant. J’eus l’impression que quelqu’un m’avait donné un coup de pied, me poussant violemment. Mes jambes ne m’avaient pas lâchée et je n’avais pas glissé, mais mes genoux heurtèrent le sol dans un bruit sourd.
« Ah, merde… »
Même une simple chute m’aurait fait souffrir, mais le problème, c’était les petits éclats de verre éparpillés sur le sol. Mes paumes, qui avaient amorti ma chute, et mes genoux, découverts sous l’ourlet de mon short, me brûlaient et me piquaient.
J’eus beau me relever en vitesse, des gouttes de sang perlaient déjà sur mes paumes et mes genoux. Je tournai la tête et fusillai du regard maman, qui s’était retrouvée juste derrière moi sans que je sache comment. C’était la première fois qu’elle me touchait ainsi. Avant même la douleur, ce fut un choc proche de la trahison qui me submergea.
« Qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi tu m’as poussée ? »
J’exigeai une réponse, mais maman n’avait pas l’air désolée. Elle me regardait simplement, sans ciller, avec la même expression vide que depuis trois ans. Comme lorsque j’avais pleuré et l’avais suppliée de quitter cette maison, sans qu’elle bouge d’un pouce.
J’avais cru m’y être habituée, ces derniers temps, mais tout cela m’était soudain devenu insupportable. J’en avais assez d’être la seule à devoir m’occuper de ma mère morte, et de la voir me rappeler sa présence à l’approche de l’anniversaire de sa mort. Comme Yu Dogyeom, je voulais m’éloigner de la maison. Je voulais fuir mes responsabilités et ma culpabilité, et ne plus vivre qu’en pensant à moi.
« Pourquoi moi ? Pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? »
Je jetai le balai et la pelle de côté, puis m’adossai au réfrigérateur. Je devais finir de ramasser le verre, soigner mes blessures et partir à l’université, mais je ne voulais pas bouger le petit doigt. Je souhaitais que mon corps se vide entièrement, se réduise en particules invisibles et disparaisse du regard de maman.
Je voulais appeler Kang Uihyeon et me plaindre auprès de lui, mais tout me semblait épuisant, là, tout de suite. Depuis des années, je l’avais fait venir à la maison pour des raisons similaires, et je me demandai s’il ne commençait pas à en avoir assez. Si je lui disais que je m’étais coupée avec du verre, il accourrait dès que je le lui demanderais, mais je craignais parfois de brûler toutes mes cartouches avant d’en avoir besoin.
Comme les villageois avaient fini par ne plus croire le garçon qui criait au loup parce qu’il mentait sans cesse, il se pourrait qu’un jour, quand je serais vraiment en danger, Kang Uihyeon soit trop épuisé pour s’occuper de moi.
« Maman, je n’en peux plus. »
Je marmonnai en baissant les yeux vers les pieds de ma mère morte.
« Combien de temps ça va durer ? Pour toujours ? »
Bien sûr, maman ne pouvait pas me répondre. Ma vue se brouilla. Je croyais être complètement à bout, mais apparemment, j’avais encore assez de forces pour pleurer. Je repliai les jambes contre moi et enfouis le visage entre mes genoux. Une solitude terrible m’écrasa.
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