Chapitre 12
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Les dynamiques de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 12
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« C’est oppa Jio qui paie. »
Je protestai, les yeux écarquillés, mais Kang Uihyeon refusa de reprendre l’argent que j’essayais de lui rendre.
« Aujourd’hui, c’est toi qui paies. »
Je me méfiai soudain. Kang Uihyeon avait-il adopté cette mentalité du chacun pour soi dont parlaient sans arrêt les types minables comme Baek Jungyeong ? Essayait-il d’inculquer ce genre de calcul à quelqu’un qui sortait seule avec un homme pour la première fois ?
Kang Uihyeon se décala pour me barrer le passage. Les regards des passants ne pouvaient plus nous atteindre. Je vis distinctement ses lèvres sombres bouger.
« Si tu le laisses toujours payer, tu lui devras quelque chose. »
Sa voix était si basse qu’elle se perdait dans le bruit ambiant.
« Il y a plein de mecs qui t’envoient la facture quand vous vous séparez. Tiens tes comptes dès le début. »
Il me conseillait donc de ne pas laisser Han Jio tout payer, au cas où on finirait par se brouiller. On n’avait mangé ensemble que quelques fois, et pourtant Kang Uihyeon avait déjà pris une sacrée avance dans ses propres scénarios.
Cela dit, vu son côté méthodique et catégorique, rien d’étonnant à ce qu’il dise ce genre de choses. À ses yeux, le fait que j’invite Han Jio chez moi tard le soir et que je le laisse constamment m’offrir à manger devait simplement me faire passer pour une gamine naïve et trop gentille.
« D’accord. »
Je fourrai la grosse liasse de billets jaunes dans mon sac, puis rejoignis Han Jio. Il s’efforçait de reprendre une expression normale après avoir assisté à la scène. Franchement, je n’avais aucune idée de l’expression qu’un homme était censé afficher après avoir vu une femme accepter de l’argent d’un autre homme juste devant lui, pour pouvoir aller manger avec lui.
Ma sortie avec Kang Uihyeon s’arrêta là, ce jour-là. J’offris un repas indien à Han Jio, puis rentrai chez moi après avoir décliné sa proposition d’aller faire un jeu d’évasion, parce que j’étais fatiguée. Vers cinq heures de l’après-midi, Kang Uihyeon m’envoya un message pour me demander quand je rentrerais. Je lui répondis que j’étais chez moi depuis déjà trois heures. Il me félicita.
Je fixai la bulle blanche du message en me demandant ce que j’avais bien pu faire de si bien. Kang Uihyeon voyait-il encore Jeong Sujin ? Si oui, de quel droit me félicitait-il ?
* * *
Après avoir préparé mon sac à dos, je m’approchai de Maman, assise seule sur le canapé. Depuis qu’elle m’avait vue vomir mon sundae-gukbap, il lui arrivait de ressembler à une vraie mère.
Pas à un fantôme terrifiant dont la présence dans la même pièce me mettait atrocement mal à l’aise.
« Je pars à notre séjour d’intégration aujourd’hui. À Daeseong-ri. »
Comme je le lui expliquai consciencieusement, Maman continua de fixer l’écran noir de la télévision éteinte, comme toujours.
« On y passe une nuit, alors ne m’attends pas. Je rentrerai demain. »
Je me dis soudain que si Yu Dogyeom me voyait comme ça, il serait encore moins enclin à rentrer à la maison. Une petite sœur qui prétendait que leur mère morte vivait dans la maison depuis trois ans et qui, maintenant, disait même au revoir à ce fantôme avant de partir. Moi aussi, je trouverais ça flippant.
Jusqu’à ce que je referme la porte d’entrée derrière moi, Maman continua de fixer le vide sans ciller.
Quand je descendis au parking souterrain, la voiture de Kang Uihyeon m’attendait, moteur allumé. Un autocollant indiquant qu’il habitait dans notre résidence était collé en bas du pare-brise. Je l’avais récupéré au bureau de gestion et l’avais moi-même apposé sur sa voiture, trois ans plus tôt.
Quelqu’un était déjà assis à la place du passager qui aurait dû être la mienne. Quand j’ouvris la portière sans prévenir, Baek Jungyeong rentra les épaules. Il s’était arrogé la place de quelqu’un d’autre, mais n’avait pas l’air très sûr de lui.
« Bouge. »
« Allez, pourquoi je devrais encore bouger ? Assieds-toi derrière. »
« J’ai dit : bouge. »
Depuis le siège conducteur, Kang Uihyeon ne m’arrêta pas et ne prit pas non plus le parti de Baek Jungyeong. Sous le regard parfaitement indifférent du propriétaire de la voiture, Baek Jungyeong marmonna en quittant le siège passager. Je grimaçai en sentant le siège encore tiède, puis bouclai ma ceinture.
« Tu vis dans un bel endroit. Tout à coup, j’ai l’impression qu’il y a un fossé entre nous. »
À l’arrière, Baek Jungyeong passa la tête entre les sièges avant. Kang Uihyeon démarra sans heurt, le coude posé de biais sur la console centrale. Le visage de Baek Jungyeong, dangereusement proche, recula aussitôt.
« Quoi, tu croyais que j’étais une fille facile à manipuler, qui se débrouillait toute seule ? »
Tout le monde savait que je n’avais pas de parents. Alors, parfois, des camarades vexés par ma façon de parler leur chuchotaient dans le dos et en arrivaient à la même conclusion.
« Elle a grandi toute seule, sans parents. »
« Arrête de rêver. Je n’ai pas l’intention de partager mon héritage avec toi. Je ne suis pas une pauvre fille qui attire les bons à rien juste parce qu’elle n’a ni parents ni argent. »
« Qui t’a appris à dire des trucs pareils ? »
Kang Uihyeon prit la parole pour la première fois depuis que j’étais montée dans la voiture. Ma réponse l’avait visiblement surpris, mais le coin de sa bouche se releva légèrement, comme si elle lui plaisait.
« Qui d’autre ? Yu Dogyeom. »
Mon frère m’avait conseillé de ne pas jouer les pauvres filles sans parents partout où j’allais. Montrer qu’aucun adulte n’était là pour me protéger ne ferait qu’attirer des hommes qui me traiteraient à la légère. Ces salauds n’en auraient qu’après l’argent de l’assurance que j’avais touché. C’était l’un des rares conseils précieux que Yu Dogyeom m’ait jamais donnés, même s’il n’avait jamais agi comme un frère.
« Hé, quand est-ce que je t’ai prise pour une proie facile ? Tu sais ce que disent les gars ? Ils disent qu’ils sont tellement intimidés quand ils te voient qu’ils n’arrivent même pas à te parler… »
« Jungyeong, il nous manque quelque chose à acheter ? »
Kang Uihyeon changea de sujet si ostensiblement que n’importe qui aurait pu le remarquer.
« Non. Si on achète encore à manger, le coffre va exploser. »
« Vérifie si quelqu’un est en retard. On peut encore prendre deux personnes dans la voiture. »
« Ah, mais tout est parfait comme ça… »
Faisant semblant de ne pas entendre les arrière-pensées de Baek Jungyeong, Kang Uihyeon continua tranquillement sa route. On avait même fait les courses avec lui juste parce qu’il était un étudiant plus âgé et qu’il avait une belle voiture, et voilà qu’il voulait aussi récupérer ceux qui avaient raté le métro. Combien de personnes cette générosité absurde allait-elle encore prendre sous son aile ? Évidemment, je n’étais pas différente de tous ceux qui en profitaient.
Grâce à Baek Jungyeong, qui affirma vaguement que tout le monde était parti à l’heure, nous arrivâmes sans encombre à la pension. Ceux qui étaient arrivés les premiers repérèrent la voiture de Kang Uihyeon et accoururent, ravis.
Plus précisément, ils se précipitèrent vers la nourriture entassée dans le coffre.
Je me mêlai aux autres pour transporter les provisions. D’habitude, j’aurais suivi Kang Uihyeon partout, mais depuis ce rendez-vous au musée qui m’avait laissé un goût amer, je m’entraînais à prendre mes distances avec lui.
Je m’étais accrochée à lui trop aveuglément et trop longtemps ; Kang Uihyeon semblait donc croire que mes sentiments étaient à toute épreuve. Même s’il me faisait du mal, mon dévouement ne faiblirait pas. C’était sans doute pour ça qu’il avait débarqué sans vergogne au musée avec Jeong Sujin.
Ça ne me dérangeait pas que Kang Uihyeon vienne au musée sans me prévenir pour veiller sur moi. S’il était venu seul, j’aurais été très heureuse. J’aurais cru à tort que cela prouvait à quel point il tenait à moi.
Le problème, c’était qu’il avait essayé de veiller sur moi tout en ayant un rendez-vous avec Jeong Sujin. Je détestais cette façon qu’il avait de rechercher l’efficacité en piétinant les sentiments des autres.
Alors, j’essayais de ne plus bavarder avec Kang Uihyeon pour un rien ni de lui tourner autour. En plus, je décidai de considérer sérieusement Han Jio, non plus comme un appât pour attirer l’attention de Kang Uihyeon, mais comme quelqu’un vers qui je pourrais diriger mes sentiments.
« Qu’est-ce que tu fais là ? »
Baek Jungyeong, qui rinçait les feuilles de salade, me dévisagea tandis que je restais à côté de lui sans rien faire.
« Tu devrais être là-bas, les yeux grands ouverts, à le surveiller. »
Baek Jungyeong désigna du menton Kang Uihyeon, qui se dirigeait vers l’extérieur de la pension, entouré d’étudiantes de première année. Une jalousie instinctive monta en moi, mais je me forçai à détourner le regard.
« Hein ? Seo Minji vient de taper sur le bras d’Uihyeon-oppa. Elle le drague, non ? »
« Tais-toi et continue de laver. Tu craches partout. »
Je rabrouai Baek Jungyeong et lui tendis la passoire. Comme je le lui avais demandé, il pinça les lèvres en bougonnant et secoua l’eau des légumes.
Quand je sortis dans la cour couverte d’une tente, Kang Uihyeon allumait le charbon, acclamé par les filles. Mon cœur se mit à battre la chamade. Je me demandai si j’étais la seule à prendre des résolutions stupides alors que Kang Uihyeon, lui, n’en avait rien à faire. Et s’il oubliait complètement mon existence pendant ce temps ? L’angoisse me dessécha le bout de la langue.
Après avoir terminé de préparer les feuilles de salade, je rejoignis le groupe qui enveloppait des patates douces dans du papier aluminium. Puis je me chargeai de trier les en-cas pour les jeux. Je m’occupai l’esprit parce que je voulais rester loin du barbecue et, sans m’en rendre compte, je devins la petite main serviable du conseil étudiant.
« Tu t’es disputée avec Uihyeon-oppa ? »
Quand toute la viande fut grillée, je m’assis à l’écart des autres et picorai du porc. Même Baek Jungyeong, venu me servir du Coca, prit un air grave et me posa la question.
« Tu veux que je lui transmette quelque chose ? Je devrais dire à Uihyeon-oppa de faire plus attention à toi ? »
Baek Jungyeong se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Il n’arrêtait pas de raconter qu’il avait tellement peur de moi qu’il arrivait à peine à me parler, mais maintenant que je boudais toute seule, il devait croire que j’étais facile à aborder. Je saisis mes baguettes en bois tachées de graisse et fis mine de le poignarder au visage.
« Qu’est-ce que je t’ai dit tout à l’heure ? Je t’ai dit de la fermer. Mange ta viande et arrête de faire le malin. »
Baek Jungyeong fronça les sourcils et s’apprêta à protester, mais une assiette jetable atterrit devant moi dans un bruit sourd.
Un monticule de poitrine de porc trônait au milieu, entouré de saucisses grillées à point.
« Mange ça aussi. »
Kang Uihyeon retira ses gants de travail et s’installa à la place libre, à côté de moi. Une légère odeur boisée, familière, se mêla à l’air qui ne sentait jusque-là que la viande. Malgré la viande luisante et grasse juste devant moi, je perdis soudain l’appétit.
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