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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le Médecin de fantasy sombre pris pour un saint ◈
Chapitre 95 : Pris pour un professeur suspect (2)
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* * *
L’Académie Eschenwald, le Jardin des étoiles.
Fondé des siècles plus tôt par un empereur qui lui avait donné son nom, ce jardin du savoir avait accueilli une partie de la jeunesse d’innombrables héros.
De grands penseurs, des commandants des différents ordres de chevaliers de la Maison impériale, des maîtres de la Tour des Mages, et même des cardinaux.
Des enfants aux talents aussi nombreux que les étoiles étaient passés par cette académie.
Et c’était là qu’ils avaient allumé leur propre étoile.
Bien sûr, tous n’avaient pas le talent d’une étoile, et tous ne venaient pas ici avec de nobles aspirations.
Beaucoup, incapables de briller eux-mêmes, se battaient néanmoins avec acharnement pour franchir ces portes, dans l’espoir de nouer des relations avec ces étoiles.
« Diplômé de l’Académie Eschenwald. »
On plaisantait même en disant que si l’on pouvait inscrire ces mots sur la première ligne de son épitaphe, le reste des éloges s’écrirait tout seul.
L’Académie Eschenwald était un haut lieu du savoir, mais aussi un passage obligé pour qui voulait s’élever dans le monde.
Le printemps était arrivé dans ce jardin.
La lumière du soleil, quelque peu brouillée par un smog presque aussi dense que celui de la capitale, baignait la statue du lion sur la place.
D’innombrables carrosses et étudiants empruntaient les routes qui la bordaient.
« Bonjour, jeune maître Fornea. »
« Votre nom, c’était… Ah, oui ! Vous êtes l’aînée Lesia, n’est-ce pas ? »
« Cet uniforme te va bien, Randy. »
Un étudiant salua le fils du vassal de sa famille.
Un autre se rappela le nom d’une étudiante plus âgée qu’il avait rencontrée à la cérémonie d’ouverture.
Un troisième échangea un signe avec sa fiancée.
Peut-être parce que la nouvelle année venait tout juste de commencer, les étudiants faisaient activement connaissance, même pendant le trajet matinal.
« Inutile de me parler avec autant de formalités, mademoiselle ! »
« Comment le pourrais-je, Kal ? Tu es arrivé troisième parmi les candidats de cette année. »
Il n’était pas rare de voir de jeunes nobles témoigner de la chaleur aux gens du peuple.
Dans ce Jardin des étoiles, les étudiants admis au Département d’études héroïques ou au Département d’études curatives étaient presque assurés de réussir, à moins d’avoir un sérieux défaut rédhibitoire.
Même les roturiers avaient de grandes chances d’obtenir un titre de noblesse.
Par conséquent, les résultats scolaires équivalaient presque ici au statut social.
« Kal, voudrais-tu déjeuner avec moi aujourd’hui ? »
« Je… J’ai déjà prévu quelque chose avec mon amie d’enfance… »
Il n’était donc pas particulièrement étonnant que des nobles abordent Kal, un épéiste issu du peuple.
Cependant…
Même dans un endroit pareil, certaines personnes, malgré leur naissance prestigieuse et leurs excellents résultats, étaient évitées de tous.
« Cette blonde… »
« C’est lady Hausen ? »
« La célèbre… »
Charlotte Eschenwald.
Officiellement, elle se faisait appeler Charlotte Hausen.
Alors qu’elle avançait dans le couloir, les étudiants s’écartaient discrètement sur son passage.
Le marquisat était le titre le plus élevé qu’un noble pouvait raisonnablement espérer obtenir.
Les résultats de Charlotte étaient eux aussi assez bons pour qu’elle puisse traverser l’académie la tête haute.
Pourtant, une semaine s’était écoulée depuis la cérémonie d’admission et pas un seul étudiant ne l’avait abordée.
Il y avait une seule raison à cela.
« Était-elle vraiment obligée d’humilier à ce point le jeune maître Russell dès le premier jour… ? »
Le jour de la rentrée, Charlotte avait complètement ridiculisé un jeune maître issu d’une famille de comtes.
« Lady Hausen. Je viens de la famille du comte Russell… »
« C’est admirable de chercher à vous rapprocher de moi, mais si vous espérez échapper aux difficultés liées à votre statut d’enfant illégitime en passant par moi, je crains de ne rien pouvoir faire pour vous. Ma maison est une maison de marquis chargée d’inspections ; nous devons donc toujours rester politiquement neutres. »
« … Pardon ? »
« Quelqu’un a noué votre cravate. Le nœud est très mal fait. Votre uniforme porte des marques de pression, et vos chaussures sont éraflées. Cela laisse penser que votre femme de chambre est fort maladroite. Si un jeune maître d’une famille de comtes arrive à l’académie avec une telle domestique, c’est que sa position au sein de sa famille est précaire. Même si vous vous montrez soudain amical avec moi dans ces circonstances, je ne peux pas changer votre situation. »
C’était sa première rencontre, lors de la journée d’orientation, le lendemain de la cérémonie d’admission.
Le jeune maître Russell avait rougi jusqu’aux oreilles, mortifié, puis s’était éloigné.
Depuis cet incident, aucun étudiant ne lui avait adressé la parole.
C’était parfaitement naturel.
Peu importaient le pouvoir ou les aptitudes d’une personne : si elle n’avait aucun charme, les gens ne se rassembleraient pas autour d’elle.
Et comme Charlotte elle-même ne souhaitait se rapprocher de personne, les autres avaient d’autant plus de raisons de garder leurs distances.
« Elle était déjà célèbre dans la haute société, mais pour d’autres raisons… »
« J’ai entendu dire que ses fiançailles avaient amélioré ses relations sociales. »
« Elle ne serait pas devenue encore pire ? »
Les paroles voyageaient plus vite que les jambes.
Charlotte était devenue célèbre sans le vouloir.
Et plutôt en mal.
Je vous entends parfaitement.
Malgré tout, cela lui était égal.
Au Palais impérial, on ne l’avait pas traitée bien différemment.
Qui voudrait se rapprocher de quelqu’un capable de voir jusqu’aux épisodes honteux du passé qu’on voulait cacher ?
Elle n’était venue à l’académie que pour assister aux cours d’une seule personne.
C’était pourquoi elle ne se souciait guère de ce que deviendrait cette partie de sa jeunesse.
Mon prochain cours est…
Alors qu’elle marchait seule dans le couloir en songeant à son prochain cours, quelqu’un tapota soudain l’épaule de Charlotte.
« Charlotte. Tu as déjeuné ? »
« Oui, Jenny. »
Charlotte se retourna et vit une jeune fille aux cheveux noirs qui la regardait.
Ses boucles s’arrêtaient juste au-dessus de ses épaules, et ses yeux violets laissaient paraître une légère fatigue.
Elle s’appelait Jenny Lailic.
C’était la colocataire de Charlotte et une étudiante du Département d’études curatives.
« Qu’est-ce que tu as mangé ? »
« Du fromage et des crackers. »
C’était aussi la première et unique amie que Charlotte s’était faite depuis son arrivée, une semaine plus tôt.
Malgré l’impolitesse de Charlotte le jour de leur rencontre au dortoir, Jenny ne s’en était pas formalisée.
« Comment as-tu deviné que j’étais apprentie guérisseuse sur le champ de bataille ? Il m’arrivait d’y aller avec mon frère. Mais tu t’es trompée quand tu as dit qu’il était toxicomane et que nous ne nous entendions pas. Enfin, c’était vrai avant, mais ces derniers temps, il sort plus souvent et il a arrêté la drogue. On s’entend bien maintenant. »
Peut-être était-ce parce que la déduction de Charlotte s’était révélée fausse.
C’est ainsi que Jenny était devenue la seule amie de Charlotte.
« Ça ne va pas. Les repas sont importants, Charlotte. »
« Le fromage et les crackers apportent assez de calories pour la journée. »
« Tu crois vraiment pouvoir gagner un débat sur la nutrition face à une étudiante du Département d’études curatives ? »
« … »
Charlotte pinça les lèvres.
Les guérisseurs étaient-ils tous aussi rabat-joie ?
Son fiancé était pareil, et sa colocataire aussi.
Elle ne comprenait pas pourquoi ils la sermonnaient toujours au sujet de la nourriture dès qu’ils la voyaient.
« Allez, viens. On va manger ensemble à la cantine. »
« … Je n’en ai vraiment pas envie. La nourriture est infecte, même sans tenir compte de ses qualités nutritives. »
« Ha, ha… C’est vrai. »
Le sourire de Jenny se figea légèrement.
La cantine de l’académie était réputée pour sa nourriture détestable.
L’Académie Eschenwald n’employait pas de cuisiniers ordinaires dans ses réfectoires.
Le personnel des cuisines était composé de cuisiniers militaires affectés par l’armée.
Et ces cuisiniers travaillaient avec les rations militaires distribuées en quantité fixe par les dépôts de ravitaillement de l’arrière de l’armée impériale : du pain sec et dur, des haricots en conserve, du porc salé et des légumes fermentés pour les conserver en leur donnant un goût légèrement aigre.
Forcément, la nourriture était infecte.
Un jour, un membre de la Famille impériale s’en était plaint au directeur de l’académie.
« Ces étudiants sont des personnes de talent qui contribueront à l’avenir de l’humanité. Nous sommes responsables non seulement des enfants de l’Empire, mais aussi de ceux des autres nations. On pourrait même dire que le prestige de l’Empire dépend de la manière dont nous les traitons. L’académie dispose de fonds suffisants ; pourquoi ne pas améliorer les repas de la cantine ? »
Le directeur avait répondu ainsi :
« La moitié des étudiants de ce jardin partira au combat après avoir obtenu son diplôme. Que ce soit au Royaume des Démons ou dans un labyrinthe, personne ne leur servira de truffes. Comment quelqu’un incapable de manger une miche de pain de ration militaire pourrait-il en revenir vivant ? »
Après cela, personne ne s’était plus plaint de la cantine de l’académie.
« Je ne compte pas aller sur le champ de bataille, alors je ne vois pas pourquoi j’entraînerais mon palais à manger ces choses. Du fromage et des crackers, ça me suffit. »
« Tu dois quand même avoir les nutriments nécessaires. Ton fiancé est professeur, il s’inquiétera pour toi. »
« … »
Charlotte tressaillit.
À contrecœur, elle céda.
« Alors, si on déjeunait dehors avec notre allocation ? »
Par « dehors », elle ne voulait pas dire hors de l’académie.
Toute cette forteresse faisait partie du territoire de l’académie. Si elles en sortaient, elles ne feraient que servir de repas à une bête magique.
Charlotte parlait de sortir du quartier des étudiants.
« Les restaurants du quartier commerçant sont tout à fait mangeables. »
Le territoire de l’académie était divisé en de nombreux quartiers.
Le quartier des étudiants, où vivaient les élèves.
Le quartier militaire, chargé de la sécurité de la ville.
Le quartier industriel, où l’on fabriquait les marchandises.
Et le quartier commerçant, destiné à faciliter la vie des autres.
Les restaurants du quartier commerçant accueillaient surtout les travailleurs des autres quartiers, en dehors de celui des étudiants.
Aucun règlement de l’académie n’interdisait aux étudiants de s’y rendre.
« Jenny, tu as encore assez d’allocation, n’est-ce pas ? »
À la place des règles de l’école, c’était la monnaie de l’académie qui leur entravait les chevilles.
La monnaie de l’académie.
Plus communément appelée allocation.
L’Académie Eschenwald étant en réalité une académie militaire, il était interdit d’y introduire de l’argent extérieur.
Toutes les transactions sur son territoire se faisaient uniquement en monnaie de l’académie.
Les fonds, versés une fois par mois pour couvrir à la fois les frais de subsistance et ceux nécessaires à l’entretien du statut social, étaient calculés en fonction des résultats scolaires.
Cela faisait également partie de la formation destinée à préparer les étudiants au champ de bataille.
« Tes résultats d’admission étaient bons, alors tu ne peux pas déjà avoir dépensé toute ton allocation. »
Charlotte se rappela les résultats de sa colocataire et le montant de l’allocation qu’elle avait elle-même reçue en s’inscrivant.
À moins que Jenny ait fait une grosse bêtise, elle n’avait pas pu tout dépenser…
« … Euh… Eh bien… »
« Jenny ? »
« En fait… »
Jenny détourna lentement le regard.
« J’ai tout dépensé hier… »
« Qu’est-ce que tu as acheté ? »
« Je pensais pouvoir miser gros avec un carré… Je ne m’attendais pas à tomber sur une quinte flush… »
« … »
Charlotte plissa les yeux en regardant Jenny.
« Une prêtresse a le droit de faire ça ? »
« Écoute, il existe aussi un dieu du jeu. Je ne faisais que pratiquer une foi saine. »
« Je crois qu’il existe aussi une déesse mère de la modération. »
« … »
Jenny pinça les lèvres.
« Tu as aussi dépensé tout l’argent destiné à l’entretien de ton statut ? »
« … Alors j’ai décidé de commencer à travailler à l’infirmerie demain soir. »
« Je vois. »
Charlotte soupira.
Puis elle sortit une pièce d’argent de sa poche et la lança à Jenny.
« Oh ! C’est énorme ! Le Département d’études héroïques reçoit une allocation aussi généreuse ? »
« Ça joue, mais mon allocation suffit à couvrir mes frais de subsistance. C’est ce qui me reste de l’argent destiné à entretenir mon statut. »
« Lady Charlotte vient d’une maison de marquis, non ? Entretenir ton statut doit coûter une fortune. »
« Je n’ai pas besoin d’un carrosse pour aller en cours, et je n’ai pas amené de domestique. »
De toute façon, aucune domestique n’avait voulu l’accompagner.
« Tu… tu es vraiment une jeune noble d’une maison de marquis ? »
Charlotte parvint de justesse à ne pas répondre non.
Elle se contenta de dire : « Même à l’académie, tu es la première roturière que je rencontre à s’adresser aussi familièrement à une jeune noble d’une maison de marquis. »
« Oups. »
Jenny haussa les épaules.
Elle glissa soigneusement la pièce d’argent que Charlotte lui avait donnée dans sa poche, puis repoussa ses boucles noires.
« Au fait, tu as un cours obligatoire de Techniques de défense contre la magie noire, n’est-ce pas ? »
« Oui. Cet après-midi, après le déjeuner. »
C’était son prochain cours.
Elle ne pouvait y assister qu’une semaine après son entrée à l’académie.
« J’ai entendu dire que c’était un nouveau cours créé par l’armée. Il doit être très important pour qu’ils le rendent obligatoire. D’habitude, seuls les cours d’étude des bêtes magiques ou des démons sont obligatoires. »
« Je me le demande. »
Les affaires militaires n’intéressaient pas Charlotte.
« Alors, allons-y ensemble après le déjeuner. »
« Tu suis ce cours aussi, Jenny ? »
« Oui. Il n’est pas obligatoire pour les guérisseurs, mais il y avait beaucoup de concurrence chez les étudiants du Département d’études curatives. »
« Les guérisseurs comptent se battre contre des mages noirs ? »
« Pas vraiment. Il y a quelques années, le Directeur Schun s’est servi de la magie noire pour créer quelque chose qui s’appelle un vaccin, non ? Et j’ai entendu dire que deux nouveaux vaccins sortiraient cette année. Du coup, davantage de futurs guérisseurs s’intéressent à la magie noire. »
« Je vois. »
Charlotte sentit une pointe de contrariété l’envahir.
Elle craignait que le cours ne devienne chaotique à cause du nombre excessif d’étudiants.
« À propos, d’autres fiancés se font sans cesse surprendre à retrouver leur partenaire en secret dans les dortoirs, parce qu’ils ont envie de la voir. Mais ton fiancé, lui, n’a pas montré le bout de son nez une seule fois de toute la semaine, Charlotte. »
« Mon fiancé est très strict avec le règlement, sur bien des points. »
« Tout de même, s’il est professeur, il doit bien y avoir moyen pour lui de venir te voir. »
« Peut-être fait-il particulièrement attention à sa conduite parce qu’il est professeur. »
Charlotte se remémora la conversation qu’elle avait eue avec Julian avant la cérémonie d’admission.
« Je préfère te le dire à l’avance. À l’académie, je te traiterai d’abord comme une étudiante et ensuite comme ma fiancée. Bien sûr, tes notes ne bénéficieront d’aucun traitement de faveur non plus. »
« Je sais. »
C’était bien du Julian tout craché.
« Alors, dépêchons-nous de manger. Je ne pense pas qu’il tolérerait qu’on soit en retard simplement parce qu’il est mon fiancé. »
« Ton fiancé est plus strict que je ne le pensais, lady Charlotte. »
« Peut-être est-il plus strict parce que je suis sa fiancée. »
* * *
Quatorze heures.
La salle du cours de Techniques de défense contre la magie noire se trouvait tout au bout de l’aile est du bâtiment principal, presque en sous-sol.
Son plafond, deux fois plus haut que celui d’une salle de classe ordinaire, en faisait un lieu souvent utilisé pour les cours obligatoires.
Cette salle avait toutefois une particularité.
« Ils ont utilisé de l’obsidienne comme matériau isolant. Avec ça, écouter aux portes sera presque impossible. »
Charlotte marmonna en observant la poudre noire visible à travers une fissure dans le mur.
L’obsidienne.
C’était un matériau qui perturbait puissamment la magie de divination et d’écoute.
Le plomb avait des propriétés similaires.
Mais comme ils ne pouvaient pas tapisser tous les murs de plomb, ils avaient choisi l’obsidienne, dont la résonance symbolique était comparable.
« On ne voit ça que dans l’atelier d’un grand mage. L’armée doit accorder une grande importance à ce cours. »
« Tu es déjà allée dans l’atelier d’un grand mage, Charlotte ? »
« Quelques fois, quand j’étais petite. »
Charlotte songea un instant à son tuteur.
Le vieil homme borgne l’avait parfois emmenée, avec son frère, dans son atelier pour leur enseigner certains sorts.
Il trouvait le talent des deux enfants intéressant.
Bien sûr, il ne les avait finalement jamais acceptés comme disciples.
Brouhaha.
Charlotte et Jenny s’étaient installées au premier rang quand les étudiants commencèrent à affluer derrière elles.
« Il y a du monde. »
« Je te l’avais dit. Même au Département d’études curatives, il y avait beaucoup de candidats. J’ai entendu dire que tant d’étudiants étaient déçus que l’académie a augmenté la capacité du cours et accepté une deuxième vague d’inscriptions. »
En entendant cela, Charlotte se dit une nouvelle fois qu’elle avait bien fait de s’inscrire au Département d’études héroïques.
Les étudiants des autres départements pouvaient demander à suivre ce cours.
Elle n’avait donc pas eu besoin d’intégrer le Département d’études héroïques pour y assister.
Elle l’avait tout de même choisi parce que ce cours était obligatoire pour les étudiants de son département, ce qui lui permettait d’y assister sans concurrence.
« Mais le premier rang, ce n’est pas un peu intimidant ? »
« … ? »
Charlotte pencha la tête.
Si elle devait assister au cours, ne valait-il pas mieux s’asseoir devant ?
Comprenant ce que signifiait le regard de Charlotte, Jenny hocha la tête.
« Ah, oui. Ce professeur ne t’intimiderait pas, toi. »
Pendant que les deux jeunes filles discutaient avant le début du cours, les autres étudiants parlaient de sujets similaires.
« Quelqu’un sait quelque chose sur le professeur Julian Nihirit ? »
« Je sais juste qu’il vient d’une famille de barons. »
« Comment a-t-il pu devenir professeur ? D’ordinaire, les professeurs de l’Académie Eschenwald viennent au moins de familles de vicomtes, non ? »
Les roturiers tenaient souvent ce genre de conversations.
Ceux qui n’avaient pas accès à la haute société connaissaient peu le jeune seigneur de la Maison Nihirit.
En revanche, les étudiants issus de familles nobles, ainsi que les meilleurs élèves qui gravitaient dans leur entourage, en savaient davantage.
« Je l’ai vu de mes propres yeux, à l’époque. Il paraît qu’il a réglé le problème de Son Altesse Edmund, qui n’arrivait pas à avoir d’héritier. Depuis, le prince le protège énormément. »
« Je m’en doutais. Alors, il n’a pas réglé ça avec des médicaments seulement. »
« J’aurais peut-être dû étudier les soins plus sérieusement, moi aussi. »
« Laisse tomber. Même les guérisseurs impériaux n’ont pas pu résoudre le problème, paraît-il. Seul le jeune maître Nihirit en était capable. »
Certains étudiants s’interrogeaient sur son parcours.
« Mais pourquoi un cours de défense contre la magie noire ? Il la maîtrise ? »
« On dit que ce qui a fait pencher la balance, c’est qu’il a résolu l’affaire de l’enlèvement au Cycle supérieur de l’académie. »
« Je sais. Après ça, tout le personnel a été remplacé. Mais ce n’est pas ce que je veux dire. Je me demande comment il a pu apprendre autant de choses sur la magie noire. »
« Eh bien, il paraît que la Maison Nihirit est une famille de magistrats. Les magistrats se retrouvent souvent mêlés à des affaires de magie noire, non ? Il serait devenu expert en magie noire en aidant son père dans son travail. »
« Ah, oui, je m’en souviens. Ce magistrat qui résout sans arrêt des affaires non élucidées ? J’avais déjà entendu ce nom de famille. Pourquoi est-ce que je n’arrivais pas à m’en rappeler ? »
« Maintenant que tu le dis, il y a aussi quelqu’un dans cette salle qui est célèbre pour ses affaires non élucidées… »
De temps à autre, les regards se posaient sur l’arrière de la tête de Charlotte.
Même si elle sentait tous ces regards, Charlotte ne leur accorda pas la moindre attention.
Elle se contenta de préparer de quoi noter chaque mot avant le début du cours.
Jenny se pencha et lui murmura à l’oreille :
« Au fait, Charlotte… »
« Oui ? »
« Entre toi et ton fiancé, qui a résolu le plus d’affaires ? »
Charlotte reposa son stylo.
Comme si elle réfléchissait, elle fixa une ligne vide de son carnet.
Puis elle se remit à écrire.
« Jusqu’ici, j’ai trois cent quarante et une victoires et trente-deux défaites. »
« Ton fiancé en a trois cent quarante et une ? »
« Non, c’est moi qui en ai trois cent quarante et une. »
« Hein ? Alors, ce ne devrait pas être toi qui enseignes ? »
Charlotte secoua la tête.
« Je suis avantagée parce que c’est mon fiancé qui choisit les énigmes. J’ai aussi beaucoup appris grâce à lui. Et puis… »
Charlotte tourna les yeux vers le tableau.
« Il enseigne bien mieux que moi. Surtout quand il s’agit de magie noire. »
Jenny fut impressionnée.
La réputation de Charlotte auprès des jeunes de son âge était loin d’être mauvaise.
Elle paraissait souvent dans les journaux après avoir résolu d’innombrables affaires non élucidées, qu’elles concernent des roturiers ou des nobles.
En reconnaissance de ses exploits, elle avait déjà gagné le surnom de « Phénix de salon ».
Qu’elle reconnaisse ainsi le talent de quelqu’un…
Le monde est vraiment vaste, et il y a tant de génies.
Jenny était déjà curieuse d’en apprendre davantage sur cet homme appelé Julian.
Pourtant, il y avait toujours des gens pour douter d’un génie incroyable.
Pas mal d’étudiants mettaient en doute la réputation de Julian.
« J’ai appris ça l’été dernier, pendant mon stage à la Tour des Mages d’Avril. Le professeur Nihirit aurait publié deux articles à l’Olympiade des arcanes. »
« Deux ? Allons donc. Ça doit être une rumeur. Comment quelqu’un de son âge aurait-il pu publier deux articles d’un coup ? »
« C’est ce que je me suis dit. Je n’y croyais pas, alors j’ai cherché ces articles. Mais j’ai beau avoir fouillé, je n’en ai trouvé aucun publié sous le nom du professeur Nihirit. »
« Alors, il est devenu professeur par des moyens douteux ? »
« Mais le Grand Sage est l’un des plus anciens juges des lanceurs de sorts. Il aurait laissé passer ça ? »
« Maintenant que tu le dis, c’est vrai. Il les aurait fait écrire par quelqu’un d’autre, alors ? »
Toutes sortes de suppositions fusaient.
Certains pensaient que les rumeurs avaient été grandement exagérées.
D’autres soupçonnaient le prince Edmund d’avoir abusé de son pouvoir.
De temps en temps, quelqu’un plaisantait en disant que Julian avait peut-être publié des articles de rang de danger 1 ou supérieur.
Bien sûr, personne ne le croyait sérieusement.
Ils ne pensaient pas que la Famille impériale laisserait quelqu’un ayant écrit deux articles de rang de danger 1 se promener librement dans les rues.
Crrr.
Puis, à quatorze heures trente, la porte près de l’estrade s’ouvrit lentement.
La première personne à entrer fut une femme.
Tous les étudiants tournèrent les yeux vers elle.
Une elfe à la silhouette élancée, qui devait mesurer au moins un mètre soixante-dix, monta lentement sur l’estrade, vêtue d’un costume noir.
Elle se plaça à l’endroit où le professeur aurait dû se tenir.
Les étudiants recommencèrent à chuchoter.
« Hein ? Le professeur n’était pas un homme ? »
« J’avais entendu dire que c’était un humain ordinaire. »
Au milieu des murmures, l’elfe Perisia claqua doucement des doigts.
Frouf.
Des rideaux occultants descendirent de part et d’autre de la salle.
Ce ne fut qu’une fois la pièce légèrement assombrie que la porte derrière l’estrade s’ouvrit de nouveau.
Un homme monta sur l’estrade, ses chaussures claquant sur le sol.
« Oh là là. »
Jenny porta une main à sa bouche.
« Charlotte, je ne te pensais pas comme ça, mais tu fais très attention au physique en secret, hein ? »
« … »
Comme si la remarque ne méritait pas de réponse, Charlotte tourna les yeux vers le professeur debout sur l’estrade.
Le professeur, Julian, balaya la salle du regard.
Son regard s’attarda brièvement sur Charlotte, mais il ne laissa rien paraître de ce qu’il la reconnaissait.
Il allait donc la traiter comme une étudiante, ainsi qu’il le lui avait annoncé.
« Bonjour à tous. »
Julian rajusta une fois son col avant de prendre la parole.
« Beaucoup d’entre vous me rencontrent pour la première fois. Je m’appelle Julian Nihirit et j’enseignerai les Techniques de défense contre la magie noire ce semestre. »
Sa voix grave et posée résonna dans toute la salle, amplifiée par la magie.
« Avant de commencer la première séance de ce cours, j’aimerais vous demander une chose. »
Frouf.
Une pile de feuilles s’envola de la main de la femme qui était entrée la première.
Une feuille atterrit devant chaque pupitre.
Julian s’adressa aux étudiants :
« Rien de ce qui sera dit dans cette salle ne devra en sortir. Toute tentative d’exploiter les informations abordées sera sévèrement punie. Seuls ceux qui acceptent doivent signer le document. Ceux qui ne sont pas d’accord doivent quitter la salle. »
Son regard s’attarda brièvement sur Charlotte et Kal, parmi les étudiants du Département d’études héroïques.
« De plus, les étudiants du Département d’études héroïques sont tenus de signer, puisqu’il s’agit d’un cours obligatoire. »
Contre toute attente…
Personne ne sortit.
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