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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin des ténèbres pris pour un saint ◈
Chapitre 91 : L’intention était bonne (2)
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* * *
Une portière tordue à la main,
notre héros Gregor revint vers nous d’un pas pesant.
« On dirait que l’attaque s’est achevée avec ce carrosse… »
Le colosse fit son rapport, les épaules basses.
Même sa barbe tombante semblait refléter son humeur.
En le voyant si abattu, je finis par dire ce que je retenais depuis un moment.
« À bien y réfléchir, vous nous avez suivis en prenant des risques. Je trouve ça un peu sévère. Je m’occuperai des réparations de la voiture et des dégâts au bâtiment. Et je n’en parlerai pas à l’Église… »
Après tout, il avait fait ça pour me protéger, moi, les citoyens et les gardes.
Bien sûr, en tant que combattant de rang quatre, il n’aurait probablement pas eu beaucoup de mal à maîtriser sa force pour éviter ce genre de dégâts collatéraux.
Un surhomme de rang quatre aurait sans doute pu arrêter un carrosse à mains nues sans rien abîmer.
Mais on ne pouvait pas reprocher à un héros de ne pas avoir obtenu le meilleur résultat possible.
C’est comme porter plainte pour la sirène d’une ambulance.
Une ou deux fois, passe encore.
Mais à force, n’importe qui finirait par perdre confiance.
Ce n’était pas juste de faire s’inquiéter un héros pour ce genre de choses.
« Monsieur Gregor, merci. Ne vous en faites pas trop. »
« Saint… ! »
Dès qu’il comprit que je passerais l’incident des dégâts collatéraux sous silence, Gregor mordit dans un mouchoir et eut les larmes aux yeux.
Son lieutenant, qui secourait des gens sous le viaduc, protesta.
« Saint ! C’est déjà la dixième fois ! S’il est comme ça, c’est parce que lord Gregor casse quelque chose à chaque fois et que vous réglez l’affaire à sa place ! »
Le regard acéré du lieutenant se posa sur Gregor.
Celui-ci se mit à transpirer à grosses gouttes et détourna les yeux.
« Je… Je… »
« Vous n’avez pas aussi traversé les murs de plusieurs maisons pendant une poursuite, il y a quelques nuits, parce que vous vouliez gagner du temps en prenant un raccourci ? »
« Je pensais que je n’avais pas le choix… »
« Lord Gregor ! »
« Bouhouhou ! »
Quoi ?
Il avait encore cassé d’autres choses à mon insu ?
« Si vous me parlez aussi de ces dégâts, je peux… »
« Saint ! »
« Mais tout cela avait un rapport direct avec ma sécurité, non ? On ne peut pas faire s’inquiéter un héros pour des broutilles, si ? »
Le lieutenant ouvrit et referma la bouche comme pour dire quelque chose, puis porta une main à son front.
« Ah… Compris. Mais l’Église aussi accorde de l’importance aux formalités et aux procédures. »
Je le savais.
Si une organisation laissait constamment passer ce genre de choses, cela finirait par entraîner bien des problèmes.
Les règles et les procédures existaient parce que les ignorer pouvait provoquer des dégâts collatéraux excessifs.
Il ne fallait pas les balayer d’un revers de main.
« Si vous continuez à faire jurisprudence, comment les autres chevaliers sacrés vont-ils se comporter… ? »
« Dans ce cas, réglons ça avec une déclaration écrite. »
Une déclaration écrite, c’était en gros une lettre officielle exprimant des regrets.
Il n’y aurait ni autre sanction ni baisse de salaire.
Mais même ce genre de déclaration purement symbolique était nécessaire.
À l’époque où j’étais à l’hôpital dans ma vie précédente, j’avais souvent réglé des plaintes de cette façon.
Chaque fois que je causais des problèmes, le directeur de l’hôpital et le chef de service couvraient mes erreurs, et tout se terminait par une simple lettre d’excuses.
À l’époque, c’étaient eux qui me couvraient.
À présent, les rôles étaient inversés.
J’avais voulu devenir un adulte comme eux.
Il semblait que j’avais réalisé ce rêve dans un autre monde.
« Cela vous conviendra-t-il, lieutenant ? »
« Ah… Compris. »
« Saint ! Quel saint miséricordieux ! Acceptez cette étreinte en témoignage de ma gratitude ! »
Les yeux pleins de larmes, il ouvrit grand les bras.
Une ombre immense fondit sur moi.
… Je me cachai instinctivement derrière Otto.
« Argh ! »
Comme le matin même, Otto blêmit tandis que la masse de muscles l’engloutissait.
La différence, c’était qu’il portait alors son uniforme, tandis que Gregor était maintenant torse nu.
Ses pectoraux, luisants d’une façon presque oppressante, recouvrirent le visage d’Otto.
« S-Sauvez-moi… ! »
« C’est une étreinte de joie ! Ne refusez pas ! Venez ! »
« Ghk… ! »
Le lieutenant, qui avait assisté à la démonstration de force de Gregor, prit alors la parole d’une voix glaciale.
« Cela dit, quoi qu’il arrive, je dois signaler à l’évêque que vous avez retiré votre haut. »
« Oui. Je comprends. »
Là-dessus, il n’y pouvait rien.
« Ah… Ces vêtements sacrés coûtent cher… Combien de fois est-ce arrivé, déjà… ? »
Le lieutenant soupira en ramassant les vêtements sacrés de Gregor, désormais réduits en lambeaux.
Les vêtements sacrés d’un chevalier supérieur étaient un équipement stratégique hors de prix.
Chaque fil était imprégné de magie divine, ce qui en faisait pratiquement une armure que l’on pouvait porter.
Et il avait déchiré cet équipement protecteur, non pas dans le feu de l’action, mais pour exhiber ses muscles.
Même moi, je ne pouvais pas le couvrir pour ça.
Il y avait une autre raison à cela.
« L’évêque ?! Non ! N’importe qui, mais pas mon parrain… ! »
« L’évêque m’a personnellement demandé de le lui signaler. Je n’y peux donc rien. »
Désolé, mais moi non plus, je n’y pouvais rien.
L’évêque était l’un des parents adoptifs de Gregor.
Il m’avait dit un jour :
« C’est un bon à rien de fils. Un chevalier supérieur devrait montrer l’exemple par sa piété, mais regardez son comportement… Je vous prie de m’excuser, Saint, mais s’il lui prend encore l’envie d’exhiber son corps au milieu de la rue, venez m’en informer. »
Honnêtement, je comprenais ce que ressentait l’évêque.
Un chevalier supérieur qui se promenait torse nu en plein jour, le haut du corps étincelant sous l’effet de son pouvoir divin.
Pour un évêque ayant mené une vie pieuse, cette mauvaise habitude devait être insupportable.
Et je trouvais ça un peu douteux, moi aussi.
Que se passerait-il si des enfants ayant grandi devant ce spectacle décidaient ensuite de devenir prêtres ? Qu’adviendrait-il de la foi dans ce pays ?
« J’aimerais aussi fermer les yeux, mais l’évêque a tellement insisté… »
« NOOOON ! »
Gregor tomba à genoux en poussant un cri.
Gregor Ardenu, vingt-quatre ans.
Un homme qui ne craignait ni les mages noirs ni les blessures.
Pourtant, même lui semblait encore redouter les réprimandes d’un parent.
* * *
Tandis que nous échangions ces paroles sans importance,
les opérations de secours pour les personnes coincées sous le viaduc semblaient toucher à leur fin.
J’aurais voulu aider moi-même à tirer les gens des décombres.
Mais les manuels de secourisme déconseillaient aux médecins de participer directement aux opérations de sauvetage ; je me retins donc.
Sur un lieu de sauvetage, les secouristes s’occupaient des opérations de secours.
Le médecin attendait, les bras croisés, puis soignait les blessés qu’on avait dégagés.
Si j’errais sur le chantier et me blessais, ce serait le monde à l’envers.
La meilleure chose à faire était donc de faire confiance aux chevaliers sacrés chargés du sauvetage et d’attendre.
Les bonnes intentions ne suffisaient pas à garantir le meilleur résultat.
« Combien y a-t-il de victimes ? »
« D’après la détection des forces vitales par magie divine, il semble qu’environ huit survivants soient coincés sous le viaduc. Nous en avons secouru cinq. »
Le lieutenant me fit son rapport.
Heureusement, la plupart souffraient de blessures externes et de déshydratation.
Quelques-uns étaient gravement blessés, mais on pouvait encore les soigner.
Ce résultat ne devait toutefois pas tout à la chance.
« Ces mages noirs ont délibérément fait s’effondrer le viaduc de manière à isoler les victimes sans les tuer avant votre arrivée, Saint. »
« J’aimerais qu’ils mettent ce genre de talent à profit ailleurs. »
De la moisissure recouvrait chaque surface brisée du viaduc.
Ils avaient probablement utilisé cette magie pour faire s’effondrer le viaduc au moment voulu et prendre des gens en otage.
Puis, pendant que je menais les opérations de sauvetage, ils comptaient nous attaquer avec le carrosse.
« Où en est le traçage à rebours ? »
« Je vous prie de m’excuser. C’est à cause de notre incompétence… »
« Ne vous en voulez pas, lieutenant. Ce genre de magie noire est difficile à remonter, n’est-ce pas ? »
Ils n’avaient pas choisi d’enlever uniquement des gens qui m’étaient proches.
Une magie conçue comme un piège où n’importe qui pouvait tomber était difficile à tracer.
On disait qu’il fallait comprendre un peu les intentions d’un criminel pour établir son profil et le retrouver.
Alors, si les mages noirs posaient de tels pièges à l’aveugle, même moi, j’aurais du mal à les retrouver.
« Ce qui m’inquiète davantage, c’est de leur révéler sans cesse mes faiblesses. »
C’était autre chose qui me préoccupait, maintenant.
Selon la logique de la fantasy sombre, plus on avait de choses précieuses, plus on devenait vulnérable.
De ce point de vue, ma faiblesse, c’étaient les patients.
Dans un monde où même les gardes hésitaient à secourir des citoyens dès qu’ils apprenaient que des mages noirs étaient impliqués,
j’avais foncé droit dans un piège, sans la moindre hésitation, rien qu’à l’idée qu’il puisse y avoir des patients.
Du point de vue des mages noirs, ils venaient de découvrir une nouvelle faiblesse à exploiter.
« Je ne peux que regretter que des citoyens innocents soient sans cesse pris dans tout ça à cause de moi. »
Gregor relâcha Otto et son visage s’assombrit.
« Saint. »
Gregor m’interpella à voix basse.
« Votre incapacité à ignorer les innocents est une vertu. Ceux qui méritent d’être condamnés, ce sont ces individus abjects qui exploitent cette vertu. Il ne faut jamais blâmer votre bienveillance. N’est-ce pas justement pour cela que les gens sont devenus si indifférents à leurs voisins, après que de telles choses se sont répétées ? »
En enfilant le manteau que lui tendait le lieutenant, il s’exprima d’un air solennel.
« Je crois que la bienveillance des gens comme vous finira par rendre le monde meilleur. C’est pourquoi vous ne devez pas céder à leur malveillance. »
« Je vous ai donné une fausse impression. Tout va bien. Je n’ai pas l’intention de renier le chemin que j’ai suivi pour si peu. »
Il était vrai que j’avais révélé une faiblesse dont les mages noirs pouvaient tirer parti.
Et alors ?
Avais-je déjà vu un protagoniste prendre la fuite la queue entre les jambes parce que les méchants l’avaient menacé deux ou trois fois ?
S’il y avait bien un moment où un protagoniste devait rester fidèle à ses convictions, c’était celui-là.
Si le monde rejetait mes convictions,
alors je les défendrais jusqu’au bout.
N’était-ce pas ce que faisait un protagoniste ?
Et comment un médecin pourrait-il voir un patient et repartir sans rien faire ?
J’avais vécu ainsi pendant des décennies, dans ma vie précédente comme dans celle-ci.
Je n’étais pas assez faible pour renier mes convictions pour si peu.
« S’ils choisissent d’agir ainsi, je surmonterai même cela et je prouverai que j’ai raison. Bien sûr, cela vous mettra en danger, monsieur Gregor. J’en suis désolé. »
Gregor renifla à ces mots.
« Inutile de dire des choses pareilles ! Vous ai-je déjà dit le contraire ? Si la malveillance se met en travers de la route du saint… ! »
Hop !
Il contracta de nouveau ses muscles et prit une pose des plus musclées.
Pop !
Les boutons du manteau que le lieutenant lui avait trouvé sautèrent.
L’un d’eux décrivit un arc de cercle et atterrit sur la tête du lieutenant.
Une veine saillit sur le front du lieutenant.
Mais Gregor n’en eut cure et s’écria :
« Je n’aurai qu’à défoncer ce mur, moi aussi ! N’est-ce pas là mon souhait et mon devoir ? Alors, n’hésitez pas à m’envoyer sur un chemin semé d’épines ! »
« Ha ha… C’est rassurant… »
« Grrrk… »
J’entendis le lieutenant grincer des dents à côté de moi, mais je fis semblant de ne rien remarquer.
* * *
Même pendant que nous bavardions, les opérations de sauvetage et les soins se poursuivaient.
Nous réhydratâmes les victimes avec des perfusions.
Les traumatisés furent triés, puis transportés d’urgence dans les cliniques voisines.
Grâce à la détection des forces vitales par magie divine, les secours se déroulèrent sans encombre.
« Saint ! »
Alors qu’il ne restait plus qu’une personne,
le lieutenant me fit signe de venir en toute hâte.
« Il ne reste qu’une personne ! Mais… »
Le lieutenant désigna une énorme poutre d’acier.
Le patient ne pouvait pas s’échapper : sa jambe était coincée dessous.
À part une légère déshydratation, il ne présentait aucun symptôme évident.
« Cette poutre est trop grosse ! Il nous faut l’aide de lord Gregor ! »
À ces mots, des étoiles apparurent dans les yeux de Gregor.
Crac.
« Oh ! Compris ! C’est maintenant que mes muscles vont servir ! L’essence de la musculation, perfectionnée par notre secte Ardenu depuis plus de mille ans, va aujourd’hui révéler sa véritable puissance ! »
Sans hésiter, il se précipita vers la poutre d’acier.
Avant que je puisse l’arrêter, Gregor glissa les bras sous son bord inférieur.
Je l’interpellai en urgence.
« Gregor ! Attendez ! Si vous la soulevez, le patient va mourir ! »
« Quoi ?! »
Gregor s’immobilisa, stupéfait.
Je m’empressai de lui expliquer pour qu’il comprenne.
« Le viaduc s’est effondré il y a deux heures. La partie inférieure de sa jambe est probablement nécrosée ! »
Quand un objet lourd écrasait des muscles pendant longtemps, les fibres musculaires de la zone touchée commençaient peu à peu à mourir.
Les muscles mourants libéraient lentement du potassium, de la myoglobine et des déchets acides hors de leurs cellules.
Ces toxines ne posaient aucun problème tant que les muscles restaient écrasés.
Elles ne pouvaient pas franchir les vaisseaux sanguins comprimés.
Mais le problème survenait dès que la pression était relâchée, dès que la poutre d’acier était soulevée.
Dès que la poutre se soulevait,
les toxines accumulées au-delà de la jambe mourante se déversaient dans le haut du corps, comme si une digue venait de céder.
Le potassium atteindrait le cœur et en arrêterait les battements.
La myoglobine obstruerait les reins.
D’autres substances acidifieraient le sang et ravageraient tout l’organisme.
C’était le syndrome d’écrasement.
C’était l’une des causes de décès les plus fréquentes chez les victimes d’effondrements de bâtiments et de séismes.
Bien sûr, je ne pouvais pas lui expliquer tous ces détails un à un.
Je lui résumai donc les choses simplement.
« Si du poison remonte de la jambe morte, le patient risque de mourir. »
« Alors… »
Gregor murmura en regardant la jambe coincée sous la poutre.
« … Nous n’avons pas le choix, il faut la couper… »
« Aaah ! »
Déjà pâle, le patient blêmit encore davantage.
Étonnamment, Gregor avait raison.
L’amputation était une possibilité en cas de syndrome d’écrasement.
On ne pouvait pas mettre la vie du patient en balance avec la conservation d’une jambe en train de mourir.
Un médecin serait appelé, puis la jambe serait sectionnée à la scie.
Je l’avais fait de nombreuses fois.
Mais…
« Si son état était grave, ce serait nécessaire. Mais ce patient n’en aura pas besoin. »
Il existait un barème appelé le score MESS.
Il servait à déterminer s’il fallait amputer un membre.
Selon ce barème, ce patient n’avait pas besoin d’être amputé.
Il n’était coincé que depuis deux heures et paraissait jeune.
De plus, il avait réagi à notre conversation.
« Patient, avez-vous mal en ce moment ? »
« Ma jambe… me fait un peu mal. »
« C’est une bonne chose. Je vais vous administrer un anesthésique. »
Les patients dans ce cas ne perdaient pas leur jambe.
On les secourait d’abord, puis on les préparait à l’arrivée des toxines qui seraient libérées ensuite.
« Otto, tu peux aller chercher des perfusions dans la boîte à médicaments ? »
Otto acquiesça et m’apporta ce que je lui avais demandé.
J’administrai aussitôt des liquides au patient, au débit maximal.
« Nous allons diluer le poison en vous donnant beaucoup de liquide avant qu’il ne remonte. »
Puis je nouai un garrot autour de sa jambe.
En temps normal, un garrot n’était pas nécessaire en cas de syndrome d’écrasement.
Mais après avoir secouru plusieurs personnes dans ce monde, je n’avais pas eu d’autre choix que de modifier les protocoles de ma vie précédente.
Je plaçai le garrot tout en haut de la cuisse du patient, puis torsadai la tige jusqu’à ce que la sangle serre sa cuisse.
« J’ai bloqué les vaisseaux sanguins. Vous pouvez la soulever maintenant, monsieur Gregor. »
« Compris ! »
Hop !
La poutre d’acier, assez lourde pour nécessiter de la machinerie, s’éleva dans les airs.
« Gregor, j’ai encore une chose à vous demander. Allez à la clinique Merkuer la plus proche et ramenez un guérisseur capable d’utiliser la magie de détoxification. Si on vous demande qui vous envoie, donnez mon nom. »
Nous avions maintenant besoin de magie de détoxification.
Dans ce monde, la magie de détoxification était particulièrement difficile à maîtriser.
Un soin ordinaire ne demandait qu’une compréhension de la guérison,
mais la magie de détoxification exigeait d’identifier chaque type de poison et d’adapter le sort en conséquence.
C’était pourquoi, lors de l’affaire de la badiane, plusieurs années plus tôt, les guérisseurs n’avaient rien pu faire et des nouveau-nés étaient morts.
S’ils ignoraient de quel poison il s’agissait, les guérisseurs ne pouvaient pas non plus espérer de résultats spectaculaires avec la magie de détoxification.
Heureusement, notre clinique avait déjà soigné des patients comme celui-ci lors de la dernière catastrophe de grande ampleur.
Un aventurier qui était resté coincé des heures sous le cadavre d’une bête magique avait quitté la clinique avec ses deux jambes intactes.
Ce patient s’en sortirait de la même manière.
C’était pour cela que j’avais expressément demandé à Gregor de ramener quelqu’un de notre clinique.
« Compris ! »
Gregor partit en courant.
Une masse de muscles étincelante, presque aussi rapide qu’un carrosse.
Il allait probablement kidnapper un guérisseur et revenir en moins de dix minutes.
Il ne me restait qu’une chose à faire en attendant.
« Patient. »
« Oui ? »
« Pourriez-vous boire ceci et compter jusqu’à dix pour moi ? »
« Euh… un… deux… trois… argh. »
Le patient s’endormit.
L’éther avait fait effet.
C’était un anesthésique inhalé que j’avais récupéré à la station d’amarrage des dirigeables.
Apparemment, il avait été mis au point récemment.
Là-bas, on l’appelait par un nom chimique étrange plutôt que par celui d’éther ; il m’avait donc fallu du temps pour le trouver.
Il avait de nombreux effets secondaires et complications, mais je n’avais plus le choix.
Le chloroforme est contre-indiqué en cas de syndrome d’écrasement.
Je ne pouvais pas utiliser ici le chloroforme dont je me servais habituellement.
Sa toxicité hépatique risquait d’envoyer le patient tout droit dans l’autre monde.
« Le patient dort. Otto, mets-le dans la voiture. »
Ce n’était pas un endroit convenable pour opérer.
Cela dit, l’intérieur d’une voiture ne l’était pas non plus.
Mais c’était toujours mieux qu’un lieu couvert de poussière.
Après avoir transformé la voiture en salle d’opération improvisée, je sortis immédiatement mes instruments chirurgicaux.
Le lieutenant fut stupéfait en me voyant prendre un scalpel.
« N’aviez-vous pas dit que vous ne lui couperiez pas la jambe ? »
« Je ne vais pas la lui couper. »
J’allais seulement l’inciser.
Sur ces mots, je commençai à inciser la jambe du patient.
Note de l’auteur
Un conseil qui pourra peut-être vous servir un jour.
Le syndrome d’écrasement passe souvent inaperçu sur les lieux d’une catastrophe.
Les personnes coincées sous des objets lourds peuvent sembler étonnamment lucides.
Les secouristes soulèvent alors simplement l’objet et passent à autre chose.
Puis des toxines envahissent soudain le corps, et la personne peut mourir en un instant.
En plus des écrasements sous des bâtiments, des symptômes similaires peuvent aussi apparaître lors de maladies qui obstruent simplement les vaisseaux sanguins.
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