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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de dark fantasy pris pour un saint ◈
Chapitre 87 : Pris pour un criminel (2)
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* * *
Pour commencer par la conclusion, Wangcho se rétablit sans problème.
D’abord, il n’avait pas bu d’eau de Javel. Il avait mangé de la viande traitée à l’eau de Javel, qu’il avait plutôt bien rincée.
Son état n’évolua pas vers la situation grave que je redoutais.
« La dernière fois, vous n’avez pas dit que boire du lait aggraverait les maux d’estomac ? »
« Cette fois-là, je soupçonnais des calculs biliaires. Cette fois, c’est l’eau de Javel le problème. Ce ne sont pas les mêmes maladies. »
« Urgh… Je l’avais pourtant bien rincée avant de la manger. »
Parfois, j’avais envie de frapper Wangcho.
J’avais tout de même neutralisé le produit avec du lait et lui avais fait boire régulièrement une potion diluée, au cas où son intestin se perforerait.
C’était peut-être parce qu’il était un surhumain de rang 1.
Dès le lendemain, il allait déjà beaucoup mieux.
« Wangcho, si ça se reproduit, je devrai peut-être vous ouvrir le ventre. »
« Vous plaisantez ? »
« Si vous ne me croyez pas, je peux vous montrer des photos d’opérations de réparation intestinale pratiquées sur des patients qui ont bu de l’eau de Javel. »
« Non. Je ne recommencerai jamais. »
On aurait vraiment pu en arriver au point où je devais lui ouvrir le ventre.
« Au fait, si ça se reproduit, je devrais me faire vomir… ? »
« Surtout pas. »
C’était une idée reçue très répandue.
Beaucoup de patients pensaient qu’il fallait vomir immédiatement après avoir avalé du poison.
Mais c’était tout le contraire.
Vomir après avoir ingéré du poison ne faisait qu’accélérer leur départ pour l’au-delà.
Le poison remontait de l’estomac par l’œsophage et le brûlait lui aussi.
Et, pendant ce temps, cela n’éliminait même pas 40 % des toxines.
Pour des raisons similaires, la toxicologie d’urgence moderne ne pratiquait pas de lavage gastrique sans nécessité.
À moins d’avoir avalé une grande quantité de poison, le lavage gastrique n’était pas particulièrement efficace non plus.
À mon époque, la toxicologie avait évolué vers une élimination plus sûre des poisons, grâce aux laxatifs ou au charbon actif.
Comme ce que faisait Wangcho en ce moment.
« Docteur… Combien de temps dois-je continuer à boire cette potion ? Ça me fait tout sortir par l’arrière. »
« Continuez jusqu’à après-demain. »
Les potions contenaient du colchique, qui provoquait des diarrhées.
La même plante médicinale que celle utilisée pour fabriquer la colchicine.
Apparemment, on l’ajoutait aux potions comme ingrédient de base pour préserver leurs propriétés réparatrices tout en éliminant rapidement les toxines.
Cet effet secondaire rendait les potions idéales pour les patients ayant consommé de l’eau de Javel.
Elles réparaient la muqueuse intestinale endommagée et avaient un léger effet neutralisant,
tout en provoquant des diarrhées qui expulsaient rapidement le poison.
« Urgh… Les toilettes… ! »
« Allez-y. »
Le seul petit inconvénient, c’était que cela compliquait la vie quotidienne.
Mais s’il s’en tirait avec une simple diarrhée après avoir mangé de l’eau de Javel, il pouvait s’estimer heureux.
En demander davantage aurait été indécent.
Froufrou !
Wangcho franchit la porte en courant, à demi accroupi.
Un instant plus tard, la porte des toilettes au bout du couloir claqua.
« … »
En le regardant partir, une pensée me vint soudain.
Cette fois, c’était un accident.
Mais l’eau de Javel pouvait bel et bien servir à de mauvaises fins.
Surtout si des mages noirs s’en servaient abusivement, les dégâts pourraient devenir impossibles à contenir.
L’une des armes de destruction massive les plus terrifiantes de l’histoire humaine avait, au sens large, elle aussi été fabriquée à partir d’eau de Javel.
Il me semblait nécessaire de prévenir les gens avant que quelqu’un ne s’en serve à mauvais escient.
Après réflexion, je décidai de rédiger aussi un article sur le sujet.
C’était moi qui avais répandu l’usage de l’eau de Javel.
Si des mages noirs la détournaient, ma réputation risquait d’en souffrir gravement.
Mieux valait donc prévenir le problème.
Cela soulagerait aussi ma conscience.
C’est Julian qui devrait écrire cet article, pas le Directeur Schun.
Cette idée m’était venue quand on m’avait proposé le poste de professeur de défense contre la magie noire.
À bien y réfléchir, le travail ressemblait à de la médecine préventive.
Ce serait donc à Julian de mettre en garde la population contre des substances comme l’eau de Javel et de proposer des mesures de contrôle.
Je vais essayer de l’écrire après avoir terminé mon article sur l’intoxication au plomb.
Je décidai de garder secret l’article sur l’eau de Javel, même pour mon maître.
Ce serait une sorte de surprise.
* * *
An 1049 de l’Empire.
Depuis le début de l’année, le monde entier connaissait une agitation inhabituelle.
À peine les fortes chutes de neige avaient-elles cessé,
que l’humanité avait subi des pertes dévastatrices avec l’apparition de bêtes magiques mutantes.
Heureusement, grâce au saint et à la sainte, l’Empire n’avait pas été trop durement touché.
Mais les pertes des autres forteresses et royaumes qui ne disposaient pas de leur aide étaient loin d’être négligeables.
Ayant perdu une trop grande partie de leurs forces de combat, les humains avaient encore davantage fermé leurs portes.
Les échanges entre les forteresses avaient eux aussi fortement diminué.
Le nombre de dirigeables en vol avait été divisé par deux, et la plupart servaient au transport de matériel militaire.
Pourtant, même dans cette atmosphère, une forme d’échange se poursuivait sans interruption.
L’Olympiade des arcanes.
Les Jeux olympiques des lanceurs de sorts, où ils exposaient le fruit de toute une vie d’études.
Même au milieu de la tragédie qui frappait l’humanité, les lanceurs de sorts ne cessèrent jamais d’échanger leurs connaissances.
Non. Cette année, peut-être s’y étaient-ils consacrés avec encore plus d’ardeur.
Pour poursuivre l’œuvre de leurs collègues tombés au combat.
Pour rappeler à l’humanité la place qu’elle avait oubliée.
Et pour faire des découvertes fortuites au cœur de la tragédie.
Pour diverses raisons, les lanceurs de sorts brûlaient d’enthousiasme en soumettant leurs articles au Symposium d’automne.
Les articles soumis par d’innombrables lanceurs de sorts avaient passé une première sélection dans les antennes de chaque Association des mages, puis une deuxième dans les Tours des Mages.
Il ne restait plus que l’examen final par l’Astrolabium, le jury composé des maîtres des Tours des Mages et des grands mages.
« Duc Baspelt, êtes-vous toujours en guerre épistolaire contre le duc Eisenherz ? »
« Oui. L’an dernier, nous nous sommes affrontés au sujet de la propriété des esprits. Cette année, c’est au sujet de la mesure des flux de mana sous-marins. À notre époque, ils s’obstinent encore à utiliser des plombs de sonde… »
« Comme je le disais, le circuit en alliage que nous avons découvert cette fois-ci a augmenté la conductivité d’un bon pour cent. »
« Ce n’est qu’une hausse de 98 à 99… »
« Bah ! Voyez les choses autrement. Le taux d’inefficacité est passé de deux à un ! Comment un maître de Tour des Mages peut-il ne pas comprendre à quel point c’est remarquable ? »
« Enfin, les métaux ne m’intéressent pas. Notre école n’a de toute façon pas besoin de métal comme catalyseur. »
Avant le début officiel de l’examen, les maîtres des Tours des Mages et les grands mages qui représentaient leurs nations échangeaient quelques remarques.
Tous les sujets portaient sur les accomplissements de leur propre école.
C’était naturel.
Le montant des fonds de recherche attribués à leur Tour des Mages ou à leur ordre de chevaliers mages dépendait des résultats présentés au symposium.
C’était pourquoi ils saisissaient chaque occasion de vanter leurs organisations avant le début de l’examen.
Les membres du jury étaient des êtres humains, eux aussi.
Même à contenu égal, leurs impressions pouvaient varier selon l’organisation qui avait soumis l’article.
« Je n’ai pas oublié que votre disciple a plagié l’article du mien l’an dernier. »
« C’était un malentendu. Le Grand Maître lui-même a dit que les sujets de recherche pouvaient parfois se recouper. »
« Mon disciple y a perdu quatre ans. Oseriez-vous lui dire cela en face ? »
« Je suis sincèrement désolé… »
Dans la salle de conférence, les dix-neuf membres du jury échangèrent une foule de remarques.
Puis…
Boum.
Les immenses portes de la salle s’ouvrirent à la volée et un vieil homme entra.
« Désolé pour le retard. »
Le vieil homme traversa la salle d’un pas assuré, puis prit tout naturellement le fauteuil le plus ouvragé.
En s’asseyant, il grommela :
« Franchement… Toutes ces décorations tape-à-l’œil ne me sont pas nécessaires. Une chaise en bois ferait l’affaire. »
« Si le Grand Maître s’asseyait sur une chaise ordinaire, nous devrions nous agenouiller par terre. »
« Ah, dans ce cas, ça ne va pas. »
Le vieil homme borgne eut un petit rire, puis poussa négligemment vers le bord de la table la plaque nominative qui se trouvait devant lui.
On pouvait y lire :
<Président du jury : Louis Edelhardt>
« Bien, nous n’avons pas le temps, alors commençons tout de suite. J’aimerais demander à chacun comment il va, mais nous ne finirions jamais à l’heure. Cela vous convient-il ? »
À la question du Grand Sage, les maîtres des Tours des Mages et les grands mages acquiescèrent.
Clac !
Le Grand Sage claqua des doigts et toutes les fenêtres ainsi que toutes les portes de la salle se refermèrent.
Au même instant, des piles de documents atterrirent devant chaque membre du jury dans un bruit sourd.
« Bien. Décidons qui sera retenu cette année pour présenter son travail. »
« Voici le premier article. Soumis par la Tour des Mages de Février : “Proposition d’un modèle à trois couches des flux de mana sous-marins”. »
« Hum. La théorie selon laquelle, puisque les courants océaniques se répartissent en trois couches, tenir compte de cette structure lors de l’usage de sorts influençant la mer augmente l’efficacité magique. Ils ont réussi à découvrir une chose pareille. »
La magie, c’était la compréhension.
Plus on comprenait profondément un objet, moins on gaspillait de pouvoir magique et plus on pouvait accomplir de choses.
C’était pourquoi les symposiums de magie ne rejetaient aucun domaine d’étude.
« “Reproduction magique d’une réaction de détonation”. Est-ce que cela vient de la Tour des Mages de Juillet ? »
« Non, de celle de Mai. Ils voulaient reproduire le son d’une explosion et ont fini par découvrir les principes de la détonation. »
« J’étais simplement surpris qu’un sujet aussi inattendu vienne de la Tour des Mages de Mai. Ce ne sont donc pas les obsédés des explosions qui l’ont découvert. »
« Ha ha… »
Ainsi, les articles furent examinés un à un, dans le sens des aiguilles d’une montre, autour de la table ronde, comme si l’on en pesait la valeur.
Circuits en alliage, augmentation de la bande passante des sorts de correspondance à longue distance, convergence des erreurs dans les sorts de contrôle météorologique…
La plupart ne faisaient qu’améliorer des sorts existants, même si des idées vraiment novatrices apparaissaient de temps à autre.
Mais rien ne parvint à dissiper l’ennui du Grand Sage.
Au bout du compte, ils ne parviennent pas à sortir du cadre que j’ai créé.
Les applications de la magie qu’il avait dévoilées mille ans plus tôt n’avaient connu aucun changement majeur.
La gestion du pouvoir magique s’était améliorée. Tout était devenu plus propre, plus silencieux et plus précis.
Mais on était encore loin des idées intéressantes qu’espérait le Grand Sage.
Les Tours des Mages sont toujours les mêmes, cette année.
Il avait envie de fermer les yeux et de dormir.
C’était ce qu’il faisait chaque année.
Mais cette année était différente.
Après tout, Julian a soumis un article cette année.
La simple pensée de l’article soumis par Julian suffisait à faire battre son cœur plus vite.
Quel pouvait bien en être le sujet ?
Bientôt, les présentations des articles retenus par chaque Tour des Mages et chaque ordre de chevaliers mages assis autour de la table ronde s’achevèrent.
Vint enfin le tour des articles retenus par l’Ordre impérial des chevaliers mages.
Le lanceur de sorts qui représentait la Famille impériale commença à lire le titre de l’article qu’il avait apporté.
<Évaluation théorique de la faisabilité d’un lavage de cerveau de masse par magie noire, facilité par une population de lanceurs de sorts souffrant d’une exposition chronique au plomb>
« Hum ! »
« Grand Maître ?! »
« Ce n’est rien. J’ai simplement avalé de travers. »
Le Grand Sage parvint de justesse à ne pas recracher le thé qu’il buvait.
Les autres maîtres des Tours des Mages et les grands mages ne réagirent guère différemment.
« Une étude sur la magie noire ?! »
« Alors, c’était vrai ? L’armée impériale a enfin commencé à étudier officiellement la magie noire ? »
« Un lavage de cerveau ? Qu’est-ce que c’est que ça… »
Plusieurs lanceurs de sorts marmonnèrent en découvrant le niveau de classification de sécurité inscrit en haut de l’article.
« Classification de sécurité de niveau 1 ? »
« Quand a-t-on examiné un article de niveau 1 pour la dernière fois ? »
« Le premier depuis l’article sur les bombardements par la foudre au moyen de manipulations météorologiques. Il y a donc cinq ans. »
« Bon sang. »
La magie pouvait enrichir le monde et donner à l’humanité le pouvoir de se défendre contre les bêtes magiques.
Mais elle pouvait aussi nuire aux autres humains.
C’était pourquoi chaque article lié à la magie devait d’abord passer devant le comité d’éthique de chaque Association des mages.
Les différents niveaux de classification correspondaient à ce qui suit.
Niveau 3.
Magie pouvant être rendue publique sans danger, ou déjà largement connue.
La plupart des articles recevaient cette classification.
Niveau 2.
Connaissances destinées aux lanceurs de sorts spécialisés ou aux arcanistes. Leur accès nécessitait l’autorisation de l’Administration des lanceurs de sorts.
Elles présentaient un certain danger, mais les lanceurs de sorts jouissant d’une reconnaissance sociale suffisante étaient autorisés à les consulter.
Et enfin, le niveau 1.
Des sujets qui nécessitaient un débat universitaire,
mais risquaient de nuire gravement à l’intérêt public ou de mener à des crimes graves.
Seules les personnes jouissant de la confiance accordée aux grands mages pouvaient les consulter.
En outre, tout lanceur de sorts autorisé à accéder à cette classification devait se soumettre à un sort de confidentialité contractuelle.
« … Qui a bien pu écrire une chose pareille ? »
« Voyons voir. Julian… Julian Nihirit ? »
« … »
Au milieu des murmures des lanceurs de sorts, le Grand Sage parcourut l’article en silence.
Résumé
[Cette étude reconstitue de manière épidémiologique les conditions d’exposition au plomb dans l’Empire et examine, sur le plan théorique, l’intérêt potentiel d’une exposition chronique comme catalyseur intermédiaire de rituels de magie noire.
En s’appuyant sur la littérature existante concernant les effets du plomb sur la conductivité magique des neurones, elle évalue la faisabilité technique, l’ampleur du pouvoir magique nécessaire et les traces épidémiologiques identifiables d’un scénario de lavage de cerveau à grande échelle, puis propose des mesures de santé publique et de contre-espionnage.]
Je l’ai lu plusieurs fois, mais Julian écrit vraiment des articles d’une grande clarté. Quel dommage que le sujet ne soit pas plus ordinaire.
Le résumé était limpide.
Contrairement à son titre sinistre.
Un peu rassuré, le Grand Sage se mit à lire l’article en détail.
[L’intoxication au plomb a été classée comme maladie professionnelle chez les lanceurs de sorts et les surhumains de haut rang.]
C’était vrai.
Tout le monde savait que le plomb était nocif pour le corps.
Mais aucun catalyseur magique n’était aussi utile que le plomb.
C’était pourquoi plus on pratiquait la magie, plus il fallait garder du plomb à portée de main.
Les lanceurs de sorts vivaient avec l’intoxication au plomb comme s’il s’agissait d’une maladie professionnelle.
Mais la suite de l’article contredisait directement cette croyance commune.
[Au cours de la reconstitution épidémiologique de 4 312 mesures de plombémie recueillies dans la région de la capitale impériale au cours des trois dernières années, le présent chercheur a établi que le postulat ci-dessus ne pouvait plus être retenu.]
« ? »
Le sourcil du Grand Sage tressaillit.
Quatre mille personnes.
L’ampleur de l’étude était déjà exceptionnelle.
Mais un autre élément retint encore davantage son attention.
[L’intoxication au plomb n’est plus une maladie professionnelle rare, mais une maladie chronique qui touche l’ensemble des habitants de la Colline du Sanctuaire.]
Julian affirmait que l’intoxication au plomb n’était pas une maladie propre aux lanceurs de sorts, mais qu’elle frappait les nobles et les chevaliers de la Colline du Sanctuaire.
La raison de cette conclusion était simple.
Une analyse comparative de la plombémie de 8 000 habitants de la Fosse des Limbes et de 4 000 habitants de la Colline du Sanctuaire avait révélé que le taux de plomb dans le sang était beaucoup plus élevé à la Colline du Sanctuaire.
Et l’article avait réussi à en retracer la cause.
[La cause probable est le plomb utilisé comme catalyseur d’activation dans le kérosène à pierres magiques plombé.
Pour le prouver, des corps enterrés avant l’introduction du kérosène à pierres magiques plombé, vingt ans plus tôt, ont été achetés, puis leur teneur osseuse en plomb a été mesurée.]
Attends… Julian a exhumé des cadavres… ?
[Les quantités de plomb accumulées dans les os des défunts enterrés il y a vingt ans étaient nettement inférieures à celles mesurées dans les os enterrés par la suite.]
Le Grand Sage se surprit à vouloir applaudir.
Le raisonnement était irréprochable.
La Colline du Sanctuaire était généralement la région où l’on consommait le plus de kérosène à pierres magiques.
L’idée que ses habitants avaient donc été davantage exposés au plomb correspondait parfaitement au lien de cause à effet.
Il trouvait même cela admirable.
Alors que tout le monde avait considéré le problème comme propre aux lanceurs de sorts,
Julian avait également découvert des patients qui passaient inaperçus.
Mais deux problèmes se posaient.
D’abord, les compagnies marchandes et les nobles seraient extrêmement mécontents de cet article.
Et ensuite…
Attends. Si, au lieu de toucher seulement les lanceurs de sorts, le plomb avait aussi atteint la plupart des habitants de la Colline du Sanctuaire…
Le Grand Sage parcourut à toute vitesse la moitié restante de l’article.
[Chapitre 7. Risques de détournement à des fins de magie noire : évaluation de la menace]
[Le dimercaprol vendu par la Compagnie marchande Merkuer est actuellement largement prescrit aux lanceurs de sorts.]
[De nombreux cas ont signalé une hausse brutale de la plombémie et une accumulation de plomb dans le cerveau après la prise de dimercaprol sans complément spécialisé.]
[Si ce phénomène était exploité par la magie noire…]
« … »
La suite était complètement insensée.
Si le plomb se logeait dans le cerveau, il pouvait servir d’excellent catalyseur aux sorts de lavage de cerveau.
Et en l’exploitant, on pourrait probablement contrôler discrètement plus de la moitié des nobles et des lanceurs de sorts de la Colline du Sanctuaire.
Un contrôle à long terme serait difficile en raison de la résistance des victimes.
Mais les possibilités étaient infinies : on pouvait rendre des cibles incapables de se défendre avant de les assassiner, ou les faire accuser de crimes.
Et l’article décrivait minutieusement tous les scénarios possibles.
[Résultats des simulations militaires menées en coopération sur la base des éléments précédents : possibilité de verrouiller le sud de la Colline du Sanctuaire au moyen d’émeutes de grande ampleur.]
[Résultats d’une simulation de siège du Palais impérial : possibilité de s’en emparer temporairement en provoquant l’autodestruction de l’ordre des chevaliers mages.]
[Examen de la possibilité de déclencher des rassemblements de sectaires.]
« … »
Le Grand Sage fixa l’article en silence.
Un instant, l’image du Julian de ses rêves se superposa à celle qui se trouvait devant lui.
Puis le maître de la Tour des Mages de Janvier, assis à côté du Grand Sage, laissa échapper un grognement.
« Comment a-t-on pu ne pas classer cet article parmi les documents interdits ? »
D’autres maîtres des Tours des Mages lui emboîtèrent le pas.
« La personne qui a écrit cet article… semble quelque peu dangereuse. »
« Je comprends parfaitement l’objectif d’intérêt public… mais on ne peut pas présenter ça. »
« À partir d’aujourd’hui, tous les membres de notre Tour des Mages de Septembre devront suivre régulièrement un traitement contre l’intoxication au plomb. Mais nous ne devrions pas leur dire pourquoi. »
Le Grand Sage n’avait rien à ajouter.
« Alors, c’est cette personne qui va s’occuper de la défense contre la magie noire… C’est rassurant, mais aussi un peu inquiétant. »
« … »
« Julian Nihirit… Je ne sais pas où il a appris la magie noire, mais son maître semble ne lui avoir enseigné que des choses dangereuses. »
Non. C’est moi qui ai fait ça.
Le Grand Sage ravala ces mots et remit l’article en ordre.
« Alors, que pensez-vous de cet article ? »
« Il ne peut pas être présenté officiellement, mais il ne fait aucun doute que son auteur a les compétences nécessaires pour publier un article à l’Olympiade des arcanes. »
« Je suis d’accord. »
« Moi aussi. »
Dans ce genre de cas, on annonçait généralement seulement que le lanceur de sorts avait publié un article à l’Olympiade des arcanes, sans rendre l’article lui-même public.
Dans les cercles universitaires, le lanceur de sorts serait connu comme l’auteur d’un article sur une magie dangereuse de niveau 1, dont la nature restait inconnue.
« Bien. Julian Nihirit verra donc aussi son nom gravé dans le Panthéon du savoir. »
Feignant le calme, le Grand Sage rangea l’article de Julian.
« Bien… Ensuite… »
« Le prochain article vient lui aussi de l’armée. »
« ? »
« La classification est… interdite. Et l’auteur est… encore Julian Nihirit. »
« ? »
Je ne savais pas que Julian avait soumis deux articles.
De plus en plus inquiet, le Grand Sage consulta le titre du document.
<Étude théorique des vulnérabilités structurelles des infrastructures de chloration de l’eau et des égouts de la capitale impériale et des scénarios d’attaque biochimique à grande échelle utilisant l’hypochlorite de sodium>
« … »
Le Grand Sage resta longtemps à fixer l’article en silence.
Tout en se demandant soigneusement s’il avait fait quelque chose récemment pour contrarier Julian.
Un mot de l’auteur
Je suis vraiment, vraiment désolé pour ce retard.
Un imprévu à l’hôpital a retardé la mise en ligne de ce chapitre.
Je vous prie de m’excuser.
+
Les articles mentionnés plus haut ont réellement existé dans l’histoire.
Il fut un temps où l’on ajoutait du plomb à tous les carburants. On appelait cela de l’essence au plomb.
À l’époque, les États-Unis, où l’on utilisait principalement de l’essence au plomb, connaissaient une concentration de plomb extrêmement élevée dans l’air.
Cela s’expliquait par les sous-produits du plomb, libérés dans l’air par la combustion de l’essence au plomb.
Un chimiste du nom de Claire Patterson a identifié l’essence au plomb comme responsable du phénomène, et l’ajout de plomb à l’essence a ensuite été interdit.
Il existe bien plus d’articles et de rapports d’alerte sur les dangers liés au chlore qu’on ne pourrait le croire.
Plusieurs attentats terroristes ont même utilisé ce type de produits.
Même la société moderne reste vigilante face aux attaques visant les infrastructures liées au chlore ; tous les sites concernés font donc l’objet d’une surveillance stricte.
Notes de bas de page :
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