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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de fantasy sombre pris pour un saint ◈
Chapitre 80 : Un bon guérisseur (8)
──────
* * *
Je conduisis sous une tente le comte que j’avais rencontré devant le camp au drapeau vert.
L’intérieur était exigu.
« Quel est cet endroit… ? »
« On l’a aménagé pour les personnes qui pourraient être gênées de recevoir des soins. »
Dans une catastrophe pareille, on aurait pu croire que l’intimité était le cadet des soucis de tout le monde. Pourtant, elle comptait toujours.
En particulier pour les patients qui avaient besoin de soins sous la taille.
Je préférerais ne pas entrer dans les détails, mais il arrivait que des ordures profitent de ce genre de situation pour commettre des horreurs à caractère sexuel.
Même sur les lieux d’une catastrophe, prévoir des espaces de soins séparés était une pratique courante.
« Asseyez-vous ici, s’il vous plaît. »
Une couchette se trouvait sous la tente.
Encore fallait-il appeler ainsi une couverture étendue sur des planches de bois.
Le comte s’assit sur cette couchette de fortune.
Le dos exagérément droit.
« Vous avez mal lorsque vous appuyez le dos contre quelque chose ? »
« …Je vous écoute depuis tout à l’heure, et je dois dire que c’est remarquable. Comment l’avez-vous deviné ? »
« Une simple observation. »
Tout en disposant les instruments chirurgicaux sur une caisse en bois près de la couchette, je lui répondis :
« Vous avez du mal à vous appuyer contre quoi que ce soit et vous marquez des pauses entre vos phrases. Chaque fois que vous émettez un son rauque, vous vous retenez par réflexe de tousser. »
Pschitt, pschitt.
Je versai du désinfectant sur un tampon de coton.
Je préparai le coton antiseptique, puis sortis une aiguille et un tube stériles.
« J’ai aussi remarqué que la veine jugulaire droite, sur votre cou, était distendue. Cela indique que votre médiastin s’est déplacé vers la droite. Votre côté gauche bouge à peine quand vous respirez, tandis que le droit se soulève nettement. Vos muscles respiratoires accessoires sont également beaucoup trop tendus. »
« … ? »
Le comte semblait ne rien comprendre à ce que je racontais.
Je le lui expliquai donc plus simplement.
« Vous avez un pneumothorax. Votre poumon s’est déchiré de l’intérieur. Vous tenez le coup parce que vous êtes un surhumain, mais si vous rentrez chez vous dans cet état, vous fermerez tranquillement les yeux ce soir. »
« … »
Après lui avoir donné ces explications sommaires, je m’approchai du comte.
« Veuillez retirer votre chemise. Je vais pratiquer une petite opération… non, un soin. »
« Pourquoi faudrait-il une aiguille pour me soigner ? Vous comptez peut-être pratiquer une excision ? »
Le comte prit la parole avec méfiance.
Les excisions pratiquées par les guérisseurs avaient une réputation épouvantable.
Ils coupaient la partie atteinte, puis la régénéraient.
Mais cette méthode ne pouvait s’appliquer qu’aux membres.
On ne pratiquait pas d’excision sur le torse.
Voilà pourquoi le comte se méfiait de moi.
Il soupçonnait que je profite de la situation pour l’assassiner.
Or, le soin que je comptais lui prodiguer n’avait rien d’une excision.
« Ce n’est pas une excision. Je veux simplement pratiquer un petit orifice autour de votre poumon. »
« Pardon ? »
« Normalement, il ne devrait pas y avoir d’air dans votre cavité thoracique. Mais quand le poumon se déchire, de l’air peut s’y accumuler. Une fois qu’il comprime le poumon, il devient difficile de respirer. »
Cela dit, le comte n’y comprendrait pas grand-chose, même après mes explications.
Mais je n’avais pas le temps de tout lui expliquer comme s’il était l’un de mes étudiants.
« J’ai déjà sauvé beaucoup de gens grâce à cette méthode. »
Je soulevai légèrement le rabat de l’entrée.
À l’extérieur, on apercevait la zone au drapeau rouge.
Des aiguilles et des tubes étaient plantés dans la poitrine des patients.
Hémothorax ou pneumothorax sous tension.
Des patients dont les poumons avaient été blessés, comme le comte.
« Si c’était une tentative d’assassinat, comment expliquer que ces gens passent dans la zone jaune après avoir reçu le soin ? »
Le pneumothorax était l’une des urgences graves les moins difficiles à traiter. Une fois le patient soigné, il pouvait passer aussitôt de la zone rouge à la zone jaune.
Il suffisait de planter une aiguille devant le poumon.
Et ça prenait trente secondes au minimum, deux minutes tout au plus.
Il n’y avait absolument aucune raison de ne pas le faire.
« Comte, veuillez retirer votre chemise. Plus vous attendez, plus les patients qui n’ont pas encore été soignés courent de risques. »
« … »
L’air mécontent, le comte souleva ses vêtements.
Avant de le soigner, je vérifiai plusieurs choses sur sa poitrine.
Je la percutai, l’auscultai au stéthoscope, puis vérifiai une dernière fois les vibrations.
Un pneumothorax sous tension.
Je désinfectai le cinquième espace intercostal avec une compresse imbibée d’alcool.
Puis je piquai rapidement avec une aiguille de quatorze gauges.
Oui, c’était cette procédure qu’on voyait sans arrêt dans les séries médicales.
Celle où un patient incapable de respirer retrouve soudain son souffle quand quelqu’un lui plante un tube de stylo à bille dans la poitrine.
Moi, je l’avais simplement pratiquée dans de meilleures conditions d’hygiène.
« Essayez de respirer. »
Pschhh.
L’air s’échappa par l’aiguille.
Le visage du comte se détendit considérablement.
« …Incroyable. »
« Bien. »
Tout en rangeant les instruments, je lui demandai :
« Même si j’aurais dû vous poser la question plus tôt, pourquoi avoir caché vos symptômes ? »
« Ce sera peut-être difficile à comprendre pour vous, mais un comte ne peut pas montrer ses faiblesses. »
Le comte eut un sourire amer.
« Si l’on apprenait qu’un surhumain de rang trois a été blessé par la simple massue d’un troll, certains pourraient commencer à douter de mes capacités. »
Eh bien.
Les comtes aussi avaient leurs problèmes, apparemment.
Qui aurait cru qu’ils devaient dissimuler jusqu’à leurs blessures internes pour ne pas révéler leurs faiblesses ?
Il était déjà assez difficile de se concentrer uniquement sur les bêtes magiques. Quel dommage qu’ils aient aussi à se soucier de ce genre de choses.
« Finissons-en. »
J’insérai un tube à l’endroit où j’avais planté l’aiguille.
Puis je sortis un gant chirurgical en caoutchouc de mon sac.
Tss. Il est encore épais.
Quand j’avais commandé la fabrication de préservatifs, j’avais aussi demandé qu’on confectionne des gants chirurgicaux.
Bien sûr, j’avais précisé qu’ils devaient être assez fins pour préserver la sensibilité du bout des doigts.
La compagnie marchande s’efforçait de fabriquer des préservatifs plus fins, tout en travaillant aussi à des gants plus fins.
Mais les gants restaient épais, faute de technologie suffisante.
Chaque fois que je les voyais, les gants chirurgicaux en latex ultra-fins (?) du XXIᵉ siècle me manquaient.
Enfin, ceux-là feront l’affaire pour le moment.
Je coupai l’index du gant avec des ciseaux.
J’enfilai le doigt en caoutchouc sur l’extrémité du tube dans la poitrine du comte, puis l’attachai fermement avec du fil.
Et voilà.
Une valve unidirectionnelle à battant, prête à l’emploi.
C’était une technique que j’avais apprise sur un site sinistré, dans ma vie antérieure.
…On m’avait pourtant vendu ça comme un séjour de bénévolat médical estival, enrichissant et sans danger.
Ce professeur complètement cinglé m’avait emmené sur les lieux d’une explosion à l’étranger.
Apparemment, c’était sans danger parce que l’explosion avait déjà eu lieu.
Pour finir, je glissai le tube sous sa chemise et remis ses vêtements en place pour qu’on ne le voie pas de l’extérieur.
À première vue, rien n’avait changé.
« En temps normal, j’aurais préféré poser un drain avec un système à siphon sous eau, mais puisque vous ne vouliez pas que ça se voie, j’ai fait autrement. »
« C’est parfaitement discret. Merci. »
« Cela dit, si vous gardez le tube sous vos vêtements trop longtemps, vous risquez d’avoir de nouveau du mal à respirer. Je vous conseille de vous reposer seul dans une voiture ou un endroit du même genre. »
« Compris. »
Le comte descendit de la couchette.
Pendant que je rangeais les instruments, je lui dis :
« Malheureusement, je préférerais lancer un sort de guérison tout de suite, mais ce sera difficile. »
Les patients que l’on pouvait soigner grâce aux méthodes du XXIᵉ siècle, notamment ceux atteints d’un pneumothorax, ne recevaient pas de magie divine.
Il fallait la réserver aux patients qu’on ne pouvait sauver sans miracle divin.
« Je le sais. »
Le comte répondit calmement :
« Pour quelqu’un de mon rang, ce traitement suffit. Les miracles de Dieu devraient aller non pas à moi, mais à ceux qui en ont davantage besoin. Sur le champ de bataille, les miracles divins et les potions ont toujours manqué. »
« Merci de votre compréhension. »
Le pneumothorax du comte s’améliorerait sans doute en quelques jours.
Le comte tendit la main vers son armure.
Mais je l’en empêchai.
« Ne mettez pas votre armure. Elle risque de comprimer le tube et de l’empêcher de fonctionner correctement. »
« Je m’en souviendrai. »
Tenant son plastron d’une main, le comte prit la parole.
« Directeur Schun. »
Il s’inclina légèrement devant moi.
« Je respecte votre dévouement. »
Je secouai la tête.
« C’est plutôt moi qui vous suis encore plus reconnaissant. »
« Pourquoi donc ? »
Le comte me retourna la question, perplexe.
Je ne répondis pas.
Mon regard restait fixé sur le bout de gant en caoutchouc que je venais de couper.
« Je vais bien. Occupez-vous d’abord des autres civils. »
Un souvenir ancien, usé par le temps.
Un interne en médecine, qu’un professeur menteur avait entraîné sur les lieux d’une explosion, parlait avec un pompier.
« Je suis juste essoufflé parce que j’ai fait un effort intense. »
« Votre examen clinique est tout à fait normal. »
« Pas vrai ? Alors, allez vite voir les autres. »
Le professeur, le pompier et moi.
Nous avions tous conclu qu’il était dans le vert.
Et quand tout fut terminé,
le cadavre froid de ce pompier nous attendait.
La cause était une lésion pulmonaire due à l’explosion.
La pression de l’onde de choc avait ravagé l’intérieur de ses poumons.
Juste après l’explosion, cette affection ne provoquait aucun symptôme ni anomalie. Puis, vingt-quatre heures après le souffle, ses poumons s’étaient soudain remplis de liquide et de sang.
Le patient s’était noyé en silence dans ses propres fluides corporels.
Sur le lieu de l’accident, d’innombrables personnes avaient fermé les yeux en silence de cette manière.
Mais le pompier, lui, m’était resté plus en mémoire que tous les autres.
Il m’avait souri une dernière fois en me disant qu’il allait bien, et j’avais cru sincèrement à son sourire.
Peut-être était-ce cette confiance qui avait rendu la tragédie encore plus douloureuse.
Après ce jour-là,
le professeur et moi avions cessé de croire les patients sur parole.
Plus précisément, nous ne les ignorions pas.
Nous avions simplement cessé de poser un diagnostic en nous fondant uniquement sur leurs déclarations.
Ces petits détails que le patient ne remarquait pas et que tous les autres pouvaient négliger.
C’était probablement à partir de ce jour-là que j’avais commencé à me focaliser sur ces choses avec obsession.
« …Directeur ? »
La voix du comte me ramena à moi.
« Allez-vous me dire ce qui vous rend reconnaissant ? »
« …Je voulais dire que je suis reconnaissant d’avoir pu déceler votre état. »
« Pourquoi en seriez-vous reconnaissant ? »
« Je ne sais pas. C’est juste que… quand on fait ce métier, il arrive qu’on soit reconnaissant pour tout. »
J’étais simplement reconnaissant.
Reconnaissant d’avoir décelé son état, cette fois.
Le comte m’observa longuement, puis hocha silencieusement la tête.
* * *
Après avoir soigné le comte en secret,
je retournai sur place et repris le tri des patients.
« Ce patient présente une obstruction des voies respiratoires : sa langue est retombée à cause d’une fracture de la mâchoire. C’est urgent, classez-le en rouge. Gardez-le couché sur le ventre jusqu’à sa prise en charge. »
« Un éclat est fiché dans un œil. Bandez-lui les deux yeux, les étudiants. Il ne pourra pas voir, mais il devra tenir bon. Pour sauver un œil, aucun des deux ne doit bouger. Drapeau jaune. »
« Rotule fracturée après une chute. Les vaisseaux sanguins et les nerfs sont intacts : classez ce patient en vert. »
Tout en m’occupant des blessés, je vérifiai l’heure.
À voir comment la matinée me semblait interminable, il aurait été normal qu’on soit déjà à l’heure du déjeuner.
Pourtant, la petite aiguille n’avait avancé que d’un chiffre.
Tandis que le soleil montait peu à peu, d’autres équipes d’assaut commencèrent à rentrer elles aussi.
Bou-ou, bou-ou !
« Les blessés, par ici ! »
« Suivez toutes les consignes, que vous fassiez partie des équipes de secours ou des équipes d’assaut ! »
À chaque coup de corne, des gens affluaient par les portes de la ville.
Les équipes d’assaut parties au-delà des remparts plusieurs jours plus tôt, ainsi que les équipes de secours envoyées à la rescousse des unités isolées, arrivaient sur des brancards.
À vue d’œil, il y avait plus de trois fois plus de monde qu’à l’aube.
Le visage d’Ayla s’assombrit en les voyant arriver.
« D-Directeur… Les blessés n’arrêtent pas d’arriver… »
« C’était prévisible. »
Au début, les équipes d’assaut et de secours étaient aussi nombreuses les unes que les autres.
Bientôt, il y eut une équipe d’assaut pour deux équipes de secours. À la vague suivante, le rapport passa à une pour trois, puis à une pour cinq.
Au fil du temps, le ratio s’inversa.
Il y avait davantage de blessés parmi ceux qui partaient sauver des gens que de rescapés parmi ceux qu’on venait de secourir.
La raison était simple.
Il fallait généralement cinq personnes pour en sauver une.
Même dans ce célèbre film où l’on part sauver un soldat, plusieurs hommes ne s’étaient-ils pas fait massacrer en tentant d’en sauver un seul ?
Les opérations de sauvetage affichaient toujours un bilan désastreux.
Malgré cela, la guilde continuait d’envoyer des sauveteurs auprès des équipes d’assaut isolées.
Parmi les personnes bloquées sur place, il y avait des aventuriers de rang A, des héros et des nobles.
Bien sûr, en tant que médecin, je ne comprenais pas vraiment l’importance stratégique de ces opérations de sauvetage.
Je ne pouvais pas non plus saisir pleinement à quel point l’humanité devait sacrifier des gens pour les sauver.
Mais je savais qu’ils comptaient sur nous pour poursuivre les opérations.
Je ne pouvais donc que m’occuper du nombre de blessés qui croissait de façon exponentielle.
Quand même…
Je commence à être un peu fatigué.
« Rouge. Envoyez-le immédiatement sous la tente de chirurgie. Suivant ! »
« Mon bras… On m’a coupé le bras ! »
« Serrez davantage le garrot ! Le sang coule ! Jaune. Suivant ! »
Bou, bou, bou-ou !
La corne retentit un peu plus longtemps que d’habitude.
Je le sus sans même tourner la tête.
Un autre groupe devait affluer par les portes.
« Directeur ! Il faut changer les critères ! À partir de maintenant, classez les fractures ouvertes en noir au lieu de rouge ! »
« Les patients empoisonnés doivent maintenant passer du jaune au rouge ! »
À mesure que le nombre de blessés augmentait, les personnes que nous pouvions sauver reculaient dans l’ordre des priorités.
Le triage était, par nature, une méthode de classification qui variait énormément en fonction des ressources disponibles.
Si l’on avait assez de personnel pour traiter des dizaines de patients souffrant d’hémorragies cérébrales, même quelqu’un avec le crâne fendu pouvait être classé en jaune.
Mais quand les effectifs manquaient, même un patient empoisonné qui n’avait besoin que d’un antidote pouvait passer du jaune au rouge.
Au bout du compte, tout dépendait toujours des ressources disponibles.
« Directeur… »
Ayla, qui me suivait, essayait sans cesse de dire quelque chose, puis ravala ses paroles.
Je venais de classer en noir un patient auquel il manquait un bras.
En temps normal, il aurait été classé en rouge : avec des soins, il aurait eu toutes les chances de survivre.
Mais le personnel manquait cruellement.
Je ne pouvais pas passer plus d’une heure au bloc pour une opération.
« …Noir. »
Cette fois, il s’agissait d’un patient souffrant d’une hémorragie cérébrale.
Si je m’en étais occupé moi-même, j’aurais pu le soigner en moins de trente minutes.
Mais trente minutes passées au bloc, c’était trente patients négligés à l’extérieur.
Je devais donc le classer en noir.
Ça ne fait même pas deux heures, et la situation est déjà aussi mauvaise.
En moins de deux heures de soins, le bilan des victimes s’aggravait hors de contrôle.
314/42
Le nombre de blessés et de morts inscrit sur le panneau d’affichage de la guilde ne cessait d’augmenter.
J’avais la poitrine serrée.
Ce n’était pas le désespoir qui m’étouffait.
Bon sang…
C’était la douleur.
Je savais comment sortir de cette situation.
Le système de triage actuel était loin d’être idéal.
Il fallait un responsable du triage pour classer les patients et leur prodiguer les premiers soins.
Et un chef d’équipe médicale qui se consacrerait uniquement aux soins avancés des patients déjà classés.
En situation d’urgence, ces deux rôles devaient être séparés.
Mais pour l’instant, les guérisseurs de la Compagnie marchande Merkuer et moi devions tout faire à la fois.
Cela créait des inefficacités.
Je pris un instant pour reprendre mon souffle, puis tournai la tête.
« Tout va bien. Vous vous sentirez un peu mieux après ça. »
Ayla lançait Rafraîchissement sur les patients des zones noire et rouge.
Ses amis avaient déjà épuisé leur pouvoir divin ou perdu courage.
Ayla, elle, continuait de lancer Rafraîchissement.
Peut-être grâce à cela, les patients gagnaient peu à peu du temps.
« …Tss. »
Sous mon masque, je claquai la langue sans que personne ne puisse m’entendre.
L’étudiante n’avait pas abandonné, et moi, je réfléchissais déjà à des compromis.
Quel genre de compromis est-ce là, pour un protagoniste ?
Depuis ma transmigration, je n’avais jamais fait le moindre compromis.
Et voilà que j’y pensais, simplement parce que les choses se compliquaient un peu.
J’avais apparemment encore du chemin à faire avant de devenir un vrai protagoniste.
« Nous allons réorganiser les rotations ! Nous tiendrons compte du temps de prière de ceux dont le pouvoir divin est épuisé et redistribuerons le personnel ! »
Je venais de reprendre mes esprits et de crier ces consignes aux guérisseurs de l’infirmerie lorsqu’une agitation éclata près de l’entrée de la guilde.
« Écartez-vous ! J’ai dit : écartez-vous ! »
« C’est l’équipe de guérisseurs dépêchée par l’Église ! Veuillez dégager le passage ! »
Les voix se répercutèrent, puis se superposèrent en trois, puis en quatre couches.
Je cessai de trier les patients et levai les yeux.
Plusieurs carrosses étaient alignés sur la route, devant l’entrée principale de la guilde.
Des carrosses blancs ornés d’emblèmes dorés représentant le soleil.
L’Église.
Les portes des carrosses s’ouvrirent, et des silhouettes en robe blanche en jaillirent.
Des prêtres vêtus de robes d’un blanc immaculé rejoignirent rapidement les guérisseurs de l’infirmerie.
« Désolé du retard ! »
Puis, au milieu de la foule qui se déversait, un prêtre vêtu d’une robe différente des autres, qui portaient tous du blanc immaculé, se précipita seul dans le bâtiment de la guilde.
« L’archevêque Lailic est arrivé ! Maître de guilde ! »
Un homme portant les épaulettes violettes, symbole des archevêques, fendit la foule.
Raymond Lailic.
Ancien guérisseur personnel de l’empereur.
Désormais, il dirigeait le diocèse de la capitale impériale.
Pour faire une comparaison avec le XXIᵉ siècle, il était à peu près l’équivalent du directeur d’un centre de santé public.
À peine entré dans la guilde, il balaya les lieux du regard, me repéra et s’avança vers moi.
Puis il s’inclina devant moi.
« Je suis Raymond Lailic, Directeur Schun. J’ai été retardé parce que je devais transmettre l’ordre de mobilisation à tous les centres de guérison. »
Je secouai la tête.
« Non. Vous avez très bien géré la situation. »
Ce n’était pas un compliment de pure forme.
S’il était arrivé directement sur les lieux, cela aurait facilité les choses au début.
Mais seulement au début.
Ensuite, la situation se serait de nouveau compliquée.
Dans un cas pareil, ce qui comptait le plus, c’était les hôpitaux à l’arrière du front.
Même si les patients étaient parfaitement triés sur le terrain, cela ne servait à rien sans hôpitaux pour les prendre en charge ensuite.
À cet égard, l’archevêque avait pris la bonne décision.
Il avait mobilisé tous les centres de guérison de l’Empire pour en faire des hôpitaux de l’arrière.
De plus, les réseaux de communication n’étaient pas encore correctement développés à cette époque.
Je comprenais parfaitement pourquoi il était arrivé si tard.
« En chemin, les autres guérisseurs m’ont donné un aperçu de la situation. Cette méthode de triage est vraiment excellente. »
L’archevêque balaya le site du regard en parlant.
« Y a-t-il quelque chose que je puisse faire ici ? »
Il ne réclamait pas le commandement : il s’intégrait d’emblée à la chaîne de commandement.
C’était un renfort exemplaire.
Je pouvais donc m’adresser à l’archevêque en toute confiance.
« Archevêque. »
« Je vous écoute. »
« Pourriez-vous prendre en charge le triage sur le terrain, à partir de maintenant ? »
« Et vous, Directeur ? »
Je fis hocher de haut en bas mon bec de corbeau.
« Il me semble que je dois retourner à mon véritable travail. »
Il était temps de retourner au bloc opératoire.
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