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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de dark fantasy pris pour un saint ◈
Chapitre 78 : Un bon guérisseur (6)
──────
* * *
J’emmenai Ayla dans la salle de dépistage du diabète.
« Directeur, quelle maladie traite-t-on dans cette salle ? »
« Il est encore un peu tôt pour vous parler de cette maladie, mademoiselle Ayla. Je vous la présenterai une autre fois. »
En chemin, nous passâmes devant une salle où les patients masculins se succédaient à une fréquence pour le moins suspecte.
Je poursuivis mon chemin sans faire de commentaire.
La salle de dépistage du diabète se trouvait tout au bout du couloir.
Quand j’ouvris la porte, deux guérisseurs se tenaient devant une longue table.
L’un d’eux, qui portait des lunettes rondes, disposait des gobelets en verre.
L’autre s’appliquait à prendre des notes.
« Ah, Directeur. Bienvenue. »
Le guérisseur aux lunettes rondes s’inclina légèrement.
Il s’appelait Kou Gomikawa.
C’était un spécialiste du diabète que j’avais moi-même formé.
Il approchait de la quarantaine.
Ancien prêtre de bas rang, il n’avait rien d’exceptionnel en matière de magie de guérison.
En revanche, il avait une connaissance approfondie de l’alchimie.
À l’origine, il avait rêvé de devenir alchimiste.
Mais les débouchés étant plus rares pour les alchimistes que pour les guérisseurs, il avait finalement choisi cette dernière voie.
Puis, quand j’avais lancé l’essor de l’insuline, il avait renoncé à la magie divine pour revenir à l’alchimie.
« Monsieur Kou, j’ai amené mon élève aujourd’hui. »
« Oh ! Le Directeur a enfin pris un disciple ? »
Derrière ses verres ronds, les yeux de Kou s’écarquillèrent comme des lunes.
« Depuis quelque temps, les rumeurs vont bon train dans les cliniques Merkuer. On raconte que le Directeur a enfin pris une élève. »
Les guérisseurs ordinaires enseignaient à leurs propres élèves dans les cliniques où ils travaillaient.
Ils espéraient qu’un jour, ces élèves reprendraient le flambeau.
Le guérisseur qui aidait discrètement Kou pendant les examens était lui aussi son élève.
Si je me souvenais bien, il était entré au Département d’études curatives l’année précédente.
« Dis bonjour, Yutsuki. »
« Bonjour, aîné. Je m’appelle Ayla. »
« Enchanté, mademoiselle Ayla. Je suis Yutsuki. »
Le guérisseur qui prenait des notes salua Ayla.
Je la fis avancer pour que Kou puisse la voir de près.
« Monsieur Kou, Ayla n’est pas encore entrée au Département d’études curatives. Pourriez-vous lui expliquer brièvement le dépistage du diabète, aujourd’hui ? Avez-vous le temps ? »
Kou acquiesça sans hésiter.
« Nous venons de terminer la série du matin. Nous préparions celle de l’après-midi ; vous pourrez donc assister aux examens. »
Le moment tombait à pic.
Je fis signe à Ayla d’entrer davantage.
Douze gobelets en verre étaient alignés sur la table.
Ils contenaient tous un liquide jaune et portaient chacun une étiquette.
Le guérisseur Kou expliqua à Ayla :
« Ce sont des échantillons d’urine de patients que l’on soupçonne d’être diabétiques. »
« Quoi ? »
Ayla prit un air horrifié.
« Pourquoi faire ça ? »
« Parce que l’urine est un miroir qui révèle l’état du corps. »
En répondant, Kou versa un liquide bleu dans chacun des gobelets remplis d’urine.
Ce liquide bleu était le réactif de Benedict.
Il servait à détecter le sucre.
Kou chauffa ensuite le mélange d’urine et de réactif.
La plupart des gobelets ne firent que bouillonner et restèrent jaunes.
Mais plusieurs virèrent du jaune au rouge.
L’élève de Kou nota chaque changement.
[Crane Hoyer, homme, 62 ans, résultat positif.]
[James Miller, homme, 55 ans, résultat positif.]
Quand l’élève eut fini d’écrire, je pris la feuille de résultats et la montrai à Ayla.
« Alors, élève Ayla, d’après ce que vous savez, qu’est-ce que le diabète ? »
« C’est une maladie qui donne constamment soif et pousse à boire beaucoup d’eau, mais tout ressort ensuite dans les urines. »
« Exact. Vous avez bien étudié, élève Ayla. »
Boire excessivement, avoir soif et uriner fréquemment.
C’étaient les trois principaux symptômes du diabète.
« Le diabète est une maladie redoutable : l’excès de sucre dans le sang le rend visqueux. Ce sang épais bouche les vaisseaux et entraîne toutes sortes de maladies. »
Je passai sous silence les mécanismes du diabète, comme le rôle du pancréas et l’accumulation du sucre dans les cellules sanguines.
Elle apprendrait tout cela au Département d’études curatives.
« Normalement, le sucre ne devrait pas se retrouver dans l’urine. Mais quand le sang en contient trop, il commence à passer dans les urines. »
« C’est vous qui avez découvert cela, Directeur ? »
« Non. Un autre guérisseur l’a découvert. Je me suis contenté de fabriquer un médicament à partir de cette découverte. »
Les critères diagnostiques du diabète étaient connus depuis avant la création de l’insuline.
Un guérisseur avait découvert, il y a bien longtemps, que les urines des diabétiques contenaient du sucre.
« Les critères diagnostiques du diabète ont été établis il y a quarante ans. »
« Ah. »
Bien sûr, même après cette découverte, aucun traitement n’avait été trouvé.
On pouvait repérer les diabétiques plus tôt et réguler leur alimentation,
mais cela ne permettait pas de soigner ceux qui souffraient déjà de la maladie.
Il fallut attendre que je présente la méthode d’extraction de l’insuline à partir du pancréas de porc.
« Que savez-vous de l’insuline, mademoiselle Ayla ? »
« J’ai entendu dire que c’était un remède miraculeux, indispensable aux diabétiques. »
« C’est exact. Mais elle a encore bien des défauts pour un médicament que l’on qualifie de miraculeux. »
Le premier problème était celui de la pureté.
J’avais réussi à l’améliorer grâce à la méthode de purification au zinc, mais elle restait très loin des normes de mon ancien monde.
« C’est pourquoi nous devons mener des recherches pour l’améliorer, en nous appuyant sur les données recueillies dans ces cliniques. »
Voilà pourquoi je disais que les cliniques étaient importantes.
Tous les médicaments que j’avais introduits dans ce monde n’étaient guère plus que des prototypes.
L’insuline, la quinine, la colchicine, les vaccins.
Tous devaient être améliorés.
Mais j’ignorais comment m’y prendre.
Après tout, j’avais obtenu gratuitement ce savoir dans un autre monde.
Et au-delà, on quittait le domaine de la médecine pour entrer dans celui de la biochimie.
Alors, une fois les médicaments mis au point, je laissais aux alchimistes le soin de les améliorer.
Peut-être parce que, dans ce monde, les alchimistes avaient toujours créé des potions dérivées dès l’apparition d’une nouvelle potion,
il leur suffisait que je leur fournisse quelques explications sur les principes, un peu de financement et des données cliniques
pour qu’ils se lancent avec enthousiasme dans la création de toutes sortes de médicaments dérivés.
« Des données sur un millier de patients ? Jamais nous n’aurions pu travailler à une telle échelle sans être au service d’un seigneur ou de la Famille impériale ! »
« Le budget est… Comment ? Aussi élevé ? Et le délai ? Quoi ? Illimité ? Vous seriez en train de me proposer un contrat à vie ? »
Si les recherches n’avançaient pas, il fallait peut-être se demander si elles ne manquaient pas de temps et d’argent.
Les alchimistes de la compagnie marchande en apportaient la preuve sous nos yeux.
« Monsieur Kou a récemment réussi à prolonger l’action de l’insuline. Voilà pourquoi les cliniques sont nécessaires. »
Je désignai Kou et son élève, qui notaient les résultats avec application.
Je ne connaissais pas grand-chose à l’alchimie.
Je n’étais pas non plus particulièrement calé en biochimie.
Mon savoir ne consistait qu’à déplier une feuille de réponses et à faire comme si j’avais résolu le problème moi-même.
Ce n’était pas une véritable compétence.
Mais les alchimistes, eux, étaient différents.
Ils partaient de rien et bâtissaient leur savoir et leurs compétences de leurs propres mains.
C’était peut-être pour cela.
Il me suffisait de leur lancer quelques pistes en passant pour qu’ils définissent eux-mêmes la direction à suivre.
Était-ce ça, la chaîne de production automatisée d’une histoire de malentendus ?
Grâce à eux, je profitais pleinement des avantages d’un protagoniste pris pour quelqu’un d’autre.
« Ha ha, Directeur. Si vous le présentez ainsi, l’élève ne va-t-elle pas se faire une fausse idée ? C’est vous qui nous avez enseigné tous les principes. Nous n’avons fait que profiter de votre travail. Et n’avons-nous pas conclu que le nouveau médicament que j’ai créé n’avait aucune utilité clinique ? »
« Cela reste une réussite que vous ayez pu l’améliorer. »
Je me tournai vers Ayla.
« Si vous avez des questions sur l’insuline ou le diabète, adressez-vous à monsieur Kou. Dans ce domaine, il m’a déjà dépassé. »
« Directeur ! N’exagérons rien ! »
Je fis mine de ne pas entendre la protestation du guérisseur Kou.
En vérité, les alchimistes m’avaient déjà dépassé dans les domaines du diabète et de l’insuline.
Cela ne me contrariait pas particulièrement.
Il n’y avait aucune raison de l’être.
Après tout, le diabète n’était pas le seul domaine sur lequel je devais travailler.
Je n’avais pas à m’accrocher au titre de plus grand spécialiste du diabète.
Et puis, c’était moi qui avais formé et soutenu ces alchimistes au départ.
Plus ils gagneraient en notoriété, plus la mienne grandirait naturellement.
Voilà pourquoi je reconnaissais que monsieur Kou était le meilleur.
« Élève Ayla, avez-vous des questions ? »
Ayla avait écouté mes explications en silence.
Elle examina la feuille, puis prit la parole avec prudence.
« Que signifient ces chiffres ? »
[Crane Hoyer, homme, 62 ans, résultat positif. 12/05 : 200]
Ayla désignait une ligne de la feuille.
La date, et le chiffre inscrit à côté.
Kou remonta ses lunettes et regarda la feuille.
« Ah, c’est le taux de glucose dans le sang. On ne peut pas vérifier l’efficacité d’un médicament en se contentant de constater la présence de sucre dans les urines. Il faut donc mesurer la concentration de sucre dans le sang. »
Ayla pencha la tête.
« Comment fait-on pour la mesurer ? »
« Bonne question. »
Kou sortit une autre feuille du tiroir de la table.
Elle était couverte de chiffres et de dates. Pour chaque patient, les résultats s’étalaient sur plusieurs mois.
« Notre compagnie marchande fait appel à des mages. »
Kou poursuivit ses explications.
« Certains mages ont le don de ressentir instinctivement la concentration des substances dissoutes dans le sang. Ils analysent le sang prélevé sur le patient et mesurent la concentration de sucre. »
Ce n’était pas une tâche difficile pour un mage.
Les mages possédaient parfois des dons incompréhensibles : ils pouvaient sentir l’humidité ou la mélancolie à même leur peau, ou percevoir le degré d’activité de la moelle osseuse.
Alors, dès que nous trouvions des mages dotés d’un don utile, en dehors d’Eri, nous les engagions par l’intermédiaire de la compagnie marchande et les utilisions comme outils de diagnostic.
Malheureusement, nous n’avions encore rencontré personne dont le don soit aussi remarquable que celui d’Eri.
Quoi qu’il en soit, grâce à ces mages, nous pouvions mesurer le taux de sucre dans les urines ou le sang.
Mais Ayla ne semblait pas parvenir à le croire.
« Il existe des mages avec de tels dons ? Je n’en ai jamais entendu parler. »
Elle espérait sans doute devenir guérisseuse et connaissait donc un peu les dons des mages.
Après tout, la magie de guérison reposait sur des principes proches de ceux de la magie ordinaire.
À part la foi, qui remplaçait le don de percevoir son environnement, et la puissance divine, qui se substituait au mana, les guérisseurs ne différaient pas tant que ça des mages.
C’était probablement pour cela qu’elle pensait que Kou plaisantait.
« De tels dons existent vraiment ? »
À la réaction d’Ayla, le guérisseur Kou eut un petit rire.
Puis son expression changea peu à peu.
Son sourire s’effaça, remplacé par un air sombre où perçait le regret.
Kou reposa la feuille et releva lentement la tête.
« Élève Ayla. »
« Oui ? »
« Savez-vous pourquoi on appelle cette maladie le diabète ? »
« Parce que le sucre se retrouve dans les urines… »
« Parce que l’urine a un goût sucré. »
« … »
Ah.
Ayla laissa échapper un petit hoquet.
« C’est impossible… »
Elle ne parvint pas à terminer sa phrase.
De nombreux mages appréhendaient leur environnement non pas avec leurs yeux ou leur nez, mais avec leur langue.
Elle semblait s’en être souvenue.
« Ne vous inquiétez pas, élève Ayla. Ni vous ni Yutsuki n’avez besoin de connaître cette méthode de diagnostic. »
En parlant, Kou continuait de regarder le plafond.
Derrière ses lunettes rondes, ses yeux semblaient perdus dans le lointain.
« Ça me rappelle l’époque où j’étais apprenti. Vous avez dit que la méthode de diagnostic du diabète avait été découverte il y a quarante ans, n’est-ce pas ? »
« … »
« Le réactif de Benedict n’existe pas depuis très longtemps. Le Directeur Schun l’a fabriqué en même temps que l’insuline. »
Je hochai la tête en silence.
Si j’allais fabriquer un médicament, autant aussi mettre au point une méthode de diagnostic, non ?
Alors, j’en avais créé une.
Je n’avais vraiment aucune envie de goûter un peu à l’urine des patients.
Bien sûr, quand j’avais mis ce réactif au point, les guérisseurs avaient applaudi pour une tout autre raison.
Kou m’interpella à voix basse.
« Directeur Schun. »
« Oui. »
« Vous n’auriez pas pu le fabriquer trois ans plus tôt ? »
Pour information, Kou avait obtenu son diplôme de guérisseur dix ans auparavant.
Soit trois ans avant que je ne crée le réactif.
« Je suis désolé. À l’époque, je fabriquais aussi de la quinine. »
« … Non. Je me suis permis de parler sans réfléchir. Merci beaucoup de l’avoir fabriqué. »
Le guérisseur de bas rang affichait un air profondément triste.
* * *
Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis que j’avais pris Ayla comme élève.
Sa formation avançait sans encombre.
Il sera peut-être bientôt temps de passer à l’étape suivante.
Ayla assimilait les connaissances à une vitesse extraordinaire.
Comme si son titre de première élève du séminaire n’était pas qu’un vain mot.
Elle avait déjà le niveau nécessaire pour intégrer le Département d’études curatives sans difficulté.
À ce rythme, je pensais pouvoir lui faire prendre un peu d’avance avant son inscription.
Cependant, je décidai de remettre cela à plus tard.
La neige tombe encore dru, cette année.
La saison approchait.
Comme toujours, le monde se préparait à blanchir.
C’était le moment où chaque foyer se préparait à endurer la saison la plus rude.
Ayla était particulièrement occupée, elle aussi, alors je suspendis nos leçons.
Et pendant mon temps libre, je m’occupai d’une tâche que je ne manquais jamais chaque année.
Ça ne devrait plus tarder.
Avant les fortes chutes de neige, j’envoyais des avances pour l’hiver aux élèves boursiers.
Frais de chauffage, de livres, de nourriture, et ainsi de suite.
Je leur en envoyais chaque année.
À cette période, je recevais alors des lettres de remerciement des élèves boursiers.
Toc, toc.
À cet instant, le majordome en chef frappa à ma porte.
« Jeune maître, des lettres sont arrivées. »
« Entrez. »
Wilhelm, le majordome en chef, entra dans ma chambre avec un plateau d’argent.
Je regardai les enveloppes sur le plateau.
« Merci. »
Je pris les lettres et les lus.
Rien de particulièrement remarquable.
Kal, du Département d’escrime, m’écrivait que toutes ses blessures avaient guéri.
Eli, du Département d’alchimie, m’annonçait qu’elle retournerait à l’école et reprendrait ses études dès la fin des chutes de neige.
Valeria m’écrivait qu’elle avait réussi ses examens de fin d’études, ce qui lui permettrait d’intégrer plus facilement le Département d’études héroïques de la Division académique.
À bien y penser, Valeria aura vingt ans à la fin des chutes de neige.
J’avais l’impression de lui avoir promis hier encore de soutenir sa candidature au Département d’études héroïques.
Le temps passait vraiment vite.
Je continuai à parcourir les lettres. Il en restait une.
Une enveloppe familière, fermée par une ficelle plutôt que par de la cire.
[Expéditrice : Ayla.]
Je dénouai délicatement la ficelle.
Cette fois, une fleur séchée tomba de la lettre.
De petits pétales violets.
Une violette.
Elle fait pousser des fleurs même en hiver, maintenant.
Les violettes étaient des fleurs de printemps.
Les faire fleurir en hiver…
Cela dépassait l’étonnement. C’en était presque miraculeux.
Comment diable les faisait-elle pousser ?
Je glissai la violette entre les pages d’un livre, puis dépliai la lettre.
Au Directeur Schun,
Bonjour, Directeur. C’est Ayla.
Grâce à ce que vous m’avez envoyé cette année encore, je passe l’hiver bien au chaud. Mère vous remercie également.
La fleur jointe à cette lettre est une violette.
Grâce à la lampe à pierre magique que vous m’avez envoyée, j’arrive maintenant à faire fleurir d’autres fleurs que des tournesols.
Je vous remercie infiniment.
Directeur, j’étudie beaucoup ces derniers temps.
Je révise les cliniques que vous m’avez fait visiter.
Et je n’ai pas négligé non plus les études théologiques que vous m’avez dit de poursuivre.
Vous m’avez dit que les guérisseurs avaient besoin de foi et de patience.
Mère aussi a dit que vous aviez raison.
Elle m’a expliqué que le temps passé à prier était proportionnel à la foi et à la patience de chacun.
Pour l’instant, je ne tiens que dix minutes, mais un jour je pourrai me concentrer quatre heures comme mère, n’est-ce pas ?
J’ai encore beaucoup à apprendre, mais je vais travailler dur.
Oh, et mes amis du séminaire sont jaloux de moi.
En général, le Département d’études curatives ne dispense que des cours théoriques.
Alors, les élèves qui n’ont ni guérisseur pour professeur ni membre de leur famille dans ce domaine ne peuvent acquérir de l’expérience pratique qu’après avoir obtenu leur diplôme et trouvé un emploi.
Mais comme je visite des cliniques avant même mon inscription, mes amis sont très jaloux.
Alors, si je ne vous en demande pas trop,
serait-il possible que je visite les cliniques avec des amis du séminaire qui souhaitent eux aussi devenir guérisseurs ?
Je suis vraiment désolée si j’abuse de votre gentillesse.
J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais je n’ai plus assez de place dans la lettre. Je vais donc m’arrêter là.
J’ai vraiment hâte de vous revoir à la fin des chutes de neige.
Je veux vous montrer tout ce que j’ai appris de nouveau dans les cliniques.
D’ici là, prenez soin de votre santé, Directeur !
Ayla
Comme c’est mignon.
Elle voulait venir avec ses amis.
Je n’avais aucune raison de refuser.
Ce serait même l’occasion pour Ayla de se rapprocher d’eux.
Je pris aussitôt mon stylo-plume et me mis à rédiger une réponse.
J’écrivis que j’examinerais favorablement la visite de ses amis.
J’ajoutai aussi que je lui enseignerais quelque chose de plus difficile cette année, une fois les chutes de neige terminées.
Je pliai la lettre, fis fondre de la cire à cacheter au-dessus d’une bougie et scellai l’enveloppe.
* * *
L’hiver passa, puis la neige cessa de tomber.
À l’aube, ce jour-là,
je me rendis à la clinique D-1 pour la première fois depuis un moment.
En attendant l’arrivée d’Ayla et de ses amis, je préparai le travail de la matinée.
J’inscrivais au stylo-plume le programme du jour dans mon carnet, tout en me préparant aux nombreux cas urgents qui survenaient dès la fin des fortes chutes de neige.
Bam ! Bam ! Bam ! Bam !
Quelqu’un martela l’entrée de la clinique avec urgence.
« Maître ! Vous êtes là, Maître ? »
C’était Wangcho.
À cette heure-ci ?
Je refermai mon carnet et me dirigeai vers l’entrée.
Quand j’ouvris la porte, Wangcho se tenait là.
Des éclats de glace s’accrochaient aux épaules de son long manteau kaki, et de la sueur froide luisait sur ses favoris.
« Il y a un problème, Maître. »
Wangcho reprit son souffle en parlant.
« Le Secteur B est sens dessus dessous. »
« Le Secteur B ? »
« La saison des opérations conjointes de subjugation commence bien juste après la fin des fortes chutes de neige, non ? »
C’était exact.
La période suivant immédiatement les fortes chutes de neige était celle des opérations conjointes de subjugation des bêtes magiques.
On profitait du fait qu’elles n’étaient pas encore tout à fait sorties de leur hibernation et qu’elles restaient engourdies.
Durant cette période, mercenaires, ordres de chevalerie et nobles unissaient leurs forces pour réduire leur nombre.
C’était une opération impériale conjointe visant à réguler la densité des bêtes magiques dans le Royaume des Démons, au-delà du Mur de bronze.
Mais qu’avait-il bien pu se passer pour que Wangcho soit dans un tel état ?
« Un mutant est apparu. On raconte qu’un oiseau mutant a jailli d’un nid que le groupe de subjugation essayait de réveiller, et que ce salaud a tiré tout le nid de son hibernation. »
« Et les victimes ? »
« Pas seulement les mercenaires. Les chevaliers et les nobles qui les accompagnaient sont eux aussi gravement blessés. On peut presque parler d’un désastre. »
Wangcho se frotta les mains.
« Les guildes de mercenaires et les clans sont dans le Secteur B, pas vrai ? Tous les blessés s’y sont rassemblés. C’est pour ça que le chef là-bas nous a demandé du renfort. »
Le chef du Secteur B était proche de Wangcho.
Les aventuriers faisaient déjà souvent le long voyage jusqu’au Secteur D pour se faire soigner.
Comme je les soignais régulièrement, des liens amicaux s’étaient peu à peu noués entre les Secteurs B et D.
« Ce type est pratiquement en larmes, il me supplie de vous amener là-bas, Maître. »
« Compris. »
J’attrapai mon manteau.
« Je vais prévenir les guérisseurs affectés à la clinique. Partons d’abord. »
À cet instant, j’aperçus au loin une voiture transportant Ayla qui approchait de la clinique.
J’hésitai un instant, puis ajoutai à l’intention de Wangcho :
« J’emmène aussi l’élève Ayla. Veillez bien sur elle, Wangcho. »
« Oui, monsieur. Bien entendu. »
Note de l’auteur
Le saviez-vous ?
Le diabète est une maladie très ancienne, mentionnée à plusieurs reprises dans l’histoire de l’Égypte ancienne et de l’Orient.
On l’appelait « diabète » ou « maladie de la soif dévorante », car les malades se mettaient soudain à boire beaucoup d’eau, urinaient fréquemment, puis dépérissaient peu à peu.
Le nom de diabète sucré s’imposa au XVIIᵉ siècle, après la découverte du goût sucré de l’urine.
Un brillant médecin nommé Thomas Willis permit enfin de diagnostiquer correctement le diabète à partir de la période médiévale. Pour information, je ne sais pas distinguer le Moyen Âge de l’époque moderne. Si le XVIIᵉ siècle appartient déjà à l’époque moderne, je présente d’avance mes excuses à ceux que j’aurais offensés.
Cela se produisit plusieurs siècles avant la création du réactif de Benedict, en 1900.
Alors, comment le diagnostiquait-on avant cela ?
Ne vous l’ai-je pas dit ?
On l’appelait diabète sucré parce que l’urine avait un goût sucré.
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