Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de fantasy sombre pris pour un saint ◈
Chapitre 74 : Bon guérisseur (2)
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* * *
À peine notre conversation terminée, la réaction de mon maître me parut un peu étrange.
J’avais l’impression qu’il se méfiait discrètement de moi.
« Hmm… Tu comptes rendre cet article public ? »
« Bien sûr que non. Je vais le faire classer en catégorie 1 dès le départ. »
On l’oubliait facilement, mais la magie allait des sciences fondamentales à l’armement militaire.
Il était hors de question de publier un tel document sans discernement.
C’était pourquoi tout article portant sur la magie pouvait être soumis, sur demande, à l’examen du comité d’éthique afin d’en déterminer le niveau de classification avant sa publication.
« Je compte lui attribuer un niveau de sécurité élevé. Le risque qu’on en fasse mauvais usage est bien trop grand. »
L’article montrerait à quel point les mages étaient actuellement exposés au plomb, et prouverait aussi quelles seraient les pires conséquences si personne n’intervenait.
J’expliquerais également le traitement nécessaire pour les en prévenir.
Les mages noirs auraient néanmoins de nombreuses occasions d’exploiter ces informations. Je devais donc choisir soigneusement le niveau de sécurité.
« Je comprends. Si c’est toi qui t’en occupes… je suis sûr que tu feras les choses comme il faut. »
Mon maître donna son accord, non sans réticence.
Et il y avait en prime cette méfiance étrange et discrète à mon égard.
« Alors, à ton avis, quand l’article sera-t-il terminé ? Il sera difficile de le préparer pour les Olympiades de cette année, non ? »
« Il reste moins d’un mois. Même moi, je n’y arriverai pas. »
Même une usine à articles n’en produirait pas un en un mois.
De plus, mes recherches couvriraient tout l’Empire.
Même avec les moyens de la compagnie marchande, il faudrait probablement au moins deux ans.
« Inutile de te presser. Son Altesse Edmund aura besoin de temps pour mettre sur pied le département. »
« C’est vrai. Ce gamin a plus d’une montagne à gravir. Je peux convaincre le milieu universitaire de la magie, mais il devra s’occuper lui-même du Conseil des nobles et de l’Église. »
Mon maître se frotta le menton et hocha la tête.
« Très bien. En attendant, je devrais parler avec tes condisciples plus âgés. Certains entrent dans une colère noire dès qu’on prononce le mot “magie noire”. »
« Merci, Maître. »
C’était tout pour aujourd’hui.
Après avoir échangé des nouvelles et quelques questions-réponses sans importance avec mon maître, je me levai et pris mon manteau.
« Bon sang… Tu as tellement grandi. J’ai l’impression que c’était hier encore que tu m’arrivais à peine au plexus solaire. »
« J’ai dix-huit ans, maintenant. »
« Oui. Tu es adulte, à présent. Peut-être ai-je vécu trop longtemps. Parfois, même les jeunes de vingt ans me paraissent être des bébés. »
Vu de mon maître, c’était compréhensible.
« Au fait, combien as-tu prévu de donner pour les Olympiades ? »
Depuis que j’avais commencé à faire des dons au symposium au nom de mon maître, notre compagnie marchande y contribuait chaque année.
Mon maître semblait heureux que cela facilite ses recherches.
« Ah, cette année, le montant a un peu augmenté. »
« À cause de ce médicament ? »
« Oui. Grâce à ce médicament. »
La pilule bleue miraculeuse.
Grâce à elle, la Compagnie marchande Merkuer connaissait un essor sans précédent.
Les différents dons et programmes sociaux menés au nom de la compagnie marchande allaient donc eux aussi prendre de l’ampleur.
« Cette année, le don s’élèvera à… environ ça. »
J’avais justement le certificat de don sur moi, alors je le tendis à mon maître.
Mon maître contempla le document en silence pendant un long moment.
« …On dirait qu’il y a un zéro de trop. Tu t’es trompé en l’écrivant ? »
« Je ne te l’avais pas dit ? C’était un médicament pour le cœur que j’avais fabriqué afin de gagner de l’argent. Je ne m’attendais pas à ce que ça prenne cette tournure. »
« … »
Mon maître ne put détacher les yeux du document pendant un moment.
* * *
Après avoir terminé ma conversation avec mon maître, je rentrai au domaine.
Le majordome en chef m’attendait à l’entrée.
« Jeune maître. Vous voilà de retour ? »
« Oui. Prévenez les cuisines que je dînerai tard ce soir. »
« Bien, jeune maître. Une lettre est également arrivée pendant votre absence. »
Le majordome en chef me présenta un plateau d’argent.
Une seule lettre y reposait.
« Une boursière. »
Qui cela pouvait-il être ?
Ce ne pouvait être ni Kal, ni Eli, ni Valeria, puisque je les voyais demain.
Les autres boursiers m’avaient écrit avant-hier pour prendre de mes nouvelles.
La lettre venait probablement de l’un d’eux.
Je la pris sur le plateau et me dirigeai vers ma chambre.
Quand je dénouai la ficelle usée, une fleur séchée glissa de l’enveloppe.
Dès que je la vis, je sus qui me l’avait envoyée.
« Ayla ? »
Ayla.
La petite sœur de Valeria.
Une boursière entrée au cycle supérieur du séminaire, qui admirait sa mère et rêvait de devenir prêtresse guérisseuse.
Elle avait d’ailleurs le même âge que Freya.
« On dirait qu’elle a encore fait pousser des tournesols cette année. »
Ayla joignait toujours une de ces fleurs à ses lettres.
Quand je lui avais dit que je les appréciais, elle avait continué à m’en envoyer.
Grâce à elle, un coin de mon bureau était couvert de tournesols qu’elle m’avait envoyés.
J’ajoutai ce tournesol à la pile, puis dépliai la lettre.
Son écriture ronde était indubitablement celle d’Ayla.
- Bonjour, Directeur ! C’est Ayla !
- D’abord, je voulais vous dire merci, merci du fond du cœur d’avoir sauvé ma sœur.
- J’ai eu si peur quand j’ai appris ce qui était arrivé, mais vous ne pouvez pas imaginer à quel point j’ai été soulagée d’apprendre que vous aviez sauvé ma sœur de ces terribles mages noirs sans qu’elle soit blessée.
- Je suis désolée que le seul cadeau que je puisse vous offrir pour l’instant soit ce tournesol séché, que j’ai fait pousser dans la serre de la compagnie marchande.
Elle m’écrivait à cause de ce qui était arrivé à Valeria.
« Pourtant, je la verrai demain. »
Les boursiers se remettaient actuellement dans une maison sûre fournie par la compagnie marchande.
Leurs familles s’y étaient également installées.
Ayla devait sûrement être auprès de sa sœur Valeria en ce moment même.
Je les avais déjà prévenus que je rendrais visite à Valeria le lendemain ; Ayla ne pouvait donc pas l’ignorer.
C’était admirable de sa part de m’avoir écrit malgré tout.
Je poursuivis ma lecture.
- Et, Directeur, il m’est arrivé quelque chose d’incroyable. J’ai éveillé un pouvoir divin !
- Nous logions dans la maison sûre préparée par la compagnie marchande, et ma sœur avait du mal à supporter ses cauchemars à répétition. Alors, je lui ai tenu la main et j’ai prié à ses côtés toute la nuit… Puis une lumière chaude a soudain jailli de ma main !
Son écriture avait nettement tremblé au milieu de la lettre.
Sa main avait dû trembler d’excitation.
Et je faillis pousser un cri, tant j’étais aussi excité qu’elle.
« Elle a enfin éveillé son pouvoir divin. »
Les signes étaient là depuis le début.
Faire pousser des tournesols dans un endroit où ne pénétrait pas le moindre rayon de soleil.
Ce n’était pas à la portée de n’importe qui.
Nul besoin d’invoquer les conventions du genre. Dans ce monde aussi, il existait une méthode discrètement répandue pour repérer les futurs prêtres guérisseurs.
Les petits animaux pouvaient se montrer particulièrement attirés par eux, ou ils tombaient rarement malades pendant leur enfance.
Plus un prêtre guérisseur était doué, plus il avait de chances de présenter l’une de ces petites bizarreries insignifiantes.
- Si je réussis mes examens de fin de cycle supérieur et que j’obtiens mon diplôme, je pense pouvoir entrer à la faculté des guérisseurs dès mes vingt ans !
- Mère est encore plus enthousiaste que moi. Elle a éveillé son pouvoir tard et n’est entrée que tardivement au Département d’études curatives. Elle m’a dit qu’il était très difficile d’avoir autant d’écart d’âge avec les élèves plus jeunes. Elle est vraiment soulagée que je l’aie éveillé tôt.
On pouvait distinguer deux grandes catégories de prêtres.
Les prêtres ordinaires, tels qu’on les connaissait.
Des gens ordinaires qui se consacraient entièrement au divin.
C’était la voie que suivaient la plupart des étudiants en théologie diplômés du séminaire.
Puis il y avait les prêtres guérisseurs.
Des prêtres qui avaient éveillé leur pouvoir divin et pratiquaient la magie divine.
Les étudiants qui se préparaient à devenir prêtres empruntaient cette voie s’ils éveillaient leur pouvoir divin.
Certains, comme la mère d’Ayla dont parlait la lettre, ne l’éveillaient que tard dans leur vie.
Heureusement, Ayla ne l’avait pas éveillé tard ; elle n’avait donc pas à s’inquiéter de ça.
- Pour être honnête, je ne comprends pas vraiment pourquoi j’ai soudainement obtenu un pouvoir divin. Les professeurs de théologie ne nous ont jamais expliqué quelles étaient les conditions pour l’éveiller.
- Directeur, savez-vous pourquoi cela arrive ?
Je ne le savais pas non plus.
Mon maître non plus.
On ignorait toujours quelles étaient les conditions nécessaires pour éveiller un pouvoir divin.
Comme la plupart de ceux qui l’éveillaient étaient des prêtres ordinaires, la foi semblait être la condition la plus probable.
Mais cela ne collait pas, car certains vieillards n’ayant jamais prié de leur vie, et même des bébés, l’éveillaient aussi.
Et si l’on se demandait si les personnes altruistes ou prêtes au sacrifice l’éveillaient davantage, les prêtres guérisseurs ne différaient pas du reste de la population.
On avait déjà établi que cela n’avait aucun rapport avec les bonnes ou les mauvaises actions.
Les avis restaient partagés sur les conditions d’éveil d’un pouvoir divin.
Mais ce n’était pas ce qui importait pour l’instant.
- Je peux aider les gens, maintenant !!
- Pour l’instant, je ne sais lancer que Rafraîchissement, mais les gens fatigués aiment vraiment quand je l’utilise sur eux !
- Comme Mère et vous, Directeur, je deviendrai sans faute une guérisseuse qui soigne les malades !
- Directeur, merci infiniment. Si vous n’aviez pas sauvé ma sœur, je n’aurais jamais éveillé mon pouvoir non plus.
- La prochaine fois qu’on se verra, c’est moi qui lancerai Rafraîchissement sur vous ! Promis !
- Ayla
Ce qui comptait, c’était que la jeune fille que j’avais repérée à bas prix avait éveillé un pouvoir divin.
Plus important encore, elle avait le potentiel de devenir une sainte.
« Si tout se passe bien, cette génération pourrait bien compter une autre sainte. »
Comme il pouvait y avoir plusieurs héros, une même génération pouvait compter plusieurs saintes ou saints.
Bien sûr, on ne devenait pas sainte à la légère.
Il fallait accomplir des exploits éclatants et prouver qu’on méritait ce titre.
Mais cela ne m’inquiétait pas.
Ayla s’était déjà distinguée au séminaire.
Avec juste un petit coup de pouce de ma part, elle accomplirait de grandes choses, comme un navire qui profite d’un vent favorable.
Il ne me restait donc qu’une chose à faire.
« Je n’ai qu’à ajouter mon nom à côté de celui d’Ayla, comme d’habitude. »
Pourquoi Julian était-il devenu célèbre pour la magie noire et la résolution d’affaires non élucidées ?
Grâce au titre de rivale de Charlotte.
Depuis notre première rencontre, elle avait fait connaître mon nom chaque fois qu’elle résolvait une affaire.
- « L’affaire aurait été bien plus facile à résoudre si le jeune maître de la Maison Nihirit avait été là. »
- « Le jeune maître de la Maison Nihirit m’a enseigné tout ça. »
Grâce à cela, ma réputation ne cessait de croître, même quand je restais chez moi à faire des recherches.
Puis, de temps à autre, j’accompagnais Père sur son lieu de travail et y faisais une démonstration de mes compétences. Les gens finirent naturellement par me considérer comme un génie à la hauteur de Charlotte.
Ces exploits expliquaient aussi pourquoi personne ne doutait de la nouvelle selon laquelle j’avais joué un rôle majeur dans l’affaire de l’enlèvement par les mages noirs.
Je comptais donc surfer de la même manière sur la vague avec Ayla.
« Le mentor qui a appris à Ayla les principes fondamentaux et l’état d’esprit d’une guérisseuse. »
J’avais l’intention d’exploiter ce seul fait jusqu’au bout.
Ainsi, plus Ayla accomplirait de grandes choses, plus la réputation du Directeur Schun grandirait.
« Ayla a aussi dix-sept ans cette année, pas vrai ? »
Dix-sept ans.
Un an de plus que l’âge auquel les jeunes nobles commençaient généralement à se faire un nom en accompagnant leurs parents.
La plupart des prêtres guérisseurs renommés commençaient à se faire connaître avant cet âge, grâce à l’aide de familles influentes ou de leurs parents.
Mais la mère d’Ayla venait à peine d’être promue au rang de prêtresse de niveau intermédiaire.
Il lui serait difficile de trouver à Ayla une occasion convenable de se faire un nom.
Alors…
« Je devrais l’aider. »
Comme j’avais aidé les autres boursiers.
Ce ne serait pas une mauvaise idée de lui offrir une expérience pratique, sous la forme d’un stage, par exemple.
Ce ne serait pas difficile.
Dans ma vie précédente, j’enseignais à plusieurs internes tout en menant des recherches et en pratiquant des opérations. C’était mon métier.
Faire d’une personne un vrai médecin… enfin, une vraie guérisseuse, ce ne serait pas difficile non plus.
« Demain, quand je rendrai visite à Valeria, je devrais parler à la mère d’Ayla et l’emmener avec moi. »
Sa mère en serait certainement ravie, elle aussi.
Note de l’auteur
Le chapitre d’aujourd’hui était trop long, alors je l’ai divisé en deux parties.
La suite sera publiée demain après-midi.
Notes de bas de page :
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