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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de fantasy sombre pris pour un saint ◈
Chapitre 68 : Comment tu t’appelles, espèce d’ordure ? (6)
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* * *
Tandis que le Directeur Schun s’employait à corriger l’idée reçue selon laquelle la chirurgie était un art secret de magie noire,
Igor, qui avait réussi à s’échapper, avançait en titubant dans le couloir souterrain de la planque, en sang.
Goutte. Goutte.
Chacun de ses pas laissait une traînée rouge vif sur le sol de pierre.
Igor serra les dents et pressa le pas.
Bon sang. Cette fille…
Il revit la fille aux cheveux roux passer la paume sur le tranchant d’une hache.
Elle avait forcément prononcé une incantation.
Et, après que la hache lui eut effleuré la jambe, celle-ci s’était peu à peu mise à flancher.
Alors que la blessure n’était pourtant pas si profonde.
Elle a utilisé son sang comme poison ?
Il ignorait de quel poison il s’agissait.
Ce n’était pas sa spécialité.
Mais une chose était certaine : le poison contenu dans le sort de cette fille était d’une virulence exceptionnelle.
Juste après s’être enfui, Igor avait pu courir. À présent, il avait du mal à avancer sans s’appuyer contre le mur.
Bon sang.
Igor accéléra encore.
Boite. Traîne.
Son pied droit frappait le sol de pierre, tandis que son pied gauche suivait en traînant.
Puis, au milieu de ces pas irréguliers, retentit le martèlement régulier de bottes militaires.
L’équipe de poursuite du capitaine Shen était à ses trousses.
À ce rythme, Igor finirait inévitablement par se faire prendre.
Mais il avait son propre plan.
Grincement.
Quelque part dans l’obscurité, du métal racla contre du métal.
Le rythme des bottes se dérégla aussitôt.
Bang ! Bang, bang !
Des coups de feu retentirent.
En les entendant, Igor eut un sourire en coin.
Heureusement que j’ai transformé cette prison abandonnée en planque.
Des goules.
Elles étaient toujours là, sous terre.
Les cadavres des prisonniers abandonnés sans funérailles ni rites mortuaires.
Pendant des centaines d’années, la résonance symbolique de ces morts, hors du regard de Dieu, s’était accumulée en ces lieux, qui étaient devenus un foyer de prolifération pour les goules.
Igor s’était contenté de leur enfoncer des tiges de plomb dans le crâne pour en faire ses serviteurs.
Et à présent, ces goules ralentissaient l’équipe de poursuite.
Les gamins en ont éliminé quelques-unes en remontant, mais il en reste assez.
Il ne s’attendait pas à ce que les goules vainquent l’équipe de poursuite.
Il lui suffisait qu’elles lui fassent gagner quelques minutes.
D’ici là, il aurait déjà disparu.
J’y suis presque.
Abandonnant les coups de feu derrière lui, Igor descendit le dernier escalier.
Au niveau le plus bas, il aperçut des cellules ouvertes ainsi que des cordes et des bâillons éparpillés sur le sol.
C’était là que les étudiants avaient été détenus.
Igor traversa les lieux.
Traînant presque sa jambe gauche, il s’enfonça dans la prison.
Au-delà d’une entrée voûtée, il alluma une lampe aux vers luisants, révélant la raison de sa venue.
J’y suis.
Un cercle se trouvait là.
Des champignons colorés poussaient en abondance tout le long de son périmètre.
Rouge vermillon, jaune moutarde, violet, blanc tacheté.
De fines spores dessinaient un cercle sur le sol, sous les chapeaux colorés, qui poussaient à intervalles réguliers.
À l’intérieur du cercle, l’herbe morte formait un épais tapis.
Le regard creux d’Igor se fixa sur le centre.
Un rond de sorcières.
Les fées possédaient un pouvoir singulier.
Lorsqu’elles dansaient en cercle, des champignons poussaient en ces lieux, comme s’ils formaient un cercle magique.
Les lanceurs de sorts pouvaient utiliser ce cercle pour traverser l’espace.
Igor s’était servi de ce phénomène pour enlever uniquement les étudiants portant la signature du Directeur Schun et les amener ici.
Cette fois, il comptait s’en servir pour échapper au danger.
Où ai-je mis le catalyseur ?
Igor fouilla la poche de son pantalon.
Ses doigts parcoururent le tissu rêche jusqu’à trouver une petite bourse.
Il en sortit un morceau de sucre.
Igor le déposa au bord du cercle, sur le chapeau d’un champignon vermillon.
Puis ses lèvres remuèrent.
« Venez. »
À l’instant où le sucre toucha le chapeau, un léger frémissement parcourut ses lamelles.
Les replis du chapeau vermillon s’écartèrent, et une minuscule main en sortit.
Elle ressemblait à une main humaine, mais n’en était pas une.
Elle était trop courte, trop épaisse, et chacun de ses doigts était couvert de filaments duveteux de mycélium.
La main s’empara du morceau de sucre et le tira à l’intérieur.
Froufrou.
Tous les champignons formant le périmètre du cercle frémirent à la fois.
Puis de minuscules fées, à peine hautes de trente centimètres, jaillirent des champignons.
« Lutin numéro un. »
« Oui, maître ! »
Le numéro un rampa hors des champignons en donnant des coups de ses petites jambes.
« Vous m’avez appelé ? »
Plusieurs autres fées apparurent derrière le numéro un.
Elles étaient onze au total.
Igor baissa les yeux vers les petites fées à l’air innocent et fronça les sourcils.
Qu’est-ce qui leur prend ?
Les lutins étaient particulièrement enjoués aujourd’hui.
Depuis plusieurs mois, ceux qu’il avait vus étaient pénibles, geignards et amorphes.
Ils ressemblaient à de vieux chiens qu’on traînait derrière soi.
Pourtant, aujourd’hui, ils semblaient étrangement excités.
… De petites créatures capricieuses.
Mais Igor n’y prêta pas davantage attention.
Il n’avait pas le temps d’y réfléchir, et les fées étaient capricieuses par nature.
Pas. Pas.
Les bottes l’avaient déjà rattrapé.
Igor posa à la hâte deux autres morceaux de sucre au bord du cercle.
Un lutin s’avança d’un pas décidé, ramassa un morceau, puis leva les yeux vers Igor en serrant contre lui le sucre, aussi gros que son propre corps.
Igor lui donna ses ordres.
« Ouvrez le cercle. Envoyez-moi au domaine. »
« Compris. »
Le lutin numéro un s’activa.
D’ordinaire, il aurait hésité et traîné des pieds, mais aujourd’hui, il semblait d’excellente humeur.
Ignorant le malaise qui grandissait en lui, Igor entra au centre du cercle.
Les onze lutins grimpèrent sur les chapeaux des champignons.
Tels de petits danseurs prenant place sur une scène colorée, chacun trouva son emplacement.
Puis la danse commença.
« Quel dommage que personne ne vienne. »
« Hé mandu ! »
« Je voudrais que quelqu’un m’emmène d’ici ! »
« Hé mandu »
« Ni papillon porteur de nouvelles, ni petit moineau, ni écureuil pour m’emporter, pas même une selle. »
« Hé mandu, hi ri oro, ho ro hou o ! »
Boum !
Onze paires de pieds frappèrent les chapeaux des champignons d’un même mouvement.
Les spores jaillirent ensemble, et une bande dorée se répandit le long du cercle.
Debout au centre, Igor sentit le sol trembler faiblement sous ses pieds.
Ça s’ouvre.
Le cercle réagissait peu à peu.
La chanson approchait elle aussi de son apogée.
C’est alors que cela se produisit.
Les paroles changèrent soudain.
« Quelle joie, un noble bienfaiteur est venu ! »
« Hé mandu ! »
« Pour m’emmener d’ici ! »
« Hé mandu ! »
« Avec du sucre et des morceaux de miel, il m’a donné des vêtements rien qu’à moi ! »
« Hé mandu, hi ri oro, ho ro hou o ! »
« Quoi ?! »
Le visage d’Igor se figea d’horreur.
Ce n’étaient pas les paroles habituelles.
La chanson que chantaient les lutins avait changé.
S’ils avaient simplement modifié quelques mots, cela n’aurait pas eu d’importance.
Les fées changeaient souvent les paroles selon leur humeur.
Mais ces paroles contenaient quelque chose qui n’aurait pas dû s’y trouver.
« Avec du sucre et des morceaux de miel, il m’a donné des vêtements rien qu’à moi ! »
Des vêtements.
Dès que les lutins recevaient des vêtements ou un salaire de leur maître, leur contrat de servitude était rompu.
C’était pourquoi les mages noirs qui recouraient aux lutins veillaient à ne pas leur donner par mégarde des vêtements ou de l’argent.
Fuir…
Mais son corps refusait de bouger.
Comme si ses jambes étaient clouées au sol, comme si elles ne lui appartenaient plus.
Elles refusaient de quitter le cercle.
Peut-être les lutins avaient-ils échappé à son contrôle.
Cette vague terreur venait de prendre une forme concrète.
Quand ? Pourquoi maintenant, entre tous les moments ?
Leur avait-il donné des vêtements sans s’en rendre compte ?
À bien y réfléchir, il avait jeté son manteau en fuyant jusqu’ici.
Mais ça ne pouvait tout de même pas les libérer…
À cet instant, un nom lui traversa l’esprit.
Le Directeur Schun.
Si cet homme avait su donner un sens à ce manteau, libérer les lutins et déjà gagner leur sympathie…
Alors ces lutins ne dansaient pas pour lui…
Les pensées d’Igor commencèrent alors à se déliter.
À leur place s’installa un plaisir indescriptible.
« Hé hé… »
Un rire s’échappa des lèvres d’Igor.
Ses pensées s’embrumèrent peu à peu.
Comme s’il était ivre.
Boum. Boum !
Au moment où le refrain éclata, une colonne de lumière s’éleva du centre du cercle.
Au cœur de cette colonne de lumière chaleureuse,
Igor eut soudain envie de danser.
C’est vrai.
Il semait ses poursuivants.
Pourquoi ne pas danser un peu, de temps en temps ?
Comme s’il venait d’y penser, il se mit à danser.
Ses pensées lucides cédèrent la place à la liesse. Forçant sa jambe morte à bouger, le mage noir dansa.
Parmi les fées.
Le sang ruisselant de son corps.
Boitant sur ses jambes qui se raidissaient.
Un sourire accroché aux lèvres.
Ses épaules se balançaient.
Comme un homme au milieu d’une fête.
Comme quelqu’un qui entend les chansons d’un pays natal quitté depuis longtemps.
Comme quelqu’un qui aurait perdu la tête après avoir mangé des champignons colorés.
Il dansait.
Forçant ses jambes récalcitrantes à bouger.
Forçant les coins de sa bouche tressaillante à se relever.
Forçant sa voix brisée à sortir de sa gorge.
Il chantait.
Au milieu de onze paires d’yeux noirs et brillants, qui le regardaient en souriant, le mage noir dansait et chantait.
Puis la lumière l’engloutit.
Un peu plus tard.
Pas. Pas.
Des bottes militaires franchirent l’entrée voûtée.
Le capitaine Shen entra, arme levée, dans la salle vide d’Igor.
Il n’y avait personne.
Le capitaine Shen baissa les yeux vers le sol.
Il ne restait dans la salle que des champignons rouges et de l’herbe morte imbibée de sang.
* * *
« À notre arrivée, il ne restait que des champignons rouges et des traces de sang. Nous n’avons pas pu confirmer où se trouvait le mage. »
Après avoir soigné Kal et vérifié l’état des autres enfants, nous nous apprêtions à partir lorsque le capitaine Shen revint, l’air sombre, et nous fit son rapport.
« Je suis désolé, Directeur. Il nous a échappé. »
La voix du capitaine Shen, derrière son masque à gaz, laissait entendre qu’il s’en voulait.
Tout en retirant mes gants tachés de sang, je demandai : « Ce n’est pas grave s’il vous a échappé. Quelqu’un est entré dans le cercle ? »
« Comme vous nous l’aviez ordonné, nous ne l’avons pas poursuivi plus loin. Mais pourquoi cette question ? »
Je tardai à répondre et jetai discrètement un regard autour de moi.
Eli, qui refusait toujours de lâcher la main de Kal.
Valeria, un peu plus loin, qui nous observait avec intérêt.
Il y avait trop d’oreilles indiscrètes.
« … Julian m’a prévenu. Je vous expliquerai les détails dans la voiture. »
À ces mots, Valeria réagit.
« Excusez-moi, Directeur. Quand vous dites Julian, vous parlez du frère aîné de mademoiselle Freya ? »
« Oui. Il m’a aidé en venant ici. Il travaille sur des affaires liées à la magie noire et des cas non résolus. »
Freya, qui écoutait en silence, tourna la tête d’un mouvement raide.
Mais elle ne réagit pas davantage.
Au contraire, Freya prit un air impassible et entra dans le jeu.
« Mon frère ne vient pas ? »
« Non. Il s’inquiète beaucoup pour votre sécurité au domaine. Je pense que vous devriez contacter Julian sur le chemin du retour. Cela vous convient-il ? »
« Très bien. »
Elle ne semblait pas comprendre pourquoi je fournissais un alibi à Julian, mais elle joua le jeu pour le moment.
« Bien. Allons à la voiture. L’étudiant Kal a lui aussi besoin de soins appropriés. »
Après avoir tant bien que mal sécurisé les lieux,
nous sectionnâmes les tendons des membres du lézard inconscient et le chargeâmes dans le compartiment à bagages,
puis nous répartîmes les étudiants dans les véhicules avec lesquels nous étions venus.
Le capitaine Shen, Eri et Freya montèrent avec moi dans le dernier véhicule.
Ce ne fut qu’après m’être assuré que la porte était bien fermée que je retirai mon chapeau melon.
La magie qui brouillait les perceptions se dissipa alors.
« Ouf. »
Freya leva les yeux vers moi.
« Grand frère. »
« Tu t’es bien débrouillée, Freya. »
« Mais qu’est-ce que c’était, tout à l’heure… ? »
« Il fallait séparer l’identité du Directeur Schun de celle de Julian. C’est à Julian que devait revenir le mérite d’avoir découvert cet endroit. Je t’expliquerai les circonstances plus tard. »
Freya réfléchit une seconde, puis hocha la tête.
« Si tu le fais, grand frère, c’est que tu as une raison. »
Après ce bref échange, je tournai les yeux vers le capitaine Shen.
Le capitaine Shen semblait vouloir me poser une question depuis avant même que nous montions dans la voiture.
« Reprenons donc notre discussion, capitaine. »
« Le cercle a-t-il un rapport avec la raison pour laquelle nous n’avons pas poursuivi le mage noir ? »
« Oui. C’était un rond de sorcières. »
« Un rond de sorcières ? »
Le capitaine Shen ne semblait pas connaître cette notion.
Après tout, le capitaine Shen était spécialisé dans la magie du feu.
Les ronds de sorcières relevaient de la magie noire ; il était donc naturel qu’il n’en sache rien.
« Le cercle où le mage noir a disparu. Vous avez déjà vu quelque chose de semblable, n’est-ce pas ? »
« Oui. Il y avait aussi un cercle de moisissure dans la buanderie, là où les étudiants ont disparu. »
« C’était un rond de sorcières. Quand les fées dansent, des champignons poussent en cercle à l’endroit où elles ont dansé. Elles peuvent traverser l’espace en passant par ces cercles. »
Un rond de sorcières était la trace laissée par la danse des fées.
Si quelqu’un y entrait, il perdait connaissance un bref instant, puis se réveillait dans un endroit inconnu.
« Une telle magie existe donc. »
« Le mage noir s’est probablement servi des ronds de sorcières pour enlever les étudiants. Il devait aussi vouloir en utiliser un pour s’enfuir. »
« Alors le mage a-t-il réussi à s’échapper ? »
Je secouai la tête.
« Non. Il a probablement échoué. Je savais que cela finirait ainsi, c’est pourquoi je vous ai dit de ne pas le poursuivre jusqu’au bout. »
Le regard du capitaine Shen se déplaça légèrement.
Freya leva alors la main.
« Grand frère. »
« Hum ? »
« Si tu savais que cette magie existait, pourquoi ne pas l’avoir utilisée pour venir directement ? Enfin, je ne voulais pas dire que tu étais en retard ou quoi que ce soit. »
« Non, c’est une bonne question. »
À vrai dire, je m’étais posé la même question au début.
Quand j’avais appris la disparition de Freya et que j’avais couru au dortoir, j’avais trouvé un rond de sorcières près de la buanderie.
Dès que j’avais vu le cercle, j’avais compris ce qui s’était passé. J’avais aussitôt persuadé un lutin de m’aider à traverser le cercle et appris où se trouvait la planque.
La méthode la plus rapide aurait été d’entrer dans ce cercle et de demander aux lutins de m’envoyer à la planque.
Mais je ne l’avais pas fait.
Il n’y avait qu’une seule raison à cela.
« Les fées n’aiment pas ça. »
« Pardon ? »
« Les lutins sont des fées qui ont naturellement pour tâche de s’occuper des travaux ménagers. Plier le linge, faire la vaisselle, balayer les miettes de pain. C’est ce que ces petits êtres sont censés faire. »
Je poursuivis en regardant par la fenêtre de la voiture.
« C’est impoli de faire danser des enfants comme eux. Et les fées détestent par-dessus tout que d’autres les voient danser. »
« Pourtant, c’est comme ça qu’on nous a enlevés. »
« Exactement. C’est pourquoi les fées détestaient aussi ce mage noir. »
Il avait ordonné aux lutins de faire des choses qu’ils détestaient.
Il les avait forcés à danser sous les yeux des gens et leur avait demandé d’enlever des personnes au lieu de faire le ménage.
Pendant des mois, il les avait contraints à faire ce que les lutins et les fées détestaient le plus.
« Les lutins ne peuvent désobéir aux ordres de leur maître ni lui faire de mal. Alors, même si le mage noir le leur ordonnait, ils n’avaient pas le choix : ils devaient obéir. Mais je ne pouvais pas recourir à la même méthode. »
Ce n’était pas parce que j’étais passionné par les fées.
Ma petite sœur avait été enlevée. Quand aurais-je eu le temps de m’en soucier ?
Il y avait une seule raison pour laquelle j’avais respecté les fées, à ce moment-là.
« Il ne faut jamais se faire des fées une ennemie. Ça ne se termine jamais bien. »
C’était une leçon que mon maître m’avait apprise.
« La plupart des mages de notre époque, ceux qui sont nés au cours des deux derniers siècles, considèrent les fées comme des outils. Mais toi, Julian, tu ne dois pas faire comme eux. »
Mon maître m’avait dit que les fées étaient la nature elle-même, douée d’émotions.
Dès qu’on s’en faisait des ennemies, on était condamné à finir ses jours dans la misère.
Même sans l’avertissement de mon maître, cela relevait du bon sens. C’était un cliché.
Dans d’innombrables œuvres de ma vie antérieure, les protagonistes qui maltraitaient les fées finissaient toujours mal, d’une manière ou d’une autre.
C’était pourquoi j’avais traité les lutins avec respect.
« Et le mage noir a lui-même prouvé que j’avais fait le bon choix. »
« Le mage noir ? »
« Oui. Ce rond de sorcières rouge en est la preuve. »
En principe, les lutins ne pouvaient ni faire de mal à leur maître ni agir d’une façon qui lui nuirait.
Mais cela ne signifiait pas qu’ils étaient incapables de le haïr.
Pendant des mois, ils avaient haï leur maître.
Et quand l’occasion s’était présentée, la première chose qu’ils avaient faite après avoir recouvré leur liberté avait été de se venger.
« Les fées ont un grand talent pour la magie mentale et spatiale. Modifier légèrement un sort ne leur serait pas difficile. »
Se réveiller ailleurs après avoir perdu connaissance dans un rond de sorcières n’était possible que lorsque les fées choisissaient une méthode non létale.
C’était plutôt un avertissement, comme lorsqu’on jette dehors un invité indésirable de son club.
Mais jusqu’où les fées pouvaient-elles aller si elles avaient vraiment l’intention de tuer ?
« Si c’est vrai, alors le mage noir… »
« Hum. Le mage noir regrette peut-être de ne pas s’être rendu pacifiquement, capitaine. S’il lui reste assez de raison pour le regretter. »
Les enfants arrachent les ailes des libellules plus facilement que les adultes.
Voilà à quel point l’innocence peut être terrifiante.
Les vieux contes de fées n’étaient pas si cruels pour rien.
Est-ce que ça relevait vraiment du même raisonnement ?
Bref.
C’était pour cela que je respectais les fées.
Si je les contrariais sans raison et que la situation dégénérait par la suite, je ne pourrais pas en assumer les conséquences.
« C’est aussi pour cela que je vous ai dit de ne pas le poursuivre jusqu’au bout. C’est peu probable, mais je ne pouvais pas laisser le capitaine Shen se retrouver mêlé à tout ça. »
Gloups.
On entendit le capitaine Shen déglutir derrière son masque à gaz.
Le capitaine Shen demanda alors prudemment : « … Mais il me reste une question. »
« Allez-y. »
« Pourquoi les lutins se sont-ils soudainement libérés ? »
« Ce n’était pas compliqué. »
Je désignai le manteau du mage noir, que j’avais rapporté comme preuve.
« Il ne l’a pas laissé derrière lui ? Je me suis contenté d’aider les lutins à accepter ces vêtements comme le signe que leur contrat avait été rompu. »
« … Vous avez donné un petit coup de pouce aux fées ? »
« Présenté comme ça, on dirait que je suis quelqu’un d’affreux, non ? »
Comme si j’étais une sorte de conseiller criminel.
Si je devais expliquer ce que j’avais fait…
« Je vois. Je me suis contenté d’aider les fées à élargir leur horizon. »
« … »
Les occupants de la voiture n’avaient pas l’air très satisfaits après m’avoir entendu.
Je ne savais pas exactement pourquoi.
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