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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de dark fantasy pris pour un saint ◈
Chapitre 62 : À toi, sans nom (2)
──────
Tard dans la nuit, sous la lumière d’une lampe à mana.
La plume de la princesse consort crissait sur son carnet.
<Carnet de maternité>
[À toi, sans nom]
[Préface]
Peu après être tombée enceinte,
le seigneur Nihirit m’a recommandé un carnet.
Il l’a appelé un carnet de maternité.
Il m’a demandé d’y consigner chaque jour tous les changements de mon corps.
De ne pas omettre le moindre détail.
D’y noter absolument tout : ce que j’avais mangé dans la journée, l’heure de mon coucher et de mon réveil, si je me sentais lourde ou nauséeuse.
J’ai entendu dire qu’il valait mieux le remplir aussi minutieusement qu’un historien de la cour consignant les affaires de l’État.
Ainsi, lors de ma prochaine consultation, le seigneur Nihirit ne manquerait aucun des changements affectant mon corps.
Cela m’inquiétait un peu.
Et si j’oubliais quelque chose ?
Et si le bébé avait un problème à cause de moi ?
J’avais peur, mais Son Altesse m’a dit qu’il m’aiderait.
Cela m’a donné du courage.
[Première consultation régulière]
Date : 14 octobre de l’an 1047 de l’Empire
Âge gestationnel : 4 semaines et 2 jours
Tension artérielle / poids de la mère : 108/66 // 52 kg
Protéinurie / œdème : (-) / (-)
Bruits du cœur fœtal : inaudibles au stéthoscope (4 semaines, normal)
Hauteur utérine : non mesurable (4 semaines)
Pertes de sang : aucun changement
Médicaments : aspirine 100 mg, une fois par jour (à poursuivre), héparine 5 000 UI, deux fois par jour (à commencer aujourd’hui)
Temps de coagulation : 62 secondes (dans la plage cible)
───
Commentaires du médecin traitant :
Grossesse confirmée. Commencer l’administration d’héparine dès aujourd’hui. La mère est en bonne condition.
───
[Journal de grossesse]
[6 h 12]
Réveil.
À peine les yeux ouverts, j’ai eu l’impression que ma température était un peu plus élevée que d’habitude.
J’ai immédiatement demandé à la gouvernante en chef de prendre ma température. Elle était supérieure de 0,2 degré à la normale.
Serait-ce un signe de fièvre ?
(À demander au seigneur Nihirit lors de la prochaine consultation.)
[10 h 15]
Promenade dans la serre.
J’ai eu l’impression que des fourmis me grimpaient sur le côté gauche du bas-ventre. Une très légère sensation de tiraillement.
Je me suis arrêtée aussitôt et j’ai pris trois grandes inspirations. La douleur a disparu une minute plus tard.
(À demander au seigneur Nihirit lors de la prochaine consultation.)
[12 h 37]
...
[Deuxième consultation régulière]
Date : 28 octobre de l’an 1047 de l’Empire
Âge gestationnel : 6 semaines et 2 jours
Tension artérielle / poids de la mère : 110/68 // 52,3 kg
Protéinurie / œdème : (-) / (-)
Bruits du cœur fœtal : inaudibles au stéthoscope (6 semaines, normal)
Hauteur utérine : non mesurable (6 semaines)
Pertes de sang : aucun changement
Médicaments : aspirine 100 mg, une fois par jour (à poursuivre), héparine 5 000 UI, deux fois par jour (à poursuivre)
Temps de coagulation : 58 secondes (dans la plage cible)
───
Commentaires du médecin traitant :
Les nausées matinales ont commencé. L’évolution est normale. Maintenir la dose actuelle d’héparine. Boire beaucoup d’eau. La mère a reçu des instructions sur la tenue de son carnet de maternité.
Il est déconseillé de tenir des registres de façon compulsive et excessive, car cela peut être source de stress pour la mère.
───
[Journal de grossesse]
Le seigneur Nihirit m’a passé un sacré savon.
Il a parcouru le carnet que j’avais rempli avec une minutie extrême au cours des deux dernières semaines, jusqu’à la minute et à la seconde près, puis a soupiré.
Il a dit qu’une trop grande quantité d’informations risquait de faire passer à côté de signes vraiment importants.
Il m’a sévèrement avertie que cette manie de tout noter ne ferait que m’épuiser.
Même Son Altesse était impressionné par l’autorité du seigneur Nihirit et n’a pas osé prendre ma défense.
Ensuite, le seigneur Nihirit a soigneusement organisé les éléments que je devais noter dans mon carnet.
Il m’a aussi appris plusieurs choses au sujet des nausées matinales.
Pas de lait pour le moment.
Boire du thé au gingembre.
Pas de soupe chaude. Manger plutôt des fruits froids.
La consigne la plus étrange était de manger du pain sec au lit, dès mon réveil.
Et pourtant, étonnamment, tout a fonctionné.
À partir de ce jour-là, mes nausées se sont nettement atténuées.
J’ai ensuite demandé à la gouvernante en chef de déposer du pain sec près de mon lit chaque matin.
[Troisième consultation régulière]
Date : 11 novembre de l’an 1047 de l’Empire
Âge gestationnel : 8 semaines et 2 jours
Tension artérielle / poids de la mère : 112/70 // 52,1 kg
Protéinurie / œdème : (-) / (-)
Bruits du cœur fœtal : inaudibles au stéthoscope (8 semaines)
Hauteur utérine : non mesurable (8 semaines)
Pertes de sang : légèrement moins abondantes
Médicaments : aspirine : ______, une fois par jour (à poursuivre), héparine : ______, deux fois par jour (à poursuivre)
Temps de coagulation : 60 secondes (dans la plage cible)
───
Commentaires du médecin traitant :
Les nausées matinales persistent, mais l’évolution est normale. La légère perte de poids semble due aux nausées et n’est pas inquiétante.
Apports en acide folique et en fer confirmés.
Recommandations alimentaires renforcées. Il est vivement conseillé de manger chaque jour du foie, des épinards et des jaunes d’œufs.
Il est recommandé de choisir un prénom prénatal pour favoriser le bien-être émotionnel de la mère.
───
[Journal de grossesse]
Le seigneur Nihirit a été particulièrement strict aujourd’hui.
Il est toujours méticuleux, mais aujourd’hui, il l’était encore plus que d’habitude.
Il m’a demandé un par un tous les aliments que j’avais mangés au cours des deux dernières semaines.
Du pain, de la viande, des légumes, du foie, des épinards, des jaunes d’œufs, et ainsi de suite.
Je pensais que j’allais encore me faire gronder.
Heureusement, il ne m’a pas grondée.
Il m’a expliqué que c’était la période la plus importante pour le développement de la tête et de la colonne vertébrale du bébé.
Voilà pourquoi il avait vérifié avec tant de soin : certains nutriments étaient absolument indispensables.
Fer / Acide folique
Il m’a demandé de le noter et de veiller à en consommer suffisamment.
Et aujourd’hui, il y a eu autre chose.
Nous avons choisi un prénom prénatal.
Son Altesse et moi l’avons choisi ensemble.
Stelle.
Mon étoile.
Quand je l’ai annoncé au seigneur Nihirit, il a hoché la tête et l’a inscrit dans le carnet.
Il a dit que c’était un joli prénom.
[Sixième consultation régulière]
Date : 23 décembre de l’an 1047 de l’Empire
Âge gestationnel : 14 semaines et 2 jours
Tension artérielle / poids de la mère : 114/72 // 54,0 kg
Protéinurie / œdème : (-) / (-)
Bruits du cœur fœtal : inaudibles au stéthoscope (14 semaines)
Hauteur utérine : 12 cm
Pertes de sang : presque disparues
Médicaments : aspirine : ______, une fois par jour (à poursuivre), héparine : ______, deux fois par jour (à poursuivre)
Temps de coagulation : 61 secondes (dans la plage cible)
───
Commentaires du médecin traitant :
L’évolution est bonne. La hauteur utérine se situe dans la plage normale. Les pertes de sang ont presque disparu.
Des signes d’anxiété ont été observés chez la mère. Un soutien émotionnel est nécessaire.
───
[Journal de grossesse]
Dans deux semaines, j’en serai à seize semaines de grossesse.
À cette période, je saignais autrefois.
Et ensuite, je devais envoyer mes enfants loin de moi.
J’ai posé la main sur mon ventre. Il est si calme.
L’anxiété était telle que j’ai enfoncé mes doigts dans le bas de mon ventre.
Aucune réaction.
Le seigneur Nihirit s’est fâché contre moi tout à l’heure. Il m’a dit de ne pas appuyer inconsidérément sur mon ventre et que les mouvements irréguliers étaient normaux à ce stade, mais je n’arrive pas à m’en empêcher.
Juste une fois. Si seulement tu pouvais me donner un petit coup, rien qu’une fois, je ne demanderais rien de plus.
25 décembre
Stelle n’a toujours pas réagi.
Est-ce parce que mon temps de coagulation était cette fois une seconde plus long que d’habitude ?
27 décembre
J’ai tellement peur.
S’il te plaît, bouge, juste une fois.
28 décembre
Finalement, nous l’avons vraiment fait hier soir.
Mon mari, encore plus pâle que moi, et moi avons fait venir les chevaliers du palais séparé en pleine nuit. Nous avons pratiquement enlevé le seigneur Nihirit pendant son sommeil.
Le seigneur Nihirit est arrivé, un manteau jeté sur son pyjama, et a commencé par examiner mon ventre.
Puis il nous a fait écouter les battements du cœur avec son stéthoscope. Ensuite, il nous a installés côte à côte sur le canapé et nous a passé un sacré savon.
Il a dit que si la mère était aussi anxieuse, l’enfant le deviendrait aussi.
Le corps de la mère était la maison de l’enfant. Si cette maison tremblait, l’enfant à l’intérieur tremblerait lui aussi.
Son Altesse s’est fait gronder lui aussi.
Le seigneur Nihirit lui a dit que, puisque son épouse était si anxieuse, Son Altesse aurait dû la rassurer au lieu de s’angoisser avec elle.
Si le mari perdait son sang-froid devant son épouse, auprès de qui la mère pourrait-elle trouver du soutien ?
Au bout du compte, le seigneur Nihirit nous a grondés pendant une heure entière.
Et pourtant, c’était très étrange.
Après m’être fait gronder par le seigneur Nihirit ce jour-là, je n’ai plus été anxieuse.
À y réfléchir, me faire gronder par le seigneur Nihirit m’était étrangement familier.
Cela me rappelait l’époque où je vivais avec ma famille de naissance et où les anciens me réprimandaient.
Je sais que le seigneur Nihirit n’a pas encore vingt ans.
Mais pourquoi ?
J’avais l’impression de m’être fait gronder par un ancien de plus de cinquante ans.
[Neuvième consultation régulière]
Date : 20 janvier de l’an 1048 de l’Empire
Âge gestationnel : 20 semaines et 2 jours
Tension artérielle / poids de la mère : 112/70 // 56,8 kg
Protéinurie / œdème : (-) / (-)
Bruits du cœur fœtal : 152 battements par minute (normal)
Hauteur utérine : 18 cm (normal)
Pertes de sang : disparues
Médicaments : aspirine : ______, une fois par jour (à poursuivre), héparine : ______, deux fois par jour (à poursuivre)
Temps de coagulation : 58 secondes (dans la plage cible)
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Commentaires du médecin traitant :
Vingt semaines de grossesse.
La mère et le fœtus sont en excellente santé.
Les bruits du cœur fœtal sont audibles avec un stéthoscope standard.
Premiers mouvements fœtaux confirmés. Une petite fête est autorisée afin de soulager le stress de la mère.
Toutefois, les excès alimentaires sont interdits.
───
[Journal de grossesse]
Un miracle s’est produit.
Les semaines de seize à vingt, qui m’avaient tant tourmentée, se sont écoulées sans incident.
Je n’ai pas saigné et mon ventre ne s’est pas refroidi.
Mon ventre s’arrondit un peu plus chaque jour.
Puis, il y a quelques jours, j’étais allongée dans mon lit à lire un livre.
J’ai senti mon ventre remuer étrangement, comme si un tout petit poisson y nageait.
Stelle m’a saluée pour la première fois.
Aujourd’hui, une toute petite fête a eu lieu au palais séparé.
[Quinzième consultation régulière]
Date : 17 mars de l’an 1048 de l’Empire
Âge gestationnel : 32 semaines et 2 jours
Tension artérielle / poids de la mère : 116/74 // 62,5 kg
Protéinurie / œdème : (-) / léger (+)
Bruits du cœur fœtal : 144 battements par minute (normal)
Hauteur utérine : 30 cm (normal)
Pertes de sang : disparues (état stable)
Médicaments : aspirine : ______, une fois par jour (à poursuivre), héparine : ______, deux fois par jour (à poursuivre)
Temps de coagulation : 57 secondes (dans la plage cible)
───
Commentaires du médecin traitant :
L’évolution est bonne. Léger œdème des chevilles, mais dans les limites de la normale. Le fœtus est très actif. À partir de cette consultation, la mère peut tenir son carnet de maternité à sa guise.
───
[Journal de grossesse]
Les coups de Stelle deviennent plus vigoureux chaque jour.
Ce matin, Stelle m’a donné un coup si fort dans les côtes droites que j’en ai eu le souffle coupé.
Stelle tient sûrement de Son Altesse.
Son Altesse aussi semblait ravi et a dit que Stelle deviendrait un excellent chevalier.
Mais je préférerais que Stelle devienne mage.
+
Lors de la consultation d’aujourd’hui, le seigneur Nihirit m’a dit qu’il ne me restait vraiment plus rien à noter dans le carnet.
Mais puisque j’en ai déjà écrit autant, je compte remplir ce journal jusqu’au bout.
Quand notre Stelle saura lire, je veux te montrer tout le mal que Mère s’est donné pour te protéger.
Il y a encore une chose que je devrais noter.
Une étrange rumeur circule ces derniers temps dans la haute société.
Elle prétend que Son Altesse et moi avons conçu cet enfant non seulement grâce aux soins du seigneur Nihirit, mais aussi à l’aide d’un médicament.
Le coupable, c’était Son Altesse.
Il paraît qu’il a un peu trop bu à la fête des vingt semaines.
Il était de très bonne humeur et a raconté ceci et cela à ses subordonnés.
Tout, de son plein gré.
Une rumeur absurde s’est répandue dans la haute société : Son Altesse aurait obtenu un « élixir extraordinaire pour la nuit ».
Nous craignions que l’immense travail et la grande réussite du seigneur Nihirit ne soient éclipsés par une rumeur aussi grossière.
Alors, chaque fois que nous assistions à une réception, nous arrêtions les gens pour leur expliquer la vérité.
Mais personne ne nous croyait.
En fait, plus nous nous expliquions, plus la rumeur se chargeait de détails extravagants.
Peut-être à cause de cela, des carrosses et des automobiles rôderaient ces derniers temps autour du siège de la Compagnie marchande Merkuer.
Je dois présenter mes excuses les plus sincères au seigneur Nihirit.
[Dix-neuvième consultation régulière, finale]
Date : 12 mai de l’an 1048 de l’Empire
Âge gestationnel : 40 semaines et 1 jour
Tension artérielle / poids de la mère : 118/76 // 66,2 kg
Protéinurie / œdème : (-) / (+)
Bruits du cœur fœtal : 140 battements par minute (normal)
Hauteur utérine : 34 cm
Pertes de sang : disparues
Médicaments : aspirine arrêtée deux semaines avant l’accouchement. Héparine arrêtée quarante-huit heures avant l’accouchement.
Temps de coagulation : 48 secondes (revenu dans la plage normale)
───
Commentaires du médecin traitant : /_________/
───
[Journal de grossesse]
C’est la dernière page de ce carnet.
Depuis l’aube, mon ventre se contractait à intervalles réguliers.
Au début, j’ai cru que Stelle me donnait encore des coups.
Mais cette fois, c’était différent.
Une douleur par vagues, qui se resserrait, se relâchait, puis se resserrait de nouveau.
C’était le genre de douleur dont le seigneur Nihirit m’avait parlé.
La gouvernante en chef l’a immédiatement fait appeler.
Le seigneur Nihirit est arrivé en trente minutes.
Cette fois, il n’était pas en pyjama. Il portait des vêtements de cérémonie.
Il était apparemment en état d’alerte, car la date prévue de mon accouchement approchait.
Après m’avoir examinée, le seigneur Nihirit a hoché la tête.
On m’a immédiatement conduite dans une chambre.
Les servantes s’activaient en suivant les instructions du seigneur Nihirit, mais à partir de là, la douleur était trop forte pour que je me souvienne de grand-chose.
Puis.
J’ai entendu des pleurs.
Le seigneur Nihirit m’a dit que c’était un garçon.
Stelle.
Il semblerait que nous ne puissions finalement pas garder ce prénom.
Heureusement, nous en avions prévu un autre.
Tu t’appelles…
« Aster. C’est un joli prénom. »
Toc.
Je déposai le carnet de maternité de la princesse consort à côté de sa tête tandis qu’elle dormait paisiblement.
Elle avait apparemment écrit dans son journal juste après avoir accouché.
Elle avait une force mentale remarquable.
J’aurais voulu en lire davantage.
Mais à partir de là, cela ne relevait plus de la médecine, alors je laissai le carnet fermé.
Si j’avais ouvert le carnet de maternité, c’était uniquement parce que la princesse consort me l’avait demandé.
Elle m’avait demandé de compléter les derniers commentaires du médecin, alors je m’étais contenté d’y noter aussi précisément que possible le compte rendu de l’accouchement de la veille.
Je refermai le carnet et me levai.
La princesse consort dormait profondément, son bébé dans les bras.
Je m’apprêtais à quitter discrètement la chambre lorsque je vis Edmund qui m’attendait dans le couloir.
Ses yeux étaient rouges et gonflés.
Je me dis qu’il avait pleuré comme ça la veille.
On aurait dit que les effets de ses pleurs de la veille ne s’étaient pas encore dissipés.
« Seigneur Julian. »
Edmund s’avança devant moi.
Puis il me saisit fermement les deux mains.
« Merci. »
« Je n’ai fait que mon devoir. »
« Malgré tout, je vous remercie du fond du cœur. Sans vous, je n’aurais peut-être jamais pu tenir cet enfant dans mes bras et j’aurais perdu mon épouse. »
À bien y réfléchir…
Cette grossesse revêtait également une immense importance pour le couple.
Elle avait fait quatre fausses couches, et des rumeurs avaient même prétendu que la Famille impériale comptait chasser la princesse consort.
À présent qu’un enfant en si bonne santé était né, ils pouvaient enfin pousser un soupir de soulagement.
« Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ? Demandez-moi ce que vous voulez. »
« Alors, veuillez tenir la promesse que vous m’avez faite à la Fête de la Fondation, l’an dernier. »
« Si vous souhaitez que j’associe mon nom au médicament, cela ne me pose aucun problème. Mais cela suffira-t-il ? »
Je hochai la tête.
Une rumeur amusante circulait récemment dans la haute société.
On racontait que le sildénafil avait joué un rôle décisif dans la grossesse du prince et de la princesse consort.
À vrai dire, ce n’était pas complètement faux.
Le traitement que j’avais prescrit visait à prévenir une nouvelle fausse couche une fois l’enfant conçu.
Le sildénafil méritait donc bien le crédit de la conception du bébé.
Et dans ces circonstances, le prince allait apporter son soutien au sildénafil ?
« Quand pourrai-je profiter du nom de la Famille impériale, sinon maintenant ? »
Quel que soit le résultat auquel je m’attendais, la réalité le dépasserait sûrement.
En particulier auprès des nobles impériaux, si soucieux d’avoir des héritiers.
Mais Edmund, honnête soldat, ne remarqua pas mon plan machiavélique. Il continuait à vouloir faire davantage pour moi.
« Cela ne suffit pas à exprimer ma gratitude. Ah, j’ai entendu dire que le chef de la Maison Nihirit concourait actuellement pour une promotion. Je ferai jouer mon nom en sa faveur. »
« Mon père ne voudrait pas que ses compétences soient reconnues de cette manière, Votre Altesse. »
« Vraiment ? Hmm… C’est compliqué. Préparer une récompense pour quelqu’un qui ne demande presque rien, c’est déjà tout un travail. »
« C’est déjà bien plus qu’il ne m’en faut, Votre Altesse. »
Le prince Edmund éclata de rire et me tapota l’épaule.
« Très bien. Je prêterai mon nom avec plaisir. Je ne sais pas si cela suffira vraiment à vous remercier, mais si vous dites que oui, je n’ai pas le choix. Toutefois, si vous avez besoin de quoi que ce soit à l’avenir, dites-le-moi. »
« Merci de votre sollicitude, Votre Altesse. »
Je lâchai ses mains et me tournai pour partir, mais Edmund me retint par la manche.
Puis il murmura :
« Ah, seigneur Julian. Au cas où… pourriez-vous m’en réserver quelques-uns avant leur mise en vente ? »
« … Quelle quantité vous faudrait-il ? »
« De quoi tenir un mois environ. »
* * *
Quelques jours plus tard.
La Compagnie marchande Merkuer décida de mettre officiellement le sildénafil sur le marché.
Son nom commercial était Viagra.
Avant même la mise en vente du médicament, nous commencions déjà à en faire la publicité dans les journaux.
Voici l’annonce en pleine page qui parut dans les principaux quotidiens de l’Empire.
Le courage prend bien des formes.
Le courage d’aller sur le champ de bataille.
Le courage de lutter contre la maladie.
Et le courage de briser le silence.
La « DE », dysfonction érectile, n’est jamais une honte.
Consultez votre guérisseur.
Compagnie marchande Merkuer
L’annonce ne mentionnait le nom d’aucun médicament.
Elle ressemblait davantage à un message d’intérêt général qu’à une publicité commerciale.
C’était moi qui avais insisté pour adopter ce style.
Le conseil d’administration et le président de la compagnie marchande s’étaient montrés inquiets.
[Directeur Schun, sommes-nous vraiment obligés de faire une publicité de ce genre ? N’y a-t-il pas d’autres méthodes ?]
Le président de la compagnie marchande s’agitait à l’intérieur du cristal de communication, se frottant les mains avec nervosité.
Je m’adressai au président, qui n’avait toujours pas perdu ses manières de nouveau riche.
« Le nom de Viagra s’est déjà largement répandu par des voies officieuses. Plutôt que de faire connaître son nom, il sera plus efficace de faciliter la démarche de ceux qui cherchent de l’aide. »
Les rumeurs concernant le prince avaient déjà été ajoutées à l’histoire.
Il n’y avait plus aucun intérêt à rendre le nom public.
Alors, malgré l’opposition tiède du conseil, j’avais fait passer l’annonce.
Et la réaction du public fut explosive.
« Vous avez vu la publicité pour le Viagra ? »
« Le Viagra ? Ah, ce médicament ? »
Les citoyens et les nobles comprirent aussitôt à quel médicament ces mots dignes faisaient allusion.
L’opinion générale était que cette publicité indirecte, qui tenait compte des sentiments des patients, donnait à la compagnie une image plus mûre et plus digne de confiance.
« Cette publicité est plutôt convenable. »
« À voir ça, je devrais peut-être consulter un guérisseur, moi aussi. La magie de guérison coûte peut-être cher, mais les médicaments ne sont pas si onéreux. »
« Je devrais peut-être y aller, moi aussi… »
Par-dessus tout, le terme « DE », dysfonction érectile, abaissa les barrières psychologiques.
À cette époque, on appelait « impuissance » la diminution de la fonction sexuelle masculine.
Mais une fois que le terme froid de DE se fut installé dans l’esprit du public, les hommes ne craignirent plus autant la honte qui l’accompagnait.
Ils n’en parlaient pas encore ouvertement, mais les mentalités avaient suffisamment évolué pour qu’ils consultent discrètement des guérisseurs.
Et, même si ce n’était pas voulu, l’image du médicament avait changé grâce à cette première publicité.
Il aurait pu devenir un médicament encourageant la débauche, mais dans l’esprit du public, il était devenu le dernier recours des hommes en souffrance.
Au bout du compte, même les membres du conseil qui avaient accueilli ma publicité avec méfiance n’eurent d’autre choix que de se taire.
« Vous voyez ? »
[Si vous êtes aussi doué en affaires, à quoi est-ce que je sers, moi… ?]
« J’ai simplement eu de la chance cette fois-ci. Vous êtes bien meilleur que moi pour diriger la compagnie marchande, président. À propos, combien avons-nous de stock ? »
[Nous en avons préparé une grande quantité.]
« Cela ne suffira pas. »
[?]
Un petit problème se posait.
La compagnie marchande sous-estimait encore largement la demande pour ce médicament.
Une annonce raffinée dans les journaux, au grand jour.
Et, en coulisses, des rumeurs sur le prince.
Notre conseil sous-estimait l’effet combiné de ces deux éléments.
« Enfin, même si nous faisions tourner toutes nos usines, nous ne pourrions sans doute pas satisfaire la demande. »
D’après ce que je savais de ma vie précédente, plus de trois cent mille ordonnances auraient été délivrées aux États-Unis durant la première semaine suivant la sortie de ce médicament.
Il n’y avait aucune raison pour que la demande soit moins forte dans ce monde.
Mais je ne pouvais rien y changer, même en l’expliquant, alors je laissai faire.
[Cent mille comprimés devraient se vendre en une semaine. Héhéhé…]
Je laissai aussi le président de la compagnie marchande à ses affaires, puisqu’il n’imaginait toujours pas le chaos qui nous attendait.
Quelques jours plus tard.
Le Viagra, autrement dit le sildénafil, fut enfin mis en vente.
Et les stocks furent épuisés en une seule journée.
[Quoi ? Pourquoi ? Hein ?]
Le conseil fut bien occupé de toutes sortes de façons, mais cela ne me concernait pas.
J’étais celui qui avait mis au point le médicament.
L’infrastructure de production ne relevait pas de mon domaine.
C’était à eux de s’en occuper.
Le lendemain matin, les carrosses formaient une file assez longue pour faire trois fois le tour du siège de la compagnie marchande.
Le jour suivant, le médicament commença à se vendre au marché noir, à cinq fois son prix initial.
Le lendemain, une vaste opération de répression contre la vente au marché noir et la thésaurisation fut lancée.
La crise du sildénafil qui s’ensuivit fut consignée comme la semaine la plus chaotique de l’histoire du commerce impérial.
Mais cela ne me concernait pas.
Notes :
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