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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de fantasy sombre pris pour un saint ◈
Chapitre 59 : Le bal des étoiles (5)
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* * *
« Qu’avez-vous dit, Jeune seigneur Nihirit ? »
« J’ai dit que je vous donnerais un enfant. »
Le douzième prince planta son regard sur moi.
Ce regard m’était familier.
J’en avais reçu des tas dans le Quartier rouge.
« Attendez, quoi ? Nous pouvons avoir un bébé ? »
Quand on soignait des patients dans le Quartier rouge, on entendait toutes sortes d’histoires.
Des prostituées qui voulaient tourner la page et commencer une nouvelle vie.
Des gangsters à qui on avait coupé le pénis.
Des couples d’espèces différentes qui voulaient surmonter les différences entre leurs races.
Toutes sortes de jeunes mariés venaient discrètement à ma clinique.
Puis ils rentraient ensemble chez eux, un bébé emmailloté dans les bras.
« Docteur… Vous n’êtes pas… un guérisseur ? Qu’est-ce que cette profession de médecin peut bien faire ? »
Wangcho se tenait à mes côtés, complètement abasourdi, chaque fois qu’il assistait à une telle scène.
Bien sûr, toutes les histoires ne se terminaient pas bien.
Ce monde n’était pas si clément.
Mais j’étais certain que le prince et son épouse connaîtraient une fin heureuse.
Le prince n’avait aucun problème de fonction sexuelle, et l’état de la princesse consort pouvait être traité.
Et j’ai déjà tous les ingrédients qu’il me faut. Même pas besoin d’en mettre au point de nouveaux.
Voilà pourquoi j’avais fait une déclaration aussi audacieuse.
Naturellement, le prince et son épouse, qui n’en savaient rien, semblaient toujours incapables de comprendre où je voulais en venir.
« … »
Le prince entrouvrit la bouche, puis la referma.
Ses lèvres s’agitèrent comme celles d’un poisson rouge avant qu’il ne parvienne enfin à parler.
« … Parlons en privé. »
Edmund se leva.
Le prince nous tourna le dos et se dirigea vers le petit salon de réception.
« Mon épouse. Venez avec moi. »
La princesse consort, qui était restée figée comme une statue, parvint enfin à bouger en entendant son mari.
Je me levai à mon tour et jetai un coup d’œil à Charlotte.
Avant même que j’aie pu dire quoi que ce soit, elle s’apprêtait déjà à les suivre.
À son expression, je devinais que le remue-ménage que j’avais provoqué l’intriguait.
Pourtant, Charlotte semblait retenir ses questions.
Nous suivîmes donc le prince et son épouse à travers la salle de banquet jusqu’au petit salon de réception.
« Entrez. »
Le petit salon où nous pénétrâmes à la suite du prince était une pièce modeste, avec deux lampes en pierre magique aux murs et deux canapés se faisant face.
Dès que nous fûmes entrés, le chevalier de la Garde royale qui nous avait suivis referma la porte.
Clic.
À l’instant où le bruit de la porte résonna dans la pièce, Edmund nous tourna le dos.
Le prince resta un moment silencieux, le dos tourné.
Puis il prit lentement la parole.
« J’étais au front du Sud. »
Sa voix nous parvenait tandis qu’il nous tournait le dos.
« Pendant trois ans. J’ai tenu sur le Mur de fer noir et regardé d’innombrables cadavres s’amonceler à mes pieds. »
Ses épaules bougèrent légèrement tandis qu’il inspirait.
« Sur un champ de bataille, on assiste à d’innombrables tragédies. On voit comment les gens meurent. Quelle expression les morts ont sur le visage. Comment les survivants passent le reste de leur vie. »
« … »
« C’est pourquoi on apprend à garder son calme face à la plupart des tragédies. »
Ce n’est qu’alors qu’Edmund se retourna.
Je m’étais attendu à de la colère, mais son visage n’exprimait qu’une profonde lassitude.
« Avec le temps, on apprend naturellement à tolérer même les paroles irréfléchies de jeunes seigneurs immatures qui n’ont jamais connu le champ de bataille. Quand on sait qu’il n’y avait aucune malveillance, on laisse généralement passer. »
Le regard d’Edmund se posa sur Charlotte.
« J’ai aussi vu tous les deux faire quelque chose au verre de mon épouse. Lui refroidir sa boisson pour plaisanter, ce n’était pas bien méchant, alors je n’y ai pas prêté attention. »
Edmund reporta son regard sur moi.
Sa voix baissa d’un ton.
« Mais vos paroles sont autrement plus difficiles à laisser passer. »
Edmund s’approcha d’un pas.
« Jeune seigneur Nihirit. Savez-vous ce que l’on ressent quand on doit laisser partir la petite vie qui est venue jusqu’à nous ? »
Une petite vie.
À ces mots, les épaules de la princesse consort tressaillirent.
« À chaque fois que son ventre s’arrondit, nous ne parvenons pas à réutiliser le nom que nous avions donné à l’enfant précédent. Nous l’enfouissons dans nos cœurs, en priant pour que, cette fois, rien que cette fois, nous puissions rencontrer un enfant en bonne santé. Puis, le cœur tremblant, nous lui donnons un nouveau nom. Vous… »
La voix du prince, jusque-là maîtrisée, se mit à trembler.
Oubliant même ses manières formelles, il déversa sur moi toute l’amertume qui le rongeait.
« Croyez-vous avoir le droit de parler de cette douleur déchirante… ?! »
« Il n’est pas nécessaire d’avoir vécu soi-même chaque tragédie pour en comprendre la douleur, Votre Altesse. »
Ma voix coupa Edmund.
Avant qu’il ne reprenne après avoir perdu son élan, je parlai sans détour.
« Combien de bébés croyez-vous m’avoir échappé, Votre Altesse ? »
« … »
Le prince referma la bouche.
La conversation avait pris un autre cours, et c’était désormais à moi de parler.
« Bien sûr, je n’ai pas vécu cette tragédie moi-même. Mais ceux qui assistent à une tragédie aux côtés de quelqu’un en portent aussi une part. Et à mesure que ces petits fardeaux s’accumulent, ils deviennent un jour un chagrin aussi lourd que le sien. »
Le regard d’Edmund vacilla légèrement.
« Je vois plus de dix femmes enceintes par jour. En un an, je rencontre des milliers d’enfants. Et parmi eux, il y en a que j’ai dû laisser partir sans même avoir pu leur dire bonjour. »
« … »
« Il y a des couples pour lesquels il faut même aborder avec prudence l’idée de leur promettre un espoir. À votre avis, pourquoi ai-je osé dire une chose pareille à Votre Altesse ? »
Edmund ne répondit pas.
Mais le fait que son poing, jusque-là serré à s’en blanchir les jointures, se soit desserré m’en dit assez.
« … Pouvez-vous engager votre nom sur vos paroles ? »
« Si cela peut vous donner de l’espoir, à vous deux, je le ferai volontiers. »
À peine eus-je fini de parler que…
« … Jeune seigneur Nihirit. »
Une petite voix, presque inaudible.
Tous les regards se tournèrent vers la princesse consort.
La femme, qui n’avait pas prononcé un mot depuis que nous étions entrés, venait enfin d’ouvrir la bouche.
« J’ai entendu parler de ce qui s’est passé à la Maison Bellheim. »
Sa voix tremblait, comme si parler lui demandait un effort.
« J’ai appris que vous aviez résolu une affaire qui ne l’avait jamais été et soigné la fille du comte. Alors… »
La princesse consort pinça les lèvres un instant.
« Pouvez-vous… m’aider, moi aussi ? »
Je hochai la tête sans hésiter.
Bien sûr, la médecine ne garantissait jamais un résultat à cent pour cent.
On avait beau faire de son mieux, une tragédie pouvait toujours survenir.
Mais si cette assurance pouvait rassurer une patiente, je pouvais fanfaronner autant qu’il le faudrait.
Et pourtant, les chances sont de quatre-vingt-dix pour cent. C’est largement suffisant.
C’était aussi à cela que servait le bonus des histoires de malentendus.
Je lui répondis donc avec assurance.
« Oui. Je vais vous aider. »
Quelque chose trembla dans les yeux de la princesse consort.
Une émotion qui semblait prête à déborder s’accrochait à ses cils.
Avant que la digue ne cède, j’enfonçai le dernier clou.
« Cependant, rectifions d’abord une chose. »
Je regardai le prince et la princesse consort côte à côte.
« Une fausse couche n’est pas une maladie. »
D’un point de vue universitaire, on la classait parmi les maladies.
Mais en pratique clinique, on la considérait comme un phénomène plutôt que comme une maladie.
« Et ce n’est certainement la faute de personne. »
« … »
« Cela signifie simplement qu’il vous faut davantage de prières et d’efforts qu’à la plupart des gens pour rencontrer votre enfant. Ce serait donc déplacé de dire que je vais vous guérir. »
Ce qui s’accrochait aux yeux de la princesse consort coula sur ses joues.
Sans un mot, le prince posa les mains sur les épaules de son épouse.
Il la serra contre sa poitrine et déposa un baiser sur le sommet de sa tête.
Puis il ferma doucement les yeux.
Je patientai en silence, le temps qu’ils reprennent leurs esprits.
* * *
Combien de temps s’était écoulé ?
Le prince retira sa main de l’épaule de son épouse, inspira et me regarda.
Ce n’est qu’alors que j’abordai ce que je n’avais pas encore eu le temps de dire.
« Normalement, j’attendrais d’avoir confirmé le diagnostic avant d’en parler, mais je préfère vous en informer tous les deux dès maintenant. »
À proprement parler, il fallait aborder avec prudence un plan de traitement avant d’avoir confirmé le diagnostic.
Mais les couples qui avaient subi quatre fausses couches pouvaient faire exception.
Ils avaient d’abord besoin d’espoir, pour bien manger et prendre soin de leur santé.
« Tout d’abord, plusieurs examens seront nécessaires. »
L’affection que je soupçonnais était assez complexe, et il faudrait donc effectuer de nombreux examens.
Il faudrait commencer par une analyse d’urine et une prise de sang.
Je devais vérifier si l’urine était mousseuse et à quelle vitesse le sang coagulait.
Mais un examen était plus important que tous les autres.
« Il faudra également faire un test de dépistage de la syphilis. »
« … De la syphilis ? »
Le sourcil du prince tressaillit.
Je compris alors mon erreur.
Ma mauvaise habitude de lâcher des choses sans les contextualiser venait de refaire surface.
Je m’empressai de rectifier le tir.
« Je ne dis pas que je soupçonne Son Altesse d’avoir la syphilis. »
« Alors pourquoi faut-il faire un tel examen ? »
« Il existe un test de dépistage de la syphilis. À l’origine, il a été conçu pour réagir à la syphilis, mais, curieusement, il peut aussi réagir à certaines autres maladies. »
« Pourriez-vous l’expliquer plus simplement ? »
« Lorsqu’une vague de bêtes magiques déferle, vous utilisez parfois des armes de siège. C’est un peu pareil. Ce n’est pas leur fonction première, mais elles se révèlent utiles, alors on s’en sert quand même. »
« Je comprends. »
Tant mieux.
Le test de dépistage de la syphilis que j’avais décidé de faire passer à la princesse consort était le test de Wassermann.
Le test de Wassermann permettait de dépister la syphilis à l’aide d’une substance extraite de cœurs de vache.
Cependant, bien qu’il ait été conçu pour diagnostiquer la syphilis, il avait le défaut de réagir aussi à d’autres maladies.
Comme il pouvait ainsi produire de faux positifs pour la syphilis, on avait cessé de l’utiliser à l’époque moderne.
Mais cette fois, j’avais besoin de ce défaut.
Parce que je dois diagnostiquer une maladie rhumatismale.
Le test de Wassermann avait joué un rôle déterminant dans la recherche sur les maladies rhumatismales.
Grâce à ce test, les chercheurs avaient découvert les anticorps anticardiolipine, l’un des critères diagnostiques des patients atteints de maladies rhumatismales, puis avaient fini par diagnostiquer de nouvelles maladies rhumatismales.
Je tirais parti de ces découvertes.
« Vu les symptômes de Son Altesse, il est fort probable que le test de dépistage de la syphilis réagisse également. Voilà pourquoi il est nécessaire. »
« Fascinant. Je ne savais pas qu’il pouvait servir à cela. Où avez-vous acquis de telles connaissances ? »
« Disons que c’est un savoir secret. »
Je portai mon index à mes lèvres et souris.
À la mention d’un savoir secret, le prince ne me posa pas davantage de questions sur mes connaissances.
« Si les résultats de ces examens correspondent à ce que je pense, nous comprendrons ce qui se passe. »
« Il y a donc une maladie… Non, une cause ? »
« Oui. Mais cela ne signifie pas que le corps de Son Altesse soit faible, ni qu’elle ait un quelconque problème. »
À proprement parler, l’affection de la princesse consort pouvait être classée comme une maladie.
Elle s’appelait le syndrome des antiphospholipides.
C’était une maladie rhumatismale dans laquelle des auto-anticorps présents dans le sang provoquaient la formation de caillots dans les vaisseaux.
C’était aussi pour cela que la princesse consort avait fait des fausses couches.
Des caillots sanguins avaient obstrué le cordon ombilical, empêchant l’enfant de recevoir des nutriments et entraînant sa mort.
Mais puisque je venais de dire que ce n’était pas une maladie, je m’abstins d’expliquer le diagnostic.
De toute façon, personne dans ce monde ne comprendrait le nom de la maladie, même si je le leur disais.
Le prince avait dû remarquer la légère contradiction dans mes propos.
Mais peut-être avait-il compris que je voulais ménager son épouse, car il n’insista pas.
« Je le répète : Son Altesse n’a rien. Vous avez simplement besoin d’un peu d’aide médicale. »
« Pouvez-vous nous dire quel médicament vous comptez utiliser ? »
« Oui. Il s’agit d’un médicament appelé héparine. »
L’héparine.
C’était aussi le médicament que prenait Eri, un produit qui dissolvait les caillots sanguins.
Avec ça, le syndrome des antiphospholipides serait facile à traiter.
Le problème venait des caillots qui obstruaient le cordon ombilical ; il suffirait donc de les dissoudre pour régler la situation.
À ces mots, la princesse consort se pencha légèrement vers moi.
Un espoir était apparu dans ses yeux, autrefois embués de résignation.
Le prince, en revanche, peut-être à cause de son passé militaire, ne semblait pas enclin à me croire sur parole.
« De l’héparine ? Je n’en ai jamais entendu parler. »
« Cela vous aiderait-il si je vous disais que c’est un médicament que la Compagnie marchande Merkuer ne vend qu’aux guérisseurs ? »
Mais son hésitation ne dura qu’un instant.
Peut-être parce qu’il venait du front du Sud, il acquiesça dès qu’il entendit le nom de la Compagnie marchande Merkuer.
Une fois le couple convaincu, je résumai le plan.
« À partir de demain, je me rendrai une fois par mois au palais secondaire de Votre Altesse. Je vous remettrai le médicament à chaque visite et, si vous continuez à le prendre… »
Je marquai une courte pause.
Tous deux s’étaient penchés en avant.
Gêné par leurs regards, je me reculai légèrement et achevai ma phrase.
« … Vous aussi, vous recevrez bientôt une bonne nouvelle. »
Quand j’eus fini, le silence retomba un instant dans la pièce.
Puis Edmund se leva et le rompit.
« Merci. »
Il prit mes deux mains.
Le problème, c’était sa poigne.
Peut-être parce que c’était un soldat, il semblait croire que j’avais la même carrure que les autres.
Il me broyait les mains sans plaisanter.
Je parvins à grand-peine à empêcher mon visage de se décomposer.
« Merci. Vraiment… »
Pourtant, en regardant le prince incliner la tête encore et encore, j’en oubliai presque la douleur.
Qui aurait cru que je vivrais assez longtemps pour voir le sommet du crâne d’un membre de la famille royale ?
Voilà pourquoi j’exerçais la médecine.
La gratitude sincère qu’on recevait d’un autre être humain, d’égal à égal, par-delà les rangs.
Cette ivresse n’avait rien d’anodin.
Il n’existait aucun médicament contre une telle ivresse.
C’était pour cela qu’on m’avait embarqué de force en chirurgie traumatologique.
… Merde. J’aurais dû me contenter de la chirurgie thoracique.
Bref.
« Votre reconnaissance me comble, Votre Altesse. Retournons donc profiter du banquet… »
À cet instant, Edmund lâcha mes mains et se tourna vers son épouse.
« Ma chère, retournez-y sans moi. J’ai quelque chose d’urgent à discuter avec le jeune seigneur Nihirit. »
« ? »
Qu’est-ce qui lui prenait ?
Voulait-il me parler plus précisément de l’état de son épouse, loin d’elle ?
La plupart des maris qui souhaitaient s’entretenir avec moi en privé à ce genre de moment le faisaient pour cette raison.
Je m’adressai donc moi aussi discrètement à Charlotte.
« Retournez-y sans moi, je vous prie. »
« D’accord. »
Charlotte avait peut-être compris la situation, car elle quitta docilement la pièce.
En sortant, la princesse consort me lança un dernier regard à regret, puis quitta le salon sous la conduite du chevalier de la Garde royale.
Quand Charlotte et la princesse consort furent sorties, Edmund et moi restâmes seuls dans la pièce.
Le prince m’observa un moment sans rien dire.
Puis ses jambes se mirent à trembler.
Les mains réunies devant ses genoux et le regard baissé vers le sol, le prince s’adressa à moi.
« Sir Julian. »
« Votre Altesse, je ne mérite pas un tel titre… »
« Monsieur. J’ai une faveur à vous demander. »
« … »
Le prince releva la tête.
Quand nos regards se croisèrent, je ne pus que garder le silence.
Ses yeux exprimaient un désespoir qu’aucun adjectif ne pouvait décrire.
« À vrai dire… Comme cela s’est produit plusieurs fois de suite… Euh… C’est… »
Le regard d’Edmund se détourna légèrement.
Un homme qui avait sans doute affronté sans ciller des dizaines de milliers de bêtes magiques sur le champ de bataille n’arrivait plus à me regarder dans les yeux.
Allait-il me parler de quelque chose de grave ?
Je me composai un visage sérieux et attendis qu’il poursuive.
Enfin, le prince se força à parler.
« Mon épouse et moi… ces derniers temps, le soir… nous ne… enfin… »
Ah.
« Mon amour pour elle n’a pas changé. J’en suis certain. Mais j’ai peur que la même chose se reproduise… Cette angoisse… Alors… »
« Vous n’avez pas besoin d’en dire davantage. »
Je vois.
Après avoir vécu une telle tragédie quatre fois, il était logique que sa confiance en lui en ait pris un coup.
Bien sûr. C’était parfaitement normal.
Mais, chance ou malchance, il se trouvait justement que le prince disposait d’un excellent médicament.
« Ne vous inquiétez pas, Votre Altesse. Il se trouve qu’il existe un bon médicament. »
« Un médicament ? Il en existe aussi pour ce genre de chose ? »
« Je suis aussi responsable des essais cliniques pour la Compagnie marchande Merkuer. Cela signifie que je connais plusieurs médicaments qui ne sont pas encore accessibles au public. »
« Vous voulez dire… ce médicament-là ? »
« … Vous en avez entendu parler ? »
« Il est déjà célèbre parmi les initiés. »
Quoi ?
Comment cette information avait-elle pu se répandre aussi loin ?
À quoi jouaient les directeurs avec la sécurité interne ?
Tandis que je me disais qu’il allait falloir remettre un peu d’ordre dans la compagnie marchande, le prince me serra la main à nouveau.
Avec encore plus de désespoir que lorsqu’il m’avait remercié tout à l’heure.
Ses yeux brillaient.
Plus encore que lorsqu’il avait vu l’arme à feu.
C’était l’expression la plus vivante qu’il eût affichée de toute la soirée.
« Dans ce cas, ça ira vite. Si cela ne dérange pas Votre Altesse… »
« Je le ferai. »
Il répondit avant que j’aie pu finir.
« Écoutez-moi d’abord… »
« Quel que soit l’essai, je le ferai. »
« Je dois tout de même vous en expliquer les détails… »
« J’ai dit que je le ferai. »
« Je ne vous ai pas encore parlé des effets secondaires… »
« J’ai dit que je le ferai. »
Pour sauver mes doigts écrasés, je finis par acquiescer.
« … Si, par hasard, le médicament fonctionne bien, pourrais-je utiliser le nom de Votre Altesse pour en faire la promotion plus tard ? »
« Quand un enfant sera né, je vous y autoriserai volontiers. »
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