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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de dark fantasy pris pour un saint ◈
Chapitre 5 : Dans la vie, il faut savoir graisser la patte (1)
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De quoi les gens ont-ils besoin pour vivre ?
D’argent ? De nourriture ? D’honneur ?
Non.
‘Quoi d’autre ? Pour vivre, il faut respirer.’
Il fallait pouvoir respirer avant de parler de température corporelle, d’infection, de nutrition ou de quoi que ce soit d’autre.
Il en allait de même pour les nouveau-nés.
Pour un bébé prématuré de trente-quatre semaines, encore immature, la priorité absolue était qu’il respire spontanément.
Un bébé né trop tôt risquait de souffrir de détresse respiratoire, car ses poumons n’étaient pas encore complètement développés.
C’était pour cela que j’étais allé à l’annexe afin de me préparer à une éventuelle détresse respiratoire.
‘Bon, à trente-quatre semaines, ses poumons étaient peut-être presque arrivés à maturité.’
Peut-être que toutes ces préparations seraient inutiles.
‘Ce serait le meilleur scénario.’
Si je m’étais inquiété pour rien, tout le monde serait content.
— #. Dans la vie, il faut aussi savoir délier les langues —
Je regagnai la demeure principale, les bras chargés de médicaments et de matériel dont le bébé pourrait avoir besoin.
Je commençai par vérifier l’hygiène des servantes.
‘Pourvu qu’elles se soient bien lavé les mains.’
Il y avait toujours une ou deux personnes pour bâcler le travail quand personne ne les regardait.
Honnêtement, difficile d’en vouloir aux gens de ce monde d’ignorer ces choses.
Nous étions à une époque où l’on ne connaissait pas les microbes. À quel point leur semblait absurde la consigne de se laver les mains ?
Et l’eau de chaux était vraiment agressive. Ce n’était pas exagéré de la comparer à de l’eau de Javel.
Même mes propres mains étaient dans un sale état. Alors celles des sages-femmes et des servantes, qu’est-ce que ça devait être ?
En tant que femmes, elles devaient être bien plus sensibles à l’état de leur peau. Les obliger malgré tout à se laver les mains ne pouvait que leur inspirer du ressentiment.
Je comprenais. Vraiment.
‘Mais ça reste inacceptable.’
Une sage-femme qui avait manipulé de la bouse de vache dans un ranch ne pouvait pas venir accoucher une femme sans s’être lavé les mains.
Même sans rien connaître aux microbes, ce n’était pas du bon sens que d’éviter de toucher un bébé avec des mains couvertes de fumier ?
Le problème, c’était que les sages-femmes de cette époque n’y voyaient rien de problématique.
Après avoir été confronté à ce genre de situations, je m’étais juré de ne plus jamais discuter de bon sens dans ce monde.
‘Alors si quelqu’un a fait l’impasse sur le lavage parce que sa peau pelait, je vais mettre cet endroit sens dessus dessous.’
Je ne pensais pas que les gens de cette époque étaient des sauvages, mais ce n’était pas une raison pour faire des compromis.
On ne pouvait pas mettre en jeu la vie d’une mère et de son enfant au nom du respect des coutumes de l’époque.
« Je suis de retour. Vous vous êtes toutes lavé les mains, n’est-ce pas ? »
Vérifier si elles s’étaient lavé les mains était facile.
L’eau de chaux empestait. Si elles s’en étaient servies, leurs mains ne pouvaient que sentir fortement cette odeur.
*Snif.*
Heureusement, aucune servante n’avait essayé de tricher.
J’étais peut-être son filleul plutôt que son fils biologique, mais j’étais tout de même le Jeune maître. Elles avaient donc l’air d’avoir suivi mes ordres à la lettre.
Voilà pourquoi l’autorité, c’était le mieux.
« Et les serviettes ? »
« Comme vous l’avez demandé, nous n’avons préparé que des serviettes bouillies. »
Toutes les serviettes et les couvertures avaient été remplacées par du linge fraîchement bouilli et impeccable.
Bien. Elles avaient suivi les consignes.
« Dans ce cas, que tout le monde sorte, à l’exception du majordome en chef et du chef de la maison. »
« ??? »
À mon ordre de vider les lieux, les servantes eurent pratiquement des points d’interrogation qui leur flottaient au-dessus de la tête.
Je pris un ton menaçant.
« À partir d’aujourd’hui, je m’occuperai de ma marraine et du bébé. Quelqu’un y voit-il une objection ? »
« Le Jeune maître va s’en charger ? »
« Je suis médecin, et les patients sont ma famille. C’est donc à moi de les soigner. Sinon, qui le fera ? Allez, veuillez sortir. »
Moins il y aurait de monde à entrer et sortir juste après la naissance, mieux ce serait.
À une époque où la désinfection et la prévention des infections étaient difficiles, il valait mieux, pour leur survie, que seuls la mère et moi restions dans la pièce, même si cette solution était rudimentaire.
Je mis dehors toutes les servantes qui tentèrent de protester.
Le majordome en chef et mon parrain n’y échappèrent pas non plus.
Après avoir fini par les chasser tous, je retins mon parrain à l’entrée.
Je lui expliquai alors le pronostic de ma marraine et du bébé.
« Parrain. Je crois que marraine peut enfin se reposer. D’ici deux jours, elle aura repris un peu de forces. »
Après m’être occupé du placenta et l’avoir examinée, je n’avais repéré aucun signe d’hémorragie, et le liquide amniotique ne présentait rien de notable.
Rien ne laissait non plus particulièrement craindre une infection.
Marraine s’en sortirait donc probablement très bien.
Pendant les deux prochains jours, elle dormirait sans doute toute la journée, mais ce n’était pas une maladie. Un accouchement était tout simplement épuisant.
« Le problème, c’est notre jeune maître… Ah, avez-vous choisi le prénom de l’enfant ? »
« … Fried. »
« Il a la même initiale, “Fr-”, que Freya ? »
Je plaisantai en pensant à la fille unique de mon parrain.
J’ignorais que les Occidentaux avaient eux aussi des traditions de prénoms familiaux.
Enfin, ce n’était pas le plus important pour l’instant.
« Parrain, vous devriez vous préparer. Cette nuit sera probablement décisive pour Fried. »
« Quoi ? Qu’est-ce que tu veux dire ?! »
« Fried voulait peut-être voir son père plus tôt. Il est venu au monde trop tôt. Ses poumons sont trop faibles pour respirer. »
Le syndrome de détresse respiratoire néonatale était une cause fréquente de décès chez les prématurés.
Pour faire simple, comme ils étaient nés trop tôt, leurs poumons étaient immatures et ils ne pouvaient pas respirer.
« Je vais vous expliquer plus en détail. Normalement, les poumons humains sont recouverts d’une fine pellicule huileuse. »
Grâce à cette pellicule, les minuscules alvéoles pulmonaires ne restaient pas collées entre elles, même lorsqu’elles se contractaient et se dilataient à répétition.
Mais les prématurés naissaient avant que cette pellicule huileuse soit complète.
Sans elle, les alvéoles pouvaient se coller comme des ballons mouillés et ne plus se rouvrir.
Avec le temps, de plus en plus d’alvéoles ne parviendraient plus à se rouvrir, et le bébé finirait par ne plus pouvoir respirer.
« Vous comprenez jusque-là, n’est-ce pas ? »
« … Comment sais-tu tout ça ? »
« J’ai dû abattre une centaine de porcs à l’abattoir du quartier des plaisirs. C’est là que je l’ai appris. »
Bien sûr, c’était un savoir que je possédais depuis ma vie antérieure, bien avant d’ouvrir le moindre porc.
Mais j’avais ces connaissances, et j’avais éventré des porcs. Selon la logique du syllogisme, je disais donc la vérité.
« Alors, si Fried ne peut pas respirer, je lui administrerai cette huile de l’extérieur pour l’aider. »
« Mais qu’est-ce que tu attends ? Pourquoi ne lui en as-tu pas déjà administré au lieu de perdre du temps à m’expliquer ?! »
« Non, je vous préviens simplement que l’intervention pourrait être nécessaire s’il ne peut pas respirer. Je ne dis pas qu’il en a besoin maintenant. Le traitement risque d’avoir l’air un peu brutal, alors je préfère vous demander de comprendre à l’avance. »
« Julian, j’ai entièrement confiance en toi. Alors fais tout ce qu’il faut. Sauve seulement Fried et Linie, comme tu m’as sauvé. »
Mon parrain s’accrocha à moi avec désespoir.
À sa réaction, on aurait dit que je l’avais sauvé par un acte miraculeux, transgressant un tabou.
Je l’avais sauvé d’un simple comprimé de quinine.
Quoi qu’il en soit, j’avais obtenu son accord.
Je m’approchai de ma marraine, qui tenait le bébé dans ses bras, trempée de sueur.
« Je resterai à vos côtés pendant la semaine qui vient, marraine. »
Marraine me regarda d’un air peu convaincu.
Contrairement à parrain, elle ne m’appréciait pas beaucoup.
Je savais pourquoi.
‘Ma mère était l’ancienne fiancée de parrain.’
Elle était mal à l’aise à l’idée que je sois le fils de l’ex-petite amie de son mari.
Peut-être pour cette raison, elle s’était servie de sa position de maîtresse de maison pour m’exclure discrètement.
Mais cela ne me concernait pas.
Un protagoniste devait savoir accueillir avec générosité les petites rancœurs de ce genre.
Et puis, ce serait ridicule que le futur plus grand médecin de l’Empire réagisse aussi mesquinement à une broutille pareille.
« Marraine, reposez-vous un peu. »
Marraine me regarda d’un air hagard.
Puis, à contrecœur, elle hocha la tête et ferma les yeux.
* * *
Linie Nihirit, baronne de la Maison Nihirit, avait une préoccupation.
C’était son filleul.
‘Quel genre d’enfant cette femme a-t-elle laissé derrière elle ?’
Julian Schnabel.
L’enfant laissé par l’ancienne fiancée et le premier amour de son mari.
La baronne Nihirit était mal à l’aise en sa présence, car elle avait l’impression de retrouver cette femme en lui.
Bien sûr, son mari lui répétait sans cesse qu’elle était le dernier amour de sa vie et le lui prouvait par ses actes. Ce malaise ne se transforma donc jamais en jalousie.
Pourtant, elle ne parvenait pas à chasser l’inquiétude qui persistait au fond de son cœur.
Elle avait commencé à craindre qu’il ne transmette la maison à Julian plutôt qu’à ses enfants biologiques.
Puis, un jour, Linie entendit quelque chose d’inattendu de la bouche du précepteur de Julian.
[Le Jeune maître est remarquable en calcul, mais… je m’inquiète un peu pour les autres matières.]
Le précepteur poursuivit avec précaution.
[La philosophie et la théologie, surtout. Comment dire ? Il semble s’accrocher à un étrange bon sens.]
[Un étrange bon sens ?]
[J’ai l’impression qu’il rejette ce que je lui enseigne. Il l’apprend par cœur, mais ne l’accepte pas au fond de lui.]
Le précepteur soupira.
[Si un enfant noble ne peut même pas accepter les fondements de la théologie… je m’inquiète pour son avenir.]
En entendant cela, Linie sentit un soulagement éclore au fond de son cœur.
Lent à apprendre.
Incapable d’accepter le savoir.
Cela signifiait qu’à défaut d’autre chose, l’enfant aurait du mal à gravir les échelons de la société noble, même s’il devenait peut-être érudit ou mage.
Cela signifiait aussi qu’il ne menacerait pas la place de Freya, ni celle de ses futurs enfants.
‘… Quel soulagement.’
À peine cette pensée lui eut-elle traversé l’esprit que Linie se sentit infiniment mesquine.
Se réjouir des lacunes d’un enfant de dix ans à peine.
Et pas de n’importe quel enfant : celui d’une amie défunte, que son mari chérissait tant.
Mais cette culpabilité ne dura pas longtemps.
À la place, elle se mit à justifier son soulagement.
‘S’il apprend lentement, après tout… ne vaudrait-il pas mieux qu’il renonce à ses ambitions ?’
C’était peut-être pour cela.
Petit à petit, elle avait repoussé l’enfant hors de la famille.
* * *
Après un an de ce traitement, elle avait été sauvée par cet enfant.
‘Qu’ai-je fait… ?’
Au milieu de la nuit, elle se réveilla soudain, assoiffée, après un rêve — ou peut-être un souvenir.
En tournant la tête, elle aperçut le garçon qui lisait près d’elle.
Le garçon, qui avait étudié tard dans la nuit, leva les yeux et croisa son regard.
« Marraine ? Vous avez froid ? Dois-je augmenter le chauffage ? »
« … J’ai soif. »
« Ah, de l’eau. Tenez. Buvez doucement, pour ne pas vous étouffer. »
Pendant que Julian séjournait à l’annexe, le chef de la maison lui avait raconté ce qu’il faisait.
Il allait dans le quartier des plaisirs pour soigner les gens.
Comme l’avaient fait les parents de Julian.
En apprenant cela, Linie s’était sentie terriblement petite.
Jusqu’à la veille encore, elle avait dénigré Julian auprès des servantes, le traitant de bon à rien insolent qui fréquentait le quartier des plaisirs.
‘Qu’ai-je fait… ?’
Cet enfant ne pouvait-il pas être au courant ?
Impossible.
Un enfant aussi intelligent que lui s’en serait forcément rendu compte.
Et pourtant, Julian faisait tout son possible pour elle et le bébé.
« … Je suis désolée de vous imposer tout ça. »
La culpabilité semblait peser sur son cœur.
Qu’il le sache ou non, Julian lui sourit doucement et lui tendit le verre.
« Ce n’est rien comparé à l’affection que vous m’avez témoignée, marraine. »
Elle voulait lui dire que ce n’était pas vrai, mais, lâche qu’elle était, ses lèvres refusèrent de bouger.
Linie ne put rien répondre et se contenta d’humecter sa gorge.
C’est alors que cela arriva.
« … Marraine. Pourriez-vous me confier Fried un instant ? »
Julian fixait soudain le bébé d’un air grave.
« Qu’y a-t-il ? »
« Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Confiez-le-moi. »
Sa voix ne donnait pas l’impression qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter.
Elle se rappela aussitôt la conversation que Julian avait eue avec son mari plus tôt dans la journée.
Il lui avait expliqué que Fried risquait de ne pas pouvoir respirer.
À ce souvenir, l’angoisse l’envahit.
« Fried aurait… ? »
« Ce à quoi nous nous sommes préparés ne pose plus de problème, marraine. Faites-moi confiance. »
Mais Julian la rassura d’une voix assurée.
Comment la voix d’un garçon d’à peine plus de dix ans pouvait-elle être aussi rassurante ?
Les mains tremblantes, Linie lui confia le bébé.
« Merci de me faire confiance. »
Julian prit le bébé dans ses petits bras et le déposa sur un drap chaud qu’il avait fait chauffer à l’avance.
Son regard se posa sur la poitrine de l’enfant.
‘Si la poitrine de l’enfant se creuse, c’est qu’il ne parvient pas à respirer.’
Sa peau avait légèrement bleui, et l’on entendait de faibles grognements.
Le syndrome de détresse respiratoire néonatale qu’il avait redouté s’était déclaré.
Julian évalua rapidement l’état du bébé, puis sortit les médicaments et le matériel qu’il avait préparés.
Un long objet fin, semblable à un tube, apparut dans son sac.
Son extrémité avait été coupée net, et Linie n’avait jamais rien vu de pareil.
« Julian, qu’est-ce que c’est ? »
« Un tube fait avec la tige d’une plume d’oie traitée. Je vais m’en servir pour lui administrer l’huile. »
Sans hésiter, Julian enfonça son petit doigt dans la gorge du bébé.
Une muqueuse chaude et humide enveloppa son doigt.
Il effleura le palais du bébé, dépassa la base de sa langue et enfonça son doigt jusqu’au-delà de la luette.
Une phalange, puis deux.
Il n’eut aucun haut-le-cœur. Au contraire, il se passa l’inverse.
Le réflexe de déglutition du bébé serra son doigt.
Ignorant la résistance, il enfonça son doigt plus profondément.
Il s’agissait d’une technique de palpation digitale, qui consistait à localiser l’entrée des voies respiratoires avec un doigt.
‘Je l’ai trouvée.’
Il sentit sous son doigt le cartilage mou de l’épiglotte.
Il glissa la tige de plume à côté de son doigt.
Au passage, l’« oie » dont provenait la plume était un terme argotique pour désigner une bête magique à plumes de grande taille.
Julian n’en avait jamais vu lui-même, mais les plumes vendues au marché semblaient utiles ; il les avait donc travaillées pour en faire des tubes dont il se servait souvent.
La tige de plume pénétra dans les voies respiratoires du bébé.
Il ne restait plus qu’à administrer l’huile.
Une huile obtenue en pressant les poumons de porcs et en faisant trimer les alchimistes jusqu’à l’épuisement.
Son nom exact était surfactant.
L’huile s’écoula dans le tube et pénétra dans les poumons du bébé.
Aussitôt après, la poitrine du bébé se souleva légèrement.
Julian retira la tige de plume de sa gorge. À son extrémité luisaient du mucus et de l’huile mêlés.
Julian observa Fried en silence.
Une inspiration. Deux. Trois.
Il continua de le regarder sans un mot, comptant quelque chose dans sa tête.
Quelques minutes plus tard.
La poitrine qui se creusait commença peu à peu à se soulever.
La peau du bébé reprit visiblement sa couleur rose.
Quand il cessa de geindre et qu’il ne resta plus que sa respiration régulière, Linie poussa un soupir de soulagement.
Julian expira lui aussi et s’essuya le front.
Lui aussi avait été inquiet.
Une fois tout terminé, Julian reprit son souffle et plaisanta d’un ton léger.
« Ouf. Passer la nuit debout à cause de mon petit frère… Quelle galère ! »
Linie resta abasourdie par cette remarque de vieux bonhomme.
Avait-il vraiment onze ans ?
Mais en même temps, elle se sentit soulagée.
Cette plaisanterie impertinente montrait que Fried était hors de danger.
« Julian… Merci infiniment. »
Les yeux de Linie se remplirent de larmes.
Des larmes où se mêlaient culpabilité et gratitude.
Julian parut un instant satisfait de lui-même.
Mais cela ne dura qu’un instant. Son visage redevint grave, et il s’inclina avec respect.
« Même Dieu est parfois absent. En tant que médecin, je n’ai fait que m’efforcer de combler ce vide quelque temps. »
Au lieu de se réjouir tout simplement, Julian fit preuve d’humilité.
Comme s’il portait un sens du devoir qui l’empêchait de se réjouir d’une chose pareille.
À cette vue, le cœur de Linie se serra.
Combien ?
Combien cet enfant avait-il sacrifié si jeune ?
Combien avait-il sacrifié pour ne même pas pouvoir accueillir facilement des mots de gratitude comme ceux-là ?
Retenant ses larmes avec peine, Linie prit fermement les mains de Julian.
‘Au moins…’
Elle voulait donner à cet enfant ce qui lui avait manqué.
C’était le devoir d’une adulte.
Et une manière de réparer le mal qu’elle lui avait fait jusque-là.
* * *
À cet instant, Julian pensa :
‘Waouh. Il a survécu.’
Il n’avait pas oublié qui il était.
Il était chirurgien traumatologue.
Pas pédiatre ni obstétricien.
Et il ne se faisait jamais d’illusions sur ses propres limites.
‘Les cas qui concernent les mères et les nouveau-nés me donnent toujours des sueurs froides.’
Dans ce domaine, du moins, il estimait que son niveau équivalait à peu près à celui d’un interne de la spécialité.
Non, il pensait même être un cran en dessous.
Depuis qu’il avait commencé à travailler dans le quartier des plaisirs, Julian estimait que toutes les interventions et tous les traitements réussis ne tenaient pas à son habileté, mais à la chance.
Cette fois encore, c’était pareil.
‘J’ai tenté le coup à l’aveugle et rien n’a mal tourné. Les histoires de malentendus, c’est vraiment le mieux.’
Du moins, c’était ce qu’il pensait.
Note de l’auteur
Avertissement : la technique d’intubation digitale de Julian, qui consiste à localiser les voies respiratoires avec un doigt, est quasiment taboue dans la médecine moderne. Ne tentez jamais de la reproduire.
Selon le conseiller médical : ces techniques à l’aveugle sont presque tombées en désuétude dans la médecine moderne. Pourquoi recourir à une telle méthode à une époque où les laryngoscopes sont partout ?
De nos jours, même les vidéolaryngoscopes, des appareils aussi sophistiqués, sont largement disponibles. À moins de faire du bénévolat dans une région où les soins médicaux sont peu accessibles, c’est une technique spectaculaire à éviter absolument.
Notes de bas de page :
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