WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Haruto
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le Médecin de fantasy sombre pris pour un saint ◈
Chapitre 4 : L’Ange du quartier des maisons closes
──────
Il faut que je retrouve les réflexes que j’avais dans ma vie précédente.
Cela faisait déjà un bon moment que j’avais commencé à fournir de la quinine à la compagnie marchande.
Entre-temps, je m’étais rendu compte de quelque chose.
Mes réflexes de médecin s’étaient complètement émoussés.
Pas étonnant. Les compétences rouillent, même après une courte pause.
Je m’en étais aperçu en faisant des recherches sur la quinine.
La fabrication de la quinine en elle-même ne posait aucun problème.
Les choses se compliquaient quand il fallait l’administrer par voie intraveineuse aux patients atteints de paludisme.
Un chirurgien incapable de trouver une veine du premier coup.
À l’époque, je n’avais réussi à trouver la veine d’un patient participant à un essai clinique qu’après l’avoir piqué trois fois.
C’était assez grave.
Si je ne faisais rien de toute mon enfance, j’aurais peut-être perdu toutes mes compétences manuelles avant mes vingt ans.
Une fois que je m’en fus rendu compte, je cherchai aussitôt un moyen de trouver des patients.
Heureusement, il ne fut pas difficile de trouver un endroit où l’on avait besoin d’un médecin.
Il me suffit de me porter volontaire comme médecin.
Si je descendais dans les quartiers pauvres, il y aurait sûrement des patients qui attendaient un médecin.
Ma décision prise, je passai aussitôt à l’action.
J’allai demander l’autorisation à mon parrain, dans son bureau.
« En faisant des recherches sur la quinine, je me suis rendu compte que beaucoup de gens avaient besoin de mon aide. Pour cette raison, j’aimerais me rendre quelque temps dans les quartiers pauvres… »
« Vas-y. »
« Hein ? »
« Le sang ne ment pas. Je vais te donner une escorte, alors fais comme bon te semble. »
À ma grande surprise, il m’accorda sa permission sans hésiter.
À bien y réfléchir, l’attitude de mon parrain envers moi était devenue un peu étrange ces derniers temps.
Avant, il me regardait comme un neveu encombrant qui refusait de rentrer chez lui.
Maintenant, comment dire ? Son regard s’était adouci d’une façon singulière.
Il semblait à la fois me trouver admirable et avoir pitié de moi.
Et voilà qu’il m’avait autorisé sans broncher à aller dans le quartier des maisons closes.
Quoi ? À cette époque, personne ne se soucie de voir des enfants traîner dans ce genre d’endroit ?
Impossible.
Même à une époque prémoderne et barbare où l’on se souciait peu des droits des enfants, il y avait des limites à ce qui était acceptable.
On pouvait fumer juste à côté d’un enfant, mais l’époque n’était tout de même pas si désespérée qu’on laisserait un garçon de dix ans entrer dans un bordel.
Alors pourquoi l’avait-il autorisé… ?
Et si c’était le début d’une histoire de jeune noble dévoyé ?!
Tout s’expliquerait.
Il n’était pas rare qu’un jeune noble ayant perdu ses parents et doté d’un talent médiocre finisse par mal tourner.
Mon parrain pensait-il que j’étais dans ce cas-là ?
Je me demandai par où commencer pour corriger ce malentendu, mais finis par abandonner.
Depuis quand les histoires de jeunes dévoyés se réglaient-elles avec des mots ?
Il ne fallait pas plutôt accomplir des exploits écrasants pour se racheter ?
Je me dis que les choses finiraient par s’arranger d’elles-mêmes et décidai de me concentrer sur ce que j’avais à faire.
Très bien. Allons dans le quartier des maisons closes pour retrouver mes réflexes.
* * *
À partir de ce jour-là, je me rendis régulièrement dans le quartier des maisons closes.
Bien sûr, au début, les gens du coin se méfièrent de moi.
« Un médecin ? Ah, un guérisseur, quoi ? Qu’est-ce qu’un guérisseur vient faire dans un endroit aussi misérable ? »
Peut-être parce que le bénévolat médical n’existait pas dans ce monde.
Les habitants accueillirent d’abord ma soudaine bonne volonté avec suspicion.
Mais quand je leur eus prouvé mon efficacité par des résultats éclatants, ils finirent peu à peu par m’accepter.
« Docteur, merci d’avoir sauvé ma petite sœur, l’autre fois. »
À une époque où la fièvre puerpérale après l’accouchement était la principale cause de mortalité chez les femmes, le simple fait de prêter attention à l’hygiène augmentait considérablement les chances de survie des mères.
Et voilà comment je me retrouvai à célébrer un an de présence assidue dans le quartier des maisons closes.
Au bout d’un moment, dès qu’une habitante de la rue accouchait, on se mit à me chercher moi plutôt qu’une sage-femme.
En exagérant un peu, environ la moitié des enfants nés dans le quartier des maisons closes l’année dernière étaient passés entre mes mains.
Il n’y avait qu’un seul problème.
Qu’est-ce que c’est que ça ? Un protagoniste aussi doué devrait avoir droit à une rencontre providentielle, non ?
Un an dans un quartier pauvre, au milieu des maisons closes.
À part mes compétences et ma réputation de médecin, ma vie n’avait connu aucun changement spectaculaire.
Pas de grand archimage caché dans les bas quartiers, pas de chef de guilde d’assassins.
Pas de dragon métamorphosé, ni de roi des démons venu se promener.
Pas non plus de futur saint de l’épée ni de héros en herbe.
C’est quoi, ce bordel ? Elles sont où, mes rencontres providentielles ?
Rah… Un an, ce n’est peut-être pas assez.
J’avais commencé à faire du bénévolat, je ne pouvais donc pas simplement cesser de venir.
Au bout du compte, je n’avais gagné que des connaissances, des compétences pratiques et quelques données d’essais cliniques.
Ah, et un peu de prestige, ainsi qu’un titre.
Même si j’avais du mal à me présenter ouvertement comme « l’Ange du quartier des maisons closes ».
Ah, maintenant que j’y pense, je n’étais pas non plus reparti les mains vides.
Les habitants des quartiers pauvres m’avaient offert un vrai cabinet médical.
C’était comme si un bâtiment était à mon nom.
« Bon, on va se mettre au travail, aujourd’hui aussi ? »
Assez divagué.
Je préparai mon sac de visites à domicile et sortis du lit pour commencer les consultations du jour.
Nous étions en décembre et il faisait froid.
J’enfilai un manteau d’enfant et saisis la poignée de la porte d’entrée.
Mais aujourd’hui, la poignée en laiton était si froide qu’elle semblait se coller à ma paume.
Ce froid inhabituel me fit aussitôt pressentir que quelque chose n’allait pas.
Fouuu !
Quand j’ouvris la porte et que le vent glacial me fouetta le visage, je compris que mon instinct ne m’avait pas trompé.
À l’inspiration, mes narines s’engourdirent douloureusement.
Quand je parvins à ouvrir les yeux, le monde était devenu entièrement blanc.
Je ne distinguais même pas les arbres devant l’annexe.
Naturellement, les bâtiments au-delà du mur étaient invisibles eux aussi.
Je n’y voyais rien, mais je savais avec certitude qu’une personne pouvait être ensevelie en un instant dans cette tempête de neige.
« … »
À bien y réfléchir, la saison des fortes chutes de neige approchait.
Depuis la veille, la neige s’acharnait contre les fenêtres avec une violence inhabituelle, et ce, toute la nuit.
J’évaluai brièvement la tempête, qui devait être saturée de suie malgré sa blancheur.
D’habitude, dans un roman, un patient se présentait à ce moment-là.
Il y avait toujours une fille, dans une maison, qui oscillait entre la vie et la mort.
Était-ce l’épisode où le médecin devait braver la tempête pour une visite à domicile ?
Hum…
Ça ne peut pas être ça, quand même ?
Même les protagonistes avaient des aventures qu’ils pouvaient entreprendre et des imprudences qu’ils devaient éviter.
Et sortir dans une telle tempête à onze ans, c’était imprudent.
Plus précisément, il y avait un mot qui convenait mieux : du suicide.
Je me perdrai avant même d’avoir rencontré le patient.
Ce n’était probablement pas un événement de ce genre, finalement.
Le protagoniste d’une histoire de malentendus ne bénéficiait pas d’une triche qui le rendait invincible. Le cabinet resterait donc fermé aujourd’hui.
Je remis mon sac de visites à domicile dans ma chambre et me jetai sur le lit.
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire aujourd’hui ?
Je roulais dans mon lit, occupé à passer mon temps utilement, quand la porte s’ouvrit à la volée et que le majordome en chef fit irruption dans ma chambre.
« Jeune maître ! »
Bon sang, vous m’avez fait sursauter.
Et si j’avais été en train de profiter d’un moment de bonheur ? Comment osaient-ils entrer comme ça ?
Je me redressai dans mon lit et saluai le majordome en chef.
À voir la neige accumulée sur ses épaules, il avait dû courir depuis la demeure principale.
Il n’avait même pas frappé, ce qui signifiait qu’il s’était passé quelque chose de grave.
« Qu’y a-t-il ? »
« Le bébé arrive ! »
« Déjà ? »
Je ne pris pas la peine de demander de quel bébé il s’agissait.
Mon parrain et ma marraine attendaient depuis peu un enfant, sur le tard.
Ils avaient déjà une fille, mais souhaitaient au moins un autre garçon. Après huit ans d’essais, leur vœu avait fini par être exaucé.
Le problème, c’était que, si je me souvenais bien, cet enfant était à trente-quatre semaines de grossesse.
Il devait naître dans six semaines.
« Pourquoi cet enfant est-il si pressé ? »
« Vous trouvez que c’est le moment de plaisanter ? Dépêchez-vous ! La sage-femme dit qu’elle ne peut pas venir à cause de la neige ! »
« Ah, quel timing. »
« Pardon ?! »
« Rien. Bien sûr que j’y vais. »
Pas étonnant qu’il y ait eu une tempête de neige.
L’événement se déroulait chez moi.
J’attrapai aussitôt mon sac de visites à domicile et enfilai mon manteau.
La tempête était violente, mais le trajet entre l’annexe et la demeure principale ne poserait pas de problème.
L’heure était venue pour la star du quartier des maisons closes de briller.
… Ça sonnait bizarre. Je vais reformuler.
L’heure était venue pour l’Ange du quartier des maisons closes de briller.
… Quoi que j’ajoute, ça sonnait toujours bizarre.
* * *
« Ghh… Aaaah ! »
Quand j’arrivai à la demeure principale, des cris me parvinrent du bout du couloir.
À peine la porte ouverte, une vague de chaleur mêlée à une odeur désagréable me saisit les narines.
L’atmosphère humide propre à une salle d’accouchement, mêlée à la sueur et au liquide amniotique.
C’était une odeur que j’avais rencontrée des dizaines de fois dans le quartier des maisons closes.
Ma marraine hurlait sur le lit en agrippant les cheveux de mon parrain.
Mon parrain encaissait sans broncher.
Je me demandai s’il allait finir chauve à ce rythme.
« Linie ! Encore un peu de courage ! Julian arrive ! »
« Julian ? Cet enfant… Aaaah ! »
N’importe qui aurait compris que le travail avait sérieusement commencé.
Après avoir obtenu immédiatement l’accord de mon parrain, je procédai à un examen vaginal de ma marraine.
Col dilaté à quatre centimètres, station à moins deux. La poche des eaux est rompue, le bébé se présente par la tête et… je ne sens pas le cordon. Tout va bien pour l’instant.
D’après les servantes, la poche des eaux s’était rompue une dizaine de minutes auparavant.
Il reste du temps.
Dieu merci.
Si le bébé avait déjà commencé à sortir, je n’aurais même pas eu le temps de désinfecter la pièce.
Je convainquis aussitôt le majordome en chef et mon parrain de préparer la salle d’accouchement.
Une pièce suffisamment propre. Des serviettes fraîchement lavées. De l’eau de chaux pour désinfecter les mains.
Une salle d’accouchement tout à fait convenable était prête.
C’est parfait.
À moins d’avoir à pratiquer une césarienne, on ne pouvait espérer un environnement plus stérile pour un accouchement par voie basse.
Si seulement le bébé n’était pas né à trente-quatre semaines, tout aurait été impeccable.
Quelques heures plus tard.
Au dernier cri de ma marraine, je reçus le bébé glissant dans mes deux mains.
La venue au monde de cet enfant ne différa pas particulièrement de celle des autres bébés.
Il n’y eut que des poussées répétées et de profondes respirations, rien de notable.
Heureusement, il n’avait pas été nécessaire de tenter une césarienne.
Sans techniques d’anesthésie adaptées, même moi, j’aurais eu du mal à m’en sortir.
Mais le problème n’était pas réglé.
À vrai dire, le véritable problème ne faisait que commencer.
Trente-quatre semaines… Oh là là. Pas besoin de vérifier, c’est un prématuré.
L’enfant allait-il survivre ?
À trente-quatre semaines, un bébé pouvait survivre sans difficulté grâce à la médecine du vingt et unième siècle.
Mais ce monde était différent.
Le miracle appelé « Guérison » pouvait soigner n’importe quelle blessure, mais il ne pouvait pas faire mûrir des organes sous-développés.
C’était pour cela que, à cette époque, les prématurés relevaient du domaine où l’on ne pouvait que prier Dieu.
Enfin, moi, c’est différent.
Mais ça, c’était la réalité de cette époque. Pour moi, qui avais investi ce corps depuis le vingt et unième siècle, les règles ne s’appliquaient pas.
Trente-quatre semaines ?
Je pouvais sauver ce bébé haut la main.
Ce n’est même pas un cas difficile.
Comparé aux cas bizarres qui pullulaient dans le quartier des maisons closes, ce n’était rien.
Pas de méconium.
Pas besoin d’aspiration.
D’abord, essuyer le bébé et vérifier son état.
Le bébé ne pleurait pas.
Je lui tapotai donc doucement la plante du pied avec un doigt.
Stimulé par les nerfs de ses pieds, le bébé poussa un petit cri.
Bien. La respiration est confirmée.
Ensuite, j’enduisis le bébé d’huile que j’avais préparée.
L’huile masquait l’odeur du sang, puis j’enveloppai le bébé dans de la laine propre.
La laine parut un peu plus lourde en absorbant l’huile.
Comme nous n’avions pas de couveuse, ces mesures servaient à maintenir la température corporelle du bébé.
« Marraine, il faut garder le bébé contre votre peau nue. Veillez à ce qu’il ait toujours bien chaud. Ah, excusez-moi, mais je vais d’abord vous essuyer la poitrine avant que vous le preniez. »
Enfin, avant de déposer le bébé dans ses bras, j’essuyai la poitrine de ma marraine avec un linge imbibé d’eau de chaux.
L’odeur de l’eau de chaux s’éleva de sa peau humide. Ce ne serait sans doute pas bon pour sa peau, mais on n’y pouvait rien.
On ne pouvait pas compenser la vie d’un prématuré par la beauté de sa peau.
Ainsi fut achevée l’excellente couveuse qu’étaient les bras d’une mère.
Rien que cela ferait considérablement augmenter les chances de survie du bébé.
Je m’adressai ensuite aux servantes qui me dévisageaient, hébétées, depuis derrière moi.
« Je vais à l’annexe préparer un médicament. Veillez bien sur ma marraine jusqu’à mon retour. Si je reviens et que je vous trouve en train de vous occuper d’elle sans vous être lavé les mains à l’eau de chaux, ou à laisser traîner des serviettes sales, je vous retourne toute la pièce. »
Je ne leur expliquai pas pourquoi.
Je n’en avais pas le temps, et elles n’auraient probablement pas compris de toute façon.
Les bactéries, le miasme… J’avais beau m’époumoner à en parler dans le quartier des maisons closes, personne ne m’écoutait.
Je décidai donc de les faire obéir par la force de l’autorité.
Je pensais qu’en montrant l’exemple, elles finiraient par me suivre d’elles-mêmes.
Je vérifiai une dernière fois l’état de ma marraine et du bébé.
J’essuyai la sueur sur le front de ma marraine et vérifiai le mouvement de la poitrine du bébé à travers la laine.
Tout allait toujours bien. Pour l’instant.
Maintenant, allons chercher le médicament à l’annexe.
À ce moment-là, alors que je m’apprêtais à quitter la demeure principale, le majordome en chef m’interpella avec empressement.
« Un médicament ? La demeure principale possède presque tous les médicaments ! »
À ces mots, je m’arrêtai sur le seuil et repassai la tête à l’intérieur.
« Vous avez du surfactant, alors ? »
« Du surfa… quoi ? »
« Évidemment que non. Je reviens de l’annexe. »
Je me hâtai vers l’annexe.
Si mes prévisions étaient justes, aujourd’hui ou demain serait le moment critique.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord à l’adresse <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>