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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de dark fantasy pris pour un saint ◈
Chapitre 37 : Le prince luciole (7)
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Le laboratoire était vide, à l’exception d’une personne.
Le Grand Sage Louis contemplait en silence la porte par laquelle Julian était sorti.
« Plus je découvre les talents de cet enfant, plus ils dépassent le prodige et deviennent effrayants. »
Sa soif d’apprendre.
Sa volonté de se prémunir contre l’arrogance.
Son sens de l’observation, aiguisé par son obsession pour la vérité.
Il possédait toutes les qualités que Louis associait au génie.
Et, au cours des trois dernières années, l’enfant avait encore prouvé son génie en absorbant comme une éponge tout le savoir en magie noire que le Grand Sage avait accumulé au fil de sa vie.
« Un enfant si doué pour la magie noire… »
Tout mage naissait avec ce qu’on appelait une affinité magique.
Un mage spécialisé dans la magie du feu n’était pas forcément mauvais en magie de l’eau.
C’était simplement que les lois et les théories régissant ces deux domaines différaient tellement que les limites de son savoir lui rendaient difficile la pratique d’une magie d’une autre école.
Pour reprendre une analogie de Julian, c’était comme un étudiant en thermodynamique, dans une filière de génie mécanique, qui essayait de maîtriser la mécanique des fluides jusqu’à en avoir la tête qui explose.
C’était pourquoi la plupart des mages choisissaient une seule voie magique à suivre toute leur vie.
La magie qu’ils comprenaient le plus intuitivement.
Voilà ce que signifiait choisir sa propre affinité.
Et, aux yeux de Louis, l’affinité de Julian pour la magie noire était incomparable à celle de tout autre être.
Il pouvait l’affirmer sans hésiter.
Même cette vieille liche, surnommée le Roi de la magie noire, n’égalait pas les dispositions de Julian pour cette discipline.
« Il m’a déjà dépassé en magie noire. »
Bien sûr, la puissance magique brute et le rang de Louis étaient très largement supérieurs à ceux de Julian.
Mais, pour ce qui était de la théorie de la magie noire, Julian avait déjà atteint un niveau où il faisait jeu égal avec Louis, le Grand Sage.
Et si l’on ajoutait à cela les connaissances illimitées de Julian sur la vie…
« Quelle chance que cet enfant soit bon. »
À l’origine, la magie noire intervenait directement sur la vie et les âmes.
Comme elle s’attaquait aux fondements mêmes de la vie, elle était bien plus difficile à contrer que les autres formes de magie, et ses effets étaient terriblement meurtriers.
Plus dangereux encore, le moindre faux pas ou une curiosité mal placée pouvait corrompre l’esprit du mage en un instant.
L’ivresse transgressive que procurait la manipulation de vies humaines était si dangereuse.
C’était pourquoi Louis, bien qu’il eût fondé la magie noire mille ans plus tôt, s’était montré extrêmement prudent avant de l’enseigner à d’autres mages ou de l’étudier en profondeur, la considérant comme taboue.
Pourtant, avec Julian, Louis pouvait lui transmettre tout ce savoir interdit sans la moindre hésitation.
Au fil des années où il avait observé l’enfant, il n’avait jamais décelé en lui la moindre trace de malveillance envers autrui, ni une soif arrogante de pouvoir.
Seule une détermination pure à sauver les plus démunis s’était profondément enracinée en lui, ne laissant aucune prise à la tentation de la magie noire.
Par une ironie du sort, Julian avait aussi un talent lamentablement faible pour être mage traditionnel.
Même s’il maîtrisait l’essence de la magie noire, il n’avait ni la puissance magique ni le talent nécessaires pour se rendre sur un champ de bataille et répandre des malédictions à grande échelle sur des dizaines de milliers de personnes. Il ne risquait donc absolument pas de devenir un meurtrier de masse.
Du point de vue d’un maître, pouvait-on rêver d’un successeur plus idéal et plus sûr ?
« Bien sûr, il y a une autre bonne nouvelle. »
Louis se remémora le beau visage de Julian et poussa secrètement un soupir de soulagement.
Parmi les trois branches de la magie noire figurait la magie de l’hypnose, qui violait et maîtrisait l’esprit d’autrui.
Si Julian, avec un visage pareil, avait aussi eu des dispositions pour l’hypnose…
« Aucune femme au monde n’aurait pu lui résister. »
Et peut-être même aucun homme…
Heureusement, Julian ne montrait pas le moindre talent ni le moindre intérêt pour la magie de l’hypnose.
S’il avait montré ne serait-ce qu’un soupçon de prédisposition, Louis aurait peut-être sérieusement envisagé d’effacer les souvenirs de son disciple.
« … Non, là, je vais trop loin. »
Louis eut un rire sans joie.
Il secoua la tête.
Tandis qu’il rangeait le laboratoire en pensant à son disciple, le regard de Louis Edelhardt tomba soudain sur l’œuf issu de l’expérience réussie.
Il le ramassa et l’examina une nouvelle fois.
Des vaisseaux sanguins se ramifiaient sur la membrane chorio-allantoïdienne transparente.
Des taches blanches y fleurissaient.
Des traces de malédiction, vivantes, mais qui n’étaient pas une maladie.
« … »
Un sourire s’étira sur les lèvres de Louis.
« Cet enfant comprend-il le poids de cet œuf ? »
D’après ce que Louis avait pu constater, Julian était simplement heureux.
Heureux qu’ils aient trouvé un remède capable de prévenir la peste vésiculeuse.
C’était déjà un exploit extraordinaire.
Même la fièvre du Sud, cette maladie virulente récemment identifiée comme le paludisme, ne faisait pas le poids face à la peste vésiculeuse.
De toutes les maladies que le Grand Sage avait connues au cours de sa vie, c’était la pire ; elle avait fauché plus de vies humaines que toutes les autres.
« C’est à cause d’elle que j’ai dû me couper le bras, moi aussi. »
Même le Grand Sage n’avait pas échappé à la maladie, au fil des ans.
Les cloques avaient commencé à se former sur son bras avant de gagner son visage.
Pour les arrêter, le Grand Sage s’était tranché le bras, puis l’avait régénéré grâce à la magie divine.
Il avait eu de la chance.
Chez la plupart des gens, les cloques apparaissaient d’abord sur le visage, pas sur les bras.
« Maintenant que j’y pense, je n’ai plus jamais contracté cette maladie depuis… Pourquoi ne l’ai-je pas remarqué ? »
À cette pensée, il sentit son visage s’embraser : il avait traversé toutes ces années avec une telle insouciance.
Mais Julian n’avait pas négligé cette expérience banale et avait fini par faire une découverte majeure, capable de sauver l’humanité.
« Ça ne s’arrêtera pas à la peste vésiculeuse. »
Louis baissa les yeux vers la formule magique inscrite sur le parchemin.
[Qando vestigien complet = verus, tuncanic immunitas(objec, pest) = permanens.]
Les sourcils du Grand Sage tressaillirent en la lisant.
Cette formule ne s’appliquait pas uniquement à la peste vésiculeuse.
La Fièvre rouge. La Peste noire. La Malédiction du Déclin. La fonte des os.
Tous ces fléaux qui ravageaient périodiquement l’Empire à l’intérieur des remparts et tuaient des centaines de milliers de personnes.
Cette formule pouvait s’appliquer à chacun d’eux.
Bien sûr, il faudrait en modifier les conditions détaillées pour chaque fléau, mais il était évident qu’elle servirait de base à tous.
« … L’ère des fléaux touche à sa fin. »
En mille ans, il avait assisté à d’innombrables découvertes.
La méthode de raffinage des cristaux de mana. La magie de téléportation spatiale. Les formules de sorts pour prolonger la vie.
Mais cette découverte méritait de figurer à leurs côtés.
Elle allait changer non seulement l’histoire de la magie, mais aussi celle de l’humanité.
« Je devrais expliquer à cet enfant à quel point cette découverte est importante. »
Après avoir observé le garçon nommé Julian pendant trois ans, le Grand Sage pensait savoir quel genre d’enfant il était.
Un enfant qui ne connaissait pas l’arrogance aurait sûrement du mal à saisir toute la portée de cette découverte, lui aussi.
Même si quelqu’un le couvrait d’éloges et le poussait à se mettre en avant, il ne reconnaîtrait pas la moindre parcelle de sa propre grandeur.
Alors, en tant que maître, le Grand Sage voulait profiter de chaque occasion pour dire directement à Julian combien il était remarquable, afin qu’il apprenne à être fier de lui-même.
Il était en train d’y penser quand Julian revint au laboratoire après avoir parlé avec Wangcho.
Louis lui expliqua aussitôt l’importance de la découverte.
« Je vois. »
Comme prévu, Julian réagit avec calme.
Il avait manifestement compris les choses sur le plan intellectuel.
Il semblait très bien mesurer l’impact qu’aurait cette découverte.
Il refusait simplement de se l’attribuer, par crainte de devenir arrogant.
« Ha… Comme je le pensais… »
Pourtant, le léger sourire qui se dessinait au coin des lèvres de Julian indiquait à Louis qu’il comprenait, au moins un peu, la valeur de son travail.
Cette constatation réconforta quelque peu Louis.
Au moins, ce n’était pas le signe que son disciple avait perdu toute estime de soi.
Une fois le moment des compliments passé, Louis se souvint soudain de quelque chose.
« Julian. »
« Oui, maître. »
« Cette formule magique… Ou était-ce un vaccin, déjà ? As-tu envisagé de la faire enregistrer officiellement auprès de l’Union de la Tour des Mages et du Bureau impérial des brevets ? »
« Vous voulez dire, de déposer un brevet ? »
Julian pencha la tête.
Louis ajouta d’un ton sérieux :
« Les formules de sorts sont des créations personnelles, et l’on n’est donc pas tenu de les partager. Mais pour les grandes formules qui servent l’intérêt public, l’Empire garantit directement un brevet et accorde des droits exclusifs à leur créateur. »
« … »
« Si je prête mon nom, même la Famille impériale aura du mal à refuser. Si tu le souhaites, je t’aiderai à obtenir les droits exclusifs sur cette formule. »
Julian resta silencieux un instant.
Louis prit ce silence pour de l’hésitation.
« Il hésite ? »
En vérité, Julian était déjà suffisamment riche.
Louis le savait bien.
Au cours des trois dernières années, Julian avait fait connaître d’autres médicaments dès qu’il en avait eu l’occasion.
Mais le brevet de cette formule de fabrication de vaccins était d’un tout autre ordre.
Dès qu’elle serait rendue publique, les seigneurs de l’Empire et les familles royales des pays voisins offriraient volontiers des fortunes pour protéger leurs proches des fléaux.
Les outils magiques qui protégeaient contre les poisons coûtaient déjà assez cher pour acheter un ou deux manoirs.
Pour un médicament capable de prévenir les fléaux toute une vie, ils paieraient sans hésiter le prix d’un château.
Dans ces conditions, Julian n’aurait besoin que de peu de temps pour amasser une fortune supérieure à celle d’une maison grand-ducale.
« Non. Il pourrait même peut-être rivaliser avec les Seigneurs Dorés… »
L’homme le plus riche du monde.
Qui refuserait pareille place ?
Louis s’attendait donc à ce que son jeune disciple se réjouisse de cette offre considérable, ou du moins qu’il y réfléchisse sérieusement.
Mais, après un instant de réflexion, Julian lui donna une réponse à laquelle il ne s’attendait pas.
« Non. Je ne déposerai pas de brevet. »
« … Qu’est-ce que tu as dit ? »
L’œil unique de Louis s’écarquilla, stupéfait.
« Je compte publier cette formule sans aucune condition, afin que tous les ateliers d’alchimie et les guérisseurs puissent l’utiliser librement, sans rien verser en échange. »
« A-Attends, Julian. Pense à toute la sueur et au sang que tu as versés pendant trois ans pour mettre cette formule au point. Une bande de sales hyènes qui convoitent cette formule pourrait tenter de te voler tes droits. Pourquoi renoncer à une compensation aussi énorme ? »
« N’avez-vous pas fait la même chose, maître ? »
« … Quoi ? »
Julian lui adressa un doux sourire.
« Quand l’humanité perdait ses terres au profit des bêtes magiques, vous avez structuré ce domaine encore inconnu qu’était la magie pour en faire une discipline universitaire, puis vous avez commencé à l’enseigner aux gens. »
C’était vrai.
Quand Louis avait fait de la magie une discipline universitaire…
Il avait enseigné aux gens la magie qu’il avait classée en treize systèmes.
Tous ne devenaient pas mages, mais grâce à lui, leur nombre avait considérablement augmenté : autrefois, on n’en comptait qu’un pour plusieurs centaines de milliers de personnes.
De plus, la magie, qui ne permettait auparavant de vaincre que les bêtes magiques de rang inférieur, avait connu un essor fulgurant et pouvait désormais affronter celles de rang supérieur.
C’était pourquoi le monde appelait Louis le Père de la Magie.
Même après mille ans et d’innombrables découvertes magiques, la réputation du Père de la Magie ne s’était jamais éteinte.
Et Julian respectait sincèrement Louis.
« Je veux moi aussi suivre vos traces. »
« … Tu n’as pas besoin de suivre la même voie que moi, Julian. C’est ton droit légitime. »
Malgré les arguments du Grand Sage, Julian se contenta de le regarder dans son œil unique, l’air serein.
Puis, sans la moindre hésitation ni le moindre regret quant à sa décision, il lui adressa le sourire le plus chaleureux du monde.
« Maître, brevèteriez-vous le soleil levant, vous aussi ? »
Le souffle du Grand Sage se suspendit un instant.
Son cœur se mit à battre à tout rompre.
Cette exaltation… Depuis combien de temps ne l’avait-il pas ressentie ?
« Le soleil est grand parce qu’il brille également pour tous et donne la vie. Ce médicament, c’est pareil. C’est précisément parce qu’il se répandra partout qu’il sera grand. »
Ah, oui.
Ses compagnons disparus.
Le Premier Héros. Le Roi Fondateur. La Mère des fées.
Depuis qu’il les avait vus partir, c’était la première fois qu’il ressentait une telle exaltation.
« … Tu es sincère ? »
« Oui. »
« Tu ne le regretteras pas ? »
« Je crois que je regretterais davantage de découvrir ce médicament et de ne pas parvenir à sauver des gens. »
La voix de Julian ne tremblait pas.
Louis poussa un soupir.
Il fut long et profond.
« … Très bien. »
Puis il eut un petit rire.
« Je respecte ta vision du monde. »
Tous les mages étaient arrogants.
Pour manier la magie, ils avaient besoin non seulement de connaissances et de talent, mais aussi d’une représentation intérieure qui leur était propre.
Les paysages qu’ils imaginaient, les idéaux qu’ils poursuivaient.
Les mages appelaient cet idéal « paysage mental : idée ».
Et le paysage mental que le Grand Sage avait entrevu chez son plus jeune disciple était plus arrogant encore qu’il ne l’avait imaginé.
« Si telle est ta vision du monde, alors moi aussi, en tant que maître, je publierai cette formule gratuitement. »
« Merci, maître. »
« Cependant… »
Louis leva un doigt.
« Je vais donner un nom à cette formule. »
« Un nom ? »
« Oui. Un nom qui sera transmis aux générations futures. »
Louis déplia le parchemin.
Puis il inscrivit une ligne en haut de la formule.
« Formule Schnabel — Formule Schnabel »
« … Maître. »
« Je n’accepterai aucune objection. »
Louis parla d’un ton ferme.
« Tu peux renoncer au brevet si tu le souhaites. Mais je ne tolérerai pas que le nom de la personne qui a créé cette formule disparaisse de l’histoire. »
« … »
« C’est ma vision du monde, alors respecte-la. »
« … Entendu, maître. »
Julian hocha la tête à contrecœur.
À son expression, on voyait que cela ne lui plaisait pas.
Mais, en tant que maître, Louis n’avait pas le choix.
Ce disciple trop humble ne savait pas défendre ses propres intérêts ; Louis devait donc l’y obliger, quitte à se montrer autoritaire.
Louis roula le parchemin et le glissa dans sa robe.
« Bien. Passons à l’expérience suivante. Il nous reste encore beaucoup à faire. »
« Oui, maître. »
L’œil gauche du Grand Sage suivit l’arrière de la tête de l’enfant de quinze ans.
Avec le petit souhait que cette joie qu’il avait trouvée au soir de sa vie
dure à jamais.
* * *
Pendant ce temps, Julian…
Ah, on ne peut pas appeler cette formule la Formule Schnabel…
Le nom que son maître avait donné à la formule le mettait mal à l’aise.
« Combien de formules et de médicaments vais-je encore créer ?… »
Il ne pouvait pas toutes les appeler la Formule Schnabel.
Sinon, des étudiants en médecine et des apprentis guérisseurs, dans plusieurs centaines d’années, maudiraient sûrement Julian.
« Formule Schnabel numéro trois ? C’était quoi, déjà ? »
« Formule numéro cinq ? Non, ça n’a rien à voir avec la numéro quatre ! Pourquoi les avoir classées comme ça ?! »
Julian savait mieux que quiconque combien il était pénible que des maladies portent le nom des chercheurs qui les avaient découvertes.
La maladie de Behçet, la chorée de Huntington, le lymphome de Hodgkin…
C’était pourquoi il s’était juré de ne donner son nom ni aux maladies ni aux formules qu’il découvrirait.
Mais son maître ne l’avait pas laissé faire.
« … Désolé, les générations futures. »
Quoi qu’il en soit, ce n’était pas la faute de Julian.
Julian se promit donc de veiller à ce que l’origine de ce nom soit consignée dans les livres d’histoire.
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