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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de dark fantasy pris pour un saint ◈
Chapitre 34 : Le prince luciole (4)
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* * *
Cela faisait trente-quatre jours que j’avais commencé mes recherches sur les vaccins.
Selon le calcul coréen de l’âge, j’avais maintenant treize ans.
Eri continuait d’apprendre la magie auprès du capitaine Shen comme à son habitude, tandis que je passais mes journées à accumuler les cas à la clinique.
Mmmh.
Je m’étirai seul dans la clinique.
Cela faisait déjà trois ans que j’avais commencé à soigner des patients dans la Fosse des Limbes.
Au fil du temps, ma patientèle s’était élargie.
À présent, des patients venaient d’autres secteurs, et plus seulement les prostituées du Secteur D.
Résultat, j’étais moi aussi très occupé, ces derniers temps.
‘Ah, des consultations de trois minutes me seraient bien utiles.’
Bien sûr, je repensai à ma vie antérieure.
Au XXIe siècle, la Corée du Sud avait adopté la formidable pratique des consultations de trois minutes.
Je pouvais faire pareil ici.
Je classerais les résultats des examens de la veille, ferais défiler rapidement les patients déjà venus et demanderais aux nouveaux de remplir un questionnaire dans la salle d’attente.
Et voilà.
Des consultations de trois minutes à la chaîne, c’était réglé.
« … Non. Même comme ça, ce ne serait pas bien. »
Plus j’y réfléchissais, moins cela me paraissait juste.
Je n’avais pas ouvert cette clinique pour gagner de l’argent, à la base.
Je l’avais ouverte pour retrouver les compétences de ma vie passée et me faire un nom.
Et puis, j’avais une dette envers les habitants de la Fosse des Limbes.
Il y avait toutes sortes de traitements expérimentaux auxquels je n’étais pas encore habitué, ou dont l’efficacité n’avait pas été correctement démontrée dans ce monde.
J’avais largement fait subir ces traitements hasardeux aux habitants d’ici.
Ne serait-ce pas honteux de ne consacrer que trois minutes à mes patients pour mon seul confort ?
« Docteur ! Merci, merci infiniment ! Je croyais que je devrais vivre le restant de mes jours avec un bras en moins… ! »
Mes réflexions furent interrompues par les sanglots profonds d’un homme, assez puissants pour faire trembler le cabinet.
Un jeune homme décharné pleurait en face de moi.
C’était le patient dont le poignet avait été sectionné par la lame d’une papeterie.
Maintenant que j’y pensais, il venait aujourd’hui pour son dernier changement de pansement et le retrait de son bandage.
Son poignet droit tremblait tandis qu’il serrait ma main de toutes ses forces.
« Comme vous l’aviez dit, docteur. Je peux remuer les doigts, maintenant… ! »
Une cicatrice circulaire, marquée par les points de suture, entourait son poignet droit.
Chaque fois que je voyais cette vilaine cicatrice, j’étais fier de moi.
Décidément, un chirurgien devait savoir manier le fil, pas le scalpel.
« Docteur, je peux reprendre le travail, maintenant ? »
« Ce n’est pas encore complètement guéri. Évitez de porter des charges lourdes pendant quelque temps et rééduquez votre main chaque jour dans de l’eau tiède, en la fermant puis en l’ouvrant, pour que le sang circule bien dans vos doigts. »
Après une réimplantation, la circulation sanguine était le facteur le plus important, juste après l’hygiène.
Au bout du compte, le pronostic dépendait du nombre de petits vaisseaux sanguins qui avaient survécu.
Bien sûr, ce patient risquait moins que d’autres d’avoir un mauvais pronostic.
Je lui avais fait boire une telle quantité de potion. Comment la réimplantation aurait-elle pu échouer ?
Et si elle échouait, ce ne serait pas mon problème, mais celui de la Guilde des alchimistes.
« Oui ! Oui ! Je m’en souviendrai ! »
« Et revenez si le bout de vos doigts noircit. »
« Oui ! Je n’oublierai jamais votre bonté, guérisseur, jusqu’à la fin de mes jours ! »
Je suis médecin, pas guérisseur, bon sang.
Après s’être incliné encore et encore, au point de presque toucher le sol du front, l’homme quitta le cabinet.
Dès qu’il fut parti, je consultai la facture posée à côté du dossier.
D’ordinaire, c’était aussi Eri qui s’occupait des paiements.
Mais elle était partie s’entraîner à la magie.
Je devais donc faire les comptes moi-même.
‘Voyons voir.’
Le patient avait payé trente pièces d’argent.
Et les potions utilisées pour réimplanter son poignet avaient coûté trois pièces d’or.
Hum.
Encore une journée à perte.
Mais je pouvais couvrir une perte de cette ampleur en respirant pendant dix minutes, alors je m’en fichais.
‘Je perds vraiment le sens de la valeur de l’argent.’
Enfin, je ne manquerais probablement jamais d’argent de toute ma vie. Ce n’était pas si grave, non ?
Je chassai cette pensée et pris le dossier suivant.
Le prochain patient venait pour la première fois.
« Au suivant, s’il vous plaît. »
Grincement.
La porte s’ouvrit et un vieil homme entra lentement.
Il avait les cheveux blancs et le dos légèrement voûté.
Avec son manteau usé et son chapeau élimé, il ressemblait à n’importe quel vieillard qu’on croisait couramment dans la Fosse des Limbes.
« Asseyez-vous, je vous prie, monsieur. Il ne fait pas trop froid dans le cabinet ? »
« Ouf. La salle d’attente était assez chaude. Vous devez avoir beaucoup d’argent, guérisseur. »
« Pour le bien des femmes enceintes, je n’ai pas le choix. »
« Ha ha. C’est vrai. Ah, pardonnez-moi si mes paroles vous ont offensé. »
« Pas du tout, monsieur. Qu’est-ce qui vous amène ? »
« Ha ha. J’ai les mains faibles, ces derniers temps. »
Le vieil homme me tendit la main.
« Je gagne ma vie en roulant des cigares, mais mes mains n’en font qu’à leur tête. Je ne peux plus travailler. »
« Ah, vous venez donc du Secteur E. »
Le Secteur E s’occupait principalement de transformer le tabac et les plantes médicinales.
Ajoutez-y les stupéfiants, et vous aviez là toute l’activité du Secteur E.
Le vieil homme qui se trouvait devant moi semblait être un fabricant de cigares de ce secteur.
« Le Secteur E ? Ah, oui. Je viens du Secteur E. »
« Depuis quand cela a-t-il commencé ? »
« Il y a environ un mois, peut-être ? »
« Vous fumez habituellement des cigares ? »
« Un peu. Je dois bien goûter moi-même les produits que je fabrique, non ? »
« Ces derniers temps, vous est-il arrivé de ne pas pouvoir fumer ? »
« Non, jamais. »
Les tremblements de ses mains n’étaient donc pas dus au sevrage.
Le syndrome du canal carpien était l’autre cause probable.
C’était une affection fréquente chez les artisans qui passaient leurs journées à tirer et rouler des feuilles de tabac.
« Puis-je examiner vos mains ? »
Après avoir obtenu l’accord du vieil homme, j’examinai le bout de ses doigts.
Sa peau était sèche, mais il avait peu de callosités.
J’examinai chacun de ses doigts.
Je voulais vérifier s’il avait des taches de nicotine.
Une absorption excessive de nicotine par la peau pouvait provoquer des tremblements comme les siens.
Mais ses doigts ne portaient aucune trace de nicotine.
En revanche, plusieurs fines lignes horizontales traversaient ses ongles.
‘Pourquoi avait-il ça ?’
Des lignes de Mees.
Un signe qui apparaissait après une exposition chronique aux métaux lourds.
Ce n’était pas quelque chose qu’on voyait habituellement chez un artisan du tabac.
« … Pourriez-vous lever le poignet, s’il vous plaît ? »
Perplexe, le vieil homme leva le poignet.
Mais il ne parvint pas à le garder en l’air bien longtemps : il retomba.
Un cas d’école de poignet tombant.
Ce symptôme était dû à une paralysie nerveuse qui empêchait de relever le poignet.
Un métal lourd en particulier en était la cause typique.
Le plomb.
Un fabricant de cigares ne devrait jamais être en contact avec ce métal.
Encore moins un pauvre vieillard de la Fosse des Limbes.
Je fixai sa main pendant un moment.
Après réflexion, je lui demandai : « Les cigares sont-ils un terme d’argot chez les lanceurs de sorts que je ne connais pas, monsieur ? »
Le silence s’installa dans le cabinet.
Je relevai la tête et croisai le regard du vieil homme.
Ses yeux troubles et fatigués avaient retrouvé leur acuité tandis qu’il me dévisageait.
Enfin, le vieil homme rompit le silence.
« Ha ha ha. »
Son dos voûté se redressa.
« Comment l’avez-vous deviné ? »
« Les alchimistes et les lanceurs de sorts sont les seuls métiers où l’on manipule autant de plomb. »
« Eh bien. Aurais-je dû me présenter comme alchimiste plutôt que comme fabricant de cigares ? »
Comme prévu.
Le vieil homme qui se tenait devant moi était un lanceur de sorts.
Le plomb n’était jamais un matériau bon marché.
En raison de son lien symbolique avec la rétention des âmes, on l’utilisait largement comme catalyseur dans diverses formes de magie.
Les mages ordinaires en utilisaient souvent, tout comme les mages noirs.
Le plomb était particulièrement indispensable pour commander des familiers ou conclure des pactes avec des fées et des esprits.
Voilà pourquoi un vieil homme qui roulait du tabac dans le Secteur E ne pouvait pas se procurer facilement du plomb.
J’en déduisis qu’il cachait sa profession.
Le vieil homme se caressa la barbe.
« Ai-je jamais dit que je manipulais du plomb ? »
« Les traces sont sur vos mains. »
« Sur mes mains ? »
Le vieil homme pencha la tête et leva les mains pour les examiner.
« C’est la première fois que j’entends dire que le plomb laisse des traces sur les mains. Comment l’avez-vous découvert ? »
« Les lanceurs de sorts ruinés qui ont travaillé avec du plomb finissent souvent par se retrouver dans les taudis. Je l’ai appris auprès d’eux. »
La Fosse des Limbes était une excuse bien pratique.
Si je disais avoir appris quelque chose en soignant des patients, tout le monde l’acceptait sans poser de questions.
Le vieil homme en face de moi ne fit pas exception.
Peut-être était-ce le pouvoir d’une histoire fondée sur un malentendu : il l’accepta aussitôt, sans explication pédante et ennuyeuse.
« C’est vrai. En bas, on voit parfois des choses qu’on ne peut pas voir là-haut. »
Le vieil homme acquiesça.
« Nous ne nous sommes rencontrés que deux fois, et pourtant vos idées m’ont beaucoup inspiré, jeune homme. »
« Ah oui ? »
« Hum ? Vous n’êtes pas surpris ? »
« Les seuls lanceurs de sorts qui viendraient me chercher sont des mages noirs ou vous, monsieur. »
Je savais aussi qu’il s’agissait du vieux mage que j’avais déjà rencontré.
Les mages étaient par nature des créatures très occupées.
Ils découpaient leur temps de recherche à la seconde près. Rien ne justifiait qu’ils viennent soudain me chercher sans raison.
Les seuls lanceurs de sorts susceptibles de venir me chercher étaient donc Belgian ou ce vieux mage.
Naturellement, Belgian n’était pas du genre à se donner autant de mal pour me retrouver. Par élimination, il ne restait que ce vieil homme.
Et même sans faire ce raisonnement, le vieux mage devait apparaître à ce moment-là, selon les règles du genre.
« Alors, qu’est-ce qui vous amène ? »
Je sortis des rafraîchissements et les déposai devant le vieil homme.
Je les avais préparés un mois auparavant, sans savoir quand il viendrait.
En découvrant ce duo de thé et de biscuits, rarement servi dans la Fosse des Limbes, le vieux mage ouvrit légèrement les yeux.
« Vous aviez aussi préparé cela à l’avance ? »
« Oui. On dit que les occasions ne se présentent qu’à ceux qui sont prêts. »
C’était aussi une petite phrase pour faire étalage de mes compétences.
Le mage fixa attentivement mon masque.
Son regard avait quelque chose d’étrange.
Je n’avais jamais vu une telle expression et ne pouvais donc pas en être certain, mais j’avais l’impression qu’il regardait une proie.
« Être prêt… »
Le vieil homme marmonna pour lui-même, et son visage se brouilla.
Ses traits flous se dissipèrent comme de la brume, révélant le visage du vieux mage que j’avais rencontré auparavant.
« Si mon jeune disciple est prêt, alors il est juste que son aîné lui offre une occasion. »
Son œil gauche, que son cache-œil ne recouvrait pas, se posa sur moi.
« Avant cela, j’ai encore une question. Pourquoi étudiez-vous la magie noire en ce moment ? »
« Je ne vois pas bien ce que vous voulez dire. »
« Julian Schnabel. On dit que mentir est une vertu quand on a affaire aux mages, mais ne faites pas l’erreur de m’appliquer les vertus des lanceurs de sorts ordinaires. »
Tss.
On aurait dit que faire l’innocent ne marcherait pas.
À bien y réfléchir, prétendre le contraire face à quelqu’un qui connaissait mon nom alors que je ne m’étais jamais présenté était plutôt ridicule.
Je ne lui demandai même pas comment il savait ce que j’étudiais.
Il avait peut-être utilisé la clairvoyance ou une autre magie du même genre.
C’était tout ce que je pouvais vaguement supposer.
Je me contentai de rectifier légèrement son malentendu.
« Je n’étudie pas la magie noire. »
« Hum ? Vous n’avez pas utilisé de magie noire ? »
« Au bout du compte, ce que je compte faire relève de l’alchimie. »
Dans ce monde, l’alchimie n’était pas de la magie.
Au début, quand j’avais appris qu’il existait une alchimie, j’avais cru qu’on pouvait modifier directement la disposition des éléments grâce au pouvoir magique, comme dans un manga célèbre.
Je m’étais imaginé qu’il serait facile de mettre au point de la quinine.
Mais quand j’avais vraiment réuni des alchimistes, tout ce qu’ils m’avaient montré, c’était du travail pénible : jeter ceci ou cela dans un chaudron et faire bouillir le tout.
La seule différence tenait à la façon d’allumer le feu : avec la magie ou un outil magique.
Au fond, les alchimistes n’étaient pas très différents des chimistes.
Ils se contentaient d’ajouter au mélange les lois chimiques propres à ce monde et de nouveaux matériaux.
‘Pas étonnant qu’il n’y ait pas de tour des mages consacrée à l’alchimie.’
Quoi qu’il en soit.
L’alchimie était un terme qui englobait toutes les techniques capables de modifier les propriétés de la matière.
C’était pour cela que je présentais mes recherches comme de l’alchimie en parlant au vieux mage.
« La magie noire n’est qu’un moyen pour moi. Ce que je veux créer n’est ni un outil magique ni un phénomène magique. »
« Alors, c’était de l’alchimie ? »
« Oui. »
La différence entre la recherche magique et l’alchimie était simple.
Il suffisait de voir si l’objet ou le phénomène obtenu avait besoin de mana.
S’il n’en avait pas besoin une fois créé, c’était de l’alchimie.
S’il en avait besoin, c’était un outil magique ou un sort.
Voilà pourquoi je disais que je me consacrerais à l’alchimie plutôt que de devenir mage.
L’alchimie ne nécessitait pas la moindre aptitude à la magie.
« Ha ha… Je croyais que vous étiez mon jeune disciple… mais vous êtes alchimiste. »
Le vieux mage plissa les yeux.
Cela me rappela que les mages méprisaient les alchimistes.
Un frisson me parcourut l’échine.
J’avais une impression de déjà-vu.
‘Ne me dites pas que ça va se passer comme avec Belgian ?’
Allait-il se mettre en colère et prétendre que je l’avais encore trompé ?
Ça, ce serait mauvais.
Belgian n’était que de rang deux (?) et c’était un type ordinaire rongé par son complexe d’infériorité. Je pouvais m’en tirer d’une manière ou d’une autre.
Mais le vieil homme devant moi dégageait à première vue une aura qui semblait largement dépasser le rang deux.
Si je devenais son ennemi, il ne resterait peut-être même pas mes os.
‘Même pour une histoire de malentendu, c’est vraiment trop injuste, non ?’
Tandis qu’une sueur froide me gagnait, j’ouvris la bouche pour dissiper le malentendu du vieil homme.
« Monsieur… Je n’ai jamais eu l’intention de vous tromper… »
Le vieil homme m’interrompit et demanda d’une voix froide : « Alors, que comptez-vous faire de cette malédiction ? Vous n’avez tout de même pas l’intention de la répandre ? »
« Non. C’est tout le contraire. »
« Le contraire ? »
« En affrontant récemment un mage noir, j’ai découvert par hasard qu’après avoir surmonté une malédiction, on devenait moins vulnérable à cette même malédiction. »
« Hum. C’est vrai. »
C’était un fait également connu, dans une certaine mesure, des lanceurs de sorts.
Une fois qu’on avait surmonté une malédiction, on acquérait une certaine résistance à cette même malédiction.
C’était pourquoi les lanceurs de malédictions n’y avaient recours que s’ils étaient certains de pouvoir tuer leur cible.
Et, quand ils le faisaient, ils lançaient leurs sorts dans l’intention de tuer.
Le vieux mage sembla se rappeler ce fait et acquiesça.
« Mais alors ? »
« En soignant les patients d’ici, j’ai appris quelque chose. Ceux qui avaient survécu à des malédictions traversaient souvent les épidémies sans le moindre problème. »
« Hum ? C’est vrai ? »
J’acquiesçai.
Qui pourrait me contredire si je prétendais l’avoir observé ?
« Oui. Je me suis donc dit qu’en infligeant d’abord aux gens une malédiction affaiblie, nous pourrions les protéger des épidémies qui reviennent régulièrement. »
« … »
Le vieux mage se tut.
Il fit tourner sa tasse de thé sur la table, plongé dans ses pensées.
Son unique œil me scruta encore et encore.
Combien de temps passa ainsi ?
Quand la vapeur qui s’élevait de la tasse se fut dissipée, le vieil homme prit enfin la parole.
« Depuis un mois, vous avez éveillé ma curiosité au plus haut point. »
« … Pardon ? »
« Après vous avoir donné le grimoire, j’ai un peu enquêté sur vous. »
Le vieil homme posa le menton sur sa main et poursuivit d’un ton tranquille.
« Au début, je pensais que vous n’étiez qu’un jeune noble qui jouait au guérisseur dans les taudis. Mais plus je creusais, plus je découvrais des faits étonnants. »
Les traces que j’avais laissées se mirent à défiler une à une dans la bouche du vieil homme.
« Vous avez fabriqué un médicament à partir de l’écorce d’un arbre qui pousse à l’état sauvage dans le Royaume des Démons pour sauver des soldats, puis vous l’avez vendu à moitié prix. »
« … »
« Vous avez extrait un remède miraculeux des entrailles de bêtes et sauvé des gens qui mouraient du diabète. »
« … »
« Tout cela relève de miracles alchimiques. »
Le vieil homme eut un sourire amer et toucha son cache-œil.
« Pardonnez-moi, jeune homme. Quand on occupe une position élevée, il y a beaucoup de choses à vérifier. J’ai peut-être fini par devenir paranoïaque, à force de vivre si longtemps. »
Le vieux mage se gratta le menton.
« Tout d’abord, je respecte votre audace : vous m’avez servi du thé sans même me demander mon nom. Et pour vous présenter mes excuses, je crois pouvoir vous révéler mon véritable nom. »
Le vieil homme se leva de sa chaise.
« Je m’appelle Louis Edelhardt. »
À cet instant, le contenu d’un livre d’histoire que j’avais lu pour mieux comprendre ce monde me revint à l’esprit.
Louis Edelhardt.
Le Père de la Magie.
Le grand maître des treize tours des mages de l’Empire, le seul mage de rang huit encore en vie.
Et l’un de ceux qui avaient accompagné l’histoire de l’Empire.
Tandis que je cherchais soigneusement mes mots devant cette apparition si inattendue, Louis me sourit et me tendit la main.
« Julian Schnabel. Accepteriez-vous de devenir mon disciple ? »
En regardant le Père de la Magie me tendre la main, une seule pensée m’occupait l’esprit.
‘Qu’est-ce que c’est que ça ? C’est terrifiant…’
Où cette boule de neige avait-elle commencé à dévaler la pente ?
Je commençais à comprendre pourquoi les protagonistes des histoires de malentendus essayaient de s’enfuir.
Notes :
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