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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de dark fantasy pris pour un saint ◈
Chapitre 29 : Une fleur qui éclot au milieu de la peste (4)
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« Je suis Belgian. Je suis venu faire une proposition des plus intéressantes à quelqu’un qui, comme moi, a affaire à la mort. »
Belgian, ce noble déchu, s’inclina avec élégance.
Ce n’est qu’en s’approchant que je pus voir son visage.
Sous la lanterne rouge, le côté droit de son visage était dissimulé par un masque.
« À en juger par ce masque de corbeau, je suppose que vous êtes celui qu’on appelle le docteur Schnabel. Me serais-je trompé d’endroit ? »
« Non. Vous avez trouvé la bonne personne. »
À ma réponse, l’homme nommé Belgian sourit.
Je fronçai les sourcils en le voyant.
Pas qu’il puisse le voir à travers le masque.
« Bien. Reprenons donc depuis le début. J’ai beaucoup entendu parler de vos exploits dans ce trou à rats. »
« J’ai eu de la chance. »
« Ha ha ! Vous avez tellement croupi dans cet égout que vous en avez oublié votre noblesse ? L’humilité est une vertu que les gueux de basse extraction, qui n’ont rien à faire valoir, aiment afficher. Avez-vous déjà vu un magnifique paon dissimuler sa queue ? Même dans une boue pareille, les gens de noble naissance devraient déployer leurs ailes avec fierté, s’ils ont une force digne d’être montrée. »
Le visage d’Eri se raidit à mesure que l’homme débitait ses opinions.
« Pff. Quel parvenu. »
Elle marmonna assez bas pour que nous seuls l’entendions.
J’étais tout à fait d’accord avec elle.
« Ah, je me suis encore laissé emporter. C’est une mauvaise habitude. Je vous prie de m’excuser. »
« Ce n’est rien. Alors, quelle est l’histoire de la goule que vous m’avez envoyée ? »
« Hmm… Par où commencer pour vous expliquer mon grand dessein de manière à ce que vous le compreniez facilement… ? »
Belgian se caressa nonchalamment la mâchoire gauche, intacte, puis reprit la parole.
« Oui, commençons par là. J’avais l’intention d’enseigner l’ordre aux bêtes de ce Secteur H barbare. Il me fallait placer entièrement sous mes pieds ce dépotoir chaotique. »
« Pour un parvenu, il voit un peu trop grand… Mmph ! »
La main calleuse de Wangcho couvrit la bouche d’Eri.
Puis il approcha son visage de son oreille et chuchota assez fort pour que je l’entende.
« Fais attention à ce que tu dis, gamine. Ce salaud est de rang 2. »
« Quoi ?! Pourquoi quelqu’un de rang 2 est ici ? »
« Comment veux-tu que je le sache ? Mais quelqu’un comme lui pourrait facilement unifier le Secteur H. »
Ah.
Il était donc de rang 2.
Je ne pouvais percevoir que jusqu’au rang 1.
En temps normal, on ne pouvait détecter que les personnes d’un rang supérieur au sien.
Un rang 0 ne percevait donc que jusqu’au rang 1, tandis qu’un rang 1 ne percevait que jusqu’au rang 2.
Ainsi, même si quelqu’un de rang 1 croisait un rang 7, il pouvait le prendre pour un rang 2.
« Pour l’instant, concentre-toi sur le fait de le garder de bonne humeur, gamine. »
À l’avertissement de Wangcho, Eri déglutit péniblement.
Heureusement, Belgian ne semblait pas avoir entendu son murmure.
Il se tenait toujours sous la lanterne rouge, poursuivant son discours avec des gestes exagérés de comédien.
« Cependant, pour atteindre mon objectif, il me fallait une armée qui travaille pour moi. Par chance, le moment idéal pour mener à bien ma grande entreprise est arrivé. »
Je devinais ce qu’il voulait dire, sans qu’il ait besoin de le préciser.
Créer une goule à partir de rien exigeait une quantité considérable de mana pour un mage noir.
Comme nous n’étions pas dans un monde où chaque individu disposait d’une réserve abondante de mana, cette méthode permettait d’en créer tout au plus une par jour.
C’était pourquoi les mages noirs cherchaient dès que possible des endroits imprégnés de symboles impurs et saturés de mana.
En trouvant un bon emplacement, ils pouvaient multiplier par dizaines l’efficacité de leur mana.
C’était comme chercher un endroit sec pour allumer un feu.
Et, naturellement, il était plus facile d’attiser une étincelle déjà présente que d’allumer un feu à partir de rien.
Il semblait que ce mage noir en avait profité.
« Vous avez attendu que les goules apparaissent naturellement ? »
« Hmm. Vous connaissez aussi la magie ? Excellent. »
Mais tout le monde ici ne pouvait pas suivre notre conversation.
« Les mages parlent vraiment de façon compliquée. Gamine, tu étudies la magie depuis quelque temps. Tu as compris quelque chose ? »
« Je n’ai même pas fini les bases. Et toi, Wangcho ? »
« Hmm. J’ai atteint le rang 1 par d’autres moyens que la magie. »
En les entendant chuchoter, Belgian fronça les sourcils.
Mais seulement un instant.
Il effaça aussitôt son expression contrariée et prit un ton supérieur.
« Si instruire les inférieurs ignorants est le devoir de ceux qui leur sont supérieurs, soit. »
Toc. Toc.
Belgian frappa deux fois le sol de sa canne.
L’ombre à ses pieds s’étira et se glissa dans le cadavre décapité du Roi des Fous, étendu dans la boue.
Crac ! Crrr !
« Aah ! »
Eri poussa un petit cri et se cacha derrière Wangcho.
Son énorme corps, qui gisait sans vie quelques instants plus tôt, se redressa en titubant dans un craquement grotesque.
Du sang rouge sombre coulait de son cou tranché, mais le cadavre se tenait droit à côté de Belgian.
Belgian tapota de sa canne l’épaule du clown décapité et parla d’un ton arrogant.
« Élever une bête depuis le début est difficile, mais lui mettre une laisse n’a rien de bien compliqué. Pour le dire plus simplement, puisqu’elle est apparue naturellement sous forme de goule, il m’a suffi d’un peu de plomb, bande de gueux. »
Le plomb symbolisait le métal qui emprisonnait les âmes.
Je n’avais aucune idée de pourquoi.
C’était simplement ainsi que fonctionnaient les lois de ce monde.
C’est pourquoi les mages noirs enfonçaient parfois du plomb dans la tête ou le cou des cadavres et s’en servaient comme d’une antenne pour les contrôler.
À titre d’information, c’était pour cette raison que le conseil habituel, face aux morts-vivants, était de leur fracasser la tête en premier.
« Le destin m’a également favorisé. Cet hiver, j’ai trouvé un cadavre de choix. Cela a grandement facilité les préparatifs de ma grande entreprise. »
Belgian tapota de sa canne le genou du clown décapité.
« Cependant, les cadavres de rang 1 ont un ego excessivement puissant. Je ne m’attendais pas à ce qu’il échappe à mon contrôle dès qu’il découvrirait la personne qui l’a tué. À l’origine, je l’avais envoyé pour vous escorter. »
Une escorte par une goule.
Rien que cela suffisait à me faire comprendre qu’il n’avait pas toute sa tête.
« En temps normal, je devrais vous réclamer des dommages et intérêts pour avoir ruiné ma précieuse collection. Mais… »
Belgian leva les yeux vers le cadavre décapité.
Son regard se fit glacial.
« Mais, à la place, c’est moi qui ai commis une impolitesse. Je n’aurais jamais imaginé que cette créature avait un compte à régler avec vous. Puisque je l’ai envoyée comme messager, permettez-moi de vous présenter mes excuses. »
Clac !
À son claquement de doigts, le corps du clown enfla comme s’il s’était rempli de gaz.
Pouf !
Puis, dans un bruit de fuite d’air, le corps disparut.
Il ne resta qu’un liquide qui clapota sur place avant de s’infiltrer dans l’ombre de Belgian.
« Je vous prie de m’excuser. Je vous jure que j’ignorais que cette créature avait un différend avec vous. »
« Ce n’est rien. Alors, pourquoi me cherchiez-vous ? »
« Ah, oui. »
Belgian frappa dans ses mains et sourit de toutes ses dents.
« J’ai entendu dire que vous aviez soigné des gens avec du fil et des aiguilles, sans magie divine. »
« … »
« Cette technique qui consiste à recoudre la peau manquante à l’aide d’une autre peau ! Vous devez sûrement aussi savoir créer des chimères. Je me trompe ? »
« Hmm… »
Je ne pouvais pas vraiment le nier.
Quand j’étudiais sérieusement la magie, je m’étais dit que je pourrais probablement m’en sortir si j’essayais.
J’avais même appris les bases de la transplantation de membres pendant ma formation aux États-Unis, dans ma vie antérieure.
Bien sûr, je n’avais jamais envisagé de tenter l’expérience.
Je n’avais aucune envie d’entendre quelque chose du genre : « Grand frère Julian… Jouons ensemble… »
Mais Belgian prit mon silence pour une confirmation.
« Voilà pourquoi je souhaite vous faire une proposition. Pourquoi ne pas vous joindre à moi ? J’ai honte de l’admettre, mais j’ai appris la magie noire en autodidacte. Si nous unissons mon armée à vos techniques de création de chimères, conquérir cet égout sera un jeu d’enfant. »
« Je refuse. »
Ça ne valait même pas la peine d’y réfléchir.
Pourquoi m’allierais-je à un fanfaron pareil ?
Je n’avais pas pour habitude de monter à bord des navires en train de couler.
Je n’avais pas lu le roman d’origine, mais je savais que ce mage noir était voué à sa perte, même sans en voir la suite.
Les gens qui traitaient les êtres humains de cette façon ne connaissaient jamais de fin heureuse.
Et surtout, j’étais le protagoniste.
Je n’avais aucune raison de m’allier à un méchant.
« Je le répéterai autant de fois qu’il le faudra. Cela ne m’intéresse pas, monsieur Belgian. »
« Hmm. Ma proposition ne vous a pas convaincu ? Je vais alors vous offrir de meilleures conditions. »
Il me tendit la main qui ne tenait pas sa canne.
« Une fois que je régnerai sur le Secteur H, je vous fournirai régulièrement du matériel de recherche. Certains habitants du Secteur H ont osé se rebeller contre mon autorité. Je vous livrerai les membres de leurs familles qui auront survécu. »
« … Il y aurait aussi des enfants ? »
« Oh, vous en avez besoin ? Je peux vous en préparer autant que vous le souhaitez. Cet endroit regorge d’enfants qui ne font que manger. »
Les épaules d’Eri tressaillirent à ses mots.
Entre la réponse de Belgian et la réaction d’Eri, je sus quoi décider.
*Belgian. Toi et moi, ça ne marchera pas.*
De nos jours, dans les web novels, on dit que le meurtre n’est pas rédhibitoire chez un compagnon, mais même les meurtriers ne s’en prennent pas à la famille de leurs victimes.
Même moi, je ne pouvais pas fermer les yeux là-dessus.
« Je suis désolé. »
En disant cela, je glissai discrètement une balle d’argent dans la main d’Otto.
J’aurais pu tirer moi-même, mais il était un surhumain de rang 2.
Otto avait bien plus de chances de l’atteindre.
Je ne craignais pas que la balle soit inefficace contre un surhumain.
C’était la fameuse balle qui avait servi lors de l’attentat contre le comte, il y a bien longtemps.
Mais Belgian ne comprit pas que j’avais pris ma décision. Il continua simplement à insister.
« Pourquoi ? Votre objectif n’est-il pas, vous aussi, de vous venger de ceux qui vous sont supérieurs ? »
« Qu’est-ce qui vous fait penser cela ? »
« Inutile de le cacher. Je suis dans la même situation que vous. »
Belgian retira son masque.
Le masque de porcelaine qui couvrait le côté droit de son visage et son front s’enleva, révélant un visage déformé par les brûlures.
« Comme vous, j’ai été accusé à tort. Il fut un temps où je me tuais à la tâche, persuadé que mon père me reconnaîtrait comme son fils si je travaillais assez bien. Et voilà ce que je suis devenu. »
Il fit bouger l’os de sa mâchoire droite, mis à nu par la chair brûlée.
Puis il désigna son front.
« Regardez ! Cette glorieuse malédiction ! Les anciens de ma maison m’ont traité de honte et m’ont marqué de cette vile cicatrice. Vous aussi, vous devez porter des blessures comme les miennes, n’est-ce pas ? »
« … »
Je compris alors.
Il ne m’avait pas cherché simplement parce qu’il voulait mes techniques.
Il avait dû entendre les rumeurs qui circulaient à mon sujet dans la Fosse des Limbes.
Un guérisseur ayant travaillé dans le quartier supérieur n’avait pas réussi à soigner quelqu’un d’une maison ducale, et ainsi de suite.
Des rumeurs de ce genre.
« Dites-moi le nom de la maison dont vous voulez vous venger. Une fois ma vengeance accomplie, je vous aiderai à assouvir la vôtre. Dites-le, et c’est tout. La maison Rotmund ? La maison Eifenbein ? Ou l’Église ? »
Il me tendit de nouveau la main.
Le désespoir semblait s’en dégager.
« Je vous en prie, ne repoussez pas cette main. Je suis naturellement compatissant, et je ne peux pas abandonner des gens comme vous. »
« … »
Je commençais à en avoir assez de l’écouter.
Les malentendus, c’était bien joli, mais même les méchants se trompaient sur mon compte.
Ce n’était pas le genre de malentendu que je voulais exploiter. Je portai donc la main à mon masque pour corriger l’erreur de Belgian.
Sans un bruit, je levai la main et détachai la sangle sous mon menton.
Belgian comprit que j’allais l’enlever. Une légère rougeur lui monta aux joues tandis qu’il se réjouissait.
« Oui ! C’est ça ! »
Wangcho aussi fixa mon visage.
Il gardait toujours ses distances en disant qu’il ne tenait pas à connaître mon identité, mais il était visiblement curieux malgré tout.
Sous les regards de tous, j’enlevai mon masque.
« Je suis désolé, mais… Je n’ai jamais reconnu la véracité de ces rumeurs. »
Clic.
Le masque au bec se détacha de mon visage.
La lumière de la lanterne rouge révéla mon visage nu.
Un visage tout à fait ordinaire, assez net pour paraître pâle.
Sans marque de monstre, peau en décomposition ni blessure grotesque.
L’expression de Belgian se figea aussitôt.
Cri. Cri.
Seul le chant des grillons d’égout résonna dans l’allée.
Je fus le premier à rompre ce silence gênant.
« Hum… ! »
Bon sang.
Je me mis à tousser dès que j’enlevai mon masque.
L’air du quartier inférieur était vraiment trop infect.
Ce n’est qu’après avoir entendu ma toux que Wangcho laissa échapper un rire creux.
« Ha… Docteur. Vous avez caché ce visage tout ce temps ? »
« Qu’est-ce qu’il a, mon visage ? »
« Avec un visage pareil, vous pourriez épouser la fille de n’importe quelle maison noble et vivre dans le luxe jusqu’à la fin de vos jours. Pourquoi descendre jusqu’à un égout comme celui-ci et le cacher ? Non, attendez. Avec une telle tête dans le Quartier rouge, vous avez peut-être effectivement besoin d’un masque. »
Toujours dissimulée derrière Wangcho, Eri passa timidement la tête.
« Exactement. Je n’ai jamais compris pourquoi tu portais toujours un masque quand tu sortais. »
« Gamine, tu le savais déjà, non ? »
« C’est bien pour ça que je comprends encore moins. »
Même Otto hocha la tête.
« … »
C’était quoi, cette ambiance ?
Hmm. C’était vraiment à ce point ?
Après un instant de réflexion, je secouai la tête.
*J’ai beau y réfléchir, ce n’est pas si exceptionnel.*
La moitié de l’apparence, c’était la peau.
Et la moitié de la peau, c’était l’hygiène.
Dans un monde où les gens ne se lavaient même pas correctement au savon, une peau comme la mienne, nettoyée et soignée au savon chaque jour, devait paraître divine.
En plus, je passais presque toutes mes journées à l’intérieur et protégeais ma peau de l’air agressif avec un masque.
Je pouvais admettre que ma peau était jolie.
Mais être beau…
Là, j’en étais moins sûr.
*Qu’est-ce qu’il y a d’attirant dans un visage aussi sombre ?*
Je reconnaissais que j’avais l’air délicat, mais le reste était difficile à accepter.
Il y avait plein de nobles du quartier supérieur plus beaux que moi.
Même Belgian, qui était censé être un enfant illégitime, avait un demi-visage remarquablement beau.
« Vous ne tirerez rien de moi en me couvrant ainsi d’éloges. »
« Non, je suis sérieux. Docteur, vous ne vous regardez jamais dans un miroir ? »
« Eri. Ça suffit. »
Mais il semblait que mon apparence soignée était une insulte plus terrible que n’importe quelle autre pour quelqu’un.
Surtout pour un enfant illégitime déchu qui avait l’air de ne pas s’être lavé depuis des années.
« C’est un mensonge… »
Les lèvres de Belgian tremblèrent.
Son regard, jusque-là plein de camaraderie, de joie et d’espoir, se mit à vaciller.
Bientôt, il se déforma sous l’effet d’une trahison et d’un sentiment d’infériorité incontrôlables.
« C’est un mensonge… ! Vous… Vous ne pouvez pas être différent de moi ! »
Une énergie noire commença à s’élever sous ses pieds.
« Vous m’avez… trompé… ? »
Sa main tremblante serra fermement sa canne.
Le mana se mit à tourbillonner autour de lui, faisant trembler l’air alentour.
« Comment osez-vous me tromper en prétendant être noble, en prétendant être blessé ?! Vous n’êtes finalement pas différent de ces imbéciles ! Vous vouliez vous moquer de moi ! Faire de ma souffrance un spectacle !! »
Il leva sa canne et hurla.
Hmm.
J’avais essayé de dissiper un malentendu, mais il s’était mépris d’une tout autre manière.
Peut-être que c’était simplement ainsi que fonctionnaient les histoires de malentendus.
La prochaine fois, mieux vaudrait peut-être ne pas chercher à les corriger.
« Espèce d’imposteur ! Je vais t’arracher cette précieuse peau et faire de toi un véritable monstre !! »
BOUM !
Au cri de Belgian, du mana noir jaillit de l’extrémité de sa canne.
Il sortit quelque chose de sous ses vêtements.
Une petite fiole en verre.
« Sanio et Putro ! (Pus ! Putréfaction !) »
Je me concentrai aussitôt sur les paroles de son incantation.
Une incantation était une négociation avec le monde.
Elle revenait à dire : « Je comprends ces conditions, alors prends-moi moins de mana et permets au sort de s’activer. »
Autrement dit, si l’on comprenait suffisamment bien une incantation, on pouvait prévoir dans les grandes lignes le sort que l’adversaire allait lancer.
« Morde Cuten Eos ! (Rongez leur peau !) »
Il jeta la fiole par terre.
Elle se brisa et un liquide jaune vif se répandit sur le sol.
On aurait dit un exsudat de plaie, et je devinais quel sort il s’apprêtait à lancer.
Une incantation ordinaire prenait environ une minute ; nous avions donc encore le temps de réagir.
« C’est une malédiction pestilentielle ! »
Je vidai le sac que je tenais et en répandis le contenu.
Ce n’était pas aussi efficace que mon masque à gaz, mais je me souvenais y avoir rangé quelques masques.
Bien sûr, comme il s’agissait d’une malédiction lancée par un rang 2, des masques ordinaires ne suffiraient pas à la bloquer complètement.
Mais ils pouvaient transformer une malédiction mortelle en une simple malédiction douloureuse.
Cependant, avant que je puisse sortir un masque, Belgian acheva brusquement son incantation.
« Efflora, Morbiflos ! (Éclos, fleur de la peste !) »
Surpris, je croisai son regard.
Il me fixait avec un sourire sinistre.
« Vous pensiez que je laisserais le temps de réagir à un éventuel partenaire ? Quel dommage. Je ne vous sous-estime pas. »
Belgian chancela.
Il avait dû perdre une quantité énorme de mana pour raccourcir une incantation qui aurait dû prendre une minute.
Mais, en contrepartie, il avait pu lancer le sort sans nous laisser le temps de réagir.
Une brume noire nous engloutit.
Une puanteur douceâtre et écœurante de pourriture me transperça les narines.
Je mis précipitamment mon masque à gaz et criai aux autres :
« Retenez au moins votre respiration ! »
Lorsque la brume noire se dissipa enfin et que tout le monde fut de nouveau visible, je vérifiai aussitôt leur état.
« Si vous avez de la fièvre ou si vous vous sentez mal, dites-le-moi immédiatement… »
« Hein ? Il ne s’est rien passé. »
Mais contrairement à ce que je pensais, personne n’était malade.
Eri renifla l’air et pencha la tête, tandis que Wangcho se palpait sans se plaindre du moindre symptôme.
Le visage de Belgian se tordit tandis qu’il titubait, épuisé par la perte considérable de mana.
« C’est impossible. Le sort n’a pas fonctionné ? »
Il sortit une autre fiole en verre, la jeta à terre et fit surgir un nouveau nuage de brume noire.
Cette fois, il n’y eut aucune incantation.
« Urgh… »
La dépense colossale de mana le fit chanceler, mais, peut-être par orgueil, il se força à lancer le sort sans incantation.
La brume s’éleva de nouveau, puis se dissipa encore une fois.
« … C’est juste un imposteur, ce type ? »
Eri marmonna en réapparaissant, parfaitement indemne.
Cette fois, Belgian sembla l’entendre.
« Petite garce vulgaire… Urgh… ! »
Mais il avait peut-être épuisé tout son mana : même s’appuyer sur sa canne semblait lui coûter des efforts.
« Ça n’a aucun sens… Pourquoi ça ne marche pas ? Et pourquoi cela demande-t-il autant de mana ?! »
Le regard incertain de Belgian balaya le sol.
Puis il s’arrêta sur les objets éparpillés après être tombés de mon sac.
Plus précisément, sur une fiole en verre qui ressemblait à celle que Belgian tenait.
« Ne me dites pas que… ! »
Les yeux de Belgian s’écarquillèrent.
« Vous aviez aussi un catalyseur… ! »
En voyant cela, je lui posai la question, par précaution.
« Vous avez utilisé du pus de variole comme catalyseur ? »
Les épaules de Belgian tressaillirent.
C’était presque une réponse.
Je crus alors comprendre quelle peste il avait voulu invoquer avec sa malédiction.
*Parmi toutes les malédictions possibles, il a choisi celle de la variole ?*
Évidemment que ça ne marcherait pas.
Tout le Secteur D, y compris les gens ici présents, avait déjà été vacciné en secret par mes soins.
C’était comme essayer d’allumer du bois mouillé.
Même en l’aspergeant d’huile, ça ne servirait pas à grand-chose ; or il avait en plus lancé son sort sans incantation. Son mana ne pouvait pas tenir le coup.
De plus, son incantation et la formule du sort ne prenaient pas l’immunité en compte ; l’échec de la négociation avait donc encore accru le coût en mana.
*Pauvre homme. Parmi toutes les malédictions possibles, il a fallu qu’il choisisse la variole… ?*
En regardant Belgian paniquer et vérifier son mana, je réfléchis.
Comme prévu.
On pouvait bien travailler autant qu’on voulait : dans une histoire de malentendus, la chance comptait bien davantage.
Note de l’auteur
À tous,
Vous pouvez me traiter d’auteur lamentable…
Je vous prie de m’excuser pour ce retard : j’ai passé les derniers jours à me tourmenter à propos d’un changement de titre.
Je ne changerai plus le titre, alors pardonnez-moi…
Par ailleurs, après avoir recueilli vos avis concernant le sondage sur l’heure de publication, j’ai décidé de publier à 21 h. Il se peut que je poste un peu plus tôt.
Notes de bas de page :
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