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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de dark fantasy pris pour un saint ◈
Chapitre 24 : L’hiver dans la Fosse des Limbes (5)
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* * *
« Putain. »
La suite fut un véritable carnage.
Pour Wangcho comme pour Tao Chen, cela ressemblait moins à une bataille qu’à un massacre.
Des douilles, qu’on voyait rarement dans ce trou à rats, jonchaient le sol. Les tronçonneuses rugissaient, leurs dents déchiquetant les os humains.
« Pourquoi des types armés débarquent ici ?! »
« Bande d’enfoirés ! Vous savez seulement qui nous soutient ?! »
Parfois, certains se donnaient de grands airs parce qu’ils comptaient sur leurs protecteurs.
Wangcho, lui, fit exploser la tête d’un de ces clowns avec son pistolet à canon court, puis répondit calmement :
« Si tu attends la compagnie marchande qui te soutient, elle ne viendra pas. Vous avez dépassé les bornes. »
« Quoi… ? »
« On dirait que tu n’es pas au courant. Rien d’étonnant, avec des types comme vous. »
Wangcho soupira et abattit sa hachette.
Ça en faisait cinq.
Il n’avait pas perdu la main.
C’était simplement qu’une hachette ne pouvait pas rivaliser avec la vitesse meurtrière d’un fusil.
Le plus impressionnant était celui qu’ils appelaient le capitaine.
« C’est quoi, ce truc ? »
Le regard de Wangcho se posa sur l’arme que tenait le capitaine.
Son canon était obstrué et, à son extrémité, était fixée une sphère de cristal noir.
Mais ce n’était pas non plus un bâton magique : des sangles semblables à des câbles le reliaient au fourneau de mana qu’il portait dans le dos.
« Il le tient comme un fusil, mais ça ressemble à un bâton magique… Comment je suis censé appeler ça ? »
À sa seule apparence, il était impossible de deviner ce que c’était.
Wangcho avait entendu dire que tout l’équipement magitech était comme ça.
À peine entré dans la salle, le capitaine vérifia les jauges qui pendaient dans son dos et se mit à noircir un carnet d’équations griffonnées à la hâte.
Protégé par les autres membres, il calcula consciencieusement les variables. Il ne rejoignit le combat qu’au bout de dix minutes.
« Reculez. [Kristarubr, provas tibdona.] »
Une courte incantation fit jaillir des flammes du bâton.
Des dizaines de clowns qui chargeaient furent engloutis par le feu. Même ceux au visage blanc, qui résistèrent un instant, furent réduits en cendres en un clin d’œil.
Au milieu de cette mer de flammes, Wangcho fixa le capitaine avec horreur.
« Monsieur, vous êtes un mage ? »
« Un bon à rien comme moi, à moitié formé, ne mérite pas le nom de mage. Je ne peux pas utiliser la magie sans l’aide d’un appareil magique de mesure. »
« Quelle différence ça fait ? »
L’un lançait des sorts sur-le-champ, l’autre grâce à un appareil magique.
Pour Wangcho, dans les deux cas, c’étaient des monstres du champ de bataille.
Une chose était sûre : s’il se mettait à dos ce capitaine, il finirait rôti tout entier.
Porté par son élan, le capitaine poursuivit sa progression jusqu’au chef des clowns.
« Ho ho ho ! Quels invités mal élevés ! Vous autres, vous êtes… Gyaaaah ! Ça brûle ! Ça brûle, ça brûle ! »
Le Roi des Fous se présentait, son ventre ballotant sous un gilet de soie élimé.
Mais avant qu’il ait pu finir, le capitaine de l’escouade des opérations spéciales lui cracha des flammes dessus.
« Gah, gah, gah ! Arrête ! »
Pourtant, bien qu’il venait tout juste d’atteindre le premier rang, il résista aux flammes et chargea après avoir transformé son sceptre royal en masse.
Mais Wangcho n’avait pas l’intention de le laisser faire.
« Crève en silence, sale ordure. »
Thud !
La hachette de Wangcho s’enfonça dans l’arrière du crâne du roi des clowns.
Le Roi des Fous bascula en avant et s’écrasa le visage contre le sol.
« Gyaah ! Gyaaah ! »
Le Roi des Fous se roula frénétiquement par terre, tentant d’éteindre les flammes qui le dévoraient.
Le capitaine observa en silence le clown obèse, puis claqua des doigts pour éteindre le feu.
« Hein ? Monsieur ? Vous êtes à court de mana ? »
Le capitaine ne répondit pas et continua de fixer le Roi des Fous calciné.
Finalement, lorsque la fumée qui s’élevait de son corps se dissipa, le capitaine s’approcha de l’énorme masse de charbon.
« Kof… Kof… »
« Roi des Fous. »
« Q-quoi ? »
« Sais-tu quelle différence il y a entre un fou, un humain et une bête ? »
Le capitaine s’agenouilla devant le Roi des Fous, qui respirait à peine.
« Q-qui… ? »
« C’est ce que tu m’as dit. Si les fous, les humains et les bêtes sont différents, alors prouve-le toi-même. »
Tout en parlant, le capitaine porta une main à son masque à gaz.
Pschitt.
Un sifflement sec retentit tandis que la pression qui maintenait le masque sur son visage se relâchait.
Le visage nu révélé par la vapeur blanche était terriblement déformé.
Ses joues étaient couvertes de cicatrices, où brûlures et points de suture s’entremêlaient. Les commissures de ses lèvres avaient été fendues jusqu’aux oreilles, puis recousues.
« C-ce n’est pas possible… ! »
Les autres membres s’approchèrent alors par-derrière.
L’un d’eux retira son masque à gaz. Il n’avait pas de nez.
Un autre ôta son gant. Il ne lui restait que trois doigts.
Un troisième desserra son protège-gorge. À la place de ses cordes vocales, il n’y avait que des cicatrices.
Le capitaine les aligna comme un paravent, puis retira la hache du crâne du roi des clowns.
« Je… non, nous n’avons toujours pas trouvé de réponse à ta question. »
Le capitaine sortit de son manteau une épaisse grenade magitech.
« Mais il y a une chose dont nous sommes certains. »
Il força le Roi des Fous à ouvrir la bouche.
Sa mâchoire se déboîta dans un craquement, mais le capitaine s’en moqua et lui enfonça la grenade dans la bouche.
« Il suffit d’une corde, d’une pièce d’or et d’un poignard pour qu’un homme devienne la bête d’un autre. »
Le capitaine se rappela le petit directeur au masque de corbeau.
Ce jour-là aussi, il avait neigé.
« Tu as choisi le poignard ? Hum… Très bien. Si c’est la vengeance que tu cherches. »
« Tu as vraiment tenu parole. »
« Mmff… ! Mmff ! »
Le capitaine sortit le poignard qu’il avait reçu ce jour-là et l’enfonça dans le talon du Roi des Fous.
« Mmph… ! »
« On en a fini. »
Les autres membres enfoncèrent à leur tour des poignards dans les tendons de ceux qu’ils avaient amenés.
Sur leurs lames était gravé le mot Vergeltung, qui signifiait « Rétribution ».
Une fois leur tâche accomplie, ils rejoignirent les membres qui avaient gardé leur équipement.
« Bon travail. »
« Ce n’est pas encore notre tour ? »
« Ça viendra si on attend. D’où est-ce que tu as dit que tu venais ? »
« De Rotmund. »
Pour une raison qui lui échappait, Wangcho trouva que les membres qui avaient retiré leur masque avaient l’air plus radieux.
Pendant ce temps, les lèvres déformées du capitaine tressaillirent à plusieurs reprises.
« Vas-y, alors. À toi de le prouver, cette fois. Voyons combien il est difficile pour des fous de retenir leur rire. »
Après avoir lancé ces mots froids au clown à terre, il se détourna.
Les membres des Cuirassés, suivis de Wangcho, encore sous le choc, lui emboîtèrent le pas.
Un pas. Puis un autre.
Arrivé à l’entrée du théâtre, le fil de pêche accroché au bout du doigt du capitaine se tendit.
Depuis la scène, le Roi des Fous poussa un gémissement désespéré en remarquant le fil.
« Mmffff… ! »
Sans se retourner, le capitaine tira sur le fil.
À mesure qu’il se déroulait, un son métallique clair retentit dans le théâtre.
Ting.
* * *
Cela faisait trois jours que les fortes chutes de neige avaient commencé.
Cette année encore, j’étais coincé au manoir, à tuer le temps.
« Ah, j’ai vraiment envie de faire une bataille de boules de neige. »
Hélas, je n’avais personne avec qui en faire, et la neige imbibée de smog crasseux n’avait rien de romantique.
Si on recevait une boule de neige contaminée, on n’attrapait pas un rhume : on bousillait sa santé.
On risquait même d’attraper, lors d’une bataille de boules de neige, l’équivalent de la maladie de Minamata dans cet autre monde.
Je ne plaisantais pas. Vraiment.
Et puis surtout, l’image que je m’étais forgée était celle d’un homme calme et mélancolique…
À la limite, j’étais censé me faire bombarder de boules de neige par des petites pestes comme Eri.
Pas en lancer moi-même.
Plus exactement, je n’étais même pas censé sortir.
J’étais plutôt du genre à boire du thé dans ma chambre et à consulter de temps à autre les rapports que m’apportait le majordome.
« Jeune maître. Tout a été réglé comme il se doit. »
Comme maintenant.
… Attendez. Qu’est-ce qui avait été réglé ?
« Peut-être parce que vous les aviez choisis vous-même, Jeune maître, ces nettoyeurs ont fait un travail irréprochable. »
« Des nettoyeurs, dites-vous. »
Je crus comprendre ce que voulait dire le majordome en chef.
Ils avaient fait un exemple des clowns qui m’avaient attaqué.
Vu leur équipement, c’était tout naturel.
Je n’avais jamais douté qu’ils échoueraient dans leur mission.
Quand je hochai la tête, le majordome en chef poursuivit son rapport.
« J’ai également prévenu le Bureau de la sécurité à l’avance. Vous n’aurez donc aucun souci avec les suites de l’affaire. »
Je me figeai un instant en entendant cela.
Ah, c’est vrai. J’avais oublié.
Faire appel à mes soldats privés par l’intermédiaire du majordome en chef n’avait posé aucun problème, mais je n’avais pas pensé à la suite.
Sur le moment, j’étais trop furieux pour réfléchir correctement.
Heureusement, le majordome en chef semblait s’être chargé de cet aspect des choses.
Alors, comme si je lui avais fait confiance depuis le début, je poursuivis la conversation avec naturel.
« Comme toujours, vous avez assuré, majordome en chef. Puis-je vous demander comment vous vous y êtes pris ? »
« Oui. Nous avons convenu d’un don sous la forme d’une bourse spéciale pour l’Académie des héros, au nom du Bureau de la sécurité. »
Le majordome en chef avait fait un travail impeccable.
Même les nobles n’avaient pas le droit de tuer qui bon leur semblait à l’intérieur des murs.
La loi existait encore dans cette société, au moins en apparence.
« On dit que même au Moyen Âge, où barbarie et romantisme coexistaient, les nobles ne pouvaient pas tuer les gens à leur guise. »
Mais toute règle avait ses exceptions.
L’Empire avait une coutume assez singulière.
« En échange, le Bureau de la sécurité a accepté de fermer les yeux sur une certaine occasion de laver son honneur. »
Les nobles recevaient leur titre parce qu’ils avaient les moyens de protéger les habitants contre les bêtes magiques qui rôdaient au-delà des murs.
Si un noble ainsi titré se retrouvait quelque part à pleurer après s’être fait rosser, cela faisait mauvais effet pour l’Empire qui lui avait accordé son titre.
Alors cet Empire à la virilité exacerbée proposait deux options aux nobles battus par leurs inférieurs.
Ils pouvaient vivre comme des super-lâches déshonorés, en empruntant l’autorité publique pour se venger après avoir été rossés.
Ou bien ils pouvaient prouver que le machisme sommeillait dans le cœur des nobles.
Cette seconde option, devenue une coutume, s’appelait une occasion de laver son honneur.
« Vous avez fait du bon travail. Quel était le montant du don ? »
« Rien de bien important. Comme l’affaire concernait le Secteur H, le Bureau de la sécurité s’y intéressait peu. Cinq années de bourses ont suffi. »
Pour que cette coutume puisse s’appliquer, il fallait montrer assez de bonne volonté pour que le Bureau de la sécurité ferme les yeux un moment.
Dans mon cas, j’avais fait preuve de cette bonne volonté en faisant un don à la place d’une caution.
« Vous avez bien géré la situation. »
« Vous me flattez. »
Grâce à cela, je n’avais plus à m’inquiéter des suites de l’affaire.
Il ne me restait qu’à réfléchir à la façon de récompenser les subordonnés qui avaient mené la mission à bien.
Je passai les doigts sur l’anse de ma tasse et me demandai quelle récompense leur offrir.
« Il faut que je veille à ce qu’ils n’aient aucune raison de m’en vouloir… »
Plus on grimpait dans la hiérarchie, plus il fallait éviter de donner à ses subordonnés une raison de se vexer.
Surtout quand ils étaient armés.
Combien de personnages secondaires de troisième ordre avais-je vus, dans d’innombrables œuvres ou dans l’Histoire, maltraiter leurs subordonnés ou se montrer radins, avant de tomber lamentablement ?
Les histoires de malentendus ne faisaient pas exception.
Non, je devais prendre encore mieux soin d’eux, puisqu’ils étaient la source de ma crédibilité.
« La compagnie leur donnera aussi une prime… »
Mais l’argent ne ferait pas l’affaire.
Ils touchaient probablement déjà de généreuses primes de la compagnie. Je doutais qu’une récompense personnelle de ma part les impressionne particulièrement.
Il me fallait trouver une autre façon de les récompenser.
« Hum… »
Après réflexion, je trouvai une récompense que je pouvais leur offrir moi-même.
« Majordome en chef. »
« Oui, Jeune maître. »
« Pourriez-vous chercher une pâtisserie, sur la place Civitas, où les enfants pourraient manger quelque chose ? »
« … Pardonnez-moi, mais ce vieil homme peut-il se permettre de vous demander ce que vous avez en tête ? »
« La mission est terminée, alors ils ont probablement recueilli de nouveaux enfants, non ? »
Ces messieurs les Cuirassés.
Ils avaient toujours eu une drôle d’habitude.
Ils recueillaient systématiquement des orphelins et des esclaves sur les lieux de leurs missions.
Des gens qui avaient été emprisonnés quelque part ou maltraités.
Chaque fois que je les envoyais en mission, ils sauvaient ces gens et leur offraient une nouvelle vie.
Et je n’étais probablement pas le seul à le savoir.
« Inutile de faire semblant de ne pas savoir, majordome en chef. Vous étiez au courant, n’est-ce pas ? »
« Je vous prie de m’excuser, Jeune maître. »
Le majordome en chef s’inclina précipitamment.
À proprement parler, ce que faisaient mes soldats privés était insensé.
Ils quittaient leur zone d’opération, gaspillaient des ressources inutilement et faisaient entrer des gens dont personne ne connaissait les antécédents.
Du point de vue de la logique d’entreprise, qui sacralisait la sécurité et l’efficacité, c’était le genre de comportement qui pouvait leur valoir d’être décapités sur-le-champ, sans qu’ils aient leur mot à dire.
Quel employeur tolérerait que des soldats privés payés de sa poche s’amusent pendant leurs heures de travail et ramènent des inconnus dont personne n’avait vérifié les antécédents ?
Même si j’étais un employeur bienveillant, ils outrepassaient clairement leurs fonctions.
Et le majordome en chef, qui était au courant sans m’en avoir parlé, n’était pas non plus sans reproche.
« Je n’essayais pas de vous tromper. »
« Je le sais. C’est pour ça que je ne vous ai rien dit. »
Pourtant, même en sachant cela, j’avais fermé les yeux sur les initiatives qu’ils prenaient de leur propre chef.
Les gens que j’avais sauvés en sauveraient d’autres, et ceux-ci finiraient naturellement par me vouer une certaine loyauté.
C’était un cliché tout ce qu’il y avait de plus classique pour asseoir son influence dans les histoires de malentendus ou de gestion de territoire.
En plus, je n’avais aucune raison de leur reprocher de faire le bien.
Mais leurs bonnes actions clandestines, c’était terminé.
« Vous n’avez plus besoin de me le cacher. Vous ne trouvez pas ça étrange, dès le départ ? Pourquoi faudrait-il regarder par-dessus son épaule quand on fait le bien ? »
« Jeune maître… »
« Alors, faisons de l’envoi de douceurs aux enfants la récompense de cette mission. Ça vous convient ? »
« C’est une excellente idée, Jeune maître. »
Bien sûr, leur envoyer des douceurs signifiait que je leur donnais officiellement la permission de continuer.
Et que je mettrais moi aussi un peu d’argent de ma poche.
« … Combien coûterait un orphelinat ? »
« Pardon ? »
« Rien. Je me parlais à moi-même. »
Je n’oubliai pas de laisser entendre que, s’ils continuaient comme ça, j’irais peut-être jusqu’à leur construire un orphelinat.
Dans ce monde, on ne pouvait pas construire un orphelinat simplement parce qu’on avait un peu d’argent.
L’espace à l’intérieur des murs était limité, et les prix de l’immobilier étaient devenus complètement délirants.
Ce n’était pas un monde où les gens, déjà occupés à survivre, avaient encore assez de bonté pour bâtir des foyers à des orphelins sans famille.
Laisser entendre qu’on pouvait construire un orphelinat n’avait rien d’anodin.
« Moi aussi, je prends un sacré engagement. »
Le majordome en chef le comprit parfaitement et ouvrit de grands yeux.
« Jeune maître… Vous êtes sérieux ? »
« Je croyais vous avoir demandé de l’oublier. »
« Veuillez m’excuser. Ce vieil homme commence à perdre la mémoire avec l’âge. »
Le majordome en chef s’inclina précipitamment.
Voir ce majordome si méticuleux et si parfait perdre contenance, ne serait-ce qu’un instant, valait bien la peine de lui préparer cette surprise.
« Dans ce cas, occupez-vous-en comme je vous l’ai demandé. »
« Je ferai selon vos ordres, Jeune maître. »
Le majordome en chef me tourna le dos.
Puis, comme s’il venait de se rappeler quelque chose, il se retourna.
« Jeune maître. Aviez-vous autre chose à me dire ? »
« Hum… »
Je réfléchis un instant.
Pourquoi quelqu’un qui, d’ordinaire, recevait ses ordres et partait sans traîner se comportait-il ainsi ?
« Qu’est-ce qu’il attend ? »
Cela faisait longtemps que je n’avais pas pensé aux codes des histoires de malentendus.
Le protagoniste prenait une décision irréfléchie à la suite d’un banal prétexte, un subordonné loyal s’en chargeait parfaitement, et tout s’arrangeait.
Et ensuite, que faisait le protagoniste… ?
Ah.
« J’ai oublié de le remercier. »
Ces derniers temps, je n’avais guère eu l’occasion de remercier quelqu’un, à part ma famille.
Je ne le disais pas souvent non plus dans ma vie antérieure ; le mot ne me venait donc pas naturellement.
Conscient de l’image de protagoniste digne que je voulais donner, je rectifiai ma posture.
« J’étais tellement préoccupé que j’ai oublié. Veuillez leur transmettre mes remerciements, à eux aussi. »
Je reposai ma tasse et lui adressai le sourire le plus courtois que je pus.
« Je vous remercie encore pour tout. »
« … »
Les lèvres du majordome en chef s’incurvèrent légèrement.
Comme prévu, c’était la bonne réponse.
Dans les histoires de malentendus, un seul mot valait mieux qu’un tas de pièces d’or.
Je croisai le regard du majordome en chef et lui souris.
Lui aussi me sourit.
« … Vos paroles sont bien plus que nous ne le méritons. »
Pourtant, quelque chose clochait.
Le majordome en chef affichait clairement un sourire bienveillant, mais son expression semblait étrangement terne.
Était-ce parce que nous nous connaissions depuis si longtemps ?
Ce sourire me paraissait moins sincère que d’habitude, presque forcé.
Comment dire ? C’était comme l’expression de quelqu’un qui venait de recevoir un cadeau et découvrait que, malgré le bel emballage, la boîte était vide.
Avant même que j’aie le temps de me demander pourquoi le majordome en chef réagissait ainsi, il prit la parole.
« Je vais donc prendre congé. »
Le majordome en chef s’inclina un peu plus profondément que d’habitude, puis referma la porte sans bruit.
Je fixai longuement la porte close.
« Quelque chose cloche. »
Mais j’eus beau y réfléchir, je ne trouvai aucune raison qui aurait pu expliquer la réaction du majordome en chef.
Finalement, je décidai que ce n’était que mon imagination et repris ma tasse de thé refroidie.
Notes de bas de page :
La maladie de Minamata est une intoxication au mercure due à une pollution industrielle, ce qui rend particulièrement sinistre la plaisanterie de Julian sur la neige contaminée.
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