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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de dark fantasy pris pour un saint ◈
Chapitre 11 : Rapport sur l’écologie de la Fosse des Limbes (3)
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* * *
Résumé des patients du jour
Accouchements par voie basse : trois cas
- Deux premiers accouchements et un accouchement ultérieur. Une déchirure périnéale du deuxième degré a nécessité des points de suture.
Naissance prématurée : un cas
Naissance estimée à trente-cinq semaines. Poids d’environ 1 900 g. Admission en pouponnière, au deuxième étage.
Accouchement par le siège : un cas
La sage-femme n’avait pas réussi à s’en occuper et avait repoussé le cas. Une version par manœuvre externe a été tentée, puis l’accouchement par voie basse a réussi.
Suspicion de fièvre puerpérale : deux cas
Fièvre élevée persistante après l’accouchement. Suspicion d’endométrite. Désinfection à l’aide d’une décoction de plantes médicinales et surveillance.
Soins de plaies : quatre cas
Deux plaies par arme blanche, probablement dues à des bagarres. Une brûlure causée par un accident de kérosène. Une contusion.
Maladies sexuellement transmissibles : trois cas
Un cas de syphilis primaire suspecté et deux cas présentant des symptômes de gonorrhée. Antibiotiques expérimentaux et plantes médicinales prescrits.
Malnutrition et déshydratation : deux cas
Patients affamés pendant la période de fortes chutes de neige. Réhydratation orale et traitement nutritionnel.
Suivi de la goutte : un cas (Wangcho)
Hum. Encore une journée tranquille dans le Quartier rouge.
Pour être exact, je n’avais pas inclus le dernier patient.
Il s’était retrouvé avec un corps étranger coincé dans un endroit gênant, après s’être livré à ce genre de jeu dans une maison close. Je n’avais pas particulièrement envie de le consigner.
*Bon. C’est la routine, dans la Fosse des Limbes.*
J’avais vécu trop longtemps dans les quartiers huppés et oublié à quel point l’humanité pouvait sombrer bas, sans fin.
Je me demandai si quelqu’un d’aussi délicatement élevé que moi devrait vraiment s’occuper de ce genre de choses.
Je refermai le journal médical.
Je posai ma plume et tournai le cou. Un craquement retentit, suivi d’une vague de raideur et de douleur.
Je ne devrais pas prendre de telles habitudes à mon âge.
« Ouf… »
Les consultations étaient terminées.
Ce ne fut qu’après avoir passé en revue les patients de la journée que je me remémorai tout ce qui s’était accumulé au cours des six dernières semaines.
Je devais mettre au propre le rapport que Wangcho m’avait remis cet après-midi, avec les renseignements que je lui avais demandés.
Encore aurait-il fallu appeler « rapport » ces quelques bouts de papier griffonnés.
Je sortis de ma poche la feuille pliée et la dépliai.
Puis, à ma manière, je transformai ces notes en un rapport digne de ce nom.
[Bilan des décès sur six semaines]
Décès dus au froid et à la famine : 42 corps
Détails notables : les fortes chutes de neige ont fait flamber les frais de chauffage. Trois cas où des familles entières sont mortes de froid.
Décès de nourrissons : 18 corps
Douze mort-nés, quatre malformations congénitales et deux abandons à la naissance.
Décès maternels : 9 corps
Quatre accouchements difficiles, trois cas de fièvre puerpérale et deux hémorragies importantes.
Accidents et autres causes : 11 corps
Pris dans les engrenages d’une usine (hémorragie importante après amputation), intoxication au gaz d’égout, coups de couteau, suicides et autres.
= Total traité : 80 corps =
Le bout de mes doigts trembla lorsque je tournai la feuille.
Quatre-vingts personnes en six semaines.
Et il ne s’agissait que des gens que cette clinique pouvait atteindre, ceux qui étaient sous la supervision de Wangcho.
Il devait y avoir encore plus de corps entassés hors de ma vue.
Je pliai la feuille et la remis dans ma poche.
Au XXIe siècle, une telle catastrophe aurait été assez grave pour déclencher des alertes d’urgence en continu, faire la une des journaux et provoquer des auditions à l’Assemblée nationale.
Pourtant, la remarque de Wangcho lorsqu’il m’avait remis ses notes avait dépassé tout ce que j’aurais pu imaginer.
- « On s’en est bien tirés. »
Wangcho avait ajouté avec un ricanement :
- « Le sol était gelé, alors les enterrer, c’était la galère. Mais les corps ne pourrissaient pas trop, donc ça ne sentait rien. On manquait de bois de chauffage, alors on en a incinéré quelques-uns pour alimenter les feux. Après tout, les vivants doivent bien vivre. »
- « …Vous vous en êtes servi comme bois de chauffage ? »
- « Une fois morts, ce ne sont que des tas de viande, non ? Ceux qui avaient été broyés dans les engrenages étaient de toute façon irrécupérables, alors on les a simplement évacués par les égouts. »
- « …Wangcho. »
- « Oui, docteur. »
- « Ne brûlez plus de corps pour vous chauffer. La fumée est aussi mauvaise pour les poumons des vivants. »
- « Bon sang, docteur, vous êtes vraiment miséricordieux. Vous respectez même les morts. »
- « … »
Je me faisais la réflexion chaque fois, mais je ne parvenais pas à m’habituer à la morale de ce monde.
Cela dit, je n’avais aucune intention de m’y adapter.
Un protagoniste ne s’adaptait pas au monde. C’était le monde qui s’adaptait au protagoniste.
Je terminai tranquillement le compte rendu et rangeai le rapport dans le coffre-fort.
« Argh. »
Voilà qui mettait un terme à mon travail clinique.
Mais ma journée, elle, n’était pas terminée.
Un protagoniste avait toujours beaucoup à faire.
* * *
Un an après avoir commencé à vendre de la quinine par l’intermédiaire de la compagnie marchande de mon père, j’y introduisis un nouveau médicament.
L’insuline.
Grâce à cela, la compagnie pharmaceutique se préparait à connaître un second essor, après celui de la quinine.
« Wangcho. Est-ce que ce que je vous ai demandé est prêt ? »
C’était aussi la raison pour laquelle j’avais noué des liens aussi étroits avec Wangcho.
La quinine nécessitait de l’écorce d’arbre, tandis que l’insuline exigeait des pancréas de porc.
Le plus drôle, c’était que les abattoirs étaient des établissements indésirables, et qu’ils se trouvaient donc dans la Fosse des Limbes.
Et Wangcho contrôlait le secteur des abattoirs là-bas.
*Alors, c’est comme ça que tout se rejoint.*
Peut-être était-ce tout naturel.
Au Moyen Âge, c’étaient les croque-morts et les guildes d’information.
À l’époque moderne, les abattoirs et le traitement des déchets.
De nos jours, les matériaux de construction et les voitures hors d’usage.
Quelle que soit l’époque, les secteurs indésirables, mauvais pour la santé, presque maudits, mais indispensables, constituaient tous des sources de revenus pour les organisations criminelles.
À cet égard, Wangcho et moi étions peut-être destinés à nous rapprocher, même sans sa goutte.
« Wangcho. Les porcs sont-ils prêts ? »
« … »
« Wangcho ? »
« … »
« Wangcho ! »
« Aaah ! »
Wangcho, qui somnolait près de l’entrée, sursauta.
« Hein ? Ah, oui ! Bien sûr. J’ai mis de côté les pancréas des porcs les plus sains abattus aujourd’hui. »
« Merci, comme toujours. Allons-y. »
Wangcho me guida avec une déférence empressée.
Il n’y avait pas la moindre trace de l’arrogance du maître du Quartier rouge dans son attitude.
Cela dit, vu les rapports entre Wangcho et moi, c’était tout naturel.
Notre compagnie représentait la moitié des ventes des abattoirs de Wangcho.
« Hé hé. Docteur… ou devrais-je vous appeler directeur, à partir de maintenant ? »
Le moment venu, Wangcho évoqua le fait que notre relation n’était plus celle d’un patient et de son médecin, mais celle d’un directeur d’une grande compagnie et du patron d’une entreprise partenaire.
Je secouai la tête.
« Ce serait déroutant. Appelez-moi simplement docteur. »
« Bien compris, docteur. »
Voilà comment fonctionnait la pègre.
Elle pouvait paraître terrifiante de prime abord, mais sans l’argent qui venait d’en haut, elle finirait par mourir de faim.
Même si Wangcho possédait une centaine d’abattoirs, sans compagnie marchande pour acheter la viande, les invendus ne seraient que des tas de chair en décomposition.
Wangcho le comprenait bien, d’où son humilité devant moi.
« Au fait, docteur. Cela fait un an maintenant. Ne pourriez-vous pas me parler moins formellement ? Votre façon de vous exprimer est bien trop soutenue pour quelqu’un comme moi. »
« Wangcho n’est pas mon subordonné. »
Cela mis à part, je ne tutoyais pas Wangcho.
Je travaillais à me façonner cette image depuis mes quatre ans.
Si je me mettais à parler à tout le monde comme à un vieux copain, j’aurais l’air d’un rustre.
Je voulais être un jeune noble digne, auréolé de mystère, pas un parvenu ivre de pouvoir.
« Et la courtoisie ne dépend pas de la personne à qui l’on s’adresse. Je continuerai à vous parler avec respect, j’espère que vous le comprendrez. »
« Tss. Vous me faites toujours honte, docteur. »
« Allons-y, Wangcho. Vous, moi et monsieur Otto avons tous besoin de dormir. »
Wangcho se gratta maladroitement l’arrière de la tête, puis nous prîmes la direction de l’abattoir.
En sortant par la porte arrière de la clinique, j’aperçus Otto, mon garde du corps et chauffeur.
Otto, les bras croisés et son chapeau rabattu sur le front, s’appuyait contre le mur en attendant.
Je me demandai pourquoi il devait rester dehors par un temps pareil, mais il insistait pour dire que c’était ainsi que les gardes faisaient leur travail ; je décidai donc de le laisser tranquille.
« Beau travail, mon frère. »
Wangcho salua Otto avec aisance.
Otto lui rendit son salut d’un léger signe de tête.
Wangcho ouvrit la marche et je le suivis.
Otto nous suivit de loin, telle une ombre.
« Par ici. La neige commence à fondre, alors l’odeur risque d’être assez forte. »
Nous nous dirigions vers l’entrepôt derrière l’abattoir, près de l’usine de traitement des déchets.
Le sol était glissant, couvert d’un liquide qui pouvait être de l’eau de pluie ou du sang.
Floc.
En évitant les flaques, je passai sous l’avant-toit.
Des bandes de tissu rouge délavées y dansaient pour m’accueillir.
*Je ne m’y habituerai jamais.*
La nuit rendait peut-être l’endroit particulièrement sinistre.
Parmi les bandes de tissu pendait une enseigne en bois noircie et pourrie.
< Abattoir (Do) >
Les lettres, si imprégnées de sang et de graisse qu’on les distinguait à peine, indiquaient tout de même clairement la fonction des lieux.
« Nous y voilà, docteur. Il fait sombre, prenez garde au seuil. »
« Merci. »
Deux têtes de porc empalées sur des crochets pendaient de chaque côté de l’encadrement, comme des gardes.
On prétendait que ces talismans portaient bonheur, mais je n’en comprenais toujours pas l’intérêt.
… Bon sang. Je viens de croiser son regard.
Je devrais manger autre chose que du porc, ce soir.
Je passai entre les orbites vides des porcs et me dirigeai vers l’entrepôt.
Dès que j’ouvris la porte, l’odeur âcre du sang et des entrailles en putréfaction traversa mon masque.
Je me disais la même chose chaque fois que je venais ici, mais sans masque, j’aurais peut-être abandonné mon personnage pour vomir.
À l’inverse, Wangcho renifla simplement l’air et ne manifesta aucune autre réaction.
Il s’enfonça à grands pas dans l’entrepôt.
Puis il désigna un tonneau qui aurait dû être rempli de pancréas.
« Ils devraient être encore chauds… Hein ? »
Wangcho, qui ouvrait la marche, s’arrêta brusquement.
« Un problème ? »
« Eh bien… Attendez un instant. Docteur, vous n’avez rien entendu ? »
« Je n’ai rien entendu. »
Je n’étais pas un homme-bête. J’étais un humain tout ce qu’il y avait de plus ordinaire.
Je ne savais même pas encore utiliser le mana.
Wangcho me fit signe de garder le silence et m’appela d’un geste.
Il me conduisit vers l’endroit où l’on avait rassemblé les seaux servant à recueillir le sang.
À mesure que nous approchions, je compris ce qu’il avait voulu dire.
Flap. Éclaboussures. Glou.
Quelque chose étanchait sa soif.
Wangcho fronça les sourcils et prit une torche au mur.
« Quel genre de sale bête ose toucher aux affaires des autres… ! »
À mesure que nous nous rapprochions de la source du bruit, Wangcho lâcha un juron furieux et retroussa ses manches.
La torche qu’il tenait fendit les ténèbres.
À la vue de ce qu’elle révéla, je ne pus que m’exclamer.
« Hein. »
« Eh bien, eh bien. »
La créature qui dévorait goulûment le sang n’était pas un animal.
C’était un jeune enfant.
L’enfant avait la tête plongée dans un seau rempli de sang de porc.
Le visage immergé dans ce liquide rouge, il buvait avidement du sang avarié. Je me demandai s’il était encore possible de le considérer comme humain.
Wangcho cria, alarmé :
« C-cette salope cinglée, encore ! »
Surprise par son cri, l’enfant releva brusquement la tête du seau.
Des yeux rouge rubis apparurent sous ses cheveux agglutinés de sang.
Ils luisaient comme ceux d’un animal à la lumière de la torche, sans la moindre trace de raison.
« Craaah ! »
L’enfant siffla et se précipita vers la sortie.
Mais ces jambes squelettiques, affaiblies par des jours sans nourriture, n’avaient aucune chance d’échapper à un homme adulte et vigoureux.
Et encore moins à un homme-bête qui avait soumis le Quartier rouge à coups de poing.
Wangcho attrapa l’enfant par la nuque en un instant.
« Je te tiens, salope ! »
« Lâche-moi ! J’ai dit, lâche-moi ! »
L’enfant se débattit et tenta de mordre le bras de Wangcho.
Wangcho prit un air féroce et s’apprêta à la jeter au sol.
Puis, se rappelant que j’étais là, il renonça à la plaquer par terre, lui posa le seau sur la tête et la força à s’agenouiller.
« Je suis désolé, docteur ! J’avais bien fait verrouiller les lieux, mais je ne sais pas comment cette maudite bestiole a réussi à se faufiler… ! »
« Vous connaissez cette enfant ? »
« Oui. Elle est connue dans le coin. C’est la bâtarde d’un Démon de sang. »
« La bâtarde d’un Démon de sang ? »
Les Démons de sang.
C’était ainsi qu’on appelait les démons, au-delà des murs, qui buvaient le sang humain.
Les Démons de sang d’ici n’étaient pas des créatures raffinées comme les comtes vampires qui sirotaient leur sang dans des verres à vin.
C’étaient des monstres qui éventraient les humains, y plongeaient la tête et aspiraient leur sang. Ils n’avaient aucune dignité.
Wangcho affirmait que cette enfant était la bâtarde de tels monstres.
« Elle s’infiltre ici tous les soirs pour voler du sang animal. Les jours où elle n’a pas de chance, elle essaie de lécher les blessures des ivrognes, se fait attraper et tabasser. Une gamine vampire assoiffée de sang. »
- « C’est faux, ça, au moins ! »
L’enfant cria depuis l’intérieur du seau.
Même ainsi, elle serrait le seau contre elle à deux bras, comme si elle craignait qu’on lui prenne jusqu’à la dernière goutte de sang. On aurait dit un chien errant affamé protégeant son os.
« Tais-toi, salope ! »
Wangcho leva le pied vers l’enfant.
Elle ne pouvait pas l’avoir vu, et pourtant ses épaules tressaillirent.
Elle savait instinctivement qu’il allait la frapper.
« Attendez. »
À cette vue, je renonçai à rester neutre et m’interposai.
Un personnage nommé, manifestement hors du commun, venu du Quartier rouge venait de surgir et de bouleverser mon quotidien.
À n’en pas douter, c’était un événement.
Un événement de recrutement d’allié ou un événement préfigurant quelque chose.
Quoi qu’il en soit, je ne pouvais pas rester là à la regarder se faire battre.
« Wangcho, calmez-vous. Vous n’alliez tout de même pas frapper une enfant devant moi ? »
« …Pardonnez-moi, docteur. »
Wangcho baissa le pied.
Je m’accroupis devant l’enfant.
Puis je posai doucement une main sur celles qu’elle avait refermées autour du seau.
Comprenant que j’allais le lui retirer, Wangcho tenta aussitôt de m’arrêter.
« C’est dangereux, docteur. Cette chose pourrait en vouloir à votre sang ! »
« Dangereux ? Vous ne croyez tout de même pas que cette enfant est la bâtarde d’un Démon de sang ? »
« Quoi ? »
« Si c’était vraiment la bâtarde d’un Démon de sang, vous l’auriez tuée depuis longtemps. Si vous ne l’avez pas fait, c’est que, instinctivement, vous savez qu’elle est humaine. »
« … »
Wangcho se tut.
Les humains étaient vraiment des êtres contradictoires.
Ils traitaient quelqu’un de sorcière pour pouvoir lui jeter des pierres, même en sachant qu’elle n’en était pas une.
Ils traitaient quelqu’un de monstre pour pouvoir le haïr, tout en sachant qu’il était humain.
« Je vais vous donner quelque chose de meilleur que du sang. Vous voulez bien enlever ce seau ? »
Les mains de l’enfant se relâchèrent.
Je les écartai et soulevai doucement le seau.
La lumière, qui l’assaillit brusquement, devait l’éblouir, car l’enfant fronça les sourcils.
Je me mis à sa hauteur.
L’enfant tremblait de terreur, mais elle continuait à lécher le sang de porc autour de sa bouche.
La scène était répugnante et, d’une certaine manière, pitoyable à la fois.
Je glissai la main dans ma poche et me rapprochai.
L’enfant tressaillit et baissa la tête.
« Je ne vais pas vous frapper. Levez les yeux, s’il vous plaît. »
« … »
Elle refusait toujours de relever la tête. Je sortis donc un bonbon étoilé et le lui agitai sous le nez.
C’était mon arme secrète pour soigner les enfants.
Si j’en donnais à des enfants du XXIe siècle, on me demanderait sans doute si on était à l’armée, mais dans ce monde, ça marchait remarquablement bien.
J’eus soudain envie de biscuits de guerre et de lait.
Bref.
Intriguée par le bonbon étoilé, l’enfant leva lentement la tête.
Je profitai de l’occasion pour examiner attentivement son visage à la lueur de la torche.
Ses cheveux courts et ébouriffés étaient agglutinés de sang de porc, ce qui rendait leur couleur d’origine difficile à déterminer, mais les mèches éclairées par la torche avaient une teinte rouge sombre.
Elle portait une chemise beige et une salopette marron.
Dans l’ensemble, sa tenue faisait garçon, mais en y regardant de plus près, c’était une fille.
Je regardai à nouveau son visage.
Sous le sang, sa peau était pâle et exsangue. Ses lèvres étaient bleues.
Anémie, confirmé.
« Montrez-moi vos yeux. »
Je lui soulevai le menton d’un doigt et abaissai sa paupière de l’autre main.
Le blanc de ses yeux était jaune.
Ictère, confirmé.
« Je vais palper ici. »
Enfin, j’examinai son abdomen.
Sans attendre son autorisation, je palpai son flanc gauche.
Avant qu’elle ait pu se dégager, mes doigts repérèrent une masse ferme.
Un organe faisait saillie sous ses côtes proéminentes.
Sa rate était hypertrophiée.
« Ça suffit. »
Je retirai ma main et glissai le bonbon étoilé dans sa bouche.
« Toi. »
« Mâch… »
« Quand tu te réveilles le matin et que tu vas aux toilettes pour la première fois, de quelle couleur est ton urine ? »
« … »
Elle ne répondit pas.
Mais son silence était déjà une réponse.
« Avoir des urines noires ne veut pas dire que tu es un monstre, alors ne t’inquiète pas. »
« … ! »
Sa respiration se bloqua.
« Hum ! Hum ! »
Elle recracha le bonbon étoilé en toussant.
Quand elle essaya de le ramasser pour le manger à nouveau, je le repoussai du pied et lui en tendis un autre.
« Celui-là est sale, ne le mange pas. Je vais t’en donner un autre. »
Je déposai une poignée de bonbons étoilés dans sa main et lui pris le poignet.
« Mais avant ça, accepterais-tu de passer un examen médical ? »
* * *
Notes de bas de page :
Le bonbon étoilé est une petite confiserie coréenne, souvent associée aux rations distribuées dans l’armée et servie avec des biscuits de guerre.
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