Chapitre 100
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ Le médecin de dark fantasy pris pour un saint ◈
Chapitre 100 : Le dilemme de Dieu (3)
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* * *
« Vous êtes réveillé ? »
Simeon reprit connaissance une heure plus tard.
Il ouvrit les yeux, puis s’effondra de nouveau.
Il se redressa, puis perdit encore connaissance.
Ce ne fut qu’après avoir répété la scène une huitaine de fois que Simeon finit par se calmer.
« Puis-je vous appeler Jeune maître ? »
« Quand nous sommes seuls, cela ne me dérange pas, mais dehors, adressez-vous à moi comme avant, je vous prie. »
« Y a-t-il une raison à cela ? »
« En suivant les traces de mes parents, j’ai fait toutes sortes de choses et, sans le vouloir, je me suis attiré pas mal de dettes de gratitude et de ressentiment. Alors, gardez cela secret pour moi, s’il vous plaît. »
Nous prîmes ensuite le temps de dissiper les malentendus de Simeon.
« Vous avez dit tout à l’heure que personne ne pouvait reprendre le travail de mes parents. Qu’entendiez-vous par là ? »
« Je savais que mes maîtres avaient un enfant. Mais j’ai eu beau chercher, je n’ai pas réussi à découvrir où vous étiez, Jeune maître. »
Comme on pouvait s’y attendre de l’Inspection.
Ils avaient fait en sorte que même quelqu’un déterminé à me retrouver ne puisse pas y parvenir.
On aurait dit que l’adoption de l’enfant des Schnabel avait été purement et simplement effacée des registres.
« Alors, pourquoi êtes-vous venu à la Nécropole ? »
« J’ai longtemps erré. J’ai voyagé entre les marais et la Ville sainte, et ce n’est que récemment que j’ai appris que mes maîtres reposaient dans la Nécropole de la capitale impériale. Mais j’ignorais où exactement. Alors, chaque fois que j’en avais le temps, je fouillais le cinquième niveau de la Nécropole et je posais des questions à leur sujet. »
D’après Simeon, il avait supposé que mes parents seraient enterrés au cinquième niveau, où reposaient ceux qui avaient servi la nation.
Résultat, il avait passé son temps à manquer les gens qui auraient pu lui apprendre quelque chose sur moi, ainsi que les autres traces laissées par les Schnabel.
« Hier, alors que je remontais à la surface, je suis tombé sur vous par hasard. »
« Les dieux ont dû être touchés par votre dévotion, frère Simeon, et vous guider jusqu’ici. »
Bon, c’était peut-être une coïncidence.
Mais présenté ainsi, ça sonnait mieux.
Simeon, toutefois, ne semblait pas partager mon avis.
« L-les dieux ? Pourquoi guideraient-ils quelqu’un d’aussi insignifiant que moi ? »
« N’ont-ils pas toujours pitié de nous ? C’est peut-être pour cela. »
« Je ne mérite pas leur miséricorde. »
« Ne vous l’ai-je pas dit ? Les dieux ont pitié de toutes choses. Ce n’est pas aux hommes de décider si nous le méritons ou non. »
« Alors… savez-vous ce que les dieux attendent de moi, Jeune maître ? »
« Non. Comment oserais-je parler en leur nom ? »
Les véritables saints et saintes, qui communiquaient directement avec les dieux et recevaient leurs révélations, le savaient peut-être.
Mais je n’étais qu’un homme dont les compétences médicales avaient été prises pour des miracles. Je n’avais pas ce genre de pouvoir.
C’était pour cela que je ne pouvais jamais parler au nom des dieux.
Et je ne le devais pas.
« Malgré tout, j’aimerais vous dire quelque chose, d’homme à homme. »
Je réfléchis.
Pourquoi quelqu’un qui respectait mes parents à ce point avait-il continué à errer en pèlerinage tout ce temps ?
J’en arrivai à une conclusion.
« Vous n’avez plus besoin d’errer. »
Il avait erré.
Au-delà du mur, dans les bidonvilles.
Il devait sans cesse nier la réalité tout en retraçant les idéaux de mes parents.
Je voulais mettre fin à cette errance.
C’était pour cela que j’avais révélé mon plus grand secret.
Bien sûr, je savais que c’était dangereux.
Plus un secret était connu, moins il en était un.
Mais si cela pouvait sauver une vie, le risque n’en valait-il pas la peine ?
« À vrai dire, j’ai moi aussi besoin de quelqu’un qui puisse me parler de l’héritage de mes parents. »
J’avais entendu dire que les Schnabel étaient discrètement réputés dans le milieu des guérisseurs.
C’étaient des spécialistes des parasites et des infections.
Malheureusement, après leur mort, la magie de guérison des maladies parasitaires avait, paraît-il, considérablement régressé.
*Simeon se souvient sûrement de certaines techniques de mes parents.*
C’était aussi pour cela que j’avais besoin qu’il mette fin à son errance.
Ne serait-ce que parce que je ne connaissais presque rien aux parasites, pas plus qu’à la psychiatrie.
Les chirurgiens traumatologues ne s’occupaient pas souvent de parasites.
« Accepteriez-vous de m’aider à poursuivre le travail de mes parents, Simeon ? »
« … »
L’homme aux yeux plissés baissa silencieusement le regard vers ses jambes.
Puis il prit la parole.
« Il semble que le moment soit venu de mettre un terme à mon long pèlerinage. Il y a des gens que je dois remercier et auxquels je dois dire adieu. M’attendrez-vous ? »
« Ce sera avec plaisir. Quand vous aurez réglé vos affaires, venez donc au siège de la Compagnie marchande Merkuer. »
Simeon se leva du lit.
Je lui tendis son unique bien, son livre saint, et lui dis :
« Le jour de votre arrivée, je compte organiser un petit festin de bienvenue. Y a-t-il un plat que vous appréciez particulièrement ? »
« … J’aime bien la soupe de pommes de terre. »
« Alors, je préparerai des plats qui l’accompagnent bien. »
Simeon se remit debout et quitta la clinique sans hésiter.
Il promit d’achever son pèlerinage au plus vite et de revenir auprès de moi.
Et lorsque l’ombre de Simeon, allongée par le soleil couchant, disparut à l’horizon, Gregor prit enfin la parole.
« Au fait, Saint. »
« Qu’y a-t-il ? »
« Hier, j’ai interrogé l’Église au sujet de ce frère Simeon. »
Inquiet, je l’interrompis avant qu’il ne poursuive.
« Ce n’était pas un prêtre ? »
« Non, ce n’est pas ça. Il est officiellement enregistré comme pèlerin. Cependant… »
Gregor se caressa la barbe.
« D’après les registres de l’Église, il devrait être un clerc de rang un… »
« … ? »
« Hum… Pourquoi le rang un que je sens chez lui me paraît-il supérieur au mien ? »
« Quoi ? »
Je n’en savais rien.
Comme j’étais de rang zéro, je ne pouvais sentir que le rang un.
Mais Gregor, qui était de rang quatre, semblait avoir perçu autre chose.
« Je pensais qu’il était de rang un, moi aussi. Mais quand vous discutiez dans la chambre, tout à l’heure, il m’a paru être de rang cinq un instant. Peut-être même plus. »
Au moins du niveau d’un comte.
Mais je secouai la tête.
« C’est impossible. Pourquoi quelqu’un d’un rang pareil deviendrait-il un prêtre subalterne ? »
« C’est vrai. »
Même au rang quatre, on pouvait devenir un grand chevalier sacré comme Gregor.
Au rang cinq, on pouvait prétendre au titre de margrave ou au commandement des chevaliers de la Garde impériale.
Quelqu’un comme lui renoncerait à ces postes pour devenir un prêtre subalterne ?
*Ça n’a aucun sens.*
Il existait bien des gens fous de foi.
Mais personne ne pouvait être fou à ce point.
« Vous vous faites des idées. »
« Sans doute. »
Gregor se gratta maladroitement l’arrière du crâne.
Oui. Cela devait être un malentendu.
Pourquoi quelqu’un digne de devenir marquis errerait-il sur le front du Sud comme disciple d’un prêtre de rang intermédiaire ?
Il faudrait être fou.
* * *
Simeon.
Simon Aleynos.
Il avait jadis été une figure éminente parmi les mages.
Grâce à ses prouesses magiques, il avait atteint le rang cinq.
Sa nomination au poste de prochain maître de la Tour des Mages était assurée, et il aurait même pu recevoir l’enseignement du Grand Sage.
Mais un jour, il avait brusquement renoncé à sa position, à sa renommée et à son rang pour rejoindre l’Église.
Le pouvoir divin et le pouvoir magique ne pouvaient coexister.
Par nature, ils se repoussaient.
C’est pourquoi les mages qui éveillaient en eux un pouvoir divin demandaient généralement l’aide d’un temple pour l’épuiser, puis s’abstenaient de prier afin qu’il ne se régénère pas.
Mais Simon fit un autre choix.
Il vida toute sa réserve de pouvoir magique et la remplaça par du pouvoir divin.
Il abandonna le domaine d’un mage de rang cinq et devint un prêtre de rang un.
« Les dieux m’ont choisi. »
Son choix bouleversa la Tour des Mages.
Comment avait-il pu faire ça ?
Ne regrettait-il pas d’avoir perdu ce niveau ?
Mais Simon — ou plutôt Simeon Ronald — leur répondit ainsi :
« J’ai commencé à étudier la magie pour sauver davantage de gens. Mais, à ce que je vois, un guérisseur de rang un peut en sauver plus qu’un mage de rang cinq. »
Après cela, les autres mages qui essayaient de le retenir n’eurent plus rien à répondre.
Plusieurs décennies passèrent.
Avec le temps, bien des choses changèrent.
Alors que l’histoire de Simeon s’effaçait peu à peu des mémoires, de nombreuses relations traversèrent la vie de Simeon, métis d’une race longévive et d’un humain.
Pendant tout ce temps, le rang de Simeon resta fixé à un et son pouvoir divin ne progressa pas.
Mais Simeon ne s’en soucia pas.
C’était aussi la volonté des dieux.
Ou peut-être était-ce dû à une foi insuffisante.
Sans jamais remettre en question son absence de progrès, il passa ses journées à soigner les gens.
Puis, un jour…
« Un guérisseur a soigné une maladie démoniaque avec de la magie de guérison de bas rang ? »
Une rumeur intéressante parvint aux oreilles de Simeon.
Jusque-là, plusieurs maladies avaient été qualifiées de maladies démoniaques.
Un couple avait découvert des traitements pour certaines d’entre elles.
Les Schnabel.
« Mon Dieu… Il y avait des parasites parmi les maladies démoniaques ? »
Les parasites existaient depuis des temps immémoriaux.
On les voyait clairement dans les excréments et sur la peau depuis l’Antiquité ; personne n’ignorait donc leur existence.
Mais nul n’avait songé que ces vers provoquaient des maladies.
Et l’idée que la magie divine favorisait leur prolifération était encore plus inconcevable.
Les Schnabel avaient découvert tout cela.
« Je comprends. Si l’on administre d’abord un insecticide et un laxatif, puis qu’on utilise la magie divine une fois tous les parasites intestinaux expulsés, cela devrait être sans danger. Pourquoi personne n’y a pensé après avoir appris à sectionner puis à rattacher des membres ? »
Le traitement du couple était plutôt agressif, mais son efficacité ne faisait aucun doute.
Tous les malades atteints d’une maladie démoniaque ne guérissaient pas.
Mais le couple parvenait à sauver un grand nombre de patients souffrant d’infections parasitaires.
Le milieu des guérisseurs fut lui aussi bouleversé.
<La magie divine a achevé son développement en tant que discipline il y a trois cents ans.>
C’était depuis longtemps le consensus parmi les guérisseurs.
On pouvait le comprendre.
Quand un guérisseur de haut rang posait les mains sur quelqu’un, il pouvait rattacher un bras sectionné.
Avec suffisamment de pouvoir divin, il arrivait même qu’on sauve un patient dont on avait retiré le cœur.
Que restait-il à améliorer dans une telle magie ?
À leurs yeux, les miracles étaient déjà parfaits.
- Le problème ne vient pas des techniques, mais des ressources.
- Il est temps d’étudier comment former ne serait-ce qu’un guérisseur de haut rang supplémentaire.
Par la suite, les guérisseurs se consacrèrent non pas à améliorer les traitements, mais à élever le niveau moyen des prêtres.
Mais les Schnabel firent voler ce paradigme en éclats.
« On peut… guérir les maladies démoniaques ? »
C’est alors que les guérisseurs, jusque-là concentrés uniquement sur la formation, se tournèrent vers la recherche sur les maladies démoniaques.
Et Simeon, qui se trouvait à ce tournant de l’Histoire,
« Acceptez-moi comme disciple, je vous en prie ! »
se rendit sans attendre auprès du couple.
La raison était simple.
Leurs méthodes ne nécessitaient pas de magie de guérison de haut rang.
Même un prêtre subalterne comme lui pouvait faire la différence.
Simeon était donc allé trouver le couple et l’avait supplié de le prendre comme disciple.
« Mais nous ne nous rendons que dans des endroits dangereux. D’autres nous ont aussi demandé de devenir nos disciples, mais la plupart sont repartis. »
« Cela ne me dérange pas ! Même si l’endroit est encore plus dangereux, je veux vous suivre et apprendre auprès de vous ! »
« Très bien, dans ce cas… »
Allons sur le front du Sud.
C’est ainsi que Simeon devint le disciple du couple.
* * *
Trois ans.
Pendant trois ans, Simeon parcourut le front du Sud avec le couple.
La raison, naturellement, c’étaient les parasites.
Contrairement au nord froid et à l’ouest aride,
les parasites pullulaient dans le sud et l’est.
Pour un couple de spécialistes en parasites, c’était un terrain de recherche idéal.
Simeon eut lui aussi l’occasion d’y apprendre beaucoup.
« La plupart des gens nous quittent au bout de six mois, mais vous êtes resté longtemps avec nous, Simeon. »
« Je crois que j’ai été tellement occupé à apprendre auprès de mes maîtres que je n’ai pas senti les difficultés. »
« Oh là là, vous êtes en train de draguer mon mari ? »
« N-non, maître ! Comment pourrais-je oser ? »
Le temps passé avec eux fut une joie immense.
Il ne pouvait compter le nombre de fois où sa vie avait été en danger en parcourant le Royaume des Démons, au-delà de la forteresse du Sud.
Mais Elia Schnabel était réservée et chaleureuse.
Arian Schnabel, spirituel et malicieux.
En observant ce couple si bien assorti, et en voyant le dévouement et les miracles accomplis par leurs mains, Simeon se demandait parfois si c’était là la volonté des dieux.
« Au fait, où était maître Arian cette année-là ? Vous faisiez des recherches dans l’est ? »
« Hé hé. C’est un secret. Mais tu as bien enseigné beaucoup de choses à Simeon pendant mon absence, n’est-ce pas ? Tu ne l’as pas seulement envoyé faire des courses ? »
« Répondez avec prudence, Simeon. »
« Bien sûr, j’ai beaucoup appris auprès de maître Elia, maître. »
« Parfait. Pendant cette expédition dans les marais, je vais donc voir tout ce que Simeon a appris. »
Non, il en était certain.
Au cours de sa longue vie, il n’avait jamais rencontré des gens aussi nobles et dévoués.
Ils étaient sa sainte et son saint.
Et, en tant que leur disciple et compagnon, il devait être le clerc le plus heureux du monde.
Mais un jour, ce bonheur prit fin brutalement.
« Une nouvelle espèce de bête magique ! »
Une bête magique mutante, apparue pour la première fois en dix ans.
Après son apparition, la magie de feu utilisée contre les insectes magiques se mit soudain à ne plus fonctionner correctement.
Pour ne rien arranger, la Fièvre du Sud se répandit brusquement dans l’armée.
Les innombrables méthodes que l’humanité avait mises au point pour combattre les bêtes magiques devinrent inutiles, et de nombreux talents formés pendant des décennies périrent en vain.
« Maîtres ! La forteresse est encerclée. Elle tombera d’ici quelques jours. Heureusement, on a préparé un cercle de téléportation pour évacuer les gens vers l’arrière. »
Par chance, l’Église et l’Empire avaient préparé un cercle de téléportation pour évacuer les guérisseurs et les héros.
Cependant, le nombre de personnes qu’il pouvait transporter était limité ; les évacuations dépendaient donc du rang social de chacun.
Les Schnabel faisaient partie des personnes prioritaires.
« Si tout le monde part, qui sauvera ces gens avant de les évacuer ? »
« De toute façon, personne ne… »
« Simeon, les guérisseurs ne devraient pas dire “de toute façon”. »
Le couple choisit de rester à la forteresse.
« Simeon, tu vas prendre le cercle de téléportation. »
« Quoi ? »
« Nous te cédons nos places. Tu nous as suivis jusqu’ici. »
« Non, maîtres ! Alors, je vais retrouver mon rang de mage ! »
Il n’aurait fallu que quelques jours.
S’il épuisait son pouvoir divin et attendait quelques jours qu’il se rétablisse…
« Simeon. Vous savez bien que cela ne marcherait pas. Il faudrait des mois pour retrouver votre rang. »
« Ce n’est pas une demande, mais un ordre. Quelqu’un doit hériter de notre savoir, n’est-ce pas ? »
Sur ces mots, le couple lui glissa un mouchoir dans la main avant de le pousser dans le cercle de téléportation.
Un bref instant, leurs visages s’assombrirent.
« Je ne crois pas que nous soyons de bons parents. »
Ce furent les derniers mots que Simeon entendit de leur part.
* * *
Après s’être échappé, Simeon passa longtemps à aller et venir dans les confessionnaux.
S’il n’avait pas abandonné son rang de mage…
Non, s’il ne s’était pas obstiné à devenir leur disciple.
Il y aurait au moins eu une place de plus dans le cercle de téléportation.
Alors qu’il se débattait avec sa culpabilité et se rendait chaque jour au confessionnal sans faute, il entendit une rumeur.
- « A-t-on récupéré tous les corps de ceux qui se trouvaient à la forteresse ? »
- « Oui. »
- « Ils ont défendu la forteresse jusqu’au bout. Veillez à ce qu’ils aient des funérailles dignes de ce nom. »
Depuis quelque temps, les prêtres de la Ville sainte étaient eux aussi très occupés.
Après la fin de l’invasion de la forteresse,
lorsque l’hiver eut ralenti l’activité des insectes magiques,
l’Église et l’Empire parvinrent, durant ce bref répit, à récupérer uniquement les corps qui se trouvaient dans la forteresse.
Naturellement, Simeon avait cru que ses maîtres seraient parmi eux.
Mais…
« Les Schnabel ? Je ne les ai pas vus. »
Ils n’étaient pas là.
Les insectes magiques les avaient-ils dévorés ?
Il venait à peine d’y penser lorsqu’il entendit des prêtres subalternes chuchoter à proximité.
- « Tous ceux qui sont restés à la forteresse ont été récupérés. Est-ce seulement vrai que le couple est resté sur place ? »
- « Ils n’ont pas plutôt péri en errant hors de la forteresse lors d’une de leurs expéditions inutiles ? »
- « Tss. Ils ont de la chance. La forteresse a été prise à ce moment-là, alors leur mort peut passer pour honorable. »
Des prêtres qui avaient demandé à devenir les disciples du couple et s’étaient fait rejeter.
Des prêtres qui les avaient suivis, puis avaient renoncé parce que c’était trop difficile.
Ces prêtres se mirent à échafauder toutes sortes de suppositions irrespectueuses sur la disparition des Schnabel.
Même à la demande de Simeon,
l’Église refusa de canoniser le couple défunt.
- « Cela va à l’encontre de la tradition de l’Église. »
Et ce n’était pas tout.
- « Les effets secondaires des insecticides sont trop graves. Il faut interdire ce traitement. »
Des prêtres qui enviaient le couple le dénigraient en soulignant les défauts de ses traitements.
- « Un spécialiste des parasites est mort ? Et alors ? Les parasites ont-ils jamais été un domaine important ? »
Le public ne les pleura même pas, ignorant tout des accomplissements des Schnabel.
- « Venez travailler dans notre clinique. Maintenant que le couple est mort, vous êtes bien le spécialiste des parasites, non ? Pour votre indemnité de traitement… que pensez-vous de ça ? »
Les cliniques ne montrèrent pas la moindre trace de chagrin. Elles ne pensaient qu’à tirer profit, par l’intermédiaire de Simeon, des travaux du couple.
Après avoir assisté à tout cela,
la colère et le dégoût s’installèrent dans le cœur de Simeon.
*Est-il vraiment juste de soigner des gens pareils ?*
Il savait qu’ils ne représentaient qu’une infime minorité, incapable d’incarner l’humanité entière.
Mais si de telles ordures n’étaient pas punies, le monde et les dieux n’en étaient-ils pas aussi responsables ?
C’est alors que Simeon commença son pèlerinage, à l’encontre des souhaits de ses maîtres, qu’il retourna à la magie et qu’il refusa de transmettre aux guérisseurs son savoir sur les parasites.
Il s’enferma d’abord dans un atelier et passa des années à étudier la magie noire.
Après avoir acquis le pouvoir d’un mage noir, il tua des mages noirs au moyen de rituels de magie noire qui insultaient les dieux plus que tout, sans cesser de leur poser des questions.
Était-il vraiment juste de transmettre le savoir de ses maîtres au nom de dieux qui laissaient le mal impuni ?
Dans un monde où les gens de bien pouvaient disparaître aussi vainement, ne vaudrait-il pas mieux que tout périsse ?
Il continua ainsi pendant plus de dix ans.
Bientôt, les mages noirs de la pègre se mirent à l’appeler :
<Le Chercheur de blasphèmes>
C’était un surnom moqueur pour cet homme qui sacrifiait uniquement des mages noirs par la magie noire tout en restant un aimable pèlerin aux yeux du public.
Quelques années plus tard,
il accepta la proposition d’un mage noir qui prétendait pouvoir retrouver les corps de ses maîtres grâce à la nécromancie, et rejoignit une organisation.
La Table ronde d’Ophiuchus.
C’était un rassemblement de mages noirs qui cherchaient à faire renaître la Tour des Mages du Treizième Mois.
* * *
Dans une boutique de voyance du Secteur G, où se trouvait l’installation de traitement des eaux usées, un vieillard décharné, vêtu d’une robe à capuche, accueillit Simeon.
« Vous voilà de retour ? »
« Alors ? Qu’est-ce que ça fait d’avoir enfin retrouvé les corps que vous cherchiez depuis si longtemps ? »
« Oui. Je doutais que la nécromancie puisse les retrouver, mais, heureusement, elle y est parvenue. »
Simeon s’affala lentement sur une chaise.
Sa posture était résolument arrogante, à l’opposé de celle qu’il avait montrée à Julian.
« … Mais j’aimerais maintenant vous poser une question. »
« Hum ? »
« L’art secret que vous m’avez enseigné est assurément une magie précieuse. Mais travailler pour vous pendant dix ans simplement pour retrouver une âme me semble être une bien mauvaise affaire. »
Le vieillard claqua la langue, comme si la question était absurde.
« Aviez-vous un corps ? Aviez-vous le moindre indice ? Tout ce que vous pouviez dire, c’est qu’ils étaient morts quelque part dans le sud. Et que dire de la date de leur mort et de la constellation qui brillait ce jour-là ? »
« … »
« Vous avez même refusé de révéler leurs noms, sous prétexte que ce serait irrespectueux. Croyez-vous vraiment que nous pouvions vous dire où une âme avait été enterrée dans ces conditions ? C’est un miracle que le Cinquième Ancien ait accepté d’accéder à votre demande. »
Le vieillard frappa une fois le sol du bout de sa canne.
« Dans ces conditions, nous aurions pu vous faire travailler trente ans, et non dix. Si vous n’aviez pas eu de connaissances en magie noire, vous auriez travaillé encore plus longtemps. »
« … »
« Et autre chose. »
Le vieillard plissa les yeux.
« Si vous nous aviez régulièrement apporté des sacrifices, comme les autres mages noirs, vous auriez accumulé suffisamment de mérites pour apprendre cet art secret depuis longtemps. Pourquoi n’avez-vous amené aucun être vivant en dix ans ? Je ne comprends vraiment pas. »
« Je hais l’humanité. Mais je dois l’observer sans la perturber autant que possible avant de déterminer si elle mérite mon dévouement. »
Le vieillard contempla Simeon en silence pendant un long moment, puis lâcha enfin un rire creux.
« Alors, pourquoi avoir régulièrement choisi uniquement les mages noirs de la Table ronde pour les sacrifier ? Eux aussi faisaient partie de l’humanité, non ? »
« Ces sacrifices étaient nécessaires pour répondre à mes questions. Ils n’ont jamais représenté l’humanité à laquelle je vouerais ma vie. »
« Ha. »
Le vieillard finit par secouer la tête.
« Si vous les aviez au moins laissés tranquilles, vos mérites auraient moins diminué. Vous auriez appris cet art secret depuis longtemps. »
Simeon esquissa un bref sourire.
Il se leva et réajusta l’ourlet de sa robe.
« Je vous suis redevable depuis longtemps. »
« Hum ? »
« Je n’ai plus rien à faire avec la Table ronde. Séparons-nous ici. »
« … Vraiment ? »
Le vieillard se contenta d’une brève réponse. Il n’essaya pas de retenir Simeon.
Ils n’étaient pas assez proches pour cela.
Le niveau de Simeon était tentant, même pour la Table ronde.
Ils lui auraient volontiers accordé un siège d’ancien pour garder un mage de ce calibre.
Mais personne ne voulait faire d’un tueur qui organisait régulièrement des rituels en sacrifiant des mages noirs un ancien.
C’est pourquoi Simeon était resté un simple invité.
Simeon tourna le dos au vieillard et se dirigea vers la porte.
Les vieilles lattes du plancher grinçaient et craquaient sous chacun de ses pas.
C’est alors que cela se produisit.
Une petite boule de cristal noire, posée sur le bureau du vieillard, clignota.
C’était un outil de communication magique portant le sceau du Conseil des Anciens.
Le vieillard effleura la boule de cristal d’un geste familier, et une image apparut dans les airs.
Une courte lettre.
Et le portrait d’un jeune homme.
« Hum ? Qu’est-ce que… »
Le vieillard ajusta ses lunettes.
« Ah, c’est la nouvelle cible dont tout le monde parle. »
Le coin de sa bouche se releva.
« Julian Nihirit… J’ai déjà entendu son nom, mais c’est la première fois que je vois son visage. »
La lumière de la boule de cristal accentua les rides du vieillard.
« Ah, voilà à quoi il ressemble. Quel joli visage. Tss, tss. »
Le vieillard claqua la langue d’un air entendu.
« Pourquoi aller semer le trouble à un si jeune âge… »
Tac. Tac-tac.
Le vieillard se mit à manipuler le télégraphe.
Son rôle consistait à transmettre les décisions de la Table ronde à la pègre, ou à mettre les gens de la pègre en contact avec la Table ronde.
Comme toujours,
il rédigea une affiche de mise à prix avec le nom et le visage du jeune homme.
[Julian Nihirit]
[Ce mage a insulté l’autorité de la Table ronde et celle des mages noirs. Je veux qu’il paie le prix qui convient.]
[Malédiction : 300 millions de mar]
[Mort : 500 millions de mar + un grimoire de magie noire de rang 3 ou inférieur]
[Capture vivant : 1 milliard de mar + un grimoire de magie noire de rang 5 ou inférieur]
Tac-tac. Tac.
Une fois la rédaction terminée, le vieillard accrocha l’affiche au mur.
Plusieurs mages noirs assis dans un coin de la boutique de voyance la décrochèrent.
« Ouf. Quel joli visage. Il s’appelle… »
« Julian Nihirit ? »
« Contrairement au Directeur Schun, son visage et ses relations semblent avoir été dévoilés. Même sans le tuer, ça ne vaudrait pas le coup de le maudire ? »
« Hum… Des étudiants de l’académie, ça ferait l’affaire ? »
« Je doute qu’il y tienne tant que ça. »
Un pas.
Simeon, qui se dirigeait vers la porte, s’arrêta.
« Hum ? Pourquoi ne partez-vous pas ? La prime vous intéresse ? »
« … »
« Vous le savez probablement déjà, mais il s’agit d’un jeune homme du nom de Julian Nihirit. On parle de lui depuis des mois, et la Table ronde a visiblement pris une décision. À voir son visage, il est plutôt beau. Moi aussi, c’est la première fois que je vois son portrait. »
Aux paroles du vieillard, Simeon commença lentement à tourner la tête.
Petit à petit.
Petit à petit.
Même lorsque sa tête eut pivoté selon un angle impossible pour une nuque humaine, elle continua de tourner.
Un mage noir ayant dépassé les limites des capacités humaines pouvait accomplir des choses impossibles pour le commun des mortels.
Alors…
Le mage noir de rang six, la tête tournée à cent quatre-vingts degrés, ouvrit grand les yeux dissimulés sous ses paupières plissées.
Il regarda tous ceux qui se trouvaient dans la boutique de voyance.
« Vous autres… »
« ? »
« C’est vous qui devez vous repentir sans tarder. »
Note de l’auteur
Une histoire intéressante sur les parasites.
Les parasites existent depuis l’Antiquité.
Mais la médecine antiparasitaire n’a commencé qu’au XVIIe siècle.
Quels étaient les ingrédients utilisés à l’époque ?
Des plantes toxiques, des extraits de métaux lourds et des sels métalliques.
On disait qu’une dose modérée de poison ne tuait pas, ou quelque chose dans le genre.
Quoi qu’il en soit, les parasites, eux, mouraient.
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