Chapitre 4
Les yeux du directeur mort se rouvrirent d’un seul coup.
En face de lui, Vànci, accroupi, le regardait avec un grand sourire.
— Qu’est-ce que ?! Je ne suis pas mort !
— Oui ! Oui ! Bravo !
Vànci applaudissait, avant de reprendre une expression sérieuse.
Cet homme est-il un dieu ?! Ramener un humain à la vie, comment ?!
— Je ne vais pas passer par quatre chemins. En ce moment même, je vous maintiens en vie grâce à l’une de mes chroniques.
Ça me dépasse… Je ne cherche même plus à comprendre, je n’ai qu’une seule certitude : ce jeune homme est un futur dieu !
— Maintenant, j’ai quelque chose à vous proposer : travailler pour moi.
Ce n’est que bénéfique. Bien sûr, je ne force pas votre choix, seulement… c’est un contrat. Si vous travaillez pour moi, je continuerai à vous maintenir en vie. Si c’est le cas inverse et que vous refusez, vous reviendrez à l’état de cadavre.
Le proviseur devenu le pion d’un de ses professeurs était sûrement très ironique. Il posa ses mains par terre et baissa la tête en signe de révérence, comme une prière.
— J’accepte ! J’accepte ! Ô grandes Trois Couronnes !
Vànci prit le menton de Gerald pour ramener ses yeux vers les siens.
— Allons, allons, je ne demande pas une obéissance totale. Je veux quand même que vous essayiez de réfléchir par vous-même, sinon, quelle serait la différence entre vous et votre ancien état de cadavre ?
Gerald prit un air déçu. Déçu de lui-même à cause de sa réaction.
— Vous avez raison, monsieur Guppont. Vous faites preuve d’une grande sagesse…
Vànci se releva, les mains derrière le dos, et se retourna, montrant son dos à Gerald.
— Maintenant, passons aux questions.
Ce soir-là, c’était la pleine lune. Elle illuminait les yeux sombres de Vànci, leur donnant une couleur grise surnaturelle.
— Connaissez-vous les emplacements des reliques chaotiques ?
— Oui ! J’en ai une dans mon bureau ! C’est tout ce que j’ai et tout ce que je sais sur leurs emplacements !
Vànci était satisfait de cette réponse. Il posa son manteau entre ses doigts.
— Pourquoi as-tu voulu m’assassiner ? Tu aurais juste pu voler Lazar.
— Je n’avais pas vraiment réfléchi. J’imagine que je voulais faire d’une pierre deux coups…
Vànci prit la peine d’observer un peu les lieux pendant qu’il réfléchissait à la réponse de Gerald.
Le couloir ressemblait à une longue terrasse couverte. Un muret de balustres en pierre, galbés et sculptés, protégeait l’ouverture qui donnait directement sur la cour, laissant entrer l’air et la lumière de la pleine lune.
Plus il observait, plus quelque chose dans cette réponse semblait étrange…
Quelque chose n’allait pas !
Vànci s’assit sur le muret, les jambes et les bras croisés.
— Impossible. Tu es bien trop perspicace pour faire une telle erreur. De plus, je t’avais donné ma fiche de comploteur pour m’inscrire en tant que professeur. Tu connaissais déjà mes compétences.
Vànci se leva.
— Oui… mais je… !
— Silence. Pas la peine de dire un mot de plus. Tu n’es pas le seul à être perspicace. Si tu ne veux pas me le dire, j’imagine donc que c’est parce que tu ne peux pas me le dire directement. Alors, il y a sûrement quelqu’un dehors qui en a après ma vie, et il t’a fait quelque chose pour que tu ne puisses pas révéler mon identité. Ai-je raison ?
Gerald hocha la tête, confirmant les propos de Vànci.
— Tu as bien fait de me le dire, sinon, je t’aurais directement fait dire la vérité. Je contrôle ton corps, ça n’aurait pas été difficile.
Gerald fixa le sol.
— Désolé, monsieur, je ne peux même pas vous aider contre vos ennemis.
— Ce n’est rien. Montons dans ton bureau, je veux que tu me donnes cette relique du chaos.
— Oui, monsieur Guppont…
Tous les deux se levèrent et prirent la porte qui se trouvait au fond, à gauche du couloir.
Les escaliers étaient nombreux. Heureusement, ils étaient tous recouverts de tapis de différentes couleurs, ornés de motifs floraux à contempler.
Enfin, arrivés au dernier escalier, le bureau apparut dans le champ de vision de Vànci.
C’était un immense bureau, faisant la taille d’une salle de classe. Le bureau se trouvait au fond, au milieu. Derrière lui, il y avait une étagère contenant plus d’une centaine d’œuvres, en comptant les livres ordinaires et les chroniques.
Il y avait une cheminée tout à gauche. Elle était allumée. Un grand feu brûlait dans cette vieille cheminée. Enfin, au plafond était suspendu un lustre. Il avait une base dorée et de nombreux cristaux verts.
Belle décoration… J’en serais presque jaloux.
Ils entrèrent tous les deux. Vànci s’installa sur un canapé en cuir qui se trouvait à quelques pas de la porte, du côté de la cheminée.
Gerald prit la même direction et se dirigea directement vers la cheminée. Il y mit la main et la remonta vers le mécanisme lui-même.
Il attrapa quelque chose dans cette cheminée et le sortit. C’était une chronique recouverte de cendres.
Il passa sa longue manche dessus pour redonner à la chronique une couverture lisible.
— Voici la seule relique chaotique que je possède.
Vànci l’attrapa d’un coup sec dès que Gerald tendit la main pour la lui donner.
Il feuilleta le bouquin en un claquement de doigts.
— Lazar !
Tout à coup, la chronique apparut.
— Tiens.
— Tu en as vraiment trouvé une ici ?! Bravo, je pensais que tu avais tort, mais tu m’as prouvé le contraire…
Vànci détourna le regard et tendit la chronique à Lazar.
— On ne va pas y passer la nuit. Fais ce que tu as à faire.
La chronique chaotique brûla soudainement dans la main de Vànci.
Après la combustion complète de la chronique, Lazar gagna les pages de la chronique qu’il avait absorbées.
— Alors ? Qu’as-tu appris cette fois ?
Lazar toussa avant de commencer à expliquer ce qu’il avait vu.
— Eh bien, déjà, comme tu le sais, il y avait cinquante chroniques, maintenant appelées chroniques chaotiques, contenant des fragments de la mémoire du comploteur que j’étais. La plupart ont été détruites à cause de mes conflits avec plusieurs autres comploteurs et de ma façon de « transcender » la mort…
Mais bon, ça, tu le sais déjà.
Maintenant, ce que j’ai appris dans cette chronique chaotique : mon écrivain, le comploteur dont je suis un fragment, a eu plusieurs vies et a accumulé d’innombrables connaissances.
Son esprit était vaste, jusqu’à ce qu’il décide d’écrire ses chroniques chaotiques… Chaque chronique dans laquelle il écrivait sa mémoire lui prenait littéralement cette mémoire de son esprit.
À la cinquantième, il avait tout oublié.
Cette chronique chaotique est la vingt-cinquième de la série des chroniques de Lazar, intitulée Le Fou et la quête de la pensée éternelle.
— Je vois… Et sais-tu si Lazar est dans une autre vie actuellement ?
Le livre grogna comme pour réfléchir.
— Je ne peux pas le savoir. Mais il est fort probable que sa malédiction ne soit pas n’importe laquelle. C’est la marque d’un dieu : la libido sciendi.
Vànci s’impatienta.
— Comment pourrais-je retrouver un vieux sénile qui a perdu toute sa mémoire ?! À quoi bon, de toute façon ? Cela ne nous servirait à rien, seuls les livres le connaissent maintenant !
La chronique de Lazar prit une voix douce.
— Du calme, Vànci. Je te rappelle qu’on est une équipe, tu peux compter sur moi. Pas la peine d’aller chercher un comploteur qui ne sait même plus qui il est. Pour l’instant, gardons la tête basse et renseignons-nous sur les alentours de cette académie…
Vànci se pinça le haut du nez en secouant la tête de gauche à droite.
— Tu as raison, Lazar. Je me suis encore emporté. Cela ne nous servirait à rien de retrouver cet homme. Autant nous concentrer sur ses chroniques et rester discrets.
Vànci détourna le regard de la chronique pour regarder Gerald, qui se tenait droit, prêt à obéir.
— Toi. Ne dis pas un mot sur ce qui s’est passé ce soir. Je continuerai à être un professeur et toi, le directeur. Cette nuit était un rêve. Et si la personne mystérieuse qui veut ma mort cherche à te recontacter, je m’assurerai de la coincer.
Vànci se retourna, prit la chronique de Lazar, qui flottait dans les airs, et la mit à l’intérieur de son manteau.
— Au revoir, monsieur Guppont ! Bonne soirée !
Vànci ne répondit pas. Il se contenta de fermer la porte derrière lui à son départ.
Quelqu’un d’encore plus discret que moi se cache dans cette ville. Je dois absolument trouver cette personne.
Et elle aussi…
Elle aussi finira piégée entre mes doigts !