Chapitre 8
Je restai caché derrière les buissons.
Finalement, la fenêtre du Système apparut.
***
[Fiche de personnage]
Nom : Kang Min Jae
Âge : 18 ans
Sexe : Homme
Race : Humain
Position : -
Capacité(s) :
1) Maître Omnipotent (Légendaire)
Permet de maîtriser n’importe quelle arme ou n’importe quel style de combat après l’avoir observé une seule fois. Plus le temps passe, plus cette maîtrise se rapproche de la perfection.
Don(s) :
1) Gravité (Mythique) (Scellé)
Permet à l’utilisateur d’exercer un contrôle sur la gravité et l’espace-temps.
Trait : Tueur-né
***
‘Un Maître Omnipotent ?’
Pas étonnant qu’il tienne tout le monde sous sa coupe.
Et ce Don mythique…
‘Il me le faut !’
Pendant que j’observais son profil, Min Jae arracha un morceau de viande avec les dents avant de jeter l’os dans le sable.
L’une des filles enchaînées sursauta lorsqu’il tomba près de ses pieds.
Le garçon tourna immédiatement les yeux vers elle.
« Quoi ? »
Elle secoua rapidement la tête.
« Rien… »
Il sourit.
Pas un sourire rassurant.
Le sourire d’un prédateur qui venait de voir sa proie trembler.
« Alors arrête de faire cette tête. Tu gâches mon repas. »
La fille baissa encore davantage les yeux.
À côté de moi, Zohar se crispa.
Ses doigts se resserrèrent autour de son arbalète.
« Ce type… »
« Chut. »
Je lui fis signe de rester immobile.
L’un des gardes s’approcha du chef.
C’était un garçon aux larges épaules, armé d’une hache grossièrement fabriquée.
« Il ne reste presque plus de viande. »
Le chef jeta un coup d’œil aux carcasses disposées près du feu.
« Déjà ? »
« On est nombreux. Et ceux qui combattent doivent manger. »
Le chef poussa un profond soupir.
« Toujours les mêmes problèmes. »
Il se leva de son rocher.
Même à cette distance, je pouvais sentir la tension se répandre parmi les prisonniers.
Le garçon marcha lentement devant eux.
Son regard passa d’un visage à l’autre.
Comme s’il inspectait du bétail.
Il finit par s’arrêter devant un garçon attaché à un tronc d’arbre.
Son visage était couvert d’ecchymoses et l’une de ses jambes semblait blessée.
« Toi. »
Le garçon releva les yeux.
« Non… »
Le chef esquissa un léger sourire.
« Tu sais déjà ce qu’on attend de toi. »
« Je ne peux pas courir. »
« Alors cours plus vite. »
Deux gardes s’approchèrent.
Le garçon commença à se débattre.
« Attendez ! »
Ils coupèrent les cordes qui le retenaient au tronc, mais laissèrent ses poignets attachés.
« Je vais mourir ! »
Personne ne répondit.
Les autres prisonniers détournèrent les yeux.
Le garçon tenta de s’accrocher au sol, mais l’un des gardes lui donna un coup de pied dans les côtes.
« Debout. »
« Je vous en supplie… »
« Avance. »
Ils le traînèrent vers la jungle.
Zohar serra les dents.
« Qu’est-ce qu’ils vont lui faire ? »
Je ne répondis pas immédiatement.
Je repensai aux pièges que nous avions vus.
Aux traces de sang.
Aux corps des monstres.
Puis mon regard revint vers l’homme que l’on emmenait entre les arbres.
Tout s’emboîta.
« Ils l’utilisent comme appât. »
Zohar tourna brusquement la tête vers moi.
« Quoi ? »
« Ils l’envoient dans la jungle. L’odeur du sang sur lui attire les monstres. »
Je désignai discrètement les pièges installés entre la plage et les arbres.
« Ensuite, ils le font revenir par un chemin préparé à l’avance. »
Zohar pâlit.
« Et si le monstre l’attrape ? »
« Ils perdent un prisonnier. »
Je continuai d’observer le camp.
« S’il revient vivant, ils récupèrent le monstre. »
Un cri retentit soudain dans la jungle.
Un cri humain.
Long.
Désespéré.
Puis un rugissement lui répondit.
Les prisonniers se figèrent.
Le chef, lui, retourna calmement s’asseoir.
« Ça ne devrait plus être très long. »
Zohar commença à se relever.
Je lui attrapai immédiatement le poignet.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« On doit l’aider. »
« Assieds-toi. »
« Ils sont en train de sacrifier quelqu’un ! »
« Et tu comptes affronter tout le camp à toi seul ? »
Zohar ouvrit la bouche.
Aucun mot n’en sortit.
« Ils sont plus nombreux », poursuivis-je. « Ils connaissent le terrain et contrôlent tous les passages. Si tu fonces là-bas maintenant, tu deviendras simplement leur prochain appât. »
« Mais on ne peut pas rester cachés pendant qu’ils tuent des gens ! »
Je soutins son regard.
« Ce tutoriel n’a pas été conçu pour que nous sauvions tout le monde. »
Zohar se figea.
« À la fin, une seule personne est censée survivre. »
« Ça ne veut pas dire qu’on doit devenir comme eux. »
« Non. »
Ma voix resta calme.
« Mais ça veut dire qu’on doit choisir nos combats. »
Zohar regarda de nouveau vers la plage.
Ses poings tremblaient.
Pourtant, il resta accroupi.
Au centre du camp, le chef sauvage se gratta paresseusement la nuque.
« Ils prennent leur temps. »
L’un des gardes haussa les épaules.
« Le monstre est peut-être plus loin que prévu. »
« Ce n’est pas de ça que je parle. »
Le chef tourna la tête vers la jungle.
« Où sont passés ces quatre bons à rien ? »
Personne ne répondit.
Il claqua la langue.
« Ne me dites pas qu’ils sont morts. Ils étaient pourtant quatre. »
Son regard glissa vers l’une des filles enchaînées.
La plus petite.
Elle portait une chemise déchirée et ses cheveux bruns étaient attachés en une queue-de-cheval désordonnée.
Le chef sourit.
« On dirait que ton petit ami ne reviendra pas. »
La fille releva brusquement la tête.
« Il reviendra. »
« Vraiment ? »
« Il me l’a promis. »
Le chef éclata de rire.
« Alors il est mort en menteur. »
Elle secoua la tête.
« Non… »
« Votre groupe était censé éliminer deux personnes. »
Il se pencha légèrement vers elle.
« Quatre contre deux. Même des idiots auraient dû réussir. »
Les yeux de la fille se remplirent de larmes.
« S’il vous plaît… »
« Tu sais ce que ça veut dire, pas vrai ? »
Elle recula jusqu’à ce que sa chaîne se tende brutalement.
« Non. »
« Tu seras la prochaine à courir. »
Toute couleur quitta son visage.
« Non ! »
Le chef prit un autre morceau de viande.
« Peut-être que ton petit ami te sauvera en revenant d’entre les morts. »
Un rugissement retentit dans la jungle.
Cette fois, beaucoup plus près.
Tous les gardes se mirent immédiatement en mouvement.
« Préparez-vous ! »
Les quatre garçons armés prirent position devant les pièges.
Le chef, lui, ne bougea pas.
Une silhouette surgit soudain entre les arbres.
Le prisonnier.
Il courait aussi vite que sa jambe blessée le lui permettait.
Du sang coulait le long de ses poignets.
« Aidez-moi ! »
Derrière lui, les buissons explosèrent.
Une énorme créature apparut.
Elle ressemblait à un croisement entre un sanglier et un lézard.
Son corps couvert d’écailles atteignait presque deux mètres au garrot.
Deux défenses recourbées dépassaient de sa mâchoire et une crête rouge parcourait tout son dos.
Le monstre chargea sans ralentir.
Le prisonnier passa entre deux arbres.
Son pied heurta la corde tendue au sol.
Il trébucha.
« Non ! »
Le monstre entra dans le passage.
Un tronc suspendu fut libéré.
Il frappa la créature de plein fouet sur le flanc.
L’impact la projeta contre un arbre.
Mais ce ne fut pas suffisant pour l’arrêter.
Elle se remit presque immédiatement debout.
« Maintenant ! »
Un garde tira une flèche.
Elle rebondit sur les écailles.
Un deuxième lança une lance.
La pointe se ficha dans l’épaule du monstre.
La créature rugit et chargea.
Le premier garçon tenta de l’arrêter avec son bouclier.
Mauvaise idée.
L’impact le projeta à plusieurs mètres.
Il roula dans le sable avant de s’immobiliser.
Les trois autres attaquèrent ensemble.
L’un visa ses jambes.
Un autre frappa ses défenses avec sa hache.
Le dernier harcela la créature à distance.
Malgré leur avantage numérique, ils se faisaient repousser.
Le monstre balaya l’un d’eux avec sa queue.
Un craquement sec retentit.
Le garçon tomba en hurlant, le bras plié dans un angle impossible.
Zohar retint son souffle.
« Ils vont perdre. Je peux plus attendre. Je vais les aider, je m’en fiche ! »
Il tenta de se relever.
J’appuyai plus fort sur son épaule pour l’en empêcher.
Il me lança un regard noir.
« Je ne suis pas ton animal de compagnie. Tu peux rester ici si tu veux, mais moi, j’y vais ! »
‘Quelle tête de mule.’
Pendant que nous nous disputions, le prisonnier tenta de ramper vers le camp.
Le chef posa son pied sur sa main.
« Où est-ce que tu vas ? »
« Aidez-moi… »
« Tu n’as pas terminé ton travail. »
Le chef lui donna un coup de pied qui le renvoya vers le monstre.
La créature le remarqua.
Elle abandonna les gardes.
Ses mâchoires se refermèrent sur la poitrine du prisonnier.
Son cri s’interrompit net.
Zohar détourna la tête.
« C’est trop tard maintenant. Alors reste ici. »
Zohar se contenta de serrer les dents.
Il était en colère contre moi.
Je pouvais comprendre ce qu’il ressentait.
Mais agir sans réfléchir n’aurait rien changé.
Je reportai mon regard sur la plage.
Pendant que le monstre dévorait sa proie, les quatre combattants se regroupèrent.
L’un planta sa lance dans l’œil de la créature.
Un autre frappa l’arrière de sa jambe.
Le monstre s’effondra sur un genou.
La hache s’abattit sur son cou.
Au quatrième coup, les écailles cédèrent.
Du sang jaillit.
La créature s’effondra finalement dans le sable.
Les garçons restèrent immobiles autour de la carcasse, à bout de souffle et couverts de blessures.
Le chef applaudit lentement.
« Magnifique. »
Il se leva.
« Découpez-la avant que la viande ne refroidisse. »
Pas un mot pour le prisonnier mort.
Pas un regard pour les blessés.
Seulement la viande.
Je plissai les yeux.
Ils avaient réussi.
Pas parce qu’ils étaient puissants.
Pas parce qu’ils étaient particulièrement bons combattants.
Ils avaient attiré la créature.
Ralenti sa charge.
Forcé son trajet.
Sacrifié un humain pour créer une ouverture.
Tout reposait sur une seule chose.
Le contrôle du terrain.
Mon regard se posa sur les pièges.
Puis sur les traces laissées par le monstre.
Enfin, sur la jungle.
Une idée commença à prendre forme dans mon esprit.
Une idée simple.
Dangereuse.
Mais incroyablement efficace.
Un léger sourire apparut sur mes lèvres.
Zohar le remarqua.
« Comment est-ce que tu peux sourire dans une situation pareille ? »
Il était toujours en colère.
Je ne quittai pas les pièges des yeux.
« Non. C’est juste que je viens de comprendre comment on va gagner des points. »