Chapitre 7
Zohar baissa lentement les yeux.
Ses poings se serrèrent.
« …Je ne peux pas sauver tout le monde… »
Il répéta mes paroles à voix basse, comme s’il essayait d’en comprendre le sens.
Puis il prit une profonde inspiration.
« Mais je peux protéger les gens qui sont proches de moi. »
Son regard croisa de nouveau le mien.
Cette fois, il semblait plus déterminé.
« Si je veux empêcher que ce genre de chose se reproduise… alors je dois devenir plus fort. »
Il baissa les yeux vers son arbalète.
« Je dois changer. »
Je me contentai de hocher la tête.
« Exactement. »
Je ne savais pas si ce changement serait une bonne chose ou non.
Mais je ne pouvais pas me permettre de le voir se jeter dans tous les dangers possibles pour sauver les autres.
Quelques secondes passèrent.
Puis je jetai un dernier regard autour du camp.
« On part. »
Zohar fronça les sourcils.
« Déjà ? »
« Notre position est compromise. »
Je désignai les corps.
« Les quatre qui sont venus ici ne sont probablement pas les seuls à savoir où nous sommes. Si quelqu’un découvre ces cadavres, il comprendra immédiatement qu’il y avait un camp sur cette colline. »
Je poussai un léger soupir.
« C’est dommage… »
Mon regard parcourut les environs une dernière fois.
La pente nous offrait un excellent point de vue.
Le ruisseau constituait une source d’eau constante.
Les arbres étaient suffisamment espacés pour nous permettre de repérer un ennemi à distance.
« C’était un bon endroit. »
Nous éteignîmes soigneusement le feu et effaçâmes autant de traces de notre présence que possible avant de quitter la colline.
…
Près d’une heure plus tard.
Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsque je levai instinctivement les yeux.
Les immenses lettres lumineuses flottant au-dessus de l’île étaient toujours là.
***
Tutoriel
Participants restants : 535
Temps restant : 6 jours, 4 heures et 17 minutes
***
Six jours…
Je poussai un léger soupir.
« C’est long… »
Beaucoup trop long.
À ce rythme, seuls les plus forts ou les plus chanceux seraient encore en vie à la fin.
Mais je ne pouvais pas simplement attendre que l’épreuve se termine.
Surtout sans savoir combien de points les autres participants avaient accumulés.
Il me fallait des informations.
Et vite.
« Où est-ce qu’on va maintenant ? » demanda Zohar.
Je tournai la tête vers l’est.
« À la plage. »
Le blond cligna des yeux.
« Tu veux retourner là-bas ? »
« Pas pour nous montrer. »
Mon regard se durcit.
« Je veux savoir ce qui est arrivé aux survivants. »
Après ce que les quatre inconnus nous avaient raconté, il était évident qu’un groupe s’était déjà formé près de la plage.
Si nous voulions survivre…
nous devions connaître nos ennemis.
…
Nous marchâmes pendant près de quarante minutes.
Plus nous nous rapprochions de la côte…
plus l’odeur devenait insupportable.
Une odeur métallique.
Épaisse.
Du sang.
Je la reconnus immédiatement.
Je levai aussitôt le poing.
Zohar s’immobilisa.
À quelques dizaines de mètres devant nous…
le premier cadavre apparut.
Ou plutôt…
ce qu’il en restait.
La partie supérieure du corps avait complètement disparu.
Les côtes étaient visibles.
Une partie du visage avait été arrachée.
Zohar détourna immédiatement le regard.
J’avais envie de faire la même chose.
Mais je devais rester calme.
Et continuer.
« Merde… »
Quelques mètres plus loin…
deux autres corps.
Puis quatre.
Puis encore davantage.
Certains appartenaient à des participants.
D’autres…
à des monstres.
D’immenses carcasses jonchaient le sable, couvertes de blessures d’épée, de carreaux et de morsures.
Le combat qui avait eu lieu ici avait dû être extrêmement violent.
« Ils se sont battus toute la nuit… »
Je m’accroupis près d’un monstre.
La blessure principale se trouvait à la gorge.
Une mise à mort nette.
Je balayai ensuite les environs du regard.
Des empreintes.
Beaucoup trop.
Au moins une dizaine de personnes.
« Ils sont organisés… »
‘Quelque chose cloche.’
‘Ça ne colle pas.’
‘Avec autant de personnes, il devrait y avoir moins de cadavres.’
Nous continuâmes à avancer avec encore plus de prudence.
Puis…
j’aperçus quelque chose d’étrange.
Une corde.
Très fine.
Presque invisible.
Elle était tendue entre deux arbres.
Je levai immédiatement le bras devant Zohar.
« Stop. »
Le blond se figea.
« Quoi ? »
Je m’accroupis.
Du bout des doigts, j’écartai quelques feuilles mortes.
En dessous…
des pieux aiguisés étaient dissimulés au fond d’une fosse profonde.
Les yeux de Zohar s’écarquillèrent.
« Un piège… »
Je hochai la tête.
« Et ce n’est probablement pas le seul. »
Nous contournâmes soigneusement la fosse.
Quelques mètres plus loin…
un deuxième piège.
Puis un troisième.
Des troncs suspendus.
Des collets.
Des pieux.
Chaque passage entre la jungle et la plage semblait avoir été piégé.
« Ils ont transformé toute cette zone en forteresse… et aussi vite… »
Je commençais à comprendre.
Ce groupe n’avait pas survécu grâce à sa force.
Il avait survécu grâce à sa préparation.
Je fis signe à Zohar de s’accroupir.
Devant nous…
la jungle prenait enfin fin.
Entre deux buissons, nous pouvions clairement voir la plage.
Et ce que nous découvrîmes nous figea sur place.
Des dizaines de personnes étaient rassemblées autour d’un immense feu.
Certaines transportaient des carcasses de monstres.
D’autres montaient la garde.
Au centre du camp, assis tranquillement sur un énorme rocher…
un garçon d’environ dix-huit ans mordait dans une cuisse de monstre grillée comme s’il était parfaitement chez lui.
Ses longs cheveux noirs étaient complètement ébouriffés.
Sa peau était couverte de petites cicatrices.
Et son regard…
avait quelque chose de sauvage.
À sa droite et à sa gauche se tenaient deux jeunes filles du même âge.
Toutes deux avaient les poignets liés par des cordes.
Leurs vêtements étaient sales.
Leurs visages portaient encore les traces de larmes séchées.
Elles n’osaient même pas relever la tête.
Quatre garçons armés se tenaient quelques mètres derrière le chef, surveillant constamment les environs.
Personne ne parlait.
L’atmosphère sur cette plage ressemblait bien davantage à celle d’un camp de prisonniers qu’à celle d’un groupe de survivants.
Je plissai les yeux.
Quelque chose n’allait pas.
Ceux qui semblaient libres évitaient soigneusement le regard du garçon assis au centre du camp.
Chacun de ses mouvements était observé avec une attention presque obsessionnelle.
Comme s’ils attendaient sa moindre réaction.
De la peur.
Ce n’était pas du respect.
C’était de la peur.
‘Il contrôle complètement ce groupe…’
Je fis discrètement apparaître mon interface.
Analyse.
Mon regard se posa sur le garçon.
‘Voyons quel genre de monstre tu es…’