Chapitre 24
Chapitre 24
Les dix minutes s’écoulèrent.
La fée se releva de son banc d’un mouvement nonchalant, battit une fois des ailes et agita la main.
« Allez, les survivants. Suivez-moi. »
Elle nous guida à travers le grand bâtiment.
Les couloirs étaient hauts et voûtés, baignés d’une lumière douce qui semblait émaner directement des murs.
L’architecture conservait son élégance noble, presque royale, mais derrière cette beauté, on percevait déjà une organisation froide et efficace.
Lorsque nous atteignîmes le centre d’un vaste hall, elle se retourna vers le groupe.
« Vous avez une heure. Choisissez une chambre vide, installez-vous et rangez vos affaires si vous en avez. Ensuite, tout le monde se retrouve sur la place centrale. Pas de retard. Je n’aime pas les retardataires. »
Sans attendre la moindre réponse, elle disparut dans un petit nuage de poussière lumineuse.
Autour de moi, les gens commencèrent aussitôt à se disperser, cherchant des portes ouvertes.
Moi, je restai immobile quelques secondes.
Une vraie douche.
Après une semaine à me laver dans l’océan, avec le sel collé à la peau et du sable absolument partout…
Même si mes vêtements étaient secs depuis longtemps, ils restaient imprégnés de sel et de poussière.
Rien que l’idée d’une douche chaude faillit me faire sourire.
Enfin.
Un luxe pourtant banal, mais qui me paraissait soudain plus précieux que n’importe quelle récompense.
Je tournai la tête vers Zohar.
Sa blessure à l’épaule, celle qu’il avait reçue plus tôt, était encore mal bandée.
Le tissu était sombre à cause du sang séché et il bougeait avec une raideur qu’il essayait clairement de dissimuler.
Ça deviendrait un problème s’il mourait d’une infection.
« Ta blessure est toujours en mauvais état. Tu devrais te faire soigner avant de chercher une chambre. »
Zohar me regarda un instant.
Aucune hésitation dans ses yeux.
« Viens, on y va. On s’occupe de ça maintenant. »
Sans attendre ma réponse, il m’attrapa par le bras et m’entraîna déjà dans le couloir.
L’infirmerie ne fut pas difficile à trouver.
Une grande porte blanche, légèrement entrouverte, laissait échapper une odeur propre d’herbes et d’antiseptique doux.
Nous entrâmes.
Et je m’arrêtai net.
Au fond de la pièce, une jeune fille venait de se tourner vers nous.
De longs cheveux bleus ondulés descendaient jusqu’au milieu de son dos.
Ses yeux étaient verts, clairs, presque translucides.
Elle portait une tenue simple et moderne, très loin des armures et des robes médiévales qu’on voyait partout.
Elle ressemblait à un ange tombé du ciel…
mais un ange qui aurait grandi en ville, avec un téléphone et des écouteurs.
Mon cœur rata un battement.
Elle ressemblait exactement à l’héroïne principale du livre que j’étais en train d’écrire.
Dans les moindres détails.
Mais ce n’était pas seulement sa timidité que je reconnaissais.
Il y avait aussi sa façon de se tenir.
En apparence accessible.
Un visage doux.
Des gestes calmes.
Et pourtant…
une distance invisible.
Comme une coquille discrète qu’elle maintenait instinctivement entre elle et le reste du monde.
Même sa façon de joindre les mains ressemblait moins à de la simple nervosité qu’au réflexe de quelqu’un qui avait appris à se protéger.
Pour en avoir le cœur net, je vérifiai discrètement son statut.
***
[Profil du personnage]
Nom : Anastasia Yubo
Âge : 19 ans
Sexe : Femme
Race : Humaine
Rôle : Soutien
Capacité(s) :
Apaisement (Peu commun)
Permet à l’utilisateur d’apaiser l’esprit des personnes qui l’entourent.
Don(s) :
Vie (Légendaire)
Permet à l’utilisateur de donner la vie.
Trait : Sainte
***
Je refermai mentalement la fenêtre.
C’était bien elle.
Anastasia Yubo.
Elle venait enfin d’apparaître.
Derrière son attitude douce, ses yeux verts nous évaluèrent rapidement, cherchant peut-être une menace ou une intention cachée, avant qu’elle ne détourne légèrement le regard.
Zohar, lui, n’avait rien remarqué de particulier.
Il fit un pas en avant, une main pressée contre son épaule.
« J’ai besoin de soins », dit-il simplement.
Anastasia releva les yeux vers nous.
Son expression resta calme, presque neutre, mais je percevais cette légère barrière qu’elle dressait instinctivement.
Elle ne sursauta pas.
Elle évalua la situation en une seconde, puis hocha la tête.
« D’accord. Assieds-toi, je vais m’en occuper. »
Anastasia s’approcha de Zohar à pas mesurés.
Lorsqu’elle parla, sa voix était douce, presque effacée, mais stable.
« …Je peux regarder ? »
Zohar hocha la tête et retira lentement le tissu sale qui recouvrait son épaule gauche.
La blessure apparut.
Elle était assez profonde, aux bords irréguliers, encore rougie.
Du sang séché collait à sa peau.
Anastasia s’agenouilla légèrement pour mieux examiner la plaie.
Elle ne se précipita pas.
Elle l’observa avec une attention calme et professionnelle, comme si elle avait déjà fait ça des centaines de fois.
« C’est profond », dit-elle simplement. « Mais ta vie n’est pas en danger. »
Je fus soulagé de l’entendre.
Elle releva brièvement les yeux vers lui.
Leurs regards se croisèrent à peine une seconde.
Puis elle détourna les yeux.
Ses deux mains se placèrent au-dessus de l’épaule blessée, sans la toucher.
Une faible lumière dorée, douce et chaleureuse, commença à émaner de ses paumes.
Elle grandit progressivement, enveloppant la blessure d’une lueur apaisante.
C’était presque comme si l’air lui-même s’était calmé autour d’elle.
Je sentis quelque chose changer dans la pièce.
Une sensation légère.
Presque imperceptible.
Comme si une tension invisible venait de se relâcher.
Même mon propre esprit semblait un peu plus clair.
Sous la lumière, la chair de Zohar se referma lentement.
Les bords de la plaie se rejoignirent.
Les rougeurs disparurent.
Et en quelques secondes…
il ne resta plus aucune trace de la blessure.
Même la peau autour de l’épaule redevint parfaitement lisse.
Comme si rien ne s’était jamais passé.
Anastasia retira ses mains.
La lumière s’éteignit.
Elle se redressa, déjà légèrement plus éloignée qu’auparavant.
Son attitude restait gentille, presque accessible…
mais cette coquille subtile était toujours là.
Une politesse prudente.
Le genre qui empêchait véritablement les autres de s’approcher.
« …C’est bon », murmura-t-elle. « Tu peux bouger ton épaule maintenant. »
Elle n’attendit même pas qu’on la remercie.
Elle avait déjà reculé d’un pas, prête à refermer l’espace qu’elle venait d’ouvrir.
Zohar fit rouler son épaule gauche pour tester le mouvement.
Plus aucune douleur.
Il regarda Anastasia pendant un instant, puis inclina légèrement la tête.
« Merci. »
Le mot était simple.
Presque sec.
Mais sincère.
Anastasia hocha brièvement la tête en retour.
Elle ne sourit pas vraiment.
Son expression resta polie, contrôlée, déjà occupée à restaurer la distance qu’elle avait momentanément réduite pour le soigner.
Comme si le fait de l’avoir aidé ne changeait absolument rien entre eux.
« …De rien », répondit-elle doucement.
Sans ajouter un mot, elle se détourna légèrement et reprit sa place un peu plus loin dans l’infirmerie.
Clairement prête à nous voir partir.
Zohar me lança un regard de côté.
« On y va ? »
Je hochai la tête.
Nous quittâmes l’infirmerie sans nous retourner.
Derrière nous, la porte se referma doucement tandis qu’Anastasia nous lançait un dernier regard discret.
Dans le couloir, le silence semblait différent.
Plus léger, peut-être.
Ou peut-être était-ce simplement parce que Zohar n’avait plus besoin de protéger son épaule à chacun de ses pas.
« Chambre », dit-il simplement.
« Chambre », répondis-je.
Nous repartîmes dans le large couloir, déjà à la recherche de portes ouvertes.
De chambres vides où nous pourrions enfin poser nos affaires…
et, en ce qui me concernait, profiter d’une vraie douche.