Chapitre 23
Chapitre 23
Le compte à rebours atteignit enfin zéro.
Une nouvelle lumière nous enveloppa, plus douce cette fois, mais tout aussi aveuglante.
Lorsque j’ouvris de nouveau les yeux, la première chose qui me frappa fut la lumière.
Un soleil artificiel.
Trop parfait.
Trop immobile dans le ciel.
Chaud, doré, mais dépourvu de la moindre imperfection d’une véritable étoile.
Je plissai les yeux, laissant à ma vue le temps de s’adapter. Autour de moi, les autres faisaient de même, levant un bras devant leur visage ou détournant la tête.
Lorsque je parvins enfin à voir correctement, j’observai les alentours.
Nous nous trouvions au milieu d’une immense place pavée de pierres claires.
Devant nous se dressait un gigantesque bâtiment.
Haut.
Imposant.
Doté de lignes nobles rappelant l’architecture médiévale.
Des arches élégantes, des colonnes sculptées, d’immenses vitraux captant la lumière artificielle…
L’endroit n’avait rien de menaçant.
Il était majestueux.
Presque sacré.
Autour de nous, d’autres groupes venaient d’apparaître.
Des inconnus tout aussi perdus que nous, clignant des yeux, tournant sur eux-mêmes et cherchant désespérément un point de repère.
Personne ne parlait fort.
On n’entendait que des murmures et le souffle léger du vent.
C’est alors qu’une petite silhouette s’avança vers nous.
Une fée.
À peine plus grande qu’une enfant, elle possédait une paire d’ailes translucides qui battaient doucement dans son dos. Ses cheveux roses flottaient autour de son visage.
Elle s’arrêta à quelques mètres de nous et nous détailla avec un ennui absolu dans ses yeux rouge rubis.
« Bienvenue, bande de merdes. »
Un silence glacial tomba.
Plusieurs personnes froncèrent les sourcils.
Victor grimaça.
Mira ouvrit la bouche, visiblement outrée.
Même Zohar haussa un sourcil.
La fée, elle, n’en avait clairement rien à foutre.
« Vous pensiez pouvoir grimper la Tour et réaliser votre petit souhait, hein ? C’est mignon. Mais ce n’est pas aussi simple. »
À ces mots, une barrière de mana apparut devant nous.
Un mur transparent, légèrement bleuté, se mit à scintiller dans les airs, bloquant complètement l’accès au grand bâtiment.
« Seuls ceux qui parviendront à traverser ça auront le droit de monter. Les autres… eh bien, vous restez ici. »
Les protestations éclatèrent immédiatement.
Quelqu’un cria son mécontentement.
Un autre se mit à jurer.
La fée leva les yeux au ciel, exaspérée.
« Si vous n’êtes pas contents, vous pouvez toujours rester tranquillement au premier étage. Ou partir. Enfin… en théorie. Parce qu’en réalité, seuls ceux qui atteignent le centième étage et deviennent des “Élus” peuvent quitter cet endroit. Alors bonne chance. »
Elle tourna les talons et se dirigea vers le mur de mana.
Elle le traversa sans la moindre difficulté…
avant de trébucher lourdement à cause d’une bourrasque.
Elle manqua de s’écraser face contre terre, battit frénétiquement des ailes pour retrouver son équilibre, puis se redressa beaucoup trop vite, comme si absolument rien ne venait de se passer.
Personne n’osa rire.
Je restai figé, les yeux rivés sur la barrière de mana.
‘Est-ce que… je pourrais la traverser ?’
Après tout, je venais d’un autre monde.
Peut-être que les règles étaient différentes pour moi.
Peut-être que cette barrière ne me concernait tout simplement pas.
Une lueur d’espoir traversa mon esprit pendant une seconde…
avant de s’effondrer aussitôt.
Je me rappelai.
La capacité que j’avais débloquée plus tôt.
Celle qui n’aurait dû être accessible qu’à quelqu’un possédant du mana.
Si le Système me l’avait accordée…
cela signifiait que j’en possédais.
Tout comme les autres.
Ni plus.
Ni moins.
Un inconnu fut le premier à s’avancer.
Grand, large d’épaules, le visage déjà tendu, il posa une main contre le mur transparent.
Rien.
Il poussa.
Toujours rien.
Alors il prit appui sur ses jambes et força.
Ses muscles se mirent à trembler.
Des veines gonflèrent sur son front.
Les secondes passèrent.
Une minute.
Puis deux.
Finalement, dans un grognement étouffé, il franchit le seuil…
avant de s’effondrer à genoux de l’autre côté, complètement essoufflé et vidé de ses forces.
Les autres n’attendirent pas longtemps.
Un à un, des inconnus se précipitèrent vers la barrière.
Certains réussirent à la traverser après une lutte interminable.
D’autres furent repoussés, le visage blême et les jambes tremblantes.
Des jurons fusèrent.
Des encouragements aussi.
La place, jusque-là presque silencieuse, s’anima brusquement.
Puis Tiana s’avança.
Elle ne courut pas.
Elle ne se pressa même pas.
Elle marcha calmement jusqu’au mur de mana.
Posa à peine la main dessus…
et le traversa comme s’il n’existait pas.
Aucun effort.
Aucune grimace.
Rien.
Un silence stupéfait tomba parmi ceux qui avaient assisté à la scène.
Tiana s’en moquait.
Sans même jeter un regard derrière elle, elle continua tout droit, repéra un banc de pierre un peu plus loin et s’y installa.
Elle croisa les jambes.
Son visage demeurait parfaitement indifférent.
Zohar s’approcha de moi, les mains dans les poches, avec son éternel air résigné.
« On devrait essayer aussi, non ? »
Je le regardai une seconde avant de reporter mon attention sur le mur de mana.
Autour de nous, les autres continuaient à s’épuiser pour franchir la barrière.
Certains réussissaient.
D’autres non.
Tiana, elle, était déjà tranquillement assise de l’autre côté, comme si tout cela ne la concernait absolument pas.
Je soupirai intérieurement.
Bon… quand faut y aller, faut y aller.
Je hochai la tête.
Zohar passa en premier.
Il posa une main contre le mur…
et le traversa sans la moindre difficulté.
Exactement comme Tiana.
Aucun effort.
Aucune grimace.
Il se retrouva de l’autre côté et se retourna vers moi, un sourire aux lèvres, comme pour me dire que tout irait bien.
À mon tour.
Je pris une profonde inspiration.
Tendis la main.
Et touchai la surface bleutée.
Je m’attendais à rencontrer une résistance.
Une pression.
À devoir forcer pour passer au travers…
Rien.
Le mur céda sous mes doigts comme de l’eau.
Je fis simplement un pas en avant.
Et je le traversai.
Sans le moindre effort.
Je clignai des yeux, surpris.
Zohar me regarda, légèrement amusé malgré son habituelle nonchalance.
« Hé… toi aussi, hein. »
Soudain, un cri retentit de l’autre côté de la barrière.
« Ce test est complètement débile ! Je refuse de le faire ! Je grimperai cette putain de Tour quand même ! J’en ai rien à foutre de vos règles ! »
Tous les regards convergèrent vers le garçon.
Grand, le visage rouge de colère, il se tenait là, la poitrine se soulevant rapidement.
La fée poussa un profond soupir, comme si quelqu’un venait de la déranger pendant sa pause.
Elle se releva de son banc, battit mollement des ailes et revint de notre côté.
Elle s’arrêta juste devant le garçon.
Malgré sa petite taille, elle flottait suffisamment haut pour pouvoir le regarder de haut.
Puis elle leva un doigt.
Une pression invisible s’abattit sur lui.
BOUM.
Il s’effondra instantanément à genoux, le souffle coupé, les deux mains plaquées contre le sol.
Ses bras tremblaient violemment.
Des gouttes de sueur perlaient déjà sur son front.
La fée baissa les yeux vers lui, parfaitement indifférente.
« La pression que tu ressens en ce moment… ce n’est rien. »
Elle bâilla presque.
« Je ne suis qu’une éclaireuse. Ce que tu ressens n’est qu’un aperçu de la densité de mana présente dans l’air du quinzième étage. »
Elle pointa le mur de mana du pouce.
« Cette barrière, par contre, reproduit l’intensité du vingt-cinquième étage. Alors imagine un peu. »
Le garçon releva difficilement la tête.
Ses yeux brillaient déjà de larmes.
« J… J’ai tout abandonné pour venir ici… Ma famille, mes amis, mes études… tout… »
Mais la fée ne l’écoutait déjà plus.
Elle lui avait tourné le dos et repartait tranquillement de l’autre côté de la barrière, prête à retourner s’asseoir.
Tout en s’éloignant, elle lança d’une voix claire, sans même prendre la peine de se retourner :
« Il vous reste dix minutes pour traverser la barrière. »
Elle leva paresseusement une main.
« Après ça, vous êtes éliminés. »