Chapitre 21
Chapitre 21
Finalement, la fille aux cheveux violets perdit patience.
D’un geste rapide, elle arracha le cryptex de mes mains.
« Donne-moi ça. On n’a pas toute la journée. »
Ses doigts fins et agiles firent tourner les anneaux avec une précision presque mécanique.
Les lettres s’alignèrent une à une.
D… E… M… O… N.
Un clic sec résonna dans le silence tendu de la pièce.
Le cryptex s’ouvrit en deux, révélant en son centre une fine carte magnétique noire, lisse et froide, dont la surface brillait faiblement sous la lumière pâle.
L’homme qui n’avait cessé de geindre et de sangloter depuis le début de l’épreuve poussa un cri de joie étranglé.
Ses yeux gonflés s’illuminèrent soudain d’espoir.
« Oui ! Oui ! C’est ça ! Ouvrez la porte ! Vite, ouvrez-la ! »
Il se précipita vers le lecteur de carte installé près de l’imposante porte métallique.
Ses mains tremblaient tellement qu’il faillit laisser tomber la carte.
La fille aux cheveux violets le regarda une seconde, puis la lui arracha des mains et l’inséra elle-même d’un geste sec.
Un bip aigu retentit.
De lourds mécanismes s’activèrent à l’intérieur des murs.
Des verrous se rétractèrent.
Des vérins sifflèrent.
Puis la porte s’ouvrit lentement dans un grincement de métal usé, révélant derrière elle un long couloir sombre qui s’étendait dans les ténèbres telle une gueule sans fond.
Un lourd silence tomba sur le groupe.
Certains échangèrent des regards soulagés.
D’autres affichaient déjà des sourires tremblants.
On avait réussi.
La carte.
La note.
La porte.
Tout s’était emboîté.
L’épreuve était terminée.
On allait enfin pouvoir sortir.
Mais moi, je ne bougeai pas.
Je restai figé sur place, les yeux rivés sur le couloir sombre, le cœur battant un peu trop fort.
Quelque chose n’allait pas.
Une sensation persistante, presque physique, me comprimait la poitrine.
Je levai les yeux vers l’endroit où, depuis le début, la voix monotone du Système commentait chacune de nos actions.
Chacune de nos erreurs.
Rien.
Aucun message.
Aucune annonce.
Aucune déclaration froide et définitive indiquant que l’épreuve était terminée.
Je fronçai les sourcils.
Autour de moi, les autres commençaient déjà à avancer vers le couloir, certains riant nerveusement, d’autres s’encourageant à voix basse.
La fille aux cheveux violets jeta un regard en arrière, comme si elle avait remarqué mon hésitation.
Je ne pus m’empêcher de murmurer, presque pour moi-même :
« …Il n’a rien dit. »
Le Système n’avait pas annoncé la fin de l’épreuve.
Finalement, Zohar me donna une petite poussée dans le dos.
« Tu viens, Damien ? »
Je n’avais plus vraiment le choix.
Je franchis le seuil et pénétrai dans le long couloir obscur.
L’air y était plus froid.
Plus immobile.
Comme si l’endroit retenait son souffle.
Nous avançâmes en groupe, nos pas résonnant faiblement sur le sol métallique.
Je restai légèrement en retrait, tous mes sens en alerte, incapable de me débarrasser de cette impression que quelque chose clochait.
Soudain…
Un courant d’air glacé effleura mon visage.
Un frisson parcourut mon échine.
Par pur instinct, je me jetai sur le côté et attrapai le bras de la fille aux cheveux violets juste devant moi, la tirant brutalement vers moi.
« Attention ! »
Une fraction de seconde plus tard, une flèche siffla dans l’air.
Elle se ficha dans le mur avec un bruit sourd, exactement à l’endroit où elle se trouvait l’instant précédent.
La pointe vibrait encore.
Des cris éclatèrent derrière nous.
Les autres paniquèrent et reculèrent dans le désordre.
Évidemment, le type grincheux ne put s’empêcher de râler.
« C’est quoi ce bordel encore ?! On n’est même pas sortis et ça recommence déjà ! »
La fille aux cheveux violets arracha brusquement son bras à ma prise.
Sa main claqua contre la mienne.
Sec.
Brutal.
« Ne me touche pas ! »
Je restai figé, la main encore tendue, la mâchoire crispée.
Dans ma tête, une voix résonna, amère et vexée.
‘Sérieusement ? Je viens de lui sauver la vie et elle n’est même pas capable de dire merci…’
Je baissai les yeux.
Puis quelque chose fit tilt dans mon esprit.
Je réalisai soudain que, quelques secondes plus tôt…
j’avais eu une fille collée contre moi.
Son bras sous mes doigts.
La chaleur de son corps.
C’était la première fois.
La toute première.
Je n’avais même jamais tenu la main d’une fille de toute ma vie.
La sensation me revint d’un seul coup.
La douceur de sa peau.
Son épaule pressée contre ma poitrine.
Une vague de chaleur me monta au visage.
Je sentis mes joues rougir.
Elle me regarda.
Ses yeux se plissèrent.
« Pervers. »
Le mot me frappa plus fort que sa claque.
J’ouvris la bouche pour protester.
Pour lui crier que ce n’était pas du tout ce qu’elle croyait.
Que je venais simplement de…
Une deuxième flèche siffla dans le couloir.
Je n’eus même pas le temps de terminer ma pensée.
Mon instinct cria plus fort que mon embarras.
Ma main fila vers ma hanche à la recherche de la poignée de mon épée…
et ne trouva rien.
Un froid glacial me saisit.
Merde.
Merde, merde, merde.
Je n’avais plus d’arme.
Devant nous, une voix retentit, urgente :
« Courez ! On n’a pas le choix, il faut continuer avant qu’ils nous tombent tous dessus ! »
Nous nous mîmes à courir.
Le couloir semblait interminable.
Chaque flèche sifflant derrière nous nous poussait à accélérer encore un peu.
Ma respiration me brûlait la gorge.
Je n’osais même plus regarder le compte à rebours qui flottait au-dessus de nos têtes.
Mais je le savais.
Moins de dix minutes.
Le temps nous échappait.
Soudain, le tunnel déboucha dans une immense salle circulaire.
Tout au fond se dressait une gigantesque porte scellée.
Sans réfléchir, nous nous précipitâmes tous à l’intérieur.
Nos pieds se posèrent presque simultanément sur une grande dalle de pierre grise placée juste à l’entrée.
Clic.
Un bruit métallique résonna.
Au-dessus de la porte, une petite lumière rouge s’alluma.
Puis elle passa au vert.
Un grincement étouffé se fit entendre, comme si d’anciens mécanismes venaient de se réveiller…
mais la porte ne bougea pas.
Je m’arrêtai net, le cœur toujours affolé.
Autour de moi, les autres se figèrent également.
Le sol devant nous n’était pas uniforme.
Six autres dalles identiques étaient disposées plus loin, formant une sorte de damier irrégulier jusqu’à la porte.
Sept au total.
En comptant celle sur laquelle nous nous trouvions déjà.
Un mécanisme.
Des dalles à activer.
Il fallait que nous nous placions correctement.
Je levai les yeux vers l’horloge du Système.
8:23