Chapitre 19
Chapitre 19
« Merde ! »
L’homme dans la cellule juste en face de la mienne donna un violent coup de pied dans les barreaux pour évacuer sa frustration.
Le métal résonna lourdement dans le couloir, un bruit sec et rageur qui fit vibrer l’air froid.
Puis…
Des pas.
Des pas qui revenaient.
Rapides.
Irréguliers.
L’homme qui s’était échappé réapparut dans la faible lueur d’une lampe lointaine, les clés toujours serrées dans sa main moite.
Son visage était pâle, couvert de sueur, et sa respiration laborieuse résonnait beaucoup trop fort dans le silence.
« Il y a… il y a une autre porte », réussit-il à dire d’une voix rauque. « Plus loin. Avec un putain de code à entrer. Je… je peux pas sortir tout seul. »
Il s’approcha de la première rangée de cellules, en choisit une au hasard et glissa une clé dans la serrure.
Clic.
La porte s’ouvrit dans un grincement de gonds rouillés.
« Sans rancune », marmonna-t-il en reculant d’un pas.
L’homme qui venait d’être libéré, celui de la cellule juste en face de la mienne, ne répondit pas.
Il sortit lentement, les épaules tendues, le regard sombre.
Puis, dans un mouvement brusque, il attrapa le fugitif par le col de sa veste et le plaqua contre le mur.
Bam !
La pierre froide résonna sous l’impact.
« Je vais te tuer », grogna-t-il, la voix basse et tremblante de rage. « Tu nous as laissés pourrir ici, espèce de connard. Tu mérites de crever. »
L’odeur de sueur et de peur se mêlait à celle du métal rouillé.
On entendait la respiration chaotique des deux hommes, le froissement de leurs vêtements, le tintement des clés qui manquèrent de tomber au sol.
C’est alors que la voix de Zohar retentit depuis sa cellule encore verrouillée.
Calme.
Mais ferme.
Même blessé, il pensait encore aux autres.
« Arrête. »
Silence.
« On doit s’entraider. On ne sait pas si les sept doivent rester en vie pour terminer cette épreuve. Si tu le tues maintenant, tu risques de tous nous condamner. »
L’homme qui tenait l’autre par le col hésita.
Ses poings restèrent serrés une seconde de plus…
puis il le relâcha en grognant.
Le fugitif recula immédiatement, les mains levées, le visage encore plus pâle qu’avant.
Une à une, les cellules furent ouvertes.
Le claquement des serrures.
Le grincement des portes.
L’air du couloir sembla devenir plus lourd, chargé de respirations retenues, de pas hésitants et de regards méfiants qui se croisaient dans la faible lumière.
Lorsque la dernière serrure céda, nous nous retrouvâmes tous debout dans l’étroit couloir.
L’odeur de pierre humide et de sueur froide nous enveloppait.
Personne ne parlait vraiment.
Nous avançâmes.
Le couloir s’étendait plus loin qu’il ne l’avait semblé.
Nos pas résonnaient sourdement.
Puis, soudain, l’espace s’ouvrit.
Une salle à manger.
Grande.
Froide.
Plongée dans une quasi-obscurité.
Une longue table en bois massif occupait le centre, entourée de chaises poussiéreuses.
Au fond, une porte massive, fermée, sans poignée visible.
Et près du mur, posé sur une petite table isolée, un autre coffre.
Sombre.
Scellé.
Avec une énorme serrure en son centre.
Le silence était oppressant.
Quelqu’un murmura :
« Il n’y a rien ici… On voit rien. »
Une autre voix, plus décidée :
« Les lumières. Il doit y avoir un interrupteur. »
On entendit des pas longer les murs.
Puis un clic.
Trois plafonniers s’allumèrent d’un seul coup, diffusant une lumière jaune maladive et vacillante.
Les ombres dansèrent sauvagement sur les murs fissurés.
L’homme qui avait actionné l’interrupteur fronça les sourcils.
« C’est cassé… », dit-il en tapotant dessus. « Regardez. »
Il actionna de nouveau l’interrupteur.
Cette fois, cinq lumières s’allumèrent, plus vives, révélant mieux la poussière flottant dans l’air et les taches sombres sur le sol de pierre.
Un autre clic.
Une seule lumière.
Puis huit.
Puis…
Tout s’éteignit d’un coup.
L’obscurité totale revint.
Plus épaisse.
Plus hostile qu’avant.
Dans le noir absolu, nous n’entendions plus que nos respirations et le décompte invisible qui continuait quelque part.
Une voix calme s’éleva.
Claire.
Posée.
Presque trop sereine pour la situation.
« Le nombre de lumières. »
C’était la jeune femme.
Celle de la cellule la plus éloignée de la mienne, du même côté.
Blonde.
Cheveux courts.
Yeux verts…
Je me souvenais vaguement de son visage lorsque la lumière l’avait effleuré.
« Trois. Puis cinq. Puis une. Puis huit. Ce n’est pas une coïncidence. C’est un code. »
Silence.
L’homme qui s’était enfui plus tôt, celui qui avait les clés, grogna dans le noir :
« La porte du fond n’a pas de clavier numérique. Je l’ai vue. Elle a un lecteur de carte magnétique. Pas de code. »
Des murmures parcoururent le groupe.
« Alors on cherche », déclara Zohar. « Tout. Chaque centimètre. »
Quelqu’un actionna de nouveau l’interrupteur, cette fois plus méthodiquement.
Les lumières s’allumèrent toutes ensemble, vacillantes mais suffisamment fortes.
Une lueur jaune sale envahit enfin la salle, révélant chaque recoin poussiéreux, chaque fissure, chaque tache sombre sur le sol de pierre.
Le groupe se dispersa immédiatement.
Des chaises furent renversées.
Les tiroirs de la longue table furent arrachés.
L’odeur de poussière ancienne se mêlait à celle du bois humide et du métal froid.
On entendait le grincement des meubles déplacés, le bruit sourd de pas pressés et les respirations courtes de gens trop conscients que le temps s’écoulait.
Zohar fouillait méthodiquement le fond de la pièce, passant ses doigts le long des plinthes.
C’est contre le mur du fond que nous trouvâmes quelque chose.
Une rangée de tableaux.
Des portraits sombres dans de lourds cadres ornés, leurs visages presque indiscernables tellement ils étaient usés.
L’un d’eux était légèrement de travers.
Quelqu’un le souleva.
Derrière, encastrée dans la pierre, se trouvait une petite boîte métallique.
Un cadenas à combinaison de quatre chiffres.
« Trouvez un moyen de refaire fonctionner les lumières », ordonna la blonde aux yeux verts.
L’interrupteur fut actionné plusieurs fois, dans le même ordre qu’avant.
Trois.
Cinq.
Un.
Huit.
3… 5… 1… 8.
L’homme aux clés s’agenouilla devant le coffre caché.
On entendit le cliquetis des molettes alors qu’il les tournait une à une, avec une précision fébrile.
Clic.
Le petit coffre s’ouvrit.
À l’intérieur, posé sur un morceau de tissu usé, se trouvait une clé.
Plus grande.
Plus ancienne.
Clairement destinée à autre chose.
Tous les regards se tournèrent instinctivement vers la table au centre de la pièce.
Vers le coffre scellé qui attendait.
La blonde prit la clé entre ses doigts et la fit scintiller faiblement dans la lumière.
« On dirait que c’est pour celui-là. »
La blonde aux yeux verts tenait encore la clé entre ses doigts lorsque l’un des hommes, celui qui râlait le plus depuis le début, se figea en voyant le contenu du coffre.
« Oh putain… Non. Non, non, non. »
Un grand tableau reposait à l’intérieur.
Un tableau périodique des éléments.
Immense.
Jauni par le temps.
Avec des cases tachées et des annotations manuscrites.
Et, posé bien en évidence sur la case en bas à droite, une petite carte blanche.
Dessus, écrit au marqueur noir épais :
#117
L’homme éclata d’un rire nerveux, presque hystérique.
« C’est pas possible… C’est un putain d’escape game sans fin ! On ouvre un coffre, on trouve une clé, on ouvre un autre coffre et maintenant on tombe sur un tableau périodique avec le numéro 117 ?! C’est quoi la suite ? On va devoir résoudre une équation du second degré pendant que le Démon nous court après ?! »
Dans un accès de rage, il frappa le mur à côté du tableau.
De la poussière tomba comme une fine pluie grise.
« J’en ai marre. J’en ai vraiment marre de ce bordel. »
Personne ne répondit immédiatement.
Le nombre 117 restait là, accroché au tableau comme une provocation silencieuse.