Chapitre 18
Chapitre 18
La cellule de Zohar s’illumina.
Sa voix, que je reconnus immédiatement, résonna dans le couloir, calme malgré la tension.
« J’ai trouvé le mien. Six points. »
Il le décrivit avec précision :
« En haut : plein à gauche, rien à droite. Au milieu : plein à gauche, rien à droite. En bas : rien à gauche, rien à droite. »
Je reconstituai mentalement le motif.
⠃
B.
« C’est un B », dis-je.
Un murmure approbateur parcourut les cellules.
« Dieu merci, quelqu’un sait lire le braille. »
Presque aussitôt, la lumière de la cellule de la fille calme s’alluma.
Sa cellule se trouvait à droite de la mienne. Je pouvais presque sentir sa présence.
« À mon tour. »
Sa voix était posée et concentrée.
« En haut : plein à gauche, rien à droite. Au milieu : rien à droite et plein à gauche. En bas : plein à gauche, rien à droite. »
⠕
O.
« O », confirmai-je.
Les lumières continuèrent à s’allumer les unes après les autres.
Les descriptions s’enchaînaient, désormais beaucoup plus ordonnées depuis que tout le monde suivait les instructions de la fille.
Je traduisais à voix haute.
Lettre après lettre.
Lorsque la dernière cellule replongea dans l’obscurité, le silence retomba.
Nous avions les lettres.
Mais pas leur ordre.
N. B. O… et les autres.
Un amas chaotique qui ne voulait rien dire.
La voix de la fille aux cheveux violets s’éleva de nouveau.
« L’ordre. »
Elle marqua une pause.
« Ça doit avoir un rapport avec l’ordre dans lequel les lumières s’allument. Le Système essaie de nous montrer quelque chose. Il faut attendre le prochain cycle et noter précisément quelle cellule s’allume en première, en deuxième, et ainsi de suite. »
Personne ne protesta.
Nous attendîmes.
Dans l’obscurité totale, seuls nos souffles collectifs et le décompte invisible du compte à rebours brisaient le silence.
49:01
49:00
48:59
48:58
Puis la première lumière s’alluma.
Ensuite la deuxième.
Puis la troisième.
Nous notâmes tout.
Lorsque le cycle fut terminé, les lettres purent enfin être placées dans le bon ordre.
R. A. I. N. B. O. W.
Arc-en-ciel.
Un souffle collectif parcourut le couloir.
L’homme devant le coffre-fort grogna avec impatience.
« Rainbow ? Un mot anglais ? C’est quoi ce bordel ? C’est pas un code numérique ! J’ai besoin de chiffres, pas d’un mot ! »
La voix de la fille aux cheveux violets fendit aussitôt l’air.
« Les verres. »
Silence.
« Ça doit avoir un rapport avec les verres sur nos tables. Le mien est jaune. »
Les voix fusèrent immédiatement, plus rapides, plus pressantes.
« Le mien est bleu ! »
« Vert ici ! »
« Orange ! »
« Rouge ! »
Je baissai les yeux vers la table que je ne pouvais plus voir, mais dont je me souvenais parfaitement.
« Violet, dis-je. Le mien est violet. »
Les six couleurs de l’arc-en-ciel étaient là.
Violet.
Bleu.
Vert.
Jaune.
Orange.
Rouge.
Exactement dans cet ordre.
La fille reprit, plus doucement cette fois, presque comme si elle réfléchissait à voix haute :
« Rainbow… L’ordre de l’arc-en-ciel. Il faut entrer les numéros des verres dans cet ordre. »
« Quels numéros ? Ceux à l’intérieur ou à l’extérieur ? »
« À l’intérieur. »
Violet en premier.
Puis bleu.
Vert.
Jaune.
Orange.
Et enfin rouge.
L’homme devant le coffre-fort déglutit bruyamment.
« Donnez-moi les chiffres. Dans cet ordre exact. Et… ne vous trompez pas. »
Le compte à rebours affichait désormais :
47:12
Le temps commençait réellement à manquer.
D’autant plus que nous ignorions combien d’étapes nous attendaient encore.
Les voix s’élevèrent une dernière fois, plus tendues que jamais, résonnant contre les murs de pierre glacés.
« Violet… numéro 2. »
« Bleu… 7. »
« Vert… 1. »
« Jaune… 3. »
« Orange… 4. »
« Rouge… 5. »
L’homme devant le coffre répéta les chiffres à voix basse, presque comme une prière.
On entendait distinctement ses doigts nerveux frapper les touches métalliques, chaque bip bref et strident tranchant le silence.
2…
7…
1…
3…
4…
5.
Un silence de plomb s’abattit.
Puis vint un déclic métallique.
Sec.
Définitif.
Un souffle d’air froid s’échappa du coffre lorsqu’il s’ouvrit.
L’odeur du métal rouillé et de la poussière ancienne envahit aussitôt le couloir, un mélange sec et âcre qui me piqua la gorge malgré la distance.
« Il y a des clés… » murmura l’homme, la voix tremblante d’excitation et d’incrédulité. « Plusieurs clés. »
Le tintement du métal contre le métal résonna.
Un son vif.
Presque joyeux.
Nous l’entendîmes les saisir à deux mains, les laissant s’entrechoquer dans sa paume moite.
Puis vint le grincement lourd de la serrure de sa cellule.
Le frottement de la clé qu’il força à l’intérieur.
Et enfin…
Clic.
Le verrou céda.
Sa porte s’ouvrit dans un long gémissement de gonds rouillés.
Pour la première fois, un air différent s’engouffra dans le couloir.
Plus frais.
Chargé de l’odeur de pierre humide et de quelque chose d’indéfinissable.
Presque électrique.
« Je… je suis dehors », souffla-t-il, comme s’il avait lui-même du mal à y croire.
Une courte pause.
« Je suis libre. »
Les voix s’élevèrent aussitôt.
Aiguës.
Désespérées.
Se chevauchant les unes les autres.
« Parfait ! Maintenant, ouvre-nous avec les autres clés ! »
« Oui ! Fais-nous sortir ! »
Mais l’homme ne répondit pas.
Il passa devant ma cellule.
Puis nous entendîmes ses bottes heurter les pierres froides du couloir.
Des pas précipités.
Irréguliers.
Qui s’éloignaient déjà.
Le froissement de ses vêtements.
Le tintement des clés qu’il serrait toujours beaucoup trop fort dans sa main.
À chaque pas, le bruit devenait plus faible.
Plus distant.
Il ne se retourna même pas.
« Ne nous laisse pas enfermés ici, putain ! » cria l’homme dans la cellule en face de la mienne.
« Désolé », répondit-il simplement.
Sa voix était déjà déformée par la distance et l’écho.
« Chacun pour soi. »
Puis plus rien.
Seulement ce silence épais, presque physique, qui s’abattit sur nous tel un linceul de plomb.
Le goût métallique de la peur au fond de ma bouche.
Le froid de la pierre sous mes paumes lorsque je m’appuyai contre le mur.
Et quelque part, dans un coin de mon esprit…
le compte à rebours qui continuait inexorablement.
46:47
46:46
46:45
Dans l’obscurité totale de ma cellule, je restai immobile pendant quelques secondes.
Mes poings étaient si serrés que mes ongles s’enfonçaient dans mes paumes.
Il était parti.
Avec les clés.
Et nous étions toujours enfermés.
Avec un Démon qui serait libéré dans moins d’une heure.
La voix de la fille aux cheveux violets retentit alors.
Plus basse.
Plus dure.
Presque un murmure chargé de mépris.
« Quel abruti. »
Une pause.
Elle avait pratiquement craché le mot.
« Il vient de signer son arrêt de mort… »
Sa voix résonna une dernière fois dans le couloir obscur.
« …et peut-être le nôtre aussi. »