Chapitre 17
Chapitre 17
La lumière de ma cellule s’éteignit soudainement.
L’obscurité devint totale.
Plus de lit de pierre.
Plus de chaînes.
Plus de verre violet.
Seulement des ténèbres épaisses et le bruit de ma propre respiration.
Puis…
Près de huit secondes plus tard.
Une lumière s’alluma au bout du couloir.
Pas la mienne.
Celle d’une autre cellule.
Elle resta allumée pendant exactement cinq secondes.
Cinq secondes durant lesquelles j’entendis au loin la voix paniquée d’une fille, des murmures nerveux tout autour de moi et les pas agités de quelqu’un qui faisait les cent pas dans sa cellule.
Puis les ténèbres revinrent.
La cellule en face de moi s’illumina à nouveau.
Puis une autre.
Puis encore une autre.
Comme si le Système allumait les cellules une par une, dans un ordre bien précis, pour nous forcer à observer.
À écouter.
À comprendre.
Je restai immobile dans le noir, les yeux grands ouverts, le cœur battant beaucoup trop fort.
Des voix commencèrent à se mêler à travers les barreaux et les épais murs de pierre.
« C’est quoi ce bordel… ? »
« On dirait une putain d’escape room. »
Une voix d’homme.
Rauque.
Un peu trop calme compte tenu de la situation.
« Il doit y avoir des indices dans chaque cellule. Sinon, ça n’aurait aucun sens. Le Démon sera libéré dans moins d’une heure. On n’a pas le temps de paniquer. »
D’autres voix s’élevèrent.
« J’ai un verre sur ma table… Vert. Avec un numéro à l’intérieur. »
La voix calme d’une fille résonna.
« Le mien est bleu. Numéro 7. »
« Rouge ici. 5. »
Je baissai les yeux vers ma propre table, même si je ne pouvais plus la voir.
Le verre violet.
Et le numéro que je n’avais pas encore eu le temps de lire correctement.
Une quatrième cellule s’illumina plus loin dans le couloir.
Cette fois, la voix qui s’éleva semblait plus jeune, presque trop nerveuse et frustrée.
« Attendez… Moi, j’ai pas de verre. »
Silence.
« J’ai un coffre-fort. En métal. Avec un clavier numérique. Il faut un code. »
Puis il cria :
« Donnez-moi vos numéros ! Vite ! »
Les chiffres fusèrent dans l’obscurité, chaotiques, beaucoup trop rapidement.
« 4 ! »
« 5 ! »
« 3 ! »
« 1 ! »
L’homme devant le coffre marmonna quelque chose.
Des bips électroniques retentirent.
Puis un claquement sec.
Erreur. Deux tentatives restantes.
Le silence qui suivit fut plus lourd encore que le précédent.
Deux essais.
Pas un de plus.
Si le coffre se verrouillait définitivement…
on risquait tous d’être foutus.
« Il faut entrer les chiffres dans un ordre précis. Mais lequel ? » lâcha l’un des garçons, frustré.
C’est à cet instant qu’une voix de femme retentit, claire, un peu plus loin.
Une voix que je n’avais pas encore entendue.
« Attendez. »
Tout le monde se tut.
« Dans ma cellule… sur le mur… il y a une inscription. »
Un instant passa.
« Six cercles. Certains sont pleins. D’autres sont vides. »
Elle marqua une pause, comme si elle cherchait les bons mots.
« Ça ressemble à… du braille. »
Le mot résonna dans le couloir obscur.
Du braille.
Six points.
Comme les sept cellules qui s’étaient illuminées jusqu’à présent ?
Ou cela n’avait-il aucun rapport ?
Dans ma tête, le compte à rebours continuait inexorablement.
58:41
58:40
58:39
Et ma cellule s’illumina de nouveau.
La lumière blanche, beaucoup trop vive, me força à plisser les yeux.
Le verre violet scintillait sur la table.
Je n’avais plus le temps de paniquer.
Une fille, au fond, avait parlé de six cercles.
De braille.
Je me mis immédiatement à examiner chaque centimètre des murs fissurés.
Les ombres dansaient sous la lumière crue.
Je passai mes doigts sur la pierre froide, à la recherche de la moindre irrégularité.
Là.
Derrière le lit de pierre, presque dissimulés par l’ombre projetée par les chaînes.
Six petits cercles gravés dans la roche.
Certains étaient en relief.
Les autres n’étaient que de simples creux.
Je m’accroupis, le cœur battant beaucoup trop fort, et les examinai attentivement.
Le motif était clair :
⠺
Je le fixai pendant plusieurs secondes, mémorisant chaque détail.
W.
C’était un W.
Le symbole braille correspondant à la lettre W.
Dieu merci, j’ai étudié toutes sortes de codes pour mes histoires, pensai-je.
Je relevai la tête, la gorge sèche.
« J’ai trouvé le mien ! » lançai-je suffisamment fort pour que les autres puissent m’entendre à travers le couloir. « C’est un W. Six points. Un en haut à droite, deux au milieu, et un en bas à droite. »
Silence.
Puis des murmures.
« Merde, c’est vraiment du braille… »
« Je vois que dalle ! Ma lumière est éteinte ! »
« Pareil ici… c’est le bordel… »
La lumière de ma cellule s’éteignit brutalement.
Les ténèbres m’engloutirent une nouvelle fois.
Peu après, une autre cellule s’illumina plus loin.
Puis une autre.
Puis encore une autre.
Les lumières s’allumaient les unes après les autres, lentement, comme si le Système nous obligeait à travailler dans un ordre précis.
À partager nos informations.
À collaborer…
ou à mourir.
Des voix retentirent.
Certaines paniquées.
D’autres plus calmes.
« Je vois quelque chose sur le mur ! Mais… je sais pas lire le braille ! »
Une voix d’homme, essoufflée.
« Il y a six cercles. Le premier en haut à droite est plein. Tous les autres sont vides. C’est tout ce que je vois ! »
Une autre voix s’éleva, celle d’une femme, plus calme :
« Le mien est différent. Un point en haut. Un au milieu à droite. Un autre en bas à gauche. Ça ressemble à… j’en sais rien. »
Quelqu’un cria depuis l’autre bout du couloir :
« Attends, décris mieux ! En haut, au milieu, en bas ! Gauche ou droite ! Plein ou vide ! »
Le chaos s’installait peu à peu.
Des descriptions confuses.
Des contradictions.
Des gens qui, sous l’effet de la panique, n’arrivaient même plus à orienter correctement les points.
Et pendant ce temps…
le compte à rebours continuait.
55:12
55:11
55:10
Dans l’obscurité de ma cellule, je restai parfaitement immobile, les yeux fermés, répétant mentalement le motif que j’avais vu.
W.
Et quelque part dans le couloir, dans le coffre-fort de la quatrième cellule…
il ne restait que deux tentatives.
Seulement deux.
Au milieu du chaos des voix qui se chevauchaient, l’homme devant le coffre-fort coupa soudain court au vacarme.
« Attendez ! Moi aussi, j’en ai un ! »
Sa cellule était toujours éclairée.
Nous entendîmes ses pas précipités.
« Sur le mur, juste à côté du coffre. Six points. »
Il marqua une pause, essayant visiblement de décrire le motif avec précision.
« En haut : plein à gauche, plein à droite. Au milieu : seulement celui de droite, rien à gauche. En bas : seulement celui de gauche, rien à droite. »
Je fermai les yeux dans l’obscurité et reconstituai mentalement le motif.
⠝
N.
C’était un N.
« C’est un N, lançai-je suffisamment fort pour que tout le monde m’entende. La lettre N. »
Une vague de soulagement parcourut le couloir.
Mais le chaos reprenait déjà.
Certains criaient des descriptions à moitié compréhensibles.
D’autres se contredisaient.
Et quelques-uns semblaient incapables de distinguer leur gauche de leur droite sous l’effet de la panique.
C’est alors que la voix de la fille aux cheveux violets retentit.
Plus claire.
Plus autoritaire.
Sa cellule devait se trouver juste en face de la mienne.
Je pouvais presque sentir sa présence malgré l’obscurité.
« Stop. »
Un silence fragile s’installa.
« Arrêtez de crier n’importe quoi. Vous nous faites perdre du temps. »
Elle inspira avant de reprendre d’un ton plus calme :
« Attendez que la lumière de votre cellule s’allume. Quand ce sera votre tour, décrivez exactement ce que vous voyez. En haut, au milieu, en bas. Gauche et droite. Plein ou vide. »
Elle marqua une pause.
« Lui… celui qui a déchiffré le W et le N… il semble savoir lire le braille. Laissez-le traduire. Un par un. Sinon, on va faire une erreur et le coffre va se verrouiller. »
Personne ne répondit immédiatement.
Puis, quelque part dans les ténèbres, une voix murmura :
« …D’accord. »
Une autre suivit.
« Ouais. Faisons comme elle dit. »
Le compte à rebours poursuivait sa descente implacable.
52:48
52:47
52:46
Dans l’obscurité de ma cellule, j’attendis.
La prochaine lumière.
La prochaine description.
Et quelque part devant moi…
la fille aux cheveux violets qui venait de reprendre le contrôle du chaos.