Chapitre 15
Le cercle rouge continuait de se refermer.
Lentement.
Mais désormais assez vite pour que son mouvement soit visible à l’œil nu.
Je jetai rapidement un coup d’œil vers le ciel.
Temps restant : 00:21:17
Notre cachette n’allait plus le rester très longtemps.
La limite de la zone sûre n’était plus qu’à une vingtaine de mètres de l’arbre.
Encore quelques minutes…
et nous serions éliminés sans même avoir eu l’occasion de nous battre.
Je me relevai.
« On descend. »
Zohar tourna immédiatement la tête vers moi.
« Maintenant ? »
Je hochai la tête.
« La zone se referme sur nous. »
Il suivit mon regard.
Son visage pâlit lorsqu’il aperçut le voile rouge avancer lentement entre les arbres.
« Je pensais pas qu’elle irait aussi loin… »
« Plus on attend, plus on risque de se retrouver piégés. »
Sans perdre une seconde, je me laissai glisser le long du tronc.
Mes bottes touchèrent le sol sans bruit.
Zohar me rejoignit quelques instants plus tard.
Nous repartîmes immédiatement.
La jungle, qui grouillait encore de vie quelques heures auparavant, était devenue étrangement silencieuse.
Plus aucun rugissement.
Plus aucun chant d’oiseau.
Même les monstres semblaient avoir fui devant l’avancée inexorable de la Zone.
Seule notre respiration rompait le silence.
Après plusieurs minutes, les premiers rayons du soleil filtrèrent entre les arbres.
La plage n’était plus très loin.
Je levai une main.
Zohar s’arrêta immédiatement.
Nous nous accroupîmes derrière un buisson.
À quelques dizaines de mètres devant nous…
le sable apparut enfin.
Il n’était plus couvert de dizaines de combattants.
Ils n’étaient plus que six.
Six survivants.
Tous debout.
Tous épuisés.
Leurs vêtements étaient déchirés.
Leurs corps portaient d’innombrables blessures.
L’un d’eux avait le bras gauche entièrement couvert de sang.
Une autre respirait difficilement en s’appuyant sur sa lance.
Celui qui semblait être le plus âgé tenait toujours son épée…
mais sa main tremblait tellement qu’il avait du mal à la garder levée.
Et pourtant…
aucun d’eux ne baissait sa garde.
Ils formaient un cercle irrégulier.
Leurs regards passaient sans cesse d’un adversaire à l’autre.
Personne ne voulait attaquer le premier.
Personne ne voulait créer une ouverture.
Zohar expira doucement.
« Il en reste encore six… »
Je hochai lentement la tête.
« Ils se sont beaucoup trop affaiblis. »
Je posai calmement une main sur la poignée de mon épée.
Je ne voulais pas tuer sans raison.
Mais si cela devenait nécessaire, j’étais prêt.
« Ne me dis pas que tu vas… »
Zohar me regarda.
Je sortis de notre cachette avant qu’il puisse terminer sa phrase.
« Je sais ce que tu veux dire. »
Le bruit de mes pas attira immédiatement l’attention des six survivants.
Toutes les têtes se tournèrent dans notre direction.
Puis…
Silence.
Leurs yeux s’écarquillèrent presque en même temps.
« C’est… »
« Les deux qui avaient disparu… »
« Ils étaient encore vivants… »
Zohar sortit lui aussi de la forêt et vint se placer à mes côtés.
Face à nous…
les six survivants oublièrent instantanément leurs différends.
Pour la première fois depuis des heures…
ils regardaient tous dans la même direction.
Je m’arrêtai à quelques mètres d’eux.
Épée dégainée.
À ma droite, Zohar gardait une main sur son arbalète.
Personne ne parla.
Le vent faisait doucement onduler les vagues derrière eux.
Puis je brisai le silence.
« On peut discuter ? »
« Non », répondit l’un d’eux.
Je parcourus calmement le groupe du regard.
Ils étaient tous blessés.
Tous épuisés.
Mais une chose n’avait pas changé.
Ils voulaient vivre.
Ils adoptèrent une posture de combat.
Je poussai un léger soupir.
« Ah… »
Je pris moi aussi une garde.
« J’imagine que vous ne me laissez pas vraiment le choix. »
Je ne pouvais pas mourir ici.
Si le choix était entre eux et moi…
la décision était simple.
Je raffermis mon esprit en prévision de ce que j’allais devoir faire.
Un lourd silence tomba sur la plage.
Les six survivants échangèrent des regards.
Puis, presque naturellement…
ils se rapprochèrent les uns des autres.
Une alliance de circonstance.
« On le tue d’abord. »
« Ensuite, on réglera nos comptes. »
Un léger sourire apparut sur mes lèvres.
« Finalement, vous n’êtes pas si idiots. »
L’homme à l’épée leva son arme.
« Tu ne gagneras pas contre nous six. »
Je tournai légèrement la tête.
« Zohar. »
« Compris. »
Il soupira, puis disparut immédiatement sur le côté, se mettant à couvert derrière les rochers et les débris du camp.
Les survivants suivirent son mouvement des yeux.
Erreur.
J’étais déjà devant eux.
Mon épée heurta la lame du premier combattant.
Clang !
Il recula sous l’impact.
Je pivotai aussitôt.
Mon coude frappa la mâchoire du deuxième homme.
Il chancela.
Une flèche siffla dans les airs.
Elle se planta dans l’épaule du troisième.
« AAAAAH ! »
« L’archer ! »
Ils cherchèrent immédiatement Zohar du regard.
J’en profitai.
Mon pied balaya les jambes du premier homme.
Il s’effondra dans le sable.
Avant même qu’il puisse se relever, j’envoyai son épée hors de sa portée d’un coup de pied et le transperçai.
Son arme glissa à plusieurs mètres.
Une femme armée d’une lance chargea.
Son attaque était rapide.
Mais ses mouvements manquaient de précision.
La fatigue.
Je déviai la pointe avec mon bras.
Puis frappai la hampe avec mon coude.
Le bois se brisa.
Elle se figea.
Une deuxième flèche se planta dans sa cuisse.
Elle tomba aussitôt à genoux.
Je lui tranchai la gorge.
« Derrière toi ! »
Deux hommes m’attaquèrent simultanément.
Je fis un pas en arrière.
Leurs armes s’entrechoquèrent.
Ils venaient de se gêner mutuellement.
« Attention ! »
« Il nous force à nous battre entre nous ! »
Une autre flèche arriva.
Cette fois, elle frappa l’un des hommes au poignet.
Son épée lui échappa.
Je me ruai immédiatement dans l’ouverture.
Un coup d’épée dans les côtes.
Un genou dans l’abdomen.
Puis un crochet du droit.
Il s’effondra dans une mare de sang, incapable de reprendre son souffle.
Ils n’étaient plus que trois.
Les trois reculèrent instinctivement.
Ils comprenaient enfin.
Ils étaient nombreux…
mais épuisés.
Chaque mouvement leur coûtait une énergie qu’ils n’avaient plus.
« Restez ensemble ! » cria l’un d’eux.
Je souris.
« Trop tard. »
Zohar tira deux flèches presque coup sur coup.
La première força l’homme à l’arrière à lever son bouclier.
La seconde frappa le deuxième au genou.
Il s’effondra.
« Cet archer commence vraiment à me casser les couilles ! » cria l’homme au bouclier.
Il chargea alors dans la direction de Zohar.
J’essayai de l’arrêter.
Mais le deuxième homme réussit à se remettre debout et me barra la route.
« C’est moi, ton adversaire ! »
Nos lames s’entrechoquèrent.
Une fois.
Deux fois.
Trois fois.
À la quatrième…
son bras céda.
C’est alors que je le vis.
L’homme au bouclier leva son épée vers Zohar pour l’abattre.
« Zohar ! »
Je courus vers lui.
Mais il était trop tard.
Je vis la lame prête à s’enfoncer dans son flanc.
Mon cœur rata un battement.
‘Est-ce que je vais vraiment mourir maintenant, après tous ces efforts ?’