Chapitre 14
Le soleil poursuivait lentement son ascension.
Une heure.
Puis deux.
La plage n’était plus qu’un champ de bataille.
Les cris avaient remplacé les conversations.
Les quelques alliances qui s’étaient formées s’étaient effondrées les unes après les autres.
À chaque victoire…
un nouveau combat éclatait.
Un homme armé d’une hache venait d’abattre son adversaire lorsqu’une flèche lui transperça aussitôt l’épaule.
Il se retourna.
Une jeune femme se tenait face à lui.
Sans un mot.
Ils se ruèrent l’un sur l’autre.
Plus loin, trois survivants encerclaient un quatrième.
« Lâche ton arme ! »
L’homme éclata de rire malgré le sang qui coulait de son front.
« Et après, vous ferez quoi ? »
Aucun d’eux ne répondit.
Ils savaient très bien.
Même s’ils le tuaient…
ils devraient ensuite s’entretuer à leur tour.
Rien que cette pensée suffisait à ralentir chacun de leurs mouvements.
« Merde… »
Zohar serra les poings.
« Ils auraient pu survivre ensemble si les règles avaient été différentes… »
Je gardai les yeux fixés sur la plage.
« C’était justement le but de cette épreuve. »
« Quoi ? »
« Les pousser à se méfier les uns des autres. »
Le blond resta silencieux.
Je poursuivis.
« Plus le temps passe, plus la peur prend le dessus sur la raison. »
En contrebas…
Un homme couvert de blessures tenta de fuir vers la forêt.
Il n’avait parcouru qu’une dizaine de mètres lorsqu’une lance se planta dans son dos.
Son corps s’effondra dans l’herbe.
Celui qui avait lancé la lance se précipita pour la récupérer.
Mais une autre silhouette apparut derrière lui.
Le combat reprit immédiatement.
Personne ne prenait même le temps de reprendre son souffle.
…
Les heures continuèrent à passer.
Le soleil approchait désormais de son zénith.
Le groupe d’environ quarante survivants s’était considérablement réduit.
Ils n’étaient plus qu’une quinzaine.
Tous blessés.
Épuisés.
Leurs vêtements étaient déchirés.
Leurs armes couvertes de sang.
Mais aucun n’osait baisser sa garde.
Un seul instant d’inattention pouvait être fatal.
Zohar leva les yeux vers le ciel.
« Il reste combien de temps ? »
Je vérifiai le compte à rebours translucide.
Temps restant : 03:18:42
« Un peu plus de trois heures. »
Il soupira.
« Ils finiront peut-être par comprendre qu’ils sont manipulés par leur propre peur… »
Je secouai légèrement la tête.
« Non. »
« Pourquoi ? »
« Parce que plus ils se rapprochent de la fin… plus ils auront l’impression que la victoire est à portée de main. »
Comme pour confirmer mes paroles…
une voix retentit.
« Il n’en reste presque plus ! »
Tous les survivants encore debout tournèrent instinctivement la tête.
Leurs regards se croisèrent.
Une nouvelle vague de tension traversa la plage.
Ils le savaient.
Ils étaient presque arrivés au bout.
Et c’était précisément ce qui les rendait encore plus dangereux.
Quelques minutes plus tard…
le calme revint.
Les derniers survivants s’étaient éloignés les uns des autres.
Ils formaient désormais un immense cercle.
Personne n’osait attaquer.
Le moindre mouvement créerait une ouverture pour les autres.
« Ils attendent… »
murmura Zohar.
Je hochai la tête.
« Ils économisent leurs forces. »
Le vent souffla doucement entre les branches.
Puis…
Un grondement résonna dans le ciel.
Toutes les têtes se levèrent.
Une immense fenêtre lumineuse venait d’apparaître au-dessus de l’île.
Temps restant : 02:00:00
Événement final activé.
Les survivants se figèrent.
Même moi, je plissai les yeux.
Je n’ai pas écrit ça.
« Un événement… ? »
Zohar déglutit.
« On dirait que le tutoriel n’est pas encore terminé… »
Le silence tomba sur toute l’île.
Même les survivants qui s’affrontaient encore quelques secondes auparavant cessèrent de bouger.
Tout le monde leva instinctivement les yeux vers l’immense fenêtre translucide dans le ciel.
***
Événement Final Activé
Temps restant : 01:59:59
Le nombre de participants encore en vie dépasse la limite prévue.
Nouvelle règle appliquée.
La zone sûre sera progressivement réduite jusqu’à la fin du tutoriel.
Toute personne restant en dehors de la zone sûre sera éliminée.
***
Une immense carte apparut ensuite.
Un gigantesque cercle rouge recouvrait presque toute l’île.
Puis…
le cercle commença lentement à rétrécir.
Tous les regards suivirent son mouvement.
La zone finale.
Elle s’arrêta…
sur la plage.
« Quoi… ? »
L’un des survivants pâlit.
« Ils nous forcent à revenir ici… »
« C’est impossible… »
« Ils veulent vraiment qu’on s’entretue… »
Je croisai les bras.
« Comme prévu. »
Zohar tourna immédiatement la tête vers moi.
« Tu savais ? »
« Non. »
Je continuai d’observer la carte.
« Mais ils ne pouvaient pas simplement laisser une douzaine de personnes attendre tranquillement la fin du compte à rebours. »
Le cercle rouge poursuivait sa lente progression.
La jungle disparaissait peu à peu de la zone autorisée.
Des cris résonnaient déjà au loin.
Les participants cachés dans les profondeurs de l’île venaient probablement de découvrir la nouvelle règle.
« Ils vont tous venir ici… »
murmura Zohar.
Je hochai la tête.
« Oui. »
Il regarda de nouveau la plage.
Les survivants qui s’y trouvaient avaient eux aussi compris.
Personne ne bougeait.
Ils savaient qu’ils n’avaient désormais plus aucun choix.
Bientôt, la zone deviendrait trop petite pour tout le monde.
Une femme resserra sa prise sur son arc.
« Si on reste ici, on va tous mourir… »
« Alors avance ! » cria un homme.
« Toi, avance ! »
« Pourquoi moi ?! »
Les voix montèrent immédiatement.
La tension, déjà insupportable, atteignit un nouveau sommet.
Je reportai mon attention sur la carte.
Le cercle continuait à se refermer.
Lentement.
Inexorablement.
Chaque minute réduisait un peu plus nos options.
À côté de moi, Zohar poussa un soupir.
« Qu’est-ce qu’on fait ? »
Je souris légèrement.
« Rien. »
« Encore ? »
« C’est exactement ce que cet événement attend de nous. »
Il fronça les sourcils.
« Que nous paniquions. »
Je désignai discrètement le ciel.
« Regarde bien le temps. »
01:56:18
« Deux heures, ça semble court… »
Puis je fis glisser mon doigt vers le cercle rouge.
« …mais la zone se referme très lentement. »
Zohar suivit mon raisonnement.
Ses yeux s’écarquillèrent.
« Tu veux dire que… »
« Les autres vont croire qu’ils doivent agir immédiatement. »
En contrebas, un homme poussa soudain un cri.
« Je refuse d’attendre ! »
Il chargea.
Son épée fendit l’air.
Le combat reprit aussitôt.
Comme une étincelle tombée dans un champ sec.
Les survivants se jetèrent les uns sur les autres avec une violence renouvelée.
Le compte à rebours.
La zone qui se refermait.
La peur de se retrouver piégés.
Tout cela avait balayé les dernières traces d’hésitation.
Zohar observa la scène, stupéfait.
« Mais ils ont encore le temps… »
« Oui. »
Je ne quittai pas la plage des yeux.
« Mais la peur leur fait croire qu’ils n’en ont plus. »
Un léger sourire apparut sur mes lèvres.
« La Tour ne teste pas seulement la force. »
Je regardai les combattants s’épuiser les uns contre les autres.
« Elle teste aussi la capacité à garder la tête froide quand tout vous pousse à agir sans réfléchir. »
Le vent fit doucement bruisser les immenses feuilles au-dessus de nous.
Nous restions invisibles.
Pendant que les autres affrontaient leurs adversaires…
le plus dangereux de tous était en réalité celui qu’ils ne pouvaient pas voir.
Le temps.