Chapitre 13
Le temps passa plus vite que je ne l’aurais imaginé.
Cinq jours.
Cinq jours passés à vivre sur cette plage.
Depuis la mort de Kang Min Jae, personne n’était venu revendiquer le camp.
Les survivants avaient probablement entendu parler de ce qui s’était passé…
ou avaient simplement choisi de rester loin de cet endroit maudit.
Zohar et moi avions réparé les pièges détruits pendant l’assaut des monstres.
Chaque matin, nous vérifiions les cordes, remplacions les pieux cassés et rebouchions les fosses.
La nourriture n’était plus un problème.
Les monstres continuaient à rôder dans les environs, et les pièges faisaient la majeure partie du travail.
Nous ne chassions que ce dont nous avions besoin.
Ni plus.
Ni moins.
Économiser nos forces était devenu une priorité.
Le Système continuait à annoncer régulièrement le nombre de survivants.
112…
Puis…
87…
64…
Chaque nouvelle annonce confirmait une chose.
Les participants s’entretuaient de plus en plus.
Le dernier jour approchait.
Et avec lui…
Le moment où tout le monde serait prêt à faire n’importe quoi.
…
Le septième jour.
5 h 02.
La nuit était encore profonde.
Le feu s’était presque complètement éteint.
Comme chaque nuit, j’assurais le dernier tour de garde.
Je levai les yeux vers le ciel.
Encore quelques heures.
Je me dirigeai silencieusement vers Zohar.
« Réveille-toi. »
Le blond ouvrit difficilement les yeux.
« Déjà… mon tour ? »
« Non. »
Je ramassai mon sac.
« On part. »
Il se redressa immédiatement.
« Quoi ? »
Il regarda autour de lui.
« Pourquoi maintenant ? »
Je refermai calmement mon sac.
« Parce que c’est aujourd’hui. »
Il fronça les sourcils.
Je poursuivis.
« Les règles disent qu’une seule personne peut quitter cette île. »
Le silence tomba.
« Ceux qui ont survécu jusqu’ici savent qu’il ne leur reste presque plus de temps. »
Je regardai vers la plage.
« Ils vont forcément partir à la recherche des derniers groupes encore en vie. »
Zohar comprit immédiatement.
Son regard se posa sur les pièges.
Sur les défenses.
Puis sur notre camp.
« Ils vont venir ici… »
Je hochai la tête.
« Cet endroit est trop intéressant pour être ignoré. »
Il hésita.
« Alors… on abandonne tout ce qu’on a construit ? »
« Oui. »
Il regarda une dernière fois les abris que nous avions réparés.
« C’est dommage… »
Je haussai légèrement les épaules.
« Tu préférerais peut-être rester ici ? »
Je le regardai calmement.
« Si ça t’amuse de tuer tous ceux qui viendront, moi, ça ne me dérange pas. »
Zohar se figea une seconde.
Puis il secoua vigoureusement la tête.
« Non merci ! »
Il attrapa immédiatement son sac.
« On y va. »
Un léger sourire traversa mes lèvres.
Je savais qu’il choisirait cette option.
Nous quittâmes silencieusement le camp par le côté gauche de la plage.
L’endroit même où les anciens prisonniers avaient autrefois tenté de fuir.
Nous progressâmes dans la végétation pendant environ dix minutes.
Puis je m’arrêtai devant un arbre gigantesque.
Son tronc était si large que quatre personnes auraient eu du mal à en faire le tour avec leurs bras.
Ses branches s’étendaient très haut.
Elles étaient recouvertes d’immenses feuilles épaisses.
Je posai un pied contre l’écorce.
Puis je commençai à grimper.
« Damien ? »
Je continuai.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Monte. »
« Pourquoi ? »
« Parce que c’est probablement l’endroit le plus sûr de toute l’île aujourd’hui. »
Zohar me regarda, perplexe.
Mais il grimpa quand même.
Quelques minutes plus tard…
Nous étions perchés sur une énorme branche, dissimulés sous plusieurs couches de feuillage.
De là-haut…
Nous dominions toute la plage.
Sans être visibles.
Zohar écarta doucement deux feuilles.
« On voit tout… »
« Eux ne nous verront pas. »
Il s’assit contre le tronc.
« T’es sûr ? »
« Les gens regardent toujours droit devant eux. »
Je désignai la forêt.
« Ou le sol. »
Mon regard parcourut les alentours.
« Ils oublient presque toujours de regarder en l’air. »
Le blond observa les immenses feuilles qui nous entouraient.
Même sous la lumière de la lune…
on distinguait à peine nos silhouettes.
« Pas mal… »
Je m’adossai au tronc.
« Il nous reste un peu moins de dix heures avant la fin du tutoriel. »
Zohar expira lentement.
« Dix heures… »
« Si tout se passe comme prévu… on n’aura même pas besoin de combattre. »
Le silence retomba.
Petit à petit…
Le ciel commença à s’éclaircir.
Les premières lueurs de l’aube baignèrent la forêt.
Les oiseaux recommencèrent à chanter.
Puis…
Un bruit.
Des pas.
Je levai lentement la main.
Zohar se figea immédiatement.
Des silhouettes sortirent de la forêt.
Une.
Puis trois.
Puis dix.
Elles continuaient d’arriver.
Toutes armées.
Certaines portaient des épées.
D’autres des lances.
Des arcs.
Des haches.
Certaines arboraient encore les blessures des jours précédents.
Mais une chose les réunissait toutes.
Le même regard.
Celui de gens prêts à tuer.
En quelques minutes…
près de quarante survivants envahirent la plage.
« Il n’y a personne ici… »
« Ils doivent se cacher ! »
« Fouillez les abris ! »
Les groupes se dispersèrent.
Ils retournèrent les tentes.
Fouillèrent les réserves.
Vérifièrent chaque piège.
« Ils sont partis ? »
« Impossible… »
Un homme posa la main sur le foyer encore tiède.
« Le feu brûlait encore la nuit dernière. »
« Ils ne peuvent pas être loin. »
Les recherches s’intensifièrent.
Des dizaines de paires d’yeux scrutaient la plage.
La forêt.
Les rochers.
Les buissons.
Personne…
ne regarda en l’air.
À côté de moi, Zohar esquissa un léger sourire.
Il murmura juste assez fort pour que je l’entende.
« Tu avais raison… »
Je continuai d’observer la scène.
« Attends encore un peu. »
Mon regard parcourut les quarante survivants.
Ils étaient tous venus avec la même idée.
Éliminer les derniers concurrents.
Ils ignoraient simplement…
qu’ils venaient de se retrouver face à leur véritable problème.
Les autres.
« Hé… »
Tout le monde se tourna vers un garçon à la barbe naissante.
Il observa lentement les survivants autour de lui.
« On est combien ici ? »
Personne ne répondit immédiatement.
Puis quelqu’un murmura :
« Une quarantaine… »
Tous levèrent les yeux vers le message du Système dans le ciel.
***
[Tutoriel - Troisième Partie]
Bienvenue sur l’Île du Jugement.
Objectif : Soyez le dernier survivant sur cette île.
Nombre de participants : 1 000
Survivants actuels : 53
Temps restant : 9:43:55
Récompenses :
1. Le dernier survivant recevra une récompense légendaire.
S’il reste plusieurs survivants à la fin, ceux possédant le moins de points mourront.
Bonne chance.
***
Le silence tomba une nouvelle fois.
Un silence étrange.
Lourd.
Leurs expressions changèrent.
Ils ne nous cherchaient plus.
Ils se regardaient entre eux.
L’homme éclata d’un rire amer.
« Même si on trouve les deux autres… ça ne suffira pas. »
Personne ne protesta.
Le calcul était simple.
Quarante personnes.
Une seule place.
Une femme resserra sa prise sur sa lance.
« Alors… »
Elle fit discrètement un pas en arrière.
« On fait quoi ? »
Personne ne répondit.
Mais plusieurs avaient déjà commencé à s’éloigner les uns des autres.
Plus personne ne voulait avoir quelqu’un dans son dos.
« Restons calmes ! » cria un homme de grande taille.
« Si on se bat maintenant, on va juste s’affaiblir ! »
« Et qu’est-ce que tu proposes ? »
« Une alliance temporaire ! »
Un rire moqueur retentit.
« Une alliance ? »
Un autre homme leva son épée.
« Pour que tu me plantes dans le dos dès que je me retourne ? »
« J’ai jamais dit ça ! »
« Menteur ! »
L’atmosphère devint électrique.
Les mains se resserrèrent autour des armes.
Les respirations s’accélérèrent.
Le moindre mouvement pouvait tout faire basculer.
Puis…
Un bruit métallique.
Une épée venait d’être dégainée.
Tout le monde tourna la tête.
Deux hommes se faisaient désormais face.
« Tu me suis depuis tout à l’heure. Parce que tu cherchais une ouverture, pas vrai ? Tu comptes me tuer ? »
« Si je ne le fais pas… toi, tu le feras. »
Un troisième homme intervint.
« Arrêtez ! »
Trop tard.
L’un des deux attaqua.
Le choc des lames résonna sur toute la plage.
Comme si ce simple bruit avait tranché le dernier fil qui maintenait encore la foule unie…
Tout explosa.
Des dizaines de personnes se mirent à courir.
Certaines pour attaquer.
D’autres pour fuir.
Les alliances de circonstance volèrent immédiatement en éclats.
« Il m’a frappé ! »
« Tuez-les ! »
« Derrière toi ! »
« Me laissez pas seul ! »
En quelques secondes, la plage sombra dans un chaos absolu.
Deux groupes de trois survivants s’allièrent contre un homme isolé.
Plus loin, un archer décocha précipitamment une flèche avant de disparaître entre deux tentes renversées.
Un autre participant tenta de profiter de la confusion pour fuir vers la forêt.
Il fut immédiatement poursuivi par deux personnes qui avaient eu exactement la même idée.
Zohar pinça les lèvres.
« Ils… »
Sa voix était presque inaudible.
« Ils sont vraiment en train de s’entretuer… »
Je continuai d’observer sans détourner le regard.
« Ils sont arrivés à la même conclusion que nous. »
« Quelle conclusion ? »
« Tant qu’il reste autant de survivants… personne n’est en sécurité. »
Un nuage de sable attira notre attention.
Un combattant venait d’être projeté au sol.
Son adversaire leva son arme…
mais fut attaqué dans le dos avant même de pouvoir porter le coup final.
Quelques mètres plus loin, deux anciens alliés se faisaient désormais face.
« Tu me l’avais promis ! »
« Les promesses ne valent plus rien ici ! »
Ils reprirent immédiatement leur combat.
Zohar détourna les yeux pendant un instant.
« Je déteste cette épreuve… »
Je ne répondis pas.
Au fond de moi…
moi aussi.
Je regrettais d’avoir écrit cette partie du tutoriel sans réfléchir aux conséquences.
Sur le papier, ça paraissait intéressant.
Mais le vivre réellement…
me laissait un goût amer dans la bouche.
Le soleil continua de monter dans le ciel.
Et au fil des heures…
le nombre de combattants diminua progressivement.
Chaque combat en entraînait un autre.
Chaque vainqueur attirait immédiatement de nouveaux adversaires.
La plage, qui avait été notre refuge pendant cinq jours…
était devenue l’arène finale du tutoriel.
À côté de moi, Zohar poussa un soupir.
« On attend encore ? »
Je levai les yeux vers l’immense compte à rebours flottant au-dessus de l’île.
Il restait encore plusieurs heures avant la fin.
« Oui. »
Je reportai mon regard sur la plage.
« Laissons le temps faire son travail. »