Chapitre 325
Trois jours passèrent plus vite que je ne m’en rendis compte.
J’en passai la majeure partie dans la Tour Primus, à travailler la Troisième Forme de mon Art de l’épée et à perfectionner ma maîtrise du mana. Les examens écrits étaient enfin terminés, et les épreuves pratiques nous attendaient. La théorie derrière nous, il ne nous restait plus qu’à nous entraîner et à attendre que le couperet tombe.
Dehors, le reste de l’académie était désormais plus calme.
La plupart des cours optionnels s’étaient achevés au cours des deux derniers jours. Les élèves qui avaient encore des examens écrits traînaient dans les couloirs comme des fantômes vidés de toute vie, tandis que les autres restaient dans leur coin, se réfugiant dans leurs dortoirs ou se préparant aux épreuves pratiques.
Au matin du quatrième jour, une vive vibration contre mon poignet gauche rompit le silence matinal de ma chambre.
Je levai le bras. La lumière bleue de ma montre à mana s’alluma et un message s’afficha sur le petit écran :
[Attention : tous les élèves de première année. Les partiels pratiques auront lieu dans les chambres de réalité virtuelle souterraines. L’équipement de combat sera fourni sur place. Ne soyez pas en retard, sous peine d’expulsion immédiate.]
Je lus le message deux fois, le temps d’en assimiler les mots.
Les chambres de réalité virtuelle, songeai-je en laissant échapper un souffle bref et discret. Alors, c’est comme ça qu’ils comptent s’y prendre.
J’avais déjà entendu parler des chambres de réalité virtuelle. C’étaient d’immenses installations souterraines, lourdement protégées par des barrières magiques et construites juste sous la tour administrative centrale, spécialement conçues pour les simulations de combat à grande échelle. L’académie s’en servait quand il était impossible de lâcher des centaines d’élèves sur un véritable terrain d’opération.
Je n’y avais jamais mis les pieds.
Dans mon ancienne vie, avant de me réveiller dans ce monde, les capsules de réalité virtuelle n’étaient qu’un élément de roman ou de jeu vidéo. Même avec les progrès de la technologie, personne n’avait rien construit de tel. Mais ici, à Aetheris, ce n’était plus de la fiction. C’était bien réel.
J’avais déjà utilisé quelque chose de semblable lorsque j’étais entré dans l’Épreuve du Chemin au domaine Celestial, mais cette capsule avait une toute autre fonction. C’était essentiellement une coque de survie haut de gamme : un système de protection destiné à maintenir mon corps en vie et à le nourrir pendant que mon âme voyageait dans le royaume de l’épreuve.
Les capsules de l’académie étaient d’une tout autre nature. Elles étaient conçues pour reproduire de véritables Portes et des zones sinistrées en activité, en transmettant directement à l’esprit les sensations physiques, la pression du mana et la douleur elle-même.
Je jetai mon manteau sur mon épaule, enfilai mon uniforme sombre de l’académie et boutonnai le devant.
En passant devant le miroir près de la porte, je m’arrêtai un instant pour repousser mes cheveux avec les doigts. Ils avaient un peu poussé ces derniers mois. Pas assez pour me gêner pendant un combat, mais bien au-delà de la coupe courte et nette que j’arborais au début du semestre.
En fait, je préférais comme ça.
Je quittai ma chambre, à l’étage supérieur de la Tour Primus, et descendis le couloir du rez-de-chaussée.
Roan et Alice attendaient déjà près de l’entrée principale, sous l’arche. Roan avait les mains enfoncées dans les poches et s’appuyait nonchalamment contre le mur, tandis qu’Alice était adossée au pilier d’en face, sa folle chevelure cramoisie attachée en queue-de-cheval haute.
« Ah… enfin, te voilà. On y va ? » lança Alice en s’avançant lorsque j’arrivai à leur hauteur.
« Désolé. Allons-y », répondis-je en les rejoignant. Nous franchîmes les portes et nous retrouvâmes dans la fraîcheur matinale.
Elle hocha la tête et se mit en marche.
Roan nous rejoignit, puis laissa échapper un souffle désabusé. « Franchement, je suis juste content que les examens écrits soient terminés. Peu m’importe ce qui nous attend sous terre : tout vaut mieux que de rester assis trois heures de plus dans cette salle d’examen. »
« Ouais, mais ça ne veut pas dire que l’épreuve d’aujourd’hui sera facile, soupirai-je. Avec Morgana, ne t’attends à rien de simple. Vous savez tous à quel point cette femme est cinglée. »
Roan gémit en se passant la main sur le visage. « Pff, mec, ne me le rappelle pas. Rien que de penser à ses mises en scène, j’en ai déjà la nausée. »
Je ne pus m’empêcher de sourire devant son désarroi tandis que nous poursuivions notre chemin dans le calme.
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Les allées n’étaient pas complètement désertes, mais le brouhaha matinal habituel avait disparu.
Les élèves marchaient en petits groupes tendus, à voix basse. Il suffisait de parcourir une seule allée pour constater combien le campus semblait plus vide qu’au début du semestre.
L’attaque de la Porte, trois mois plus tôt, avait détruit l’illusion selon laquelle cet endroit n’était qu’une école prestigieuse, et le ruisseau constant des départs depuis lors avait clairsemé toutes les classes. Personne ne riait aujourd’hui.
Tout le monde savait ce qui l’attendait sous terre.
Nous arrivâmes au pied de la flèche centrale et empruntâmes le large escalier qui s’enfonçait sous terre, en direction des niveaux inférieurs où se trouvaient les installations de combat. Au bas de la longue descente, les portes de fer étaient ouvertes. Des gardes de l’académie en armure venaient de désactiver les barrières de protection, laissant les élèves de première année entrer par groupes.
La salle était immense, une voûte circulaire et glaciale, construite en pierre polie et renforcée d’épaisses bandes de fer noir.
Près de trois cents capsules métalliques lisses, en forme de cocon, étaient alignées en rangées bien ordonnées sur le vaste sol. Leurs couvercles de verre brillaient d’une lueur douce et constante. Des circuits runiques lumineux parcouraient le sol comme des veines, acheminant le mana ambiant jusqu’à une station centrale surélevée, au fond de la salle.
Les membres du corps enseignant se tenaient sur cette plateforme.
La vice-présidente Helene Draven se tenait à l’avant, son manteau sombre boutonné jusqu’au cou, tandis que son regard glacial balayait la foule. À côté d’elle, le Professeur Valerio avait les bras croisés et observait la Classe Fortis se mettre en rang.
Près du panneau de commande principal, le Professeur Zane ajustait les lignes runiques de gestes vifs et précis, tandis que le Professeur Dain vérifiait les conduites de mana et les systèmes des capsules pour s’assurer que tout fonctionnait correctement.
Du côté de la Classe Audax, la Professeure Eleanor se tenait droite, ses cheveux argentés retombant sur sa robe. Elle surveillait ses élèves avec une autorité tranquille.
Et tout au bord de la plateforme se tenait la Professeure Morgana.
« Tout le monde, mettez-vous en rang par classe », lança Morgana. Sa voix, froide et tranchante, réduisit toute la salle au silence en un instant.
Personne n’hésita. Les élèves de première année se mirent aussitôt en mouvement et formèrent leurs rangs devant les capsules.
Je pris ma place en tête de la Classe Ascendant et parcourus nos rangs du regard. Trente-huit élèves. C’était tout ce qu’il nous restait sur les cinquante du début.
À ma gauche, Arthur se tenait en tête de la Classe Veritas. Son groupe comptait encore une quarantaine d’élèves, environ quarante-deux, qui semblaient disciplinés et calmes. À côté d’eux, Cordelia menait la Classe Audax, qui comptait toujours quelque quarante et un élèves.
Tout au bout se tenait Riven, à la tête de la Classe Fortis — celle qui avait payé le plus lourd tribut à l’attaque de la Porte et aux départs qui avaient suivi. Elle occupait une place inférieure à la nôtre au classement, à un seul point derrière, et ses rangs avaient fondu jusqu’à environ trente-huit élèves, elle aussi.
« Écoutez attentivement », dit Morgana, ses yeux sombres rivés sur chaque élève présent.
« Vous avez devant vous les capsules de réalité virtuelle. Au cours des prochaines heures, vos esprits et vos signatures de mana seront projetés dans une même simulation de combat. Vos corps resteront ici, sous notre surveillance et en sécurité. Mais dans cette simulation, chaque coup, chaque sort et chaque goutte de sang vous paraîtront parfaitement réels. »
Un murmure discret s’éleva au fond de la salle. Un regard acéré d’Helene suffit à réduire aussitôt la pièce au silence.
« Certains d’entre vous trouvent cette épreuve injuste, poursuivit Morgana d’une voix froide et dépourvue de chaleur. Certains regardent la liste des élèves de leur classe et se plaignent que les autres classes ont de meilleurs élèves classés, ou qu’ils ont tiré de mauvaises cartes. Laissez-moi vous débarrasser de cette illusion dès maintenant. Le monde réel se moque de l’équité. Les Portes aussi. »
Elle s’approcha du bord de la plateforme et posa les deux mains sur sa canne.
« Chaque classe sera envoyée dans un environnement totalement distinct, avec un terrain et des dangers différents. Mais le niveau de menace général sera le même pour les quatre groupes. Vous affronterez un scénario équivalent à une Porte de rang 4. Les Monstres iront du rang 3, commun, au rang 5, commandant, et au cœur de la zone vous attendra un boss Maître de rang inférieur. »
Elle marqua une pause, son regard tranchant les rangs comme une lame.
« Vous avez tous déjà affronté des Monstres. Vous en avez combattu lors de vos épreuves d’entrée. Vous les avez éliminés pendant les évaluations sur le terrain. Et, il y a trois mois, vous avez survécu à un cauchemar qui a dévasté ce campus. Mais cette épreuve ne consiste pas simplement à tuer des bêtes. »
Un silence pesant tomba sur la voûte tandis que tous attendaient la suite.
« Il y a trois mois, ce qui a failli en tuer beaucoup parmi vous, c’est votre incapacité totale à travailler en équipe. Vous vous êtes battus chacun de votre côté. Vous avez paniqué. Vous vous êtes dispersés. Aujourd’hui, si vous jouez les héros solitaires, toute votre classe échouera. Votre objectif n’est pas seulement de franchir la Porte rapidement. Vous devrez protéger des groupes de civils et tenir des lignes défensives sous la pression d’attaques incessantes. Si une classe fonce droit sur le boss et termine la Porte en un temps record, mais laisse les civils ou ses propres camarades se faire massacrer, son score général en pâtira. »
Sa voix se fit plus tranchante lorsqu’elle lança son dernier avertissement : « Vous ne réussirez pas cette épreuve individuellement. Vos chefs de classe vous donneront des ordres, mais chacun d’entre vous sera responsable du maintien de la ligne. Si votre classe s’effondre, vous échouerez tous ensemble. »
Je plissai légèrement les yeux en écoutant ses paroles.
Alors, c’est ce qu’elle voulait dire tout à l’heure, songeai-je. La force seule ne rapportera aucun point aujourd’hui. Si je pars chasser le boss alors que mes camarades sont débordés, tout le score en pâtira. Nous réussirons ensemble ou nous échouerons ensemble.
« Vous enfilerez l’équipement de combat de l’académie disposé à côté de vos capsules, ordonna Morgana. Il conservera vos rangs physiques et vos affinités de mana du monde réel dans la simulation. »
Elle désigna les capsules ouvertes. « Entrez dans vos capsules. Allongez-vous. Le système s’occupera du reste. »
Nous n’hésitâmes pas.
Je m’approchai de la capsule qui m’était assignée, à l’avant de la rangée de la Classe Ascendant, m’assis dans la coque métallique et m’allongeai sur le coussin sombre. Le couvercle de verre glissa doucement et silencieusement, m’enfermant à l’intérieur et me coupant de tout le bruit de la voûte.
Un léger bourdonnement parcourut la capsule. Un écran bleu limpide s’alluma juste devant mes yeux. Une voix monocorde et automatisée résonna dans la capsule :
[CONNEXION DE LA SIGNATURE DE MANA...]
[UTILISATEUR IDENTIFIÉ : LEO VON CELESTIAL — PRIMUS DE LA CLASSE ASCENDANT]
[AFFINITÉS DÉTECTÉES : FOUDRE / ESPACE / FLAMME]
[RANG CONFIRMÉ : MAÎTRE DE RANG MOYEN]
[CORRESPONDANCE DE LA SIGNATURE VITALE... RÉUSSITE À 100 %]
[CONFIGURATION DES SENSATIONS... DOULEUR RÉGLÉE SUR 95 % DE RÉALISME.]
[CHARGEMENT DE L’INSTANCE : RUINES GELÉES.]
[CONNEXION DES ÉLÈVES DE LA CLASSE ASCENDANT... 38/38 CONNECTÉS.]
[DÉPLOIEMENT DANS... 3... 2... 1...]
L’obscurité de la capsule se dissipa dans un éclair de lumière blanche aveuglante. Le bourdonnement des machines s’évanouit et fut aussitôt remplacé par le hurlement mordant d’un vent glacial.
Ma vision s’éclaircit.
Je me tenais au bord d’une falaise, mes bottes s’enfonçant dans la neige fraîche. En contrebas, à demi enseveli sous une violente tempête de neige, s’étendait un immense village de montagne en ruines. L’air glacial me brûla aussitôt les poumons, vif et mordant, et rendit la simulation d’une réalité troublante.
À mes côtés, trente-sept silhouettes apparurent une à une dans le froid mordant.