Chapitre 6
Chapitre 6 : Ciblage ?
Le monstre n'a pas choisi sa cible. Quelqu'un l'a fait pour lui.
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Un vent violent s'abattit sur la salle de bal, soulevant les nappes et les cheveux des jeunes gens figés par l'horreur.
Le monstre planta ses deux pattes dans le sol, ses griffes rayant le marbre. Il tourna sa tête massive vers la foule, ses yeux rouges bouillonnant comme de la lave en fusion.
Un jeune homme, verre de bière à la main, le regarda droit dans les yeux. Ses jambes tremblèrent. Ses doigts s'ouvrirent. Le verre tomba et se brisa dans un bruit cristallin — et il s'évanouit sur place, comme si son cerveau avait décidé de l'éteindre pour le protéger.
La créature ne le toucha pas.
Elle renifla l'air. Une fois. Deux fois. Sa tête pivota lentement, gauche puis droite, comme si elle cherchait une odeur précise parmi toutes celles qui flottaient dans la salle.
Puis elle s'arrêta.
Ses yeux rouges se fixèrent sur un point précis, au milieu de la foule. Elle grimpa au mur dans un mouvement arachnéen, ses pattes claquant contre le béton, et poussa un cri.
Un cri qui ressemblait à mille voix chaotiques, folles, hurlant en même temps depuis un même gosier.
Elle regardait un garçon.
Cheveux noirs bouclés, air naïf, présence discrète. Un point de beauté sur la joue gauche. Des yeux verts comme l'herbe après la pluie. Il cligna des paupières, désorienté.
Il ne vit pas le monstre fondre sur lui.
Il ne sentit que la force brutale qui l'écrasait, puis une autre, venue de droite, qui le poussa hors de la trajectoire mortelle.
Un jeune homme au teint bronzé l'avait percuté de l'épaule, le projetant au sol. Ils roulèrent ensemble sur le marbre, heurtant une table, renversant des verres.
Le monstre s'écrasa là où le garçon bouclé se tenait une seconde plus tôt.
La force du choc fit trembler le sol. Les danseurs autour se dispersèrent comme la mer rouge s'ouvrant devant Moïse — certains criaient, d'autres couraient sans but, le cerveau déconnecté de la réalité.
Mais la créature ne les poursuivit pas.
Elle se releva lentement, secoua sa tête cornue, et fixa les deux jeunes hommes à terre. Son regard ne les quittait pas.
« Qu'est-ce que cette chose ?! » cria quelqu'un.
Personne ne répondit. Personne ne savait.
La créature tourna la tête. Ses yeux s'arrêtèrent sur une fille aux cheveux blonds, recroquevillée contre un pilier. Elle écarquilla ses gros yeux bleus. Elle sentait la peur la consumer — une peur qui semblait nourrir le monstre, l'exciter.
Sa faim et son envie de tuer ne faisaient que s'amplifier.
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Pendant ce temps, une jeune fille à la robe rouge flamboyante — elle était là depuis le début, discrète, observant — s'écarta pas à pas vers la porte d'entrée. Ses talons hauts cliquetaient à peine contre le sol. Elle faisait attention à ne pas attirer l'attention.
Elle entendit un bruit de pas précipités, une avalanche de semelles martelant le sol de l'autre côté de la porte.
Elle n'y tint plus.
Elle ouvrit la porte en grand.
Grincement !
Elle s'enfuit à grandes enjambées, sa robe rouge flottant derrière elle comme un étendard. Elle courait comme une jeune mariée fuyant son propre mariage.
Sur le chemin, elle croisa un garçon aux cheveux châtains, qui allait dans la direction opposée — vers la salle de bal.
(Il est fou !)
Elle n'eut pas le temps de l'arrêter. Il était déjà passé.
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À l'intérieur, la créature n'avait toujours pas bougé.
Son regard restait fixé sur les trois personnes : le garçon bouclé, le jeune homme bronzé qui l'avait sauvé, et la fille blonde recroquevillée.
Les autres, ceux qui pouvaient encore bouger, s'étaient enfuis. Seuls ces trois-là restaient, coincés entre le monstre et le mur.
Le jeune homme aux cheveux châtains apparut dans l'encadrement de la porte.
Il avait une expression sérieuse. Il leva la main vers la créature, l'épaule et l'avant-bras tendus.
Un mouvement sec.
Le monstre fut arraché du sol, sa tête projetée contre le mur dans un fracas de béton éclaté. La créature s'y enfonça comme un obus.
Il baissa le bras.
« Allez-vous-en ! » ordonna-t-il aux survivants.
Ils n'eurent pas besoin qu'on le leur répète. Leurs jambes se débloquèrent, leur cerveau retrouva un semblant de fonction, et ils se précipitèrent vers la sortie en un flot désordonné.
Le garçon aux cheveux châtains resta seul face au monstre qui se dégageait du mur, secouant la tête, un rugissement de rage montant de sa gorge.
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« Passez par là ! Passez par là ! » criait le jeune homme bronzé, prenant les commandes du groupe en fuite.
Ils débouchèrent à l'extérieur, dans la cour pavée. Leurs poumons brûlaient. Certains s'arrêtèrent, les mains sur les genoux.
Et ils virent la silhouette près du portail.
Leur élan s'arrêta net. Pas parce qu'elle leur barrait le passage — elle ne leur faisait pas obstacle.
Non, c'était autre chose.
Cette personne traînait un corps.
La tête pendait à un angle impossible, le cou brisé. Le cadavre glissait sur les pavés comme un sac de linge sale.
La silhouette sortit du portail. Un long manteau noir. Des cheveux blonds. Et un air terrifiant.
Il dépassa le groupe sans les regarder, traînant le corps comme s'il s'agissait d'une formalité administrative.
Avant de s'éloigner complètement, il s'arrêta.
« Combien y a-t-il de créatures ? » demanda-t-il d'un ton monocorde.
Silence. Personne ne répondit. Les mots restaient coincés dans les gorges.
Il les regarda un instant, puis les ignora. Il lâcha le corps dans l'herbe — il atterrit avec un bruit sourd — et sortit un revolver de sous son aisselle.
Sans un mot de plus, il entra dans le bâtiment.
La porte se referma derrière lui.
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— Fin du chapitre 6 —
Loué soit le Créateur.