Chapitre 5
Chapitre 5 : Catastrophe
L'horreur n'annonce jamais son arrivée. Elle entre par la porte que l'on croyait verrouillée.
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Le corps d'Augustin était encore chaud.
Yukimiya le savait sans le toucher. La rigidité n'avait pas encore gagné ses membres, et le sang sur sa chemise était encore humide par endroits. Il était mort depuis peu. Très peu.
Émile tremblait derrière elle, ses mains agrippées à ses propres bras comme pour s'empêcher de s'effondrer. Ses dents claquaient.
Yukimiya fronça les sourcils. Son esprit tournait déjà, analysant, recoupant.
« Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, » dit-elle lentement. « La flaque de sang va vers la sortie. Pourquoi son corps se trouve-t-il ici, dans ce cas ? »
Elle se tourna vers Émile, cherchant une réponse qu'il ne pouvait pas lui donner.
Les deux endroits étaient opposés. La traînée de sang menait vers la grande porte. Le corps était dans un casier, au fond d'une salle de classe. Si elle avait raison, cela signifiait que la première traînée appartenait à une autre personne.
Et que personne n'était en sécurité.
Sans réfléchir, elle se dirigea vers la petite bibliothèque collée au mur. Des étagères en bois sombre, des livres à la reliure usée. Elle en saisit un au hasard une couverture en cuir, craquelée par le temps.
« Un livre ne va nous aider en rien, » dit Émile en la dévisageant, la voix encore tremblante.
« On ne sait jamais. Il faut comprendre ce qu'est réellement la Trinity User. Sans ça, on ne pourra pas savoir pourquoi nous sommes visés. »
Émile hésita, puis acquiesça. Il n'avait pas d'autre solution.
Il sortit son téléphone.
« Hé... j'étais tellement stressé que j'ai oublié que je pouvais contacter mes parents. »
Yukimiya hocha la tête sans lever les yeux de sa lecture. Ses doigts tournaient les pages. Des termes étranges défilaient. Des noms qu'elle n'avait jamais vus. Et des symboles tous plus étranges les uns que les autres.
Elle s'arrêta sur une page.
Et resta sans voix.
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Pendant ce temps, Émile porta le téléphone à son oreille. Une seconde. Deux. Son visage se décomposa.
« Ah... ils ne répondent pas. Je vais réessayer. »
Il soupira et s'apprêtait à recomposer le numéro quand Yukimiya leva la main. Elle leva les yeux du livre, le regard grave.
« Écoute ça. "La seconde ère, l'ère de la Renaissance, fut précédée par la première ère, celle des Apôtres. Au début de la seconde ère, des monstres et créatures aux apparences diverses sont apparus de nulle part. Ils furent pourchassés de l'Empire Svenois jusqu'à Alice Graham." »
L'histoire était fragmentée en trois ères. La première, celle des Apôtres. La seconde, celle de la Renaissance. Et l'actuelle, l'ère moderne.
« Attends... attends... attends une minute. »
Émile la coupa. Il pointa le casier du doigt — le doigt tremblant.
« Tu es en train de me dire que ce qui est arrivé n'est pas l'œuvre d'un être humain ? »
« Je ne sais pas. »
Elle fut franche.
« Mais une chose est certaine : la personne ou la chose qui a fait ça avait une force qui ne peut pas être simplement humaine. »
Émile fit une pause. Il reprit sa respiration, les mains sur les genoux.
« Et tu y crois ? Franchement ? Une sorte de monstre, de démon, je ne sais pas quoi, serait sorti de nulle part et aurait assassiné quelqu'un ? Ce que tu me dis là, ça ressemble à de la fiction. »
Il rit nerveusement — un rire qui n'avait rien de joyeux.
« Ça n'a pas de logique. Et toi, tu as l'air de l'accepter comme si de rien était. »
Il cracha :
« Tout dans ce monde a une explication. Mais je ne peux pas accepter ce que tu me dis là. »
« Pourtant, c'est la seule explication que nous ayons sous la main. Et tu es prêt à la renier ? »
Il la regarda, les yeux plissés.
« Donc quoi ? On est dans un conte de fées, et un monstre va venir nous tuer tous ? C'est ça que tu me dis ? Tu t'entends parler, sérieusement ? »
« Je n'ai pas dit que j'avais raison. J'ai dit que tout porte à croire que ces écrits et cette situation ont un point commun. »
Elle soupira.
Un long silence s'installa.
Seule la musique du bal continuait de flotter, plus forte soudain, comme si l'orchestre avait augmenté le volume pour couvrir leurs voix.
Émile changea de sujet.
« Le plus important, c'est de sortir d'ici avant d'être pris pour cible. »
Pour le moment, elle ne répliqua pas.
Elle le suivit, tandis qu'il se dirigeait vers la porte.
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BAAM !
La porte explosa.
Pas littéralement, mais le choc fut si violent qu'Émile et Yukimiya furent projetés dans des directions opposées. Elle heurta le mur de l'épaule, glissa, atterrit sur le sol.
Ses oreilles bourdonnaient. Elle sentit une chaleur couler le long de sa tempe. Elle porta la main à sa tête du sang. Du sang qui tachait son chemisier blanc.
Elle haleta. La porte, derrière elle, était toujours là. Mais elle avait bougé. Elle tremblait sur ses gonds.
(Qu'est-ce que...)
BAAM !
Un nouveau choc. La porte plia, mais ne céda pas.
BAAM ! BAAM ! BAAM !
Les coups étaient réguliers, puissants, comme ceux d'un bélier. Ou d'un taureau. Elle regarda la poignée elle tournait sur elle-même mais la chose à l'extérieur ne semblait pas la voir. Elle ne faisait que frapper.
(Elle veut défoncer la porte... Pourtant elle n'est pas fermée à clé. Il suffirait de tourner la poignée. Elle ne sait pas ce qu'elle fait. Comme si elle n'avait pas d'intelligence. Comme si...)
Elle balaya la pièce du regard. Émile était à l'autre bout, inconscient, le front contre le mur.
Elle se leva prudemment, évitant la porte. Ses jambes tremblaient. Elle sortit une bouteille d'eau de son sac, en versa sur son visage pour nettoyer le sang qui coulait, et s'essuya d'un revers de manche.
Elle se toucha le front. La plaie n'était pas profonde.
« Si cette chose n'a pas assez d'intelligence pour ouvrir une simple porte... alors... »
Elle regarda le casier en métal. La poignée fracassée.
« ...Ce n'est peut-être pas cette créature qui a mis Augustin dans cet état. Elle n'aurait pas pu entrer dans la pièce. »
Elle marqua une pause.
« Une autre chose. Plus humaine. »
Sans savoir pourquoi, elle se posa une question sur elle-même.
« Depuis que je suis arrivée, j'ai l'impression d'être moins effrayée. Je calcule plus. Je suis plus posée. Comme si j'étais dans mon élément. »
Sa voix était plate, presque surprise.
Au loin, la musique continuait de jouer. Le même refrain.
Encore et encore.
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De l'autre côté — dans la salle du bal.
La salle était baignée d'une lumière crépusculaire. Des jeunes gens riaient, dansaient, apprenaient à se connaître. L'atmosphère était légère.
Grincement.
Un bruit métallique, aigu, venu du plafond.
Personne ne l'entendit vraiment les violons couvraient tout.
Grincement.
Un jeune homme leva les yeux. Puis une jeune femme. Puis un autre. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que tout le monde ait les yeux rivés vers le haut.
Le lustre central oscillait lentement.
Le silence s'installa peu à peu. Les danseurs s'arrêtèrent. La musique continua, mais elle semblait soudain décalée, comme si les musiciens jouaient sans regarder.
Grincement.
BOOOM !
Le lustre s'effondra dans un fracas de verre et de métal.
Les éclats jaillirent de toutes parts. Certains jeunes gens crièrent, d'autres se jetèrent au sol. Par chance, personne ne se trouvait directement en dessous.
Le silence retomba.
Puis le pianiste leva les yeux vers le plafond.
Un liquide noir, tirant sur le rouge, s'écoulait de la fissure. Il coulait en fines lianes, semblables à du pus, qui s'étiraient et éclataient par endroits.
Petit à petit, alors que tout le monde retenait son souffle, une silhouette se forma.
D'abord squelettique, un amas d'os. Puis elle se couvrit de chair, comme si des muscles et de la peau poussaient en accéléré. Des yeux apparurent, bouillonnant comme de la lave liquide. Des cornes acérées poussèrent sur son crâne, incurvées vers l'arrière. Son ventre gonfla et prit la taille d'une pastèque.
Sa peau devint blanche.
Blanche comme du lait.
Elle ouvrit la bouche.
Un son en sortit — pas un cri, pas un rugissement, quelque chose entre les deux — comme si mille voix hurlaient en même temps.
Elle se propulsa.
La lumière pénétra la pièce.
La porte venait de s'ouvrir.
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— Fin du chapitre 5 —
Loué soit le Créateur.