Chapitre 7
Chapitre 7 : Chaos
L'ordre n'est qu'une illusion que l'on maintient jusqu'à ce que le chaos la brise.
---
Les coups contre la porte avaient cessé.
Mais Yukimiya sentait que la créature était toujours là. Une présence lourde, immobile, comme un prédateur qui attend que sa proie fasse un faux mouvement.
Elle regarda la porte. Elle avait tenu. Contre des assauts qui auraient dû la réduire en miettes, elle était restée intacte.
(Cette porte n'est pas une porte normale...)
Elle n'eut pas le temps de s'émerveiller davantage. Émile était inconscient, le front ensanglanté. Elle le traîna vers la fenêtre, cherchant une corde, une écharpe, n'importe quoi qui pourrait lui permettre de sortir sans se briser les os.
Ses doigts tremblaient. Elle entendait des bruits de pas à l'extérieur — des pas précipités, désordonnés. La fureur de la créature montait une fois de plus, un grondement sourd qui vibrait dans les murs.
---
Dehors, dans le couloir, les deux filles de tout à l'heure venaient de tomber sur le monstre.
« Dites-moi que je rêve ?! » s'étrangla la rouquine.
Elle se plaqua derrière la fille aux cheveux noirs, les yeux exorbités.
Contre toute attente, la fille aux cheveux noirs sortit un petit fusil de sous sa veste. Pas un jouet. Un vrai. Une arme d'argent qui semblait trop lourde pour ses mains fines.
PAN !
La balle fendit l'air et se logea dans l'épaule de la créature. Le monstre ne broncha pas.
PAN ! PAN !
Deux autres tirs. Toujours rien. La créature avançait, imperturbable.
« Cette chose vise bel et bien des personnes en particulier, » constata la fille aux cheveux noirs d'un ton plat. « On dirait que nous en faisons partie. »
« Hein ?! Mais non, je suis aussi gentille qu'une coccinelle, pourquoi on voudrait m'attaquer ?! » La rouquine avait un air ahuri, presque offensé.
La créature traversa le couloir en s'aidant des murs, arachnéenne, rapide. Les deux filles s'enfuirent par les escaliers, leurs pas résonnant comme un roulement de tambour.
Le bruit s'éloigna.
La présence de la créature disparut.
Yukimiya en profita. Elle ouvrit prudemment la porte, jeta un coup d'œil des deux côtés. Vide.
Elle attrapa Émile par l'épaule et le tira hors de la pièce.
(Le centre de santé. Je l'ai vu tout à l'heure. Si je peux l'y emmener...)
Elle traversa le couloir en traînant le corps inconscient, le souffle court.
---
BAAM !
Le plafond au-dessus de sa tête explosa.
Des débris de béton et de poussière l'ensevelirent partiellement. Elle fut projetée contre le mur, le souffle coupé. Ses oreilles bourdonnaient.
Dans la fumée qui se dissipait, une deuxième créature émergea. Plus mince que l'autre, plus fluide, avec des blessures béantes qui suintaient une substance noire. La fumée se tordait autour d'elle comme un linceul.
Yukimiya leva la tête.
Émile n'était plus à côté d'elle.
Il était devant la créature.
Il gisait sous un amas de gravats, toujours inconscient, exposé. La créature le regardait sans ciller, sa tête inclinée comme un oiseau de proie.
Elle le saisit de ses mains noires et imposantes, le souleva comme s'il ne pesait rien, et le déposa contre le mur.
Puis elle hurla.
Un hurlement sauvage, viscéral, dirigé vers Yukimiya.
Elle hurla en la voyant.
(Quoi... Je suis visée, moi aussi ?!)
Yukimiya recula, toujours assise, les bras en arrière pour se protéger. Elle leva les yeux vers le plafond.
Un sifflement. Un bruit d'air fendu.
PAN ! PAN ! PAN !
Les yeux du monstre explosèrent en trois éclats noirs.
Un garçon aux cheveux châtains émergea du ciel de nulle part et s'abattit sur la créature, un coup de pied en plein torse. Le monstre vacilla, recula.
Le garçon fit une roulade en atterrissant, se releva d'un bond, et ses yeux scrutèrent rapidement la pièce. La créature hurlait, aveugle, cherchant à frapper dans le vide.
Il attrapa la main de Yukimiya.
« Lève-toi. Viens. »
Elle obéit sans réfléchir. Ses jambes tremblaient, mais elle le suivit.
« Ne t'en fais pas, tu es en sécurité. »
Il prit son deuxième bras, le tendit dans le vide, et donna un coup de poing dans l'air. La créature s'envola de quelques centimètres, projetée contre le mur.
Ils s'enfuirent. Le garçon courait vite, il tirait Yukimiya derrière lui comme une poupée de chiffon.
Il cria un nom :
« Tatsuki ! »
---
Ils débouchèrent dans un couloir plus large. Au bout, une silhouette se tenait immobile.
Le jeune homme aux cheveux blonds.
Le manteau noir.
Le revolver à la ceinture.
Il plissa les yeux en les voyant. Un regard froid, qui les traversa sans s'arrêter. Il secoua la tête.
Puis il s'élança.
Il les dépassa en un éclair, ses pas à peine audibles sur le sol. Yukimiya se retourna juste assez pour le voir bondir — il sauta par-dessus la créature, atterrit derrière elle, et se retrouva face aux deux monstres.
Lui contre elles.
« Une derrière, une devant », dit-il sans conviction.
Il rangea son revolver.
La créature la plus proche bondit, gueule béante, hurlement déchirant.
Il attrapa sa mâchoire inférieure d'une main et l'arracha d'un mouvement sec.
La créature s'effondra, la gueule béante, encore en vie mais incapable de la refermer. Elle se débattait, ses pattes griffant le sol.
La seconde, semblable à un taureau, tenta de le percuter par derrière.
Il esquiva sans se retourner. D'un geste, il attrapa ses cornes, la fit pivoter sur elle-même, et lui planta son poing dans le torse.
BOOM !
La créature traversa le premier mur.
BOOM !
Le second.
BOOM !
Le troisième.
Elle s'écrasa dans la cour, le torse ouvert, inerte.
Il essuya son gant noir — couvert de sang — sur son manteau, sans un mot.
« Sales bêtes. »
Il fit quelques pas, déjà prêt à repartir.
Et il tomba nez à nez avec eux.
---
Un père, des nonnes, des infirmières. Des personnes en blouse blanche et en tenue religieuse. Certaines ressemblaient à des professeurs. L'homme au trench coat était là aussi, au second rang.
Et au milieu, un homme à la barbichette blanche, le regard sévère.
Tous avaient les yeux grands ouverts, fixant l'état des murs. Les trois trous béants. Les débris. Le sang.
L'homme à la barbichette blanche parla le premier.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Ses yeux étaient plantés dans ceux du blond au manteau.
Un silence. Lourd. Chargé.
Et quelque part, derrière eux, Yukimiya entendit la musique du bal.
Elle s'était arrêtée.
---
— Fin du chapitre 7 —
Loué soit le Créateur.