Chapitre 2
Chapitre 2 : Dissimulation
Le monde ment. Les portes mentent. Les sourires aussi.
Le brouillard gris était épais à l'extérieur.
Yukimiya colla son nez contre la vitre de l'académie. Rien. Que du gris. Du gris à perte de vue.
Elle prit du recul. Ses doigts tambourinaient contre la lettre froissée qu'elle n'avait toujours pas lâchée.
(La vie est compliquée...)
Elle railla intérieurement, sans trop de conviction. Compliquée ? Elle avait connu pire. Une fois, elle s'était perdue dans un supermarché pendant deux heures parce qu'elle avait suivi une dame qui avait le même manteau que sa mère. Ça, c'était compliqué.
Là, c'était juste flippant.
Vêtue de son chemisier à double boutonnage — qu'elle avait choisi pour faire sérieuse — elle sortit son téléphone portable.
(Appelons le conseil d'administration. Ils vont bien me dire où je suis. Ou au moins me confirmer que je ne suis pas dans un asile.)
Elle composa le numéro. La tonalité retentit à son oreille droite.
Et à quelques mètres de là, dans le couloir adjacent, une sonnerie retentit.
Elle sursauta.
« Oh ? »
Un homme émergea de l'ombre du couloir. Tempes grisonnantes, trench coat beige, sourire aimable. Il tenait un téléphone à la main, qu'il rangea lentement dans sa poche.
« Vous êtes perdue, mademoiselle ? »
« Non ! » répondit-elle trop vite. Sa voix résonna dans le couloir vide. Elle se racla la gorge.
« J'ai reçu une lettre... me disant de me rendre dans cet établissement. Mais à mon arrivée, il n'y avait personne aux alentours. »
Elle dit la stricte vérité.
Elle ne mentionna pas qu'elle s'était endormie dans le train et réveillée en sursaut, la joue collée contre la vitre. Certains détails restaient entre elle et sa conscience.
L'homme sourit. Il avait un sourire calme.
« D'accord. Veuillez me suivre, dans ce cas. »
Il tourna les talons sans attendre sa réponse. Elle n'eut d'autre choix que de trotter derrière lui.
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Les couloirs qu'ils traversèrent étaient immenses. Des carreaux blancs comme du lait, des lustres en cristal qui projetaient des reflets dansants sur les murs, et un tapis rouge qui s'étirait sous leurs pas comme une langue de velours.
(C'est quoi cet endroit ? Un hôtel de luxe ? Un palais ? Parce que si c'est une école, je veux bien savoir où ils mettent les tableaux noirs et les chaises qui grincent.)
« Vous êtes sûrs que nous sommes dans une école, au moins ? » demanda-t-elle, une pointe d'anticipation dans la voix.
L'homme rit et dit :
« Ça dépend de ce que vous appelez "école", mademoiselle. »
(Ah. Réponse très rassurante. Merci, monsieur le mystérieux.)
Ils montèrent des marches larges, en marbre, avec une rampe en fer forgé qui ressemblait à des vrilles de vigne.
Il ajouta, sans se retourner :
« Mais ne vous inquiétez pas. Il est impossible pour une personne non autorisée de pénétrer dans l'établissement sans y être conviée. »
Yukimiya fronça les sourcils.
(Attends. Il n'y avait pas de gardes à l'entrée. Juste une porte ouverte et un brouillard épais. Comment ils font pour contrôler qui entre ?)
Elle n'avait pas posé la question. Elle s'en voulait. Elle se promit de poser plus de questions à l'avenir. Puis elle se promit de tenir cette promesse. Puis elle se promit de ne plus se faire de promesses qu'elle ne tiendrait pas.
« Vous en êtes sûr ? » redemanda-t-elle quand même.
« Oui. »
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Il s'arrêta net.
Elle faillit lui rentrer dedans, s'excusa en rougissant, et il ne sembla pas remarquer.
Il colla son chapeau haut-de-forme contre sa poitrine et s'écarta sur le côté.
Devant eux, une porte.
Mais pas une porte ordinaire.
Les contours étaient sculptés de serpents en pierre, entrelacés, leurs écailles gravées avec précision. Et à l'intérieur du cadre, une lumière blanche. Pas une lumière artificielle, une lumière solaire, éclatante, qui semblait vibrer comme de l'eau.
Yukimiya resta figée.
(C'est... C'est une porte magique. Je suis dans un conte de fées. Ou dans un delirium post-voyage en train. Les deux sont plausibles.)
« Ne vous en faites pas, mademoiselle. »
L'homme s'éclaircit la gorge.
« Ne vous fiez pas à son design étrange et à la lumière. Ce n'est pas aussi fantastique que ça en a l'air. Vous pouvez la traverser en toute simplicité. » affirma-t-il d'un ton amical.
Il tendit la main. Sa paume était ouverte, offerte — un geste de gentleman.
(Il veut me prendre la main. Pour traverser une porte lumineuse. Dans une école vide. Avec un inconnu. Je devrais probablement crier.)
[Mais bon. Je suis déjà là.]
Elle hésita deux secondes. Puis elle tendit sa main, et il l'aida à franchir le seuil.
La lumière l'engloutit.
Elle ferma les yeux par réflexe. Une sensation chaude, comme un bain trop chaud, puis un vertige comme lorsqu'on monte trop vite dans un ascenseur et que le ventre reste en bas.
Elle compta dans sa tête.
(Un. Deux. Trois... Si je me réveille dans mon lit, je ne serai même pas déçue. Au moins j'aurai fait un beau rêve.)
Dix secondes plus tard, elle rouvrit les yeux.
Elle n'était plus dans un couloir.
Elle était dehors.
Le ciel était clair. Pas de brouillard. Et autour d'elle, une bâtisse en pierre noire, avec des vitraux de jais. À ses côtés, une chapelle, un centre de santé, et un bâtiment administratif.
La porte derrière elle était toujours là, sa lumière blanche palpitant comme un battement de cœur.
Mais surtout...
Elle leva les yeux.
Le sol sous ses pieds était stable. Mais en regardant les bords du bâtiment, elle vit des nuages. Des nuages qui défilaient en dessous d'elle.
« Nous nous trouvons à la véritable Trinity User. Une forteresse aérienne. » dit l'homme avec un sourire.
(Aérienne. Il a dit aérienne.)
Elle ouvrit la bouche. La referma.
(Je suis dans une école qui flotte dans les nuages. Je suis dans une école qui flotte dans les nuages. Je suis—)
Elle contint son envie de crier. De rire. De pleurer. Les trois se mélangeaient dans sa poitrine.
Elle se contenta de suivre l'homme sur le tapis rouge qui menait à l'entrée principale.
(Il trouve ça normal, lui ?)
Elle le fusilla du regard.
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Ils pénétrèrent dans le bâtiment. Une salle immense. Des jeunes gens en tenue élégante, des rires, des conversations, et par-dessus tout, de la musique. Un orchestre jouait dans une salle close un air doux, presque langoureux.
Yukimiya cligna des yeux.
(C'est un bal. Un bal. La première chose qu'on me propose en arrivant dans une école volante, c'est un bal.)
Elle poussa un soupir. Pas un soupir de soulagement. Un soupir de résignation amusée.
(Merci, créateur. Si ma mère me voyait : "Redresse-toi, t'as l'air d'une crevette qui a dansé trop longtemps.")
Elle se surprit à sourire.
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— Fin du chapitre 2 —
Loué soit le Créateur.