Chapitre 14
Chapitre 14 : Activation du Chernobyl
Ce que l'on porte en soi finit toujours par se révéler. Parfois, c'est une lumière. Parfois, c'est une ombre.
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Manoir Petrovitch — Versailles
Elles quittèrent le jardin.
Immédiatement, le vicomte Roussel Petrovitch bondit de son fauteuil, laissant tomber son journal. Il les regarda avec une prévention mal dissimulée.
« Avez-vous réglé le problème ? »
Moeka fit signe aux deux jeunes filles de s'avancer.
« Oui. Si vous voyez un petit garçon dans les environs avec des cheveux noirs et une salopette, dites-vous directement qu'il est peut-être le coupable. Ne l'effrayez pas, par contre. »
« Ha ! Eh bien, d'accord ! En tout cas, je voudrais vous remercier. Je vais pouvoir dormir tranquillement maintenant. »
Il fit signe à la domestique de les accompagner jusqu'à la porte.
Moeka le dépassa, tentant de rejoindre ses deux élèves.
Mais ses épaules tressaillirent. Elle se retourna avec un air féroce dirigé contre le vicomte.
« Un problème ? »
Il ouvrit son journal et souffla dans sa pipe.
« Non... »
Moeka fit une révérence.
(Il ressent un énorme soulagement. Pas de quoi s'alarmer pour si peu.)
Elle quitta définitivement la pièce.
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Train — Retour vers Aurora
Le crépuscule était déjà présent. Le voyage retour prendrait approximativement trois heures, lui aussi.
Moeka se rendit compte que ses deux élèves semblaient épuisées. Elle décida donc d'ajouter :
« À votre retour, nous réveillerons vos Chernobyls respectifs. Alors, apprêtez-vous. »
(Madame, vous ne prenez jamais de pause...)
Yukimiya railla intérieurement.
Le train avança doucement. Les deux jeunes filles commençaient déjà à s'endormir, bercées par le roulis et le bruit régulier des roues sur les rails.
Moeka profita de l'occasion pour glisser le pendentif en topaze dans un sachet transparent.
Si quelqu'un venait à le toucher, il verrait ce qu'elle avait vu.
Elle s'adossa contre le siège et soupira.
« Quel calme... »
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Aurora — Quartier Centre — 19h56 — Trinity User
Une fois arrivée, Moeka conduisit Yukimiya dans une salle isolée.
Yukimiya se retourna en voyant qu'elle se retrouvait toute seule avec sa professeure.
« Où est passée Robine ? »
Moeka tourna la tête à cette question.
« Anderson, veuillez m'attendre dans la salle d'à côté, je vous prie. »
Robine n'eut même pas besoin de répondre. Elle était déjà partie.
Yukimiya s'assit sur une chaise. Des hommes habillés en noir firent venir un tas de machines interconnectées. Des câbles, des cadrans, des tubes de verre contenant un liquide bleuté.
Ils firent asseoir Yukimiya. Ses poignets furent enroulés par un conducteur électrique. Certains fils furent collés à ses tempes comme des ventouses.
« Laissez-nous seuls, je vous prie. »
Ils s'exécutèrent immédiatement.
Yukimiya sentit la pression monter de sa poitrine jusqu'à ses pieds, au bout des ongles.
Tant de choses avaient déjà changé en si peu de temps. Ce moment-là serait celui qui déciderait définitivement de son avenir. Et elle le savait.
« Kobayashi. Ce nom est important, vous le savez ? »
« Oui... Ma mère me l'a dit. »
« Cela veut dire que vous êtes importante. Ou du moins, vous devez l'être. Votre nom a du poids, et vous devez être capable de le soulever toute seule. »
« ... »
« Vous êtes prête ? Ou alors, ça aussi, votre mère vous l'a dit ? »
« ... »
« Nous avons quitté Versailles. Vous n'avez pas pris l'occasion de rendre visite à votre père ? Dois-je déduire que vous entretenez une mauvaise relation avec lui ? »
« Non... C'est juste qu'il n'est pas toujours là... »
« Vous ne l'avez même pas mentionné. Pourquoi donc ? »
« Attendez, mademoiselle... Vous en parlez comme si vous me suspectiez de quelque chose. »
Yukimiya haussa légèrement la voix.
« Moi ? Vous suspecter ? Et pour quelle raison ferais-je cela ? »
« ... »
« Vous parlez beaucoup de votre mère. »
« ...Elle est morte. »
(P-pardon ?)
Moeka plissa des yeux et recula la tête. Un silence gênant s'ensuivit.
Yukimiya gloussa.
« Oh ! Mademoiselle... Je ne voulais pas vous mettre mal à l'aise. Il faut quand même dire que c'est arrivé il y a bien longtemps. Je ne m'en rappelle même plus... »
« ... »
« Mademoiselle ? »
« O-oui ? »
Moeka revint à la réalité, étonnée de la manière dont Yukimiya avait changé de sujet.
« Est-ce que ça va faire mal ? »
Yukimiya désigna du bout du doigt les machines.
Elle l'avait deviné. Ce serait de cette manière qu'elle éveillerait son Chernobyl.
« Oui. »
Moeka répondit par l'affirmative, avec une pointe d'hésitation.
« Euh... Je sais que ça va vous paraître bizarre, mais... Vous pourriez me tenir la main ? »
« ... »
Sans un mot, Moeka lui prit la main et déclara :
« Si Anderson se trouve dans la pièce d'à côté, c'est parce que connaître la prémotion peut parfois vous nuire. Des stratégies peuvent être préparées à votre insu par la simple connaissance de votre prémotion. De plus... Votre ami d'aujourd'hui peut très bien être votre ennemi de demain... »
« Je comprends. »
Yukimiya serra les dents.
« J'espère que ça ne va pas trop piquer ! »
Elle serra inconsciemment sa main.
« Non... Ça ne va pas trop piquer. »
(De la tristesse... Elle ressent de la tristesse.)
La conscience de Yukimiya vacilla pendant que son Chernobyl se faisait activer.
Des éclairs jaillirent. Le dos de Yukimiya sembla éclater et se reconstruire. Elle n'avait pas lâché la main de Moeka.
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20h11
Moeka sortit de la salle.
Elle regarda ses mains et eut la chair de poule. Son sang se glaça. Elle plaqua ses mains contre son visage.
(Qu'est-ce que j'ai fait ?)
(C'est un ange. Elle ne ferait de mal à personne... Absolument personne.)
Des bruits de pas se firent entendre à proximité. Moeka descendit les escaliers pendant que Yukimiya se reposait.
Là, elle tomba nez à nez avec l'horreur du 1er Mai.
Le sang avait disparu, totalement nettoyé. C'est vrai. Mais cette odeur métallique, cette sensation que quelqu'un était mort, lui donnait encore plus la chair de poule.
Elle se donna une gifle.
« Non ! Il rôde encore quelque part... Elle peut me manipuler ! Les gens ne sont pas ce qu'ils prétendent. Un sourire peut cacher de la jalousie... Un compliment peut cacher de la haine. Je ne me laisserai pas berner ! »
« Très bonne réponse. »
Moeka tourna la tête. Un homme avec une barbichette blanche se tenait dans l'ombre. Costume sombre. Regard perçant.
Le directeur Axiom.
« C'est pour cette raison que vous êtes la meilleure. »
Moeka se mit la main sur la poitrine et s'inclina.
« Oui, chef ! »
Il hocha la tête et disparut dans le couloir en ajoutant :
« Veuillez encadrer Robine Anderson, maintenant que vous avez terminé avec Yukimiya Kobayashi. »
« Oui, chef. »
Elle tourna les talons et partit en direction des escaliers.
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— Fin du chapitre 14 —
Loué soit le Créateur.