Chapitre 13
Chapitre 13 : Cours pratique
Parfois, le mystère n'est qu'un enfant qui s'amuse. Et parfois, c'est bien plus effrayant ainsi.
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Versailles — Quartier Nord
Les trois femmes descendirent du train dans une rue du quartier.
Les calèches dévalaient la chaussée dans un cliquetis de sabots et de roues. Les bâtisses imposantes se dressaient de part et d'autre, leurs façades en pierre grise et leurs balcons en fer forgé leur renvoyant une ombre sévère.
Elles marchèrent jusqu'à un manoir.
Grand. Imposant. Des colonnes de marbre, des vitraux, une grille en fer qui s'ouvrait sur un parc immense.
Le manoir du vicomte Roussel Petrovitch.
Une femme en brocard les conduisit jusqu'au chef de maison. Il les attendait dans le hall, une canne à la main.
« Ah ! Elles sont là ! »
Il portait un long chapeau haut-de-forme, une redingote croisée à double boutonnage, et une canne noire incrustée de diamants. Son sourire était large, mais ses yeux évaluaient.
Moeka baissa la tête et fit une révérence. Par réflexe, les deux autres la suivirent maladroitement, mais avec bonne volonté.
Il répondit d'un hochement de tête et se dirigea vers l'arrière du manoir. Elles le suivirent pendant qu'il papotait.
« J'avais un voyage d'affaires à Versailles. Contre toute attente, à mon arrivée, j'ai trouvé des symboles faits au rouge dans mon jardin. »
Ils débouchèrent dans le jardin. Des pelouses impeccables, des haies taillées au cordeau, une fontaine qui murmurait au centre.
Le vicomte pointa un endroit du doigt.
« Voilà. C'est vraiment effrayant. On dirait du sang qui n'aurait pas fini de sécher. »
« Cela reste à confirmer, » dit Moeka avec un sourire poli.
Elle fit signe à Robine et Yukimiya. Celles-ci s'agenouillèrent dans les herbes hautes, teintées de rouge cramoisi.
Voyant que les professionnelles faisaient leur travail, le vicomte s'éclipsa dans l'ombre.
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Moeka se tourna vers elles.
« Premièrement, il faut reconnaître le symbole. Je ne vous l'ai pas dit plus tôt, mais les Chernobyls sont divisés en trois catégories : la mort, la mémoire et la vérité. On appelle ces catégories des prémotions. »
Elle marqua une pause.
« La mort correspond au combat et à la destruction. La mémoire, à la psychologie et au mental. Enfin, la vérité concerne la réalité. »
Elle leur tendit d'autres fiches. Trois symboles superposés les uns sur les autres, sur un arbre sans racine.
« Si ces symboles correspondent à ceux du cercle, cela veut dire que la personne a essayé d'invoquer ou de communiquer avec l'une des trois Fondatrices. Dans le cas contraire, si le symbole ne correspond pas, cela signifie que la personne a essayé de contacter quelque chose d'autre. »
(Attendez, mademoiselle ! Mais ça part trop vite, je n'ai même pas le temps de prendre des notes !)
Yukimiya faillit pleurer. Totalement acculée.
Elle avait une compréhension partielle de ce que Moeka venait de dire, mais ce n'était pas incompréhensible malgré la densité des informations. Elle noterait tout dans son carnet et étudierait assidûment, comme une bonne élève.
Après cette brève pensée, Yukimiya constata que le symbole de teinte rouge ne correspondait pas aux symboles des trois prémotions sur l'arbre sans racine.
(La personne ayant tracé ce cercle ne voulait donc pas atteindre l'une des Fondatrices...)
Elle hocha la tête, satisfaite.
Au même moment, Robine demanda :
« Et qu'est-ce qui se passe ensuite, mademoiselle ? »
« Ensuite, vous allez utiliser un objet imprégné. »
Elle ne fournit pas d'explication supplémentaire. Elle sortit un pendentif en topaze de sa poche, l'enroula autour de sa main et le fit pendre dans l'air.
« L'essence de la prémotion peut être partagée à un objet. Ceux qui sont de la prémotion mémoire peuvent littéralement voir les fragments du passé sur la scène de crime, en infusant leur essence dans l'objet. »
Yukimiya écarquilla les yeux, soudain éclairée.
La scène des membres de la sécurité publique prenait un tout autre sens dans son esprit.
Ils étaient en train de reconstituer la scène de crime grâce au collier en rubis !
« Wouah... C'est vraiment fascinant ! »
Yukimiya ne put contenir son exaltation.
« Je suppose que les autres prémotions ne répondent pas forcément de la même manière que celle de la mémoire, » dit Robine en se grattant la tête.
« Bonne réponse. »
Moeka sourit.
« Chaque prémotion répond différemment avec l'objet imprégné. Si je voulais vous l'expliquer exactement, vos esprits seraient beaucoup trop surchargés. Je préfère donc m'abstenir pour l'instant. »
Yukimiya et Robine hochèrent la tête.
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Les nerfs sur la main de Moeka commencèrent à briller d'un éclat doré. Le pendentif en topaze s'illumina de sa couleur d'origine.
Moeka contint la lumière grâce à sa main gauche et continua d'insuffler son essence dans l'objet. Ses pupilles devinrent totalement noires. Elle ferma les yeux.
...
Yukimiya et Robine restèrent sans voix. Elles ne pouvaient que déglutir en retenant leur souffle.
Dans la vision en noir et blanc, Moeka vit un enfant.
Un jeune garçon courait dans la direction du jardin. Il portait une salopette et avait des cheveux noirs en désordre.
Avec une fiole à la main, il s'accroupit et forma un cercle constitué de symboles qu'il semblait assembler au hasard.
Il rit à tue-tête, comme un chenapan, et s'enfuit par la porte principale, ne laissant derrière lui que ce symbole qui avait effrayé le vicomte Roussel Petrovitch.
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Moeka revint à la réalité. Son expression était perplexe.
« Un enfant... C'était juste un enfant. »
(Madame Lopez... Vous vous attendiez à un démon ou quoi ?)
Yukimiya rit intérieurement.
(Ahh... Je m'attendais à une conspiration ou à un rituel interdit. Mais c'est juste un enfant qui fait des bêtises...)
Elle passa de l'amusement à la frustration en un clin d'œil.
Au même moment, Robine éclata de rire et se laissa tomber en arrière dans les feuilles mortes.
Yukimiya, à l'aide de son manteau, se cacha et rit à l'intérieur.
Moeka semblait à la fois confuse et exaspérée.
Elle toussa.
« Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle. »
Elle sourit et tourna la tête vers le manoir.
« Nous avons terminé. Nous pouvons rentrer maintenant. Non... Nous devons le nettoyer tout d'abord. »
« D'accord ! »
Robine caressa son arme dans son manteau et acquiesça d'un signe de tête.
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— Fin du chapitre 13 —
Loué soit le Créateur.